‹ Appréciation générale des progrès de la physiologie depuis BichatChapitre 5 sur 6 · ARTICLE II.N · texte numérisé non relu

ARTICLE II.N

Phénomènes chimiques.

Depuis la grande découverte de Lavoisier, la chimie s’était appliquée avec plus ou moins de bonheur à la solution des problèmes physiologiques. De nos jours, ces questions viennent de faire un pas immense sous l’influence du fécond principe, dû aux analyses de Mulder , de l'identité de composition des principales substances qui entrent dans la composition de l’organisme animal. L’on sait aujourd’hui que ces substances, l’albumine, la fibrine, la globuline, la cristalline, la caséine, se rapportent à un même type, la protéine; qu’ils ont la même composition élémentaire quant aux éléments organiques proprement dits, et qu’ils ne diffèrent que par des quantités minimes de phosphore, de soufre, de phosphate calcique, qui entrent dans leur composition.

Si les parois des artères, la gélatine, la chqndrine, la matière cornée , etc., présentent quelques différences avec les matières précitées dans leur contenu d’azote et d’hydrogène, cette différence

peut être attribuée sans difficulté à un commencement d’oxydation.

Enfin il résulte des expériences de Heller, de Mulder, de Dumas, que les substances azotées des plantes servant habituellement comme aliments, telles que la glutine des céréales, l’albumine végétale contenue dans la plupart des plantes, la caséine des légumineuses, sont absolument identiques avec l’albumine, la fibrine du corps animal.

Est-il nécessaire d’insister sur ces faits pour faire comprendre les conséquences importantes qui en découlent? On s’explique, à leur aide, la facilité avec laquelle l’organisme s’entretient et se répare à l’aide des substances azotées, et l’impossibilité de se nourrir à l’aide de substances complètement dépourvues d’azote, ainsi que cela ressort des expériences de M. Magendie et autres ; la facilité avec laquelle une des substances protéinées peut être remplacée par l’autre dans l’alimentation, puisqu’il suffit de légères modifications pour transformer l’une de ces substances dans l’autre. Ils font comprendre encore comment l’œuf, composé principalement d’albumine, peut fournir pendant le développement du poulet les différentes substances du type protéineux. Il en résulte encore que l’organisme animal ne crée pas lui-même les principes azotés qui le constituent, mais qu’il les reçoit tout formés du règne végétal, et qu’il ne fait que les modifier et les simplifier en les oxydant par l’intervention de la respiration. C’est de la sorte que l’on peut concevoir la formation, dans l’économie, de la chondrine, de la glutine, de la substance cornée, de celle des tuniques artérielles, de l’acide urique, de l’urée, etc.

Les substances non azotées de l’organisme sont en petite quantité : ce sont les matières grasses, la cholestérine, le principe biliaire acide et le sucre de lait. Parmi les matières grasses, la margarine et l’oléine sont en tout identiques, comme l’on sait, avec celles qui se rencontrent dans le règne végétal. Leur présence dans l’organisme peut donc s’expliquer facilement. Il importe néanmoins de remarquer qu’elles peuvent se former encore aux dépens de matières qui, par leur nature, n’appartiennent pas aux substances grasses. Les aliments non azotés

peuvent se rapporter naturellement à deux classes : les corps gras, stéarine, oléine, margarine, butyrine, dont quelques-uns, ainsi que nous venons de le voir, trouvent leurs analogues dans l’organisme.

L’autre classe comprend les matières amylacées, sucrées, gommeuses , mucilagineuses, caractérisées par leur composition qui permet de les représenter comme du carbone, plus de l’eau. Ces substances n’ont point, comme les précédentes, leurs représentants dans l’organisme, si l’on en excepte le cas de lactation. Ce qu’elles deviennent, à quoi elles servent, la chimie s’est essayée à le résoudre. Elle range d’abord les aliments en deux grandes classes : les aliments plastiques, organiques, et les aliments respiratoires.

Les aliments plastiques servent à renouveler les organes de l’économie. Les aliments respiratoires servent à entretenir constamment le foyer de la respiration. Ils fournissent à l’oxygène des éléments avec lesquels il se combine de préférence, et donnent lieu à la production de la chaleur animale; en même temps ils empêchent l’usure trop prompte des organes azotés auxquels l’oxygène s’adresse, à défaut d’aliments respiratoires, ainsi que cela parait avoir lieu chez les carnivores. Devant servir à la combustion, les aliments respiratoires doivent donc être absorbés et séjourner dans le sang. Sous quelle forme s’opère cette introduction?

D’après les recherches de Boüchardat et Sandras, les matières féculentes sont rendues solubles sous l’influence de la salive et de la bile, et transformées en sucre de raisin. D’un autre côté, l’on sait que cette matière, infusée directement dans les voies circulatoires, s’y consume et n’apparaît pas dans les urines, tandis que le sucre de canne est éliminé sans avoir subi d’altération.

L’on sait encore que les acides organiques, combinés avec les bases alcalines et introduites dans le torrent de la circulation, rendent les urines alcalines; d’où l’on a conclu que les matières féculaires étaient absorbées, soit à l’état de sucre de raisin, soit à l’état d’acide lactique , et qu’elles étaient brûlées sous cette forme.

En cas de combustion incomplète, ces substances se transforment partiellement en graisse, fait hors de doute aujourd’hui après les expériences de Liebig, deBoussAiNGAULT, de Persoz. Dans les laboratoires même, on peut transformer, d’après les recherches de Pelouze, la fécule et le sucre en acide butyrique.

Les circonstances les plus favorables à cette transformation graisseuse sont celles d’une nourriture féculaire abondante, et d’une diminution de 1 étendue de la respiration par l’absence de mouvements.

Ainsi la formation de la graisse est aujourd’hui hors de doute. Il n en est pas de même du lieu où cette transformation s’opère.

Loi de métamorphose ou de dégradation successive. Il est un certain nombre de phénomènes dans l’organisme qui, de tout temps, ont vivement intéressé les chimistes. Ce sont les changements que les aliments subissent sous l’influence de la digestion et leur transformation en sang; les métamorphoses de ce fluide dans la production de nos différents tissus et des produits de sécrétion. Ces questions, la chimie travaille aujourd’hui à les résoudre par l’application des données qui lui sont propres-. Ces données, ce sont principalement les phénomènes catalytiques et les lois de dédoublement et de métamorphose des matières sous rinflue4ce des ferments et des agents chimiques, phénomènes qui ont été spécialement élucidés dans ces derniers temps.

Par effets catalytiques on entend certaines réactions qui ont lieu par la seule présence et influence d’un corps, sans que celui-ci subisse lui-même des modifications. Ainsi Dgebereiner a montré qu’en présence du noir de platine, on obtient avec la plus grande facilité des combinaisons qui autrement ne se produisent que difficilement et d’une manière indirecte. D’un autre côté, Thénard a fait voir que certaines substances provoquent des décompositions; que la fibrine, par exemple, provoque la décomposition de l’eau oxygénée.

- La fermentation, au contraire, est une transformation ou un dédoublement provoqué par la présence d’un corps qui est lui-même

à l’état de transformation. Sous son influence, on voit la même substance donner lieu à des produits différents, suivant qu’elle est soumise à des ferments différents, ou à un même ferment à un état de décomposition plus ou moins avancé. Ainsi, par exemple, le sucre, sous l’influence de la levure de bière, se transforme en alcool et en acide carbonique ; sous l’influence de la caséine et d’une température de vingt à trente degrés, il donne naissance à l’acide lactique; et à l’acide butyrique , quand la caséine ou la fibrine en putréfaction agit sur lui à une température de trente à quarante degrés. La diastase transforme la fécule en sucre, et ce même ferment, altéré sous l’influence de l’oxygène, transforme la fécule en acide acétique, etc.

En faisant l’application de ces données aux phénomènes qui se passent dans l’économie animale, on conçoit qu’un fluide aussi compliqué que le sang puisse donner naissance à des produits nombreux.

La digestion, notamment, se place dans un jour tout nouveau sous l’influence des lois que je viens d’énumérer. Ainsi, nous trouvons dans la salive un principe analogue aux ferments, la diastase animale, qui a la propriété de transformer la fécule en dextrine et puis en sucre. Dans le snc gastrique, nous rencontrons des acides qui, par leur réaction catalytique sur les aliments amylacés et sucrés, les transforment en sucre de raisin. Pourquoi cette transformation du sucre de canne en sucre de raisin dans l’intérieur de l’organisme? C’est que le sucre de canne n’est pas susceptible de s’oxyder en présence des alcalis. Le sucre de raisin, au contraire, dans les mêmes conditions, s’oxyde avec la plus grande facilité. Or, le sang étant alcalin, le sucre destiné à la respiration devait nécessairement passer d’une manière préalable à l’état de sucre de raisin. Nous rencontrons encore dans l’estomac une substance animale, la pepsine, jouant le rôle de ferment, et qui, en cette qualité, peut transformer le sucre en acide lactique. En outre, cette substance, en combinant son action à celle des acides, rend solubles l’albumine et la fibrine coagulées. Je

ferai encore observer que la bile, par son contact avec la substance grasse, rend celle-ci plus fluide et l’émulsionné.

L’efîet de toutes ces actions est de rendre solubles les substances alimentaires et de permettre leur introduction dans les voies de la circulation. Là les produits des aliments féculents ne tardent pas à disparaître et à être brûlés complètement en fournissant leur carbone. Quand la combustion n’est pas complète, ces éléments donnent lieu à la formation de matières grasses qui, jointes à celles qui ont été introduites en substance, se déposent dans nos organes, où ils forment une espèce de fonds de réserve d’aliments respiratoires destinés à être épuisés d’abord pour les besoins de la calorification, en cas de diète ou de maladie.

Quant aux matières azotées, elles circulent dans le sang sans avoir subi d altération notable, et servent à la formation des organes ; à celle des globules du sang, par exemple, en se combinant avec le fer et avec la graisse sous l’influence de circonstances qui sont encore inconnues. Dans le muscle, elles vont réparer les fibres; dans le foie, elles servent à former la cellule hépatique; dans l’os, la matière osseuse et chondroïde, etc.

Quant aux fonctions de sécrétion, la chimie a fait progresser la physiologie en ce sens qu’elle a démontré qu’il existe deux espèces d’organes de sécrétion. Les uns, comme le poumon, les reins, ont pour mission de faire une espèce de triage, d’éliminer du corps des produits de l’oxydation, tels que Y acide carbonique et Y urée, qui existent tout formés dans le sang. Ce sont là les véritables sécrétions excrémentitielles.

D autres organes, et le foie est de ce nombre, sembleraient avoir pour but de former par la décomposition des éléments que le sang leur amène des produits destinés à remplir des usages ultérieurs dans l’économie. Ce sont des sécrétions récrémentitielles. Dans le foie il est à remarquer que la nature même du sang de la veine-porte, plus riche en principes carbonés, n’est probablement pas étrangère à la

quantité des matériaux gras séparés par cet organe. C’est ce que nous voyons clairement dans les expériences récentes de Blondlot, qui observe que la sécrétion biliaire est intermittente, en connexion intime avec l’absorption des substances nutritives et avec leur nature.

Un mot encore sur la sécrétion laiteuse. Elle démontre d’une manière naturelle le passage des matières sucrées dans le sang et paraît s’expliquer par une combustion incomplète des aliments respiratoires. De l’analyse chimique du lait et de sa composition, la physiologie peut aboutir à cette autre conclusion déjà formulée par Prout, que le sucre, les corps gras et la protéine sont les matières organiques qui suffisent complètement à tous les besoins de l’organisme, à la production des éléments variés qui le composent.

En dehors de ces services généraux rendus par la chimie à la physiologie, et qui ont été une des conditions principales de ses progrès, elle a enrichi la science de quelques découvertes, telle que celle de l’acide oléo-phosphoriqua dans le cerveau, d’un sulfo-cyanure dans la salive, d’une grande quantité de soufre dans la bile : découvertes qui probablement sont appelées à exercer une certaine inffuence sur sur les progrès ultérieurs de la physiologie.

ARTICLE m.

Des propriétés vitales.

La théorie des propriétés vitales a subi, depuis Bichat, des modifications profondes. Pendant longtemps encore elle se paya de mots, de métaphores empruntées aux sciences physiques et métaphysiques. Sur ce terrain, la question devait rester stationnaire. Le véritable progrès date de la découverte des éléments qui sont, de préférence, le siège des activités vitales. Le problème s’est ainsi trouvé naturellement limité et plus aisé à comprendre, à embrasser d’un coup d’œil. Le résultat de cette nouvelle situation ne tarda pas à jeter une vive lumière sur ces inconnues physiologiques. De propriétés générales de

la substance des êtres vivants, elles sont devenues propriétés de certains éléments. Désormais, dans l’étude de ces questions ardues, il est de toute nécessité de ne pas les détacher de la base organique que 1 observation a réussi à leur donner. C’est le principe que je me propose de mettre en pratique dans l’appréciation de la question des propriétés vitales.

Au point de vue physiologique, les matières qui entrent dans la composition de l’organisme, affectent trois états qui représentent autant d âges, autant de métamorphoses principales d’un seul et même élément. L un de ces états c’est le globule, dans la composition duquel doit nécessairement entrer toute substance organique qui accomplit dans l’économie les transformations dont elle est susceptible. C’est au globule que je vais essayer de ramener les autres formes de la matière animale. En lui se manifestent les caractères les plus saillants, les moins contestables de la vie. Il représentera la substance vivante par excellence, l’élément actuel, le présent. Les autres éléments se partagent naturellement en deux classes : ceux qui par la suite entreront dans la composition du globule et ceux qui résultent de sa transformation, en d’autres termes le passé et l’avenir du globule vivant. Cette distinction est toute naturelle : elle caractérise l’ensemble des phénomènes physiologiques au point de vue de la succession des formes, la transformation des matières étant du domaine de la chimie. Nous avons vu plus haut que, suivant G. Cuvier , dans l’appréciation des phénomènes de la vie, le point essentiel c’est le changement dans les formes de la matière organique. C’est à l’abri de cette grande autorité que j entreprends de traiter la question des propriétés vitales, en examinant la succession des formes. Je m’occuperai successivement : 1“ de la matière organique destinée à faire partie de la cellule, matière représentant le passé de cette forme vivante : c’est le suc nourricier, le blastème; 2° de la cellule elle-même, partie vivante par excellence et formant la base de tous les organes, dans lesquels la vie manifeste son activité. J’envisagerai ainsi successivement la cel-

Iule embryonnaire, la cellule glandulaire, celle de l’épithélium, et, enfin, la cellule nerveuse, et en même temps les propriétés vitales que développe chacune de ces variétés de la cellule ; 3° enfin j aborderai les diflférentes formes qui représentent l’avenir de la matière vivante ou cellule, telles sont les fibres, les canaux, les matières sécrétées.

I. La substance organisable, représentant le passé de la cellule. L’organisme entier, quelle que soit son étendue, tire son origine d’une quantité à peine appréciable de substance amorphe renfermée dans l’ovule ovarien. A en juger par le simple aspect, car la chimie ne saurait nous éclairer ici, cette substance serait une combinaison homogène d’albumine et de graisse. Elle s’organise en cellules, après que l’ovule a subi l’excitation du principe fécondant, et ces cellules constituent le premier rudiment de l’embryon. Ce que nous voyons ici pour l’organisme dans son ensemble, nous le retrouvons pour chaque organe en particulier. Une substance amorphe, appelée blastème, précède son apparition, et s’organise en cellules pour le former. Enfin, et dans l’organisme adulte même, chaque organe est imprégné d’un liquide protéiné qui se renouvelle aux dépens du sang, et dans lequel naissent les nouveaux éléments de l’organe : c’est le suc nourricier.

Cette substance manifeste-t-elle des propriétés vitales? Rien ne le prouve : elle est amorphe, on ne saurait donc y remarquer de succession de formes. Les changements de composition que l’on y observe, tels que la séparation des éléments chimiques qui la composent quand, par exemple , la graisse s’y accumule en gouttelettes, ne suffisent pas pour établir sa vitalité. Il faut reconnaître cependant qu’il y a des transitions insensibles entre ces modifications intimes de la substance, et l’apparition de formes organiques bien caractérisées. A cette question se rattachent d’autres non moins obscures, et que je me bornerai à signaler. Ne doit-on pas chercher dans cette substance plastique elle-même le pouvoir d’attirer des sucs, de se les assimiler? N’est-ce pas cette même matière qui

remplit les tubes nerveux, ■ et qui manifeste cette remarquable propriété de la conduction? Ses propriétés physiques et chimiques établissent plus d’une analogie entre le suc nerveux et la matière primitive de l’œuf. La substance qui occupe l’intérieur des fibres, ou mieux, des tubes musculaires, est égalfementamorphe, essentiellement protéinée. De même que la substance des tubes nerveux, elle manifeste sa vitalité par son besoin, renouvelé sans cesse, d’un changement de matériaux. Enfin je rappellerai que dans mon mémoire sur l inflammation, j ai cherché à établir que, dans cette forme morbide, c’est le suc nourricier qui imprègne tous les organes, qui ressent l’influence de l’irritant, et forme le blastème du tissu inflammatoire.

II. Le globule vivant, la cellule. Partout, dans l’organisme, où se manifeste une activité dont le principe échappe à nos interprétations physiques ou chimiques, partout, en un mot, où règne la vie, nous trouvons le globule. Précédemment déjà j’ai insisté sur cette grande vérité.

Le globule joue un rôle dans la formation de tous les tissus fibreux. Toutes les surfaces qui établissent des échanges matériels avec le monde extérieur, sont abondamment pourvues de cet élément organique. Dans les glandes, le fluide nourricier en circulation éprouve des modifications dans sa composition, se trouve débarrassé de certains principes, en acquiert d’autres peut-être : c’est,encore à la cellule, à l’élément qui prédomine dans ces organes, qu’il faut attribuer ce pouvoir de changer la composition du sang. Dans l’intimité même de ce fluide, nous voyons le globule sanguin rattaché par plus d’un caractère aux globules fixes des tissus actifs. Enfin les recherches faites sur la substance grise des centres nerveux et des ganglions, ont prouvé à la fois qu’elle est le véritable siège de la puissance nerveuse, et le rôle important du globule dans l’accomplissement de ses phénomènes. Le globule nous apparaît donc comme spécialement chargé des diverses métamorphoses de la matière,

animé d’une force plastique, d’un pouvoir électif, foyer de la sensibilité et des mouvements.

Coup d’œil général sur les transformations des cellules. On sait que dans la théorie de Schleiden la formation des cellules succède à celle de leur noyau ou germe ^cytoblaste). Autant que mes observations me permettent d’en juger, je ne saurais partager cette manière de voir. Mes études ont porté principalement sur les tissus de l’homme sain et malade : les altérations pathologiques surtout m’ont fourni une moisson abondante de faits relatifs aux métamorphoses de la cellule. Je contesterai d’abord la valeur du terme en question. La cavité que développent quelques-uns de ces éléments n’est qu’une exception, une transformation accidentelle. Tel est le cas des globules de tissu cellulaire qui se transforment en vésicules graisseuses, et probablement aussi celui des dépôts de pigment dans l’intérieur d un grand nombre de globules normaux ou pathologiques. La forme primitive est certainement le globule plein, compacte. La cellule résulte de son accroissement et non d’un précipité qui se fait à sa surface. Ce que l’on appelle cytoôlaste n’est autre chose que la cellule jeune; et le prétendu noyau annonce tantôt un commencement de dégénérescence graisseuse, tantôt la génération endogène de nouvelles cellules dans la substance de la première.

La cellule a deux modes d’origine : ou bien elle naît au sein de la substance amorphe du blastème, du suc nourricier; ou bien elle se développe dans l’intérieur d’une autre cellule (génération endogène). Les globules du tissu nerveux offrent des traces manifestes de ce dernier mode de production. Il semble qu’il y ait dans ce tissu un véritable emboîtement de germes. A mesure que la cellule-mère s’use, se dissout, elle est remplacée par un nouveau globule qui occupait son centre et qui déjà renferme lui-même le germe visible d’une troisième génération.

Je ne poursuivrai pas davantage ces détails, et vais m’occuper des transformations de la cellule. Il est impossible de ne pas reconnaître

dans cet élément différents âges, dont la succession doit être plus ou moins rapide. Son existence se termine de deux manières : Il se transforme en organe persistant ou bien en un détritus de nature variable. Tous les organes fibreux ou canaliculés doivent leur origine à la première métamorphose. On voit aîors la cellule s’allonger en corps fusiforme, en tronçon de cylindre, et se souder bout à bout avec ses voisines. Dans les parenchymes, au contraire, où l’élément globuleux est permanent, celui de la substance nerveuse grise, des glandes, des épithéliums, la cellule disparaît pour confondre sa substance avec le suc nutritif ou l’épancher dans quelque canal excréteur.

Je vais aborder quelques-unes de ces métamorphoses, en tenant particulièrement compte des résultats physiologiques qui s’y rattachent.

Propriétés vitales des globules des glandes. Les glandes munies d un canal excréteur ne sont autre chose que des réservoirs canaliculés renfermant des amas de cellules, qui se renouvellent constamment et reproduisent un phénomène qui a beaucoup d’analogie avec celui que nous pouvons bien plus facilement étudier dans l’épiderme. Seulement la matière morte, qui sur l’épiderme se présente sous forme de furfur, est ici généralement liquide. Elle doit être considérée comme le résultat de la déliquescence des cellules vieillies de l’organe sécréteur. Telle est la doctrine fort naturelle, présentée par Bowman, Goodsir, Henle, celle que récemment encore j’ai pu vérifier, à l’exemple de ce dernier auteur, comme exprimant les phénomènes de la sécrétion du lait. Les globules du lait ne sont que le détritus provenant dune espèce de dégénérescence graisseuse des cellules remplissant les cæcums lactipares. (Ce mode de dégénérescence est fort commun dans les cellules, tant à l’état physiologique que dans les tissus morbides.)

Le professeur Lallemand a démontré, et l’on a maintes fois constate depuis, que tel est aussi le mécanisme de la formation du sperme. Les spermatozoïdes, éléments caractéristiques de cette humeur, se

forment dans des cellules et deviennent libres par la fonte de ces dernières. Il est extrêmement probable que dans les deux cas que je viens de citer, les éléments liquides du sperme, comme ceux du lait, sont le résultat de cette déliquescence d’une partie de la cellule.

Nous avons vu, dans la partie de ce travail qui traite des progrès de la chimie, que le sang renferme une quantité de substances qui ont la plus grande analogie de composition avec celles que fournissent les glandes. Dans les cas qui semblent échapper à cette loi, il suffit d’admettre le plus souvent un léger degré d’oxydation, dont les matériaux que renferme le sang peuvent faire tous les frais. On sait que ce fluide contient des quantités notables d’oxygène libre, dont se sont chargés probablement les corpuscules qu’il charrie, lors de leur passage dans les poumons. Le rôle des glandes nous parait en conséquence considérablement simplifié. Elles ne doivent plus désormais être considérées comme formant de toutes pièces les matières qu’elles fournissent. Il ne, s’agit plus ici que de la propriété que possèdent leurs éléments, d’attirer et de fixer des substances complexes toutes formées, de les employer à leur accroissement. C’est précisément ce phénomène de l’accroissement, cette succession de formes, d’âges dans les éléments des glandes qui fait de leur fonction un acte vital par excellence. Le résultat qu’il donne, le produit de sécrétion, est celui de la mort du globule glandulaire.

Quelle opinion doit-on se former sur l’activité de ces organes réunis sous le nom de glandes ou ganglions vascnlaircs, de glandes sans canal excréteur? Le microscope a prouvé qu’elles possèdent réellement une substance propre, abondante, que la pulpe rougeâtre de la rate par exemple n’est point du sang coagulé, comme on pensait autrefois, mais bien le tissu propre de l’organe. C’est l’élément globulaire pur, organe des métamorphoses des sucs de 1 économie. Voilà l’hypothèse générale que l’on peut émettre sur la fonction de ces appareils mystérieux. On a voulu y voir le lieu d’origine des corpuscules sanguins. Les faits qui parlent en faveur de cette manière

de voir sont peu nombreux, et, vu l’importance de la matière, l’on me permettra d’en citer un que j’ai observé en examinant le liquide contenu dans une vaste poche développée dans le corps d’une jeune fille operée par mon ami et collègue M. Bach. Parmi de nombreux globules lymphatiques, je trouvai un certain nombre de globes rougeâtres", granulés, très-réguliers, dans l’intérieur de la plupart desquels s observait un à deux corpuscules sanguins. Certaines particularités , sur lesquelles je ne veux pas insister ici, me donnèrent la conviction que ces globes fonctionnaient comme cellules-mères des corpuscules sanguins, et que ceux-ci s’en échappaient par une espèce de déhiscence des premières. Je trouvai dans le même liquide un grand nombre de globules sanguins nullement altérés.

Je citerai dans la même catégorie le tissu médullaire qui mérite à un haut degré l’attention des. physiologistes. La moelle proprement dite n’en est qu’une variété due à une transformation graisseuse de 1 élément globuleux qui peut s’observer pur dans beaucoup d’os spongieux, et qui rappelle alors, à plus d’un égard, le tissu des glandes vasculaires, en particulier celui de la rate. Rappelons-nous que ces deux substances ont de commun l’aspect extérieur, la remarquable richesse en vaisseaux, et surtout le développement considérable de l’appareil veineux.

Les cellules adipeuses. J’ai dit le rôle important que la théorie de Liebig fait jouer à la graisse comme combustible destiné à entretenir la chaleur animale. Cette matière, placée en réserve, se dépose dans les globules du tissu cellulaire, et leur fait subir une véritable dégénérescence, dont on observe de nombreux analogues dans l’ordre pathologique. Inutile de dire que nous devons admettre, dans ces globules du tissu cellulaire, la propriété vitale de se nourrir aux dépens des matières grasses du suc nourricier. Leurs transformations ultérieures, 1 atrophie qu’ils subissent quelquefois si rapidement, sont encore complètement inconnues dans leur mécanisme.

Propriétés vitales du sang. La fibrine est à considérer comme dé-

chue aujourd’hui de son rang de substance plastique par excellence, dénotant par sa coagulation spontanée la mort du liquide qui la maintenait dissoute. Il faut néanmoins avouer que la cause de ce phénomène est encore fort obscure. Il a ses analogues dans la coagulation de la substance qui remplit les tubes nerveux, et, peut-être est-ce à une altération semblable dans les muscles qu’il faut attribuer la raideur cadavérique?

Le globule sanguin mérite à un haut degré de fixer l’attention du physiologiste. Déjà le chimiste s’en est emparé pour en faire le porteur des gaz de la respiration. Il serait important d’étudier les propriétés vitales de cet élément, dont l’agglomération, en me basant sur les évaluations de Valentin, formerait, desséchée, une masse de deux décimètres cubes. C’est un organe, et le plus volumineux de tous, dont les phases de développement, reconnaissables à de nombrenx indices, sont encore fort incomplètement connues.

Propriétés vitales de l’épithélium. En voyant l’organisation compliquée des couches épithéliales, en assistant au remarquable phénomène du mouvement vibratile qui distingue plusieurs parmi elles, on renonce à ne voir dans ces appareils que de simples organes de protection, et à n’admettre entre eux et les corps extérieurs, avec lesquels ils se trouvent en contact immédiat, que de simples rapports mécaniques. L’importante question de \absorption se présente dans un jour nouveau, quand on la considère à ce point de vue. Les bouches absorbantes ont été reconnues hypothétiques et, qui plus est, superflues dans l’explication des phénomènes mécaniques de l’absorption. Les orifices des villosités intestinales se sont évanouis devant l’observation attentive. La réaction suscitée par Magendie contre l’activité exclusive des lymphatiques, considérés comme vaisseaux absorbants, n’a pas encore atteint son terme. Sans m’arrêter aux débats nombreux auxquels cette question a donné lieu, je soutiens, comme je l’ai déjà fait ailleurs, que les origines des lymphatiques n’existent que sous les couches épithéliales, ce qui implique une connexion fonc-

tionnelle étroite entre ces deux appareils et d’où résulte encore que toutes les substances qui disparaissent de l’intimité même des organes doivent avoir été entraînées par les courants sanguins.

Je rappellerai encore qu’il ne faut pas perdre de vue les conséquences qui résultent de cette disposition des origines lymphatiques relativement au mécanisme de l’absorption, à supposer qu’ils en soient les agents : c’est que toute substance absorbable, avant d’arriver en contact avec les vaisseaux, doit traverser une couche très-épaisse de tissu épithélial, composé comme on sait de cellules, c’est-à-dire d’éléments analogues à ceux qui constituent le parenchyme de tous les organes actifs de l’économie. Je pense qu’on n’hésitera pas à tirer de ces faits anatomiques la conclusion que l’épithélium doit jouer un rôle fort important dans l’absorption. Lequel? c’est ce qui est encore entièrement hypothétique, car je n’ose attacher de l’importance à quelques essais que j’ai publiés, et qui me laissent entrevoir que l’épithélium intestinal est l’organe de l’assimilation. Quoi qu’il en soit, ce sont là des éléments qu il n’est pas permis à l’avenir de négliger dans les études dont l’ahsorption sera l’ohjet; et le jugement que je puis porter sur cette question, c’est qu’elle doit être entièrement reprise. Ce n’est pas là^on opinion à moi seul : n’avons-nous pas vu, dans ces dernières années, un observateur distingué, Valentin, mettre en doute le rôle des chylifères dans l’absorption, et faire dériver du sang les matières qu’ils renferment? J’ajoute qu’une autre difficulté a surgi si l’assertion expresse de Blondlot, annonçant que la chymification des aliments concrets n’est qu’une réduction en particules trèspetites, venait à se confirmer. Cela ne l’emharrasse point, car il admet encore les orifices béants des villosités. Mais nous, qui nous sommes cent fois assuré de leur non-existence, quelle opinion nous feronsnous du mécanisme de l’absorption nutritive en présence de ces particules solides, mises en contact avec une couche non-interrompue d’épithélium, reposant elle-même sur une membrane vasculaire sans orifices? L’appareil de l’hématose, lui aussi, en tant qu’il est repré-

sente par la membrane élastique qui supporte' les capillaires, est remarquable par l’existence d’une couche épithéliale beaucoup plus épaisse que la membrane quelle recouvre. A qui persuadera-t-on qu’à cette profondeur, cette couche de globules ne soit qu’un organe protecteur? Qui ne comprend qu’elle ne peut être qu’un obstacle aux yeux de ceux, pour lesquels l’hématose est un phénomène en tout semblable à celui que l’on observe en exposant à l’oxygène une vessie remplie de sang noir? Un obstacle, soit; mais doué de vie au même titre que le globule sanguin et toutes les formes analogues.

Cette partie de la physiologie, que j’appelle \’histoire des propriétés vitales^ de l’épithélium, est entièrement à faire. Le domaine de notre science n’est pas trop vaste pour qu’elle consente à abandonner aux physiciens et aux chimistes ces surfaces étendues, par lesquelles entrent les principaux matériaux de la vie.

Un voile épais couvre encore les rapports de nutrition entre le fœtus et la mère. Les recherches anatomiques doivent, avant toutes choses, poser solidement les bases organiques de cette doctrine. Voici ce qu’elles ont bien établi jusqu’à ce jour : Le placenta est un organe mixte, c’est-à-dire en la possession duquel se partagent et la mère et l’enfant. Jusqu’à un certain point, on peut le comparer à un tissu caverneux dont les parois renferment les vaisseaux du fœtus fermés de toutes parts et dont les cavités charrient le sang de la mère. Est-ce par cette voie que le fœtus reçoit à la fois les aliments de son accroissement et l’oxygène destiné à les altérer? Cela est probable. Je dois encore signaler la membrane caduque dont les caractères microscopiques annoncent une végétation de cellules fort active.

Propriétés vitales du globule nerveux.

Dans la vie nutritive, les différents appareils, chargés du maintien de la composition du suc nourricier, sont bien distincts; depuis longtemps le rôle de la plupart d’entre eux était connu dans ce qu’il y a

de plus saillant. La science moderne n’a fait que le préciser davantage; elle a réussi à confiner l’activité nutritive dans certains éléments, à poursuivre la vie dans ses derniers retranchements. La vie du sang réside dans le corpuscule sanguin; celle des membranes s’est réfugiée dans l’épithélium. Le progrès, sous ce rapport, consiste en l’unité que présente aujourd’hui à nos yeux le phénomène nutritif.

Dans la vü nerveuse, au contraire, l’unité, qui paraissait régner au commencement du siècle, a subi de nombreuses décompositions. Tel est, en effet, le caractère des recherches qui ont été entreprises depuis cette epoque : de rattacher à des lieux précis les phénomènes nerveux que 1 on croyait autrefois disséminés dans tout le système. On édifie aujourd’hui ce que l’on pourrait appeler la physiologie des régions nerveuses.

C’est à Bichat que revient la gloire du premier pas fait sur ce terrain de 1 analyse des fonctions nerveuses et de leurs organes. Il proclama centre nerveux de la vie organique ce que l’on avait pris jusqu’alors pour un nerf céphalo-rachidien, sous le nom de grand sympathique. Ce fut, comme je l’ai déjà dit, sur des apparences anatomiques et sur des faits négatifs que lui fournit l’expérimentation, qn’il établit son système nerveux de la vie organique.

Il existe, en effet, entre les propriétés de ressentir l’influence de la lumière, du son, des innombrables propriétés physiques et chimiques des corps extérieurs; de déterminer la contraction tonique, le jeu rhythmique ou irrégulièrement intermittent des muscles; il existe, dis-je, entre ces innombrables facultés autant de différences au moins que nous en connaissons dans les manifestations extérieures de la vie nutritive, la production des tissus et des matières sécrétées.

J ai déjà signalé l’influence qu’exercèrent sur cette partie de la science les découvertes de Legallois, Ch. Bell, et celle du phénomène réflexe. J’insisterai particulièrement sur la connaissance plus intime du tissu nerveux que nous possédons aujourd’hui, grâce à 1 emploi du microscope. Sans ce précieux moyen, comment pourrait-

on se rendre compte de la cause organique du rhythme du cœur, représentée par les ganglions microscopiques que renferme la substance de l’organe?

L’étude de la structure intime de l’appareil nerveux a fait reconnaître deux éléments, à l’un desquels est manifestement dévolu le rôle de conducteur isolé, tandis que l’autre a tous les caractères de tissu que nous sommes habitués à rencontrer dans les organes réellement producteurs, élaborateurs de toute l’échelle organique. En sorte que, fussions-nous même privés du secours de l’expérimentation directe, nous serions en droit de considérer la substance grise des centres animaux et celle des ganglions comme le foyer des manifestations nerveuses.

Le globule nerveux est l’élément essentiel de la substance grise. Cela est bien évident pour les ganglions, et si dans l’axe cérébrospinal d’autres éléments, peu connus encore, entrent avec lui dans la composition de la substance en question, son importance capitale ne saurait néanmoins être l’objet d aucune contestation. Je me servirai donc, dans cet exposé, du terme de substance grise pour désigner les agglomérations de globules nerveux.

Quelques-unes des propriétés vitales qui se manifestent dans ces éléments peuvent être assez bien saisies, parce que les unes ont pour type un phénomène subjectif, la sensation, et que d’autres peuvent être imitées dans leur influence sur les appareils moteurs qui dépendent de la substance grise : tel est l’influx moteur et ses variétés. D’autres, au contraire, nous échappent : telle est l’influence que 1 élément central exerce sur les actes nutritifs ; tel est le rôle qu’il joue comme organe de l’âme.

Je ne m’occuperai que des trois premières manifestations ; j’aborderai, dans le chapitre suivant, la connexion qui s’établit entre ces differents phénomènes, connexion qui constitue le phénomène réflexe dans la plus large acception du mot.

De la perception. Le langage scientifique manque de termes bien

appropriés aux idées qui se rattachent aujourd’hui à la fonction de la substance grise. Que signifie ici le nom de perception? Il exprime un rôle tout passif qui paraît résider dans le globule nerveux en général, celui d être afiecté par une impression qui lui parvient parles fibres nerveuses avec lesquelles il est en connexion. Le point de départ de cet influx est très-variable. Ainsi dans le phénomène de la sensibilité animale de Bighat, c’est une impression périphérique qui vient solliciter le globule, et le phénomène lui-même se décompose en impression, conduction et perception. Mais le véritable siège de la propriété vitale, la seule condition indispensable à sa manifestation, c’est la substance grise, comme le prouvent les nombreux faits pathologiques de sensations subjectives, qui ont leur point de départ non pas à la périphérie du corps, mais entre elle et le globule central, ou dont la cause réside peut-être parfois dans le globule lui-même! Le phénomène réflexe nous offre de nombreux exemples de cette propriété passive de la substance grise, et nous fait voir clairement qu on ne saurait la séparer de l’ensemble de ce phénomène, dont elle est un élément essentiel.

Bu pouvoir moteur. La substance grise est le point de départ de l’influx moteur. On doit distinguer ici deux formes essentielles. La substance grise préside au ton et elle préside à la contraction. L’on sait, en effet, que tous les muscles de la vie animale, et probablement aussi les formes moins parfaites de l’élément contractile, la fibre charnue des viscères, la fibre dartoïde des téguments, sont le siège d’une tendance continuelle au raccourcissement. Cette tendance est manifeste, par exemple, dans l’hémiplégie faciale, quand les muscles, dont la connexion avec les centres moteurs est intacte, entraînent de leur côté ceux dont l’innervation est abolie. Elle préside encore au jeu permanent des sphincters. C’est à M. Hall que la science est redevable de la découverte de cette remarquable propriété de la substance grise, propriété qui se distingue de toutes les autres par ses effets continus. Sous ce dernier rapport elle n’a d’analogue, dans le

système nerveux, que dans l’influence, si mystérieuse encore, que quelques-unes de ses parties exercent sur le phénomène nutritif; on peut encore établir un rapprochement entre elle et le mouvement vibratile non interrompu qui j’observe à la surface de certaines couches épithéliales.

Du pouvoir de déterminer le phénomène permanent du ton qui réside exclusivement dans certaines parties de la substance nerveuse grise, doit être distingué celui de mettre en jeu la propriété intégrante des muscles, leur contractilité. Ce pouvoir de la substance centrale s’exerce toujours d’une manière intermittente et, lorsque cette intermittence est régulière, elle constitue le rliytlime. Ainsi Legallois a établi que la moelle allongée est le point de départ des mouvements réguliers de la respiration ; ainsi Volkmaxn a démontré que les mouvements rhythmiques des cœurs lymphatiques de la grenouille dépendent de certaines parties limitées de la moelle épinière; et que ceux du cœur sanguin doivent leur régularité à des amas de globules nerveux, logés dans la substance de l’organe au niveau du sillon auriculo-ventriculaire.

De l'influence du globule nerveux sur les actes nutritifs. Cette question est une des plus obscures de la physiologie des nerfs. On a cherché à se rendre compte des faits nombreux qui prouvent cette influence, en les ramenant à des changements de calibre des vaisseaux obéissant à des nerfs vaso-moteurs (ÈIenle). C’est un véritable retour aux théories iatro-mathématiques qui ne sauraient s’accorder, à mon avis, avec les propriétés vitales que nous avons reconnues aux éléments des glandes. D’ailleurs, si l’on a prouvé la contraction des vaisseaux artériels de petit calibre (Schwann), cette preuve n’a pas encore été fournie pour les capillaires. Ensuite on a de la peine à concevoir comment, en raison d’un léger amincissement de la paroi de ses vaisseaux, une glande puisse changer, d’un instant à l’autre,,la nature du produit de sa sécrétion; le lait de la nourrice, par exemple, devenir un véritable poison pour le nourrisson. J’ai déjà signalé un fait qui

prouve, selon moi, que la simple exhalation de l’eau n’est pas un phénomène entièrement mécanique, quand elle a pour siège une couche garnie d’épithélium. L’élément celluleux doit nécessairement être pris en considération, quand il s’agit d’une altération de sécrétion.

Les troubles de nutrition que l’on observe dans les membres à la suite de certaines névropathies, ne suffisent pas toujours pour prouver l’influence directe des nerfs sur la nutrition. Les muscles s’atrophient, comme l’on sait, et souvent la cellule graisseuse les remplace. Il semble qu’en général l’absence de l’innervation favorise la végétation celluleuse dans les membres. Nous voyons fréquemment les paralysies s’accompagner d’excès dans la formation de l’épiderme, du renouvellement fréquent de cette couche celluleuse, et le globule du tissu conjonctif être fort enclin à la dégénérescence graisseuse. Le tissu médullaire s’hypertrophie, et cette circonstance semble être plutôt primitive que secondaire dans les cas d’atrophie des os à la suite d’un long repos, d’une paralysie spontanée ou provoquée par la section des nerfs comme dans les expériences de J. Reid.

Un fait qui prouve, d’une manière fort indirecte, il est vrai, l’existence d’amas ganglionnaires, présidant aux fonctions de nutrition, c’est celui qui découle des observations de Volkmann et Bidder. Ils ont établi la présence, dans les troncs nerveux cutanés, d’une grande quantité de fibres provenant des ganglions du sympathique. Volkmaxn a de plus démontré expérimentalement que ces fibres ne servent ni aux sensations ni aux mouvements. Nous pouvons donc admettre que leur présence se rattache à l’accomplissement des actes nutritifs de la peau et, en particulier, à la végétation épidermique. Ainsi s’expliquera aussi pourquoi la section du trijumeau dans l’intérieur du crâne est beauconp moins préjudiciable à la nutrition des parties dans lesquelles il se distribue, que la section de ce même nerf après sa sortie du crâne; et comment celle du sousorbitaire abolit l’irritabilité des muscles de la face, tandis que la

section du facial laisse cette propriété intacte. (Longet.) C’est que le trijumeau, dans ces deux derniers cas, est un nerf mixte, renfermant une grande quantité de fibres sympathiques. Les effets de 1 extirpation du ganglion olivaire fournissent d’ailleurs la preuve directe de centres nerveux présidant à la nutrition. Mais avouons que leur mode d’action nous échappe entièrement, et constatons, de rechef, que l’on invoque en vain pour l’expliquer les troubles de la circulation; car les effets les plus marqués de ces mutilations s’observent dans les tissus non vasculaires, la cornée, les couches épithéliales.

A cette question se rattache celle delà production de la chaleur sous l’influence des nerfs. La principale cause de la production de la chaleur animale réside, sans contredit, dans la combustion des matières carbonées du sang par l’oxygène introduit dans les voies respiratoires. Mais le calcul est venu constater l’insuffisance de cette cause. D’un autre côté, certaines variations locales de la température, sous linfluence d’une altération de texture, de l’inflammation par exemple, ou des troubles nerveux, comme cela s’observe dans 1 hystérie, viennent considérablement compliquer la question. Il est certain que le passage d’une pins grande quantité de sang ne rend pas toujours compte du phénomène. Vouloir l’attribuer à un dégagement de calorique dû à une propriété fondamentale du tissu nerveux, c est se payer de mots. La cause la plus probable de ce phénomène paraît résider, tantôt dans une véritable combustion locale, tantôt dans le frottement; le calorique développé pendant la contraction des muscles dans les expériences de Breschet et de Becquerel, pourrait fort bien être attribué à cette dernière cause. Mais dans beaucoup de cas il faut avouer que le mécanisme de ce phénomène nous échappe entièrement.

III. Propriétés des parties organiques qui résultent de la transformation des globules. Il s’agit surtout d’examiner ici jusqu’à quel point des propriétés vitales peuvent être attribuées à ces parties. Ce sont, ainsi que nous l’avons vu, le détritus du globule glandulaire, celui des globules nen^eux, adipeux, etc. ; les fibres, les lames, les

tubes et autres formes solides entrant dans la composition de l’organisme.

Les débris des globules ou bien sont rejetés de l’organisme par des canaux excréteurs, ceux de l’épiderme exceptés, ou bien ils rentrent dans les voies circulatoires. Il ne viendra, sans doute, à l’idée de personne de leur attribuer de la vitalité aussi longtemps qu’ils font partie des éléments liquides du sang. Nul doute que la plupart ne se trouvent rejetés de l’organisme après avoir fait préalablement partie de la substance des globules glanduleux. Nous ne possédons jusqu’à présent sur ces actes physiologiques que des données fort incomplètes. La fibrine du sang, l’une des formes de la protéine, se range dans cette classe de substances vouées à l’excrétion. Sa quantité augmente dans tous les cas où nous observons une résorption notable des éléments de texture de l’organisme, par exemple dans l’ inflamma tion parenchymateuse, dans l’inanition, après des fatigues musculaires. (ZlMMERMANX.)

Un fait qui prouve directement que les débris des cellules sont aptes à servir de matériaux nutritifs nous est fourni par la lactation. N’oublions pas que le sperme, lui aussi, tire son origine de la végétation cellulaire.

J’aborde maintenant une question fort importante : c’est celle des propriétés vitales de ces solides nombreux qui, émanés de la cellule, composent la charpente de l’organisme, le tissu cellulaire fibrillaire, les tendons, les aponévroses, les organes contractiles, les tubes nerveux, les os, etc.

Ces organes se nourrissent-ils? manifestent-ils quelque propriété que nous soyons en droit de considérer, ni comme physique, ni comme chimique; en un mot, une propriété vitale? Il importe, avant tout, de séparer cette question de celle d’accroissement, qui est un véritable acte de la vie.

Les fibres se nourrissent-elles? Je ne connais aucun fait qui l’établisse. Les organes fibreux proprement dits, les tendons, les liga-

ments, les aponévroses, le tissu conjonctif, le tissu jaune, une fois formés, n’offrent plus aucun changement de volume, et manquent même de vaisseaux. Les causes d’atrophie générale les laissent intacts. On n’y connaît d’altérations de volume que par suite d’altérations de texture.

Les fihres nerveuses et musculaires sont moins des fibres que des tubes renfermant une substance amorphe qui, pour remplir convenanablement son rôle, exige un renouvellement continu. Elle jouit évidemment de la vie nutritive ; mais, comme je l’ai déjà dit, dans ses rapports avec la fonction nerveuse son rôle semble être tout à fait passif, celui d’un appareil physique construit avec des matériaux organiques et soigneusement entretenu. Les cylindres de substance nerveuse sont en tout comparables aux fds conducteurs de nos appareils électriques. Le phénomène de la contraction ressemble moins à un acte vital qu’à celui exécuté par un appareil physique. Ainsi nous trouvons chez certains poissons un appareil fort compliqué, développant des secousses électriques sous l’influence de centres nerveux particuliers. Les éléments contractiles me semblent devoir être rangés dans la même catégorie. Mais un renouvellement fréquent de la matière amorphe, qui entre dans leur composition, est indispensable à l’accomplissement de leur rôle.

La fibre nerveuse sert à établir les connexions entre les globules nerveux, et à les relier aux différentes parties de l’organisme. A ce titre je m’en occuperai dans le chapitre suivant.

Les expériences de M. Flourexs , confirmant et étendant les résultats obtenus par Dühamel , nous ont initié dans le mécanisme de l’accroissement des os. Rien ne prouve qu’un os, une fois formé, renouvelle les matériaux organiques qui le composent; l’âge, le repos y font naître des phénomènes de résorption dans l’accomplissement desquels l’os est passif, à la manière d’un aliment; les cellules qui occupent les vacuoles de l’organe sont l’élément actif. Inutile d’ajouter qu’elles ont de droit remplacé la membrane médullaire, l’une des plus aventureuses créations de l’école.

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