‹ Appréciation des travaux les plus récents sur les fonctions du système nerveuxChapitre 5 sur 22 · CHAPITRE lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE lit

Mésocéphale.

Le mésocéphale, autrement dit pont de Varole , corps de la moelle allongée, protubérance annulaire, est un renflement nerveux situé au devant du bulbe rachidien. En recélant dans son intérieur, au milieu de substance grise, les prolongements de divers faisceaux de la moelle, il se continue en avant et latéralement avec le cerveau et le cervelet par des prolongements qu’on appelle pédoncules; les premiers, pédoncules du cerveau, les seconds, pédoncules cerébelleux moyens; ces derniers marchent au-dessus des prolongements des corps resliformes au cervelet et au-dessous des prolongements du cervelet aux tubercules quadrijumeaux {processus cerebelli ad testes). En raison de la liaison intime de la protubérance aux pédoncules, que nous venons d’indiquer, nous étudierons en même temps les fonctions de tous ces organes.

Les fonctions de la protubérance doivent à priori être d’une grande importance, si l’on réfléchit à sa structure anatomique. En effet, ne concentre-t-elle pas presque complètement en elle les éléments de la moelle, et n’établit-elle pas une communication entre les diverses parties de l’axe cérébro-spinal? Ces prévisions de grande importance se sont réalisées par les études récentes sur le système nerveux. D’abord, moyen de transmission entre le cerveau et les nerfs périphériques, la protubérance conduit de la périphérie au centre les impressions sensibles et porte du centre à la périphérie l’excitation motrice. Elle est donc conductrice du principe nerveux ou de ses oscillations. Elle offre de plus des caractères de grande sensibilité; en effet, si l’on touche même

légèrementsa face postérieure sur un animal, sur un chien par exemple, il y a manifestation des douleurs les plus vives; l’introduction d’un stylet, au contraire, n’a pas paru à M. Longet être aussi douloureuse, il survenait seulement dans ce cas des secousses convulsives des quatre membres, de la face, etc. Cet expérimentateur pense que lorsqu’on a eonstaté de la douleur en agissant avec un stylet, on peut présumer que le tronc du trijumeau a été rencontré. Ainsi deux faits bien constatés, douleur vive dans certains points et secousses convulsives, ce qui établit analogie complète sous ce rapport entre la protubérance, le bulbe rachidien et la moelle épinière. En ne conservant que ces trois organes et enlevant tout le reste, cerveau, cervelet, couches optiques, corps striés, tubercules quadrijumeaux chez des lapins et de jeunes chiens, on voit une excitation périphérique, un fort pincement de la queue, arracher des cris à ces animaux ainsi mutilés, et les jeter dans une agitation extrême. Si l’on excite énergiquement la pituitaire au moyen de l’ammoniaque, ils semblent essayer avec leurs pattes de devant d’éloigner la cause de la douleur; la respiration et la circulation persistent avec régularité pendant une heure et même au delà. Si l’on ajoute à cette mutilation l’ablation de la protubérance, la respiration continue ainsi que la circulation; mais tous les phénomènes dont nous venons de parler disparaissent. Il est impossible de ne pas voir dans ces expériences autre chose que des mouvements réflexes, et si ce ne sont pas des mouvements réflexes, ce sont des mouvements volontaires. La protubérance percevrait donc des impressions tactiles, et serait le siège de l’influence de la volonté. C’est à cette conclusion que sont arrivés MM. Flocrens^ Longet^ et Müller^. Je partage entièrement leur manière de voir ; mais il est nécessaire de distinguer la simple perception des impressions tactiles de l’attention qui leur est accordée, de l’aptitude à former des idées, facultés subordonnées à l’existence des hémisphères cérébraux,

' Recherches, elc.

2 Anal, et phys. du système nerveux . l. I, p. 431.

3 Physiologie du syst. nerv., 1.1, p. 402.

dont la perte ainèpe la stupeur sans abolir la sensibilité générale. 4ucune expérience, aucun fait ne démontre que la perception des impressions portées sur la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat, se fasse partiellemept comtne qelle des impressions tactiles, dans la protubérance annulaire. Si, çoriime le dit M. Longet, on a observé dans des cas de maladies de la protubérance le trouble des sens spéciaux , on peut l’expliquer par l’influence de la cinquiènae paire ; le nerf auditif offre, du reste, anatomiquetqent quelques connexions avec la prolnbérance annulaire. Toutefois, bien qwe des viviseetions aient fait constater les phénomènes remarquables de perception et de prodnction de mouvement par la protubérance, n’exagérons point cette puissance et disons que c’est aux hémisphères seuls qu’appartient le pouvoir de donner aux impressions une forme distincteqni puisse produire les déterminations réglées dont nous sommes tous les jours témoins.

Un dernier problème nous reste à résoudre à l’endroit des fonctions de la, prolubérançe: c’est de constater si les effets y sont croisés. D’après certains, observateurs, les effets croisés ne se manifestent qu’à partir des tubercules. Nous avons déjà vu que eette, opinion est erronée pour la moitié antérieure du bulbe; il en est de même pour la protubérance dans les quatre cas de lésion de cette, partie de l’encéphale, siégeant d’un seul côté, rapportés par M. Longet: il est toujours survenu une paralysie du côté opposé. Nous avons encore, pour appuyer ces observations fournies par la pathologie, une preuve anatomique : ç’esl l’en- Irecroisement des fibres de la moelle, non-seulement dans la moelle allongée, mais encore, comme l’a si bien démontré M. Fovili,e, dans l’épaisseur de la protubérance elle-même.

Les, expériences sur les animaux vivants out fourni un .singulier résultat, quand on. pratiquait des sections plus ou moins étendues sur les pédoncules du cerveau, du cervelet et sur la protubérance : c’est un roulement ou tournoiement de l’animal selon l’axe de sa longueur, lorsque la section ne porte que sur un côté, et la progression forcée en avant ou en arrière, lorsque l’on coupe les pédoncules du cerveau

ou lés pédoncules du cervelet. Cés phénotnènes sont assez impoHants pour que nous leur consacrioüs quelques lignes. M. MAGEifiDiE*, qUi les fit un des premiers connaître, explique le phénomène dé rolâ^ lion qui suit, par exemple, la section d’ün pédoncule cérébelleux, en supposant que ce cordon nervéüx est l’agent de transmission d’une force qui contrebalancé daüs l’animal sàin une force semblable passant par l’autre pédoncule; et la preuve qu’il en est ainsi, dit M. Magendie, c’est que si l’on coupe lé pédoncule laissé intact, le mouvement rotatoire cesse et l’animal resté dans la position immobile. Mais M. Magendie se sert d’une mauvaise preuve i si après la section deS deux pédoncules cérébelleux l’animal reste immobile, c’est que cèt animal est à peu près entièrement paralysé par la perle de force nerveuse qui émane du cervelet. On conçoit bien mieux le mouvement rotatoire, en le considérant comme la manifestation de l’hémiplégie. M. Lafargce ^ donne une explication très-plausible de ce qui a lieu ; « Il n’est pas « étonnant, dit-il, que le mouvement rOtatoire succède immédiatement « à la section d’un pédoncule; car cette mutilation, tout en produisant '< l’hémiplégie croisée, porte une si rude atteinte à l’ensemble de la « locomotion, que les membres les plus forts ne peuvent pas Soutenir « le poids du corps ; alors l’animal tombe sür le côté paralysé. Or, il « suffit de réfléchir sur te mécanisme de la locomotion normale des «quadrupèdes, pour voir qu’étant donné deux conditions : l°la chute « du côté paralysé; 2“ l’activité isolée des deux membres, lès efforts « de ceux-ci produiront la rotation selon l’axe, par cela même qu’ils « agiront seuls, en poussant tout le corps vers le côté faible. »

M. Flourens, qui a répété les expériences de M. Magendie et est arrivé aux mêmes résultats, a obtenu des phénomènes semblables par la seclion des canaux demi-circulaires; ainsi, d’après lui, la sectioti dü caüal demi-circulaire horizontal correspond à la lésion du faisceau dé fibres

' Journal de physiologie, 1823,1824, el Recherches expérimé 1842. 2 Thèse inaug. Paris.

transverses du pont de Varole, et produit le naouvement rotatoire; la section du canal demi-circulaire antérieur, la projection en avant, comme à la suite de la lésion des pédoncules antérieurs du cervelet; enfin la division des canaux demi-circulaires postérieurs, le recul, comme si l’on avait divisé les pédoncules postérieurs du cervelet. De semblables observations ont besoin d’être confirmées pour être acceptées, quoique venant d’un physiologiste aussi habile que M. Flourens.

Le mouvement de manège est le plus ordinairement la conséquence de la lésion d’un pédoncule cérébral. Bien que M. Lafargue dise que ce mouvement est suivi bientôt du mouvement rotatoire, conséquence de la chute de l’animal, M. Longet n’a jamais vu dans ses expériences pareille transformation suivre la simple lésion d’un pédoncule cérébral. M. Magendie constate que les mouvements de rotation sur l’axe et de manège ont lieu dans le sens de la lésion, tandis que M. Longet et d’autres expérimentateurs soutiennent que c’est du côté opposé de la lésion que les mouvements de rotation s’effectuent; cette dernière opinion est, je crois, la seule véritable.

Il est curieux de placer à côté des faits que nous venons de passer en revue, les observations pathologiques qui y ont trait. M. Longet en rapporte trois, la première de M. Serres^; le cordonnier qui en est le sujet, fut pris d’un tournoiement de droite à gauche, qui fut suivi d’une hémiplégie du côté gauche. Le pédoncule du cervelet offrait à son entrée dans l’hémisphère droit une excavation de neuf lignes de long sur cinq de large; la protubérance, les moelles allongée et épinière ne présentaient rien de particulier. La seconde est due à M. Bel- HOHME^: le sujet est une femme de soixante ans, qui était atteinte fréquemment d’accès qui l’obligeaient à s’accroupir; et, une fois assise, elle roulait le plus souvent à droite avec une extrême rapidité. A l’autopsie on trouva une injection variqueuse en forme de croissant dans

1 Analomie eomp, du cerveau, t. II, p. 623.

2 Localisai, des fonctions , p. 424.1839.

la prolubérane, à i’union de ses deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur, et une dépression des pédoncules du cervelet, surtout à gauche, correspondant exactement à deux exostoses visibles sur la gouttière basilaire. Le troisième fait, communiqué à M. Longet par M. Gavaret, est celui d’un monton roulant de droite à gauche, chez lequel le pédoncule du cervelet était ramolli et comprimé par un kyste. Ces observations portent avec elles leurs enseignements; je n’ai pas besoin de les en déduire.

Les pédoncules cérébelleux supérieurs ont paru très-sensibles à M. Longet, tandis que le mouvement ne semblait pas éprouver d’influence de leur lésion. Quant aux pédoncules cérébelleux inférieurs, continuation des corps restiformes; ils paraissent être en rapport avec la sensibilité; il a été impossible à l’observateur dont nous venons de parler de s’assurer de l’influence des pédoncules cérébraux sur la sensibilité générale et des modifications que cette sensibilité peut subir sous l’action directe des irritants.

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