‹ Apres l'amourChapitre 10 sur 67 · REPROCHES A UN POÈTE · texte numérisé non relu

REPROCHES A UN POÈTE

Quand -vos salons brillaient inondés de lumière. Quand de nombreux amîs la foule s*y pressait, Versant l'enthousiasme avec leur âme entière,

Dans votre coeur ému, que la joie oppressait, Moi je veillais aussi près d'une jeune fille. Dont les regards mourants étaient remplis d'effroi, La malheureuse enfant, de toute sa famille, Il ne lui restait plus que des tombeaux et moi! Je voyais comme une ombre errer dans sa pensée; A chaque bruit son cœur semblait battre plus fort, Puis avec une larme... hélas 1 l'heure est passée! ' Ahl ce qu'elle attendait n'était donc pas la mort ? Je m'approchai, la lampe était près de s'éteindre ; M'interrogeant alors de son regard aimant,

Elle dit d'un regard impossible à vous peindre, Ne pourrais- je le voir un instant seulement 1

Peut-être, en ce moment, vos accents pleins de flammes, Mais auxquels fut toujours étranger votre cœur, Leur répétaient ces mots dont s'enivrent les femmes, Amour, déception, liens brisés, langueur; Ët toujours, poursuivant votre image adorée, Son agonie encor répétait votre nom.

Quand on applaudissait votre muse inspirée, Sa voix sur votre tctc appelait le pardon.

Puis je crus qu'elle allait se lever toute roide : Je saisis ses deux mains, elle était déjà froide ; J'entendis un soupir, un râlement confus...

Hélas I la pauvre enfant ne vous attendait plus!

Mourir à dix-sept ans, si naïve, si tendre l Oh 1 vous .devez avoir un poids affreux au cœur. Peut-être hier encore auriez-vous pu lui rendre La vie éteinte, en elle, à défaut de bonheur !

Je crois l'entendre encor sur lu verte terrasse, Essayant, ù ma vue, un sourire bien doux,

M'appelcr de la main pour parler, à voix basse, De chagrins, d'espérance, enfin toujours de vousl Dans les beaux soirs d'été, rêvant au bord de Tonde,

Quand des oiseaux de mer nous regardions l'essaim , Que de fois, oh! mon Dieu! sa paie tete blonde, Pour pleurer sans témoin se pencha sur mon sein! Je voudrais, disait-elle, être belle entre toutes, Afin qu'un seul instant son œil pût m'admirer; Je voudrais être l'arbre ou le buisson des routes, Lorsque dans nos sentiers j'entends ses pas errer. Je voudrais être encor son ombre palpitante.

L'étoile ou le rayon qui dans son œil a lui, L'infortuné vieillard, la pâle mendiante, Qui demande et reçoit une aumône de lui !

N'avais-tu donc jamais compris cette jeune âme 1 Ton esprit orgueilleux voyait-il dans la femme Ces boutons du printemps, ces roses de l'été,

Que prend au buisson vert ta main froide et distraite, Et puis que ton ennui flétrit, effeuille et jette, Lassé de leur parfum comme de sa beauté?

Mais ce souffle divin, cette pure étincelle ,

Crois-tu donc à ton gré l'éteindre ou l'allumer ? La vie est à Dieu seul ! opprobre, honte éternelle Au poète sans cœur, à la muse infidèle , Qui sut chanter l'amour, et ne sut point aimer 1

Page 1