PROGRÈS DE LA PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
Appelé à apprécier les conquêtes de la physiologie du dix-neuvième siècle, j’ai, dans le chapitre qui précède, examiné les conditions générales des progrès de la science. J’ai été amené ainsi à signaler les faits les plus saillants parmi ceux dont elle a enrichi son domaine. Je vais aborder maintenant l’analyse et la combinaison de ces faits, et chercher à préciser la place qui leur revient dans l’organisme, la part qu’ils prennent dans l’accomplissement des phénomènes de la vie.
En envisageant les termes de la question qui m’a été posée, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas, pour la résoudre, d’entreprendre un travail d’érudition, une énumération détaillée des faits dont la science s’est enrichie. Je n’accorderai aux détails qu’une place secondaire, et si j’en aborde quelques-uns, ce sera dans le but d’y prendre des exemples destinés à rendre plus intelligibles les questions générales qui doivent faire l’objet de cette dissertation. Inutile d’ajouter que, dans cette manière d’envisager le sujet, la succession chronologique des faits, la part personnelle de ceux qui ont contribué à les établir, ne saurait être pour moi que d’une importance fort secondaire. On me demande ma manière de voir sur la valeur des acquisitions scientifiques d’un demi-siècle : tâche immense, périlleuse surtout, dans l’accomplissement de laquelle j’ai à redouter plus d’un écueil. Véritable profession de foi physiologique, dans l’énoncé de laquelle je crains, avant tout, d’encourir le reproche de prendre pour des vérités actuelles ce que, dans ma conviction, un avenir prochain ne manquera pas d’établir solidement. Ce qui m’encourage dans ce rôle délicat et difficile, c’est que mon appréciation doit porter moins sur les
opinions qui se sont produites, que sur les faits matériels dont se compose aujourd’hui la science.
Parmi les travaux sans nombre qui, depuis Bichat , sont venus augmenter le matériel dont dispose aujourd’hui la physiologie, il en est qui ont introduit dans la science des éléments absolument nouveaux. Il suffirait presque d’une simple énumération pour en apprécier l’importance. Tels sont lés innombrables faits relatifs au développement des êtres, formant une science à part, sous le nom à'embryologie; tel est encore l’aspect inattendu sous lequel se sont présentés les éléments de texture, les tissus, depuis que le microscope est rentré dans ses droits. Dans les deux cas, il s’agit de vérités anatomiques, de choses acquises à la science, et sur l’immense valeur desquelles il ne saurait y avoir contestation. Je puiserai largement dans cette source féconde. Cela posé, voici la marche que je me propose de suivre.
Trois ordres de phénomènes concourent aux actes dont l’organisme vivant est le théâtre. Ce sont les phénomènes physiques, chimiques et vitaux. Ces derniers seuls font l’objet de la physiologie dans la stricte acception du mot ; elle est la science des propriétés vitales. Ce que l’on appelle fonction, est un concours fort compliqué de manifestations vitales et de phénomènes physiques et chimiques que nous ne pouvons isoler que par la pensée. Ceci m’indique la marche naturelle à suivre dans l’appréciation de faits nombreux relatifs, les uns aux propriétés prises isolément, qnelle que soit leur nature, les autres aux fonctions, d’autres encore à la connexion des fonctions. Mon plan est tracé par l’énumération que je viens de faire.