‹ Approvisionnement en lait de la ville de ParisChapitre 20 sur 25 · PATES · texte numérisé non relu

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toujours cependant, et il y auraït peut-être des restrictions à faire à ce sujet, à Paris surtout.

A côté des « Gouttes de Lait », on trouve encore jouissant d’un égal succès et à juste titre certes la distribution de lait dans les crèches, les dispensaires et les consultations de nourrissons, cette œuvre admirable à laquelle a consacré toute son énergie le professeur Budin.

Toutes ces œuvres ne méritent que des éloges. Mais à notre avis elles sont insuffisantes, il y aurait encore mieux à faire.

L'idéal serait bien plus élevé et permettrait d’assurer à tous les enfants, ceux du riche comme ceux du pauvre, une alimentation uniformément bonne. Nous voulons parler du lait cru vivant, dans l’alimentation des enfants. Sans répéter ici les inconvénients du lait stérilisé il ne fait pas de doute (thèse de Huré, Paris, 1906) que le lait vivant lui soit supérieur. L’expérience de l’emploi du lait cru pour les enfants a déjà été tentée : Elle existe au Danemark et ce procédé est satisfaisant à tous points de vue. Plus récemment il vient d’être appliqué en Hollande (D° Teixera de Mattos). En France même les cas de ce genre d’allaitement ne sont plus isolés. Le D’ Bruno l'a: appliqué avec succès à Rouen (Vormandie médicale, 1901- 1905), le D' Sméster l’a même essayé à Paris pour sa surveillance, il a opéré sur 50 bébés et les résultats ont été absolument remarquables, puisque l’un de ces enfants a eu le premier prix au concours des bébés.

(Smester, Bulletin de la Société médico-chirurgicale de

Ai)

Paris, 1902.) Schlossmann l’a préconisé au congrès de Breslau (1904) et depuis, plusieurs villes d'Allemagne l’ont expérimenté avec succès (Leipzig, Munich).

Voilà donc ce que donne l'expérience à ce sujet: des résultats absolument merveilleux. Reste à savoir dans quelle mesure ce système est applicable à Paris.

Pour arriver à un résultat à Paris, il faut tout d’abord une réforme radicale du système d’approvisionnement qui existe à l'heure actuelle etsurtout l’intervention des pouvoirs publics établissant un contrôle sévère avec un service d'inspection bien organisé.

Expliquons-nous. On pourrait à Paris réserver au lait pour l'enfance toute‘la production locale (Seine et banlieue), c’est la seule source de lait susceptible de donner un laitsuffisamment pur pour cetusage. A Paris en effet il y a vente directe, sans intermédiaire, c'està-dire contact incessant entre le producteur et le consommateur, ce dernier a donc tout intérêt à satisfaire ceux qui lui achètent sonlait. Il est possible d'arriver, dans les vacheries de la Seine et de la banlieue à des conditions idéales de production (amélioration des races, hygiène de l’étable, du personnel, dela traite, etce., encore plus sévère). Quant à la tuberculose, le service sanitaire aidant, il est possible par la tuberculine de la faire disparaître de nos laiteries.

Le côté faible de ce projet estassurément la question du prix. Il ne fait pas de doute qu’un lait cru ainsi produit avec de telles exigeances de contrôle doit être cher ;

là est la grosse difficulté.

C’est là que la ville de Paris devrait intervenir. Mu-

to —

nie d’un texte de loi, elle pourrait, comme il se pratique à Copenhague, instituer un service de contrôle composé de vétérinaires, de médecins et de chimistes établissant une surveillance rigoureuse de ce lait depuis la production jusqu’à la consommation. En ce qui touche le prix élevé de cette denrée, il n’y aurait qu’à établir un prix uniforme, les classes riches pourraient payer de la sorte un peu plus cher leur lait. Quant aux pauvres, il pourrait leur être distribué, par les soins de la municipalité, des bons de demi-tarif ou même de gratuité, tout cela en rapport avec leur état de fortune. Le résultat de cette façon de procéder serait de mettre sur le même pied, quant à la première alimentation, tous les enfants de la capitale. Au point de vue social, l'idéal étant de procurer la mème nourriture à l'enfant du millionnaire et à celui de l’ouvrier.

Quand l’État etla municipalité se serontdécidés à combattre la mortalité infantile excessive, il y aura lieu d’organiser d’une manière rationnelle la distribution du lait d'enfants. Cette organisation doit être basée non sur le principe de la charité, mais sur le principe de lutilité publique. De la sorte les frais seront supportés par tous, les uns payant plus,les autres moins, selon qu’ils seront plus ou moins fortunés, et la ville de Paris payant pour les indigents. Les dépenses effectuées de ce chef par celle-ci seront largement compensées, indépendamment du sauvetage de nombreuses vies humaines, par l’éle vage d'une génération plus forte, et par conséquent moins sujette à tomber, par la suite, à la charge de la

ville de Paris.

Il sera nécessaire de lutter contre la supériorité apparente du lait stérilisé. l’asepsie vaut mieux que l’antisepsie. N’oubliant pas que le lait par son essence même doit être donné cru aux enfants; le jour où les lois établies et observées permettront d’avoir du lait vivant, ce jour-là les défenseurs du lait stérilisé tels les plus connus, Marfan et Variot, qui ont raison à l’heure actuelle, seront les premiers à défendre cette innovation ae

La question est avant tout du domaine de la pédiatrie : Elle ne peut être résolue que par des hommes ayant l’expérience et la connaissance approfondies de la question infantile. La collaboration de l’hygiéniste doit être mise à contribution et d'accord avec les médecins d'enfants et les pouvoirs publics, il peut arriver à des résultats merveilleux.

b) Le lait écrémé.—Le lait écrémé est un alimentutile et important en thérapeutique ; rien ne justifie le discrédit où il se trouve et sa faible valeur marchande.

Si nous évaluons sa valeur alimentaire, d’après l’éner-

gie calculée en calorie, le lait écrémé équivaut à 54 0/0

du lait entier. C’est actuellement l'aliment le meilleur marché, puisque, commercialement, il est vendu environ dix fois moins cher que le lait complet, alors qu’au point de vue alimentaire il représente plus de la moitié de la valeur de ce lait. |

Le lait écrémé contient tous les éléments azotés: hydrocarbonés et tous les sels du lait ; il ne lui manque que les matières grasses. Par l’addition judicieuse

d'amidon, de graisses, de farines, d'œufs, de choco-

lat, etc., on peut facilement obtenir à un prix très minime un aliment sain.

Au point de vue diététique et thérapeutique c’est un aliment de tout premier ordre, les travaux du professeur Gilbert en font foi ! Dans les affections du tube digestif et de ses annexes il fait merveille, d’une digestion plus facile que le lait entier, ce produit réduit notablement le travail des organes digestifs, condition éminemment favorable à leur rétablissement.

Il est donc bon d’encourager la consommation du lait écrémé : qu'il figure dans le commerce à côté du lait entier, mais sous étiquette spéciale; son prix minime en fera une boisson satisfaisante pour le pauvre surtout. De la sorte il pourra se procurer une boisson à la fois saine et économique, ce serait un résultat merveilleux si en sa faveur il oubliait un peu le chemin du cabaret. (Gilbert et Chasserant, C. R. Société de Biologie, 1902; p. 1041 et 1299.)

c) Lait complet. — Enfin nous arrivons au lait alimentaire dont l’approvisionnement sera assuré par le ramassage. La rapidité des transports comme l’emploi

de la réfrigération, l'hygiène sur toute l’échelle de la

production étant le point initial, feront de ce lait un produit meilleur. Si tous ces moyens ne semblent pas donner des résultats suffisants au point de vue de lhygiène, rien n’empèchera de continuèr l'usage de la pasteurisation, qui dans l'espèce n'offrira pas grands dangers.

Une éternelle difficulté sera toujours là pour arrè-

ter les réformes touchant la question du lait à Paris,

tr re

nous voulons parler du point de vue économique.

Les pouvoirs publics imposant desmesures d'hygiène tant au producteur qu'aux intermédiaires et au détaillant, la fraude qui est d’un si bon rapport, supprimée, il est fort à craindre que le prix du lait ne s'élève.

Même plus cher un tel lait coûterait encore moins au consommateur, car en raison de la qualité ce serait, comparativement au lait d’aujourd’hui,un produit économique.

Il est d’ailleurs àremarquerquele contrôle que nous conseillons, absolument d'accord en celà avec H. Martel, frappera surtout le producteur, lequel est déjà de tous les intéressés de la question laitière celui qui avec le maximum de peines a les plus maigres bénéfices. Il serait bon pour pallier à cette injustice que les grandes compagnies laitières consentent à prélever un bénéfice un peu moins fort, elles sont puissantes, hélas ! et il est fort à craindre qu’elles continueront à abuser de leur pouvoir à moins toutefois que l'influence de l’État ne se fasse sentir.

Dans l’état actuel de la question, l’industrie laitière n'offre que de maigres avantages à celui qui voudrait s’y consacrer selon les données des méthodes scientifiques. Mais il s’établira une législation à cet effet résultant de l’entente du commerçant et de l’hygiéniste, et c’est grâce à cette-entente que nos espérances auront des chances de se transformer en réalité. Il est probable que dans un avenir peut-être proche, lorsque le consommateur aura bien compris que son intérêt n’est

pas d'économiser quelques centimes sur son lait, mais

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bien de se préserver des maladies en usant d’un produit sain, offrant toutes les garanties hygiéniques, l’industrie du lait se transformera et s’adaptera au besoin

des circonstances pour le plus grand bénéfice de tous.

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