CHAPITRE VI
Corps striés.
Les corps striés sont deux éminences piriformes, ayant leur grosse extrémité tournée en avant, leur petite en arrière; d’une couleur grise, formant une partie des parois du troisième ventricule, et enchâtonnées pour le reste de leur surface dans les fibres rayonnantes du pédoncule cérébral. En lapport en arrière avec les couches optiques, ils s’étendent en avant jusqu’à la scissure deSylvius et l’origine du nerf olfactif; rapport qui a fait penser que les corps striés étaient pour quelque chose dans l’exercice de l’odorat. On trouve les corps striés dans toutes les classes des vertébrés, excepté chez les poissons, lacune déjà observée par Haller.
Une opinion qui eut longtemps cours dans la science sur les fonctions des corps striés est celle de Willis*, qui pensait que dans ces
' Lafabgde , thèse citée Floürens , Recherches, etc., p. 51. L’effet n’est pas croisé non plus chez la grenonille dans l'action des tubercules quadrijumeaux , suivant Drsmohlins, et comme noos l'avons dit.
- Ànatomecerebre, cap. XIII, p. 95.
corps aboutissaient toutes les sensations et qu’ils étaient le réceptacle du principe de tous les mouvenients. Tous les physiologistes modernes repoussent l’idée de Wilus comme dénuée de fondement et comme une vue de l’esprit. Une autre opinion à laquelle se rallient bon nombre d’observateurs est que les corps striés et leurs irradiations ont à eux seuls de l’influence sur le mouvement du membre pelvien; ;Saiicerotte’ développa le premier cette doctrine, qui est adoptée et soutenue avec talent par MM. Serres et Foville. Nous avons déjà montré par la statistique de M. Andral que les faits pathologiques observés chez l’homme ne peuvent servir de preuve : les vivisections ne produisent pas une démonstration plus rigoureuse. En effet, ou bien l’on aperçoit un effet général, les animaux fléchissent sur leurs quatre membres, ou bien , après l’ablation des organes, presque point d’effet, et les animaux courent en se servant également bien des membres antérieurs et des membres postérieurs. La localisation du mouvement volontaire des membres pelviens dans les corps striés n’a pour base aucune preuve positive.
M. Magendie2 pense à son tour que dans les corps striés réside une force intérieure qui porte l’homme, comme les mammifères, à reculer, et il appuie cette assertion de preuves expérimentales d’une observation pathologique et de faits de pathologie comparée. MM. Longet et Lafargue n’ont pu obtenir les mêmes résultats des expériences faites comme l’indique M. Magendie, ce qui a empêché les observations de ce dernier d’être contrôlées. La preuve pathologique est loin d’être concluante, comme on peut s’en assurer® en lisant l’observation tout entière. Quant à la maladie des chevaux qu’on nomme immobilité, et qui consiste dans l’impossibilité pour le cheval qui en est atteint de reculer, coïncidant avec sérosité dans les ventricules, élle ne prouve pas davantage; car dans des maladies de la protubérance on observe
' Prix de l’académie de chirurgie. 1. IV, p. 290. Paris 1819.
- Journal de phys.. 1. III, p. 376. 1825.
i Journal de physiologie expérim., I. III , p. 217.
ce phénomène, et combien de fois n’a-t-oii pas trouvé des collections séreuses dans les ventricules, sans qu’il y âit eu immobilité pendant la vie! L’opinion de M. Magendie n’est donc pas acceptable.
Aucun fait ne prouve l’influence des corps striés sur l’olfaction. Du reste l’existence de gros nerfs olfactifs sans corps striés, et de corps striés énormes avec des filets olfactifs rudimentaires, comme chez les cétacés, éloigne toute idée de localisation de l’olfaction dans ces corps.
Les corps striés, enfin, peuvent être irrités, dilacérés, sans qu’il y ait manifestation de douleur ou de contraction musculaire ; c’est tout ce que nous savons de certain sur les fonctions spéciales de ces organes, qui sont encore entourées pour nous d’épaisses ténèbres.