L. Gambetta
Ahlahl la lettre est fraîche, et je prévois sur rheure le parti qu'ont pu tirer de mes quelques paroles, à propos du mariage Arnaud de l'Ariège, ceux qui me haïssent autour de Gambetta et qui n'ont cessé de saper notre amitié.
jyjme Arnaud, que j'ai rencontrée chez une amie et à qui j 'ai répété en riant le « chacune son tour I » , ne s'est nullement émue de l'histoire. Elle l'a fait démentir sans phrase et me dit même que, si elle était plus jeune, elle se trouverait plutôt honorée de la supposition. Elle ajoute : (( Mais nous savons trop bien Gambetta fixé pour attacher un crédit quelconque à la nouvelle de son mariage, à moins que ce ne soit avec M"" L. . . »
Gambetta m'envoie Henri Hecht, son ami intime, pour me demander une « sérieuse explication )). Je ne puis, en vérité, prendre plus que ]y[me Arnaud cette histoire au tragique, et je répète
à Hecht l'impression de M""^ Arnaud et la mienne, sur ce bruit qui me permettait de dire en riant : (( Chacune son tour I » J'ajoute que j'imagine qu'une si piètre histoire ne peut atteindre une amitié qui résiste à tant d'autres assauts.
Gambetta me répond mi-partie amicalement, mi-partie insolemment :
Paris, ce i8 octobre 1878.
Chère amie quand même.
Il n'y a guère que trois ou quatre douzaines de messagers qui m'ont apporté les informations les plus variées sur les aimables nouvelles mises en circulation depuis ma dernière hégire. Je sais tout ce qu'on dit, écrit, signale ou souligne. Je n'en ai cure. Je n'avais pas besoin de cette récente expérience pour savoir que les femmes sont capables de tout et ne sont responsables de rien.
Je croirais faire injure au scepticisme particulier dont je les honore en poussant les choses à l'extrême ; donc, si cela vous agrée, il n'y a rien de changé dans ce monde et je serai votre hôte mercredi, comme vous en témoignez le désir.
Croyez que mon amitié est au-dessus de ces misères.
Votre dévoué.