CE QUE DEVRAIT ÊTRE L'ALIMENTATION EN LAIT DE LA VILLE DE PARIS
1° TUBERCULOSE BOVINE. — Le problème qui domine l'hygiène du lait est assurément celui de la tuberculose, non seulement à cause de la gravité de cette affection mais surtout en raison de sa grande fréquence dans les exploitations produisant le lait destiné à Paris.
Il semble qu'une solution définitive de cette grave question nous échappe encore ; l'échec thérapeutique de la tuberculine et plus récemment de la méthode Behring en est la meilleure preuve : mais enfin il a été fait suffisamment pour espérer une hygiène meil- | leure sinon parfaite à ce sujet.
Au cours des quatre premiers mois de l’année 1905, le service vétérinaire sanitaire de la Seine a tuberculinisé ou contrôlé la tuberculinisation de 628 vaches laïitières entretenues dans 48 vacheries. Il a trouvé 275 sujets réagissant à la tuberculine. La proportion de 3 0/0 est donc considérable. « On se demande à quel
pourcentage on atteindra dans les exploitations rurales
re
d’où proviennent les vaches parisiennes, si on songé que celles-ci sont en général des sujets de choix ayant les meilleures apparences de la santé. » (Martel.)
Depuis la découverte en 1882 du bacille de la tuberculose, et la confirmation par Koch lui-même de l’unicité de la tuberculose des mammifères, presque tous les auteurs étaient d'accord pour déclarer que la tuberculose bovine était dangereuse pour l’homme. La nouvelle déclaration de Koch en 1901 à Londres : « Que la tuberculose bovine n’était point un danger pour l’homme » jeta un peu de désarroi parmi les savants. Depuis lors de nouvelles recherches ont fait dissiper
en grande partie les doutes que la déclaration de Koch
avait jetés dans certains esprits. Au dernier congrès international de Bruxelles, l’assemblée affirma la nécessité de protéger l’homme contre les dangers résultant de la tuberculose bovine.
Les dangers de l’ingestion du bacille bovin ne sont pas contesiables surtout en ce qui touche l'enfant pendant le premier âge.
Les belles recherches de Kossel, Weber et Heuss (1905) en Allemagne apportent une nouvelle preuve directe de la tuberculisation de l'enfant par la voie intestinale. Plus récemment encore Calmette de l’Institut Pasteur de Lille a jeté un jour tout nouveau sur la question en faisant la preuve de l'infection tuberculeuse par la voie intestinale. ;
Le lait provenant de bêtes tuberculeuses peut être nocif du fait de la présence des bacilles de Koch eux-
mêmes ou de leurs toxines (Calmette et Breton), mais
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les observations les plus probantes sont encore dues à l'infection par consommation de lait cru infecté.
La plupart des auteurs sont d’accord pour trouver une moyenne de 3 à 5 0/0 des animaux bovins tuberculeux, c’est la proportion pour la France, mais nous sommes loin de la réalité en ce qui touche la production intéressant Paris.
Jusqu’à ces dernières années, on admettait, que les bacilles n’existent dans le lait que lors de lésions tuberculeuses de la mamelle. La « mammite tuberculeuse » se produisant par des signes appréciables, il était facile de faire une prophylaxie efficace ; cette manière de voir était même partagée par Nocard, Bang, Hirschberger. Pour ces auteurs, en l'absence de lésions spécifiques de la mamelle le lait était dépourvu de tout danger. Depuis quelques années les idées ont changé sur ce sujet. Bang, en 1898, est revenu le premier de son erreur. Lydia Rabinowich et Kempner (1899), Adami et Martin (1899), Roger et Garnier (1899), Gehrmann et Evans (1900), Arloing (1902), Mohler (1903), Moussu (1904), ont montré que la mamelle saine en apparence pouvait donner du lait tuberculeux. :
En étudiant les pourcentages du rapport de M. Martel au Congrès de Bruxelles (1903), sur la fréquence des mammites tuberculeuses, on peut s'assurer que la fréquence de la tuberculose de la mamelle, tout en étant variable d'une localité à l’autre, ne dépasse pas la moyenne de cinq à six cas pour un ensemble de cent
bêtes tuberculeuses.
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Les expériences du D'Moussu, notamment, sont concluantes à ce sujet : Il fait nourrir à Alfort cinq jeunes veaux, n'ayant pas réagi à la tuberculine, par des vaches tuberculeuses sans lésions mammaires, présentant une réaclion à la tuberculine. Après trois mois deux veaux sur cinq ont donné une réaction (Comptes rendus de la Société de Biologie, février 1905). Le D° Moussu (1904) obtient 7 résultats positifs sur 57 inoculations au cobaye, avec des laits provenant de vaches sans lésions mammaires, mais ayant réagi à la tuberculine.
Ces recherches établissent que tout sujet en puissance de tuberculose, même sans aucun signe appré- | ciable, mais ayant réagi à la tuberculine, peut éliminer des bacilles de Koch décelables par la bactériologie, et susceptibles en tout cas de tuberculiser les enfants, surtout les nourrissons. Dans les cas de tuberculose localisée à un organe comme le poumon ou le système lymphatique il est possible que la virulence soit moindre, mais enfin il y a un réel danger à alimenter journellement et pendant longtemps des enfants avec un pareil lait.
Ajoutons à cela que la stérilisation même à 108 degrés est insuffisante au dire de Calmette et Breton (Comptes rendus de l’Académie des Sciences 1906) car les toxines ne sont pas détruites et nous aurons le tableau exact du rôle que peut jouer le lait dans la transmission de la tuberculose.
De ce tableau il découle que, pour la production
commerciale du lait, il serait indispensable de n’utiliser