‹ Apres l'amourChapitre 11 sur 67 · HAINE ET AMOUR · texte numérisé non relu

HAINE ET AMOUR

Où sont- 1/5 maintenant ? ah! le beau clair de lune! Où sttis*je? ai-je rêvé ? je tremble, est-ce de froid ? Quelle est l'heure? Minuit!... Peut-être dès la brune,

Au bal ils sont ensemble; oh ! ma douleur s'accroît! Que mon cœur est serre! j'ai peut-être la fiOvre; Je frissonne, et pourtant le feu brûle ma lèvre I Si je pouvais pleurer! Ils ne me verraient pas! C'est elle, elle surtout qui s'attache à mes pas, Qui me poursuit partout ; c'est elle, cette femme, Qui dans l'ombre vivante ensevelit mon âme !

Dès qu'un pâle rayon sur mon cœur avait lui, Son souffle Téteignait, et maintenant je pleure. Vengeons-nous! car je sens redoubler, à cette heure, Et ma haine pour elle, et moa amour pour lui I

Tu triomphes, déjà tu me crois froide et morte t Prends garde au feu qui couve! 0ht si jeté voyais t

La mourante, vois-tu, parfois est la plus forte î Femme, je vis encore, puisque encor je te hais l

J'appelle! nul écho! l'immensité, le vide!

Il me faudrait le bruit, le mouvement rapide, Des rayons de juillet pour ranimer mes sens t Je n'ai que de mes maux les souvenirs récents; Et rien ne combattra cette horrible pensée!

Elle attaque et grandit sans être terrassée ; Contre moi chaque jour augmente sa vigueur, Encore un pas, son glaive aura touché mon cœur 1

Que tu me semblais beau dans cette heure suprême 1 Dis-moi, te souviens-tu de m'a voir dit ; Je t'aime 1 Te souviens-tu, dis-moi, d'avoir pressé ma main? Mais non, tu Toubliais, hélas, le lendemain ! Que me donneras- tu, pour ma longue souffrance? Pour les ennuis d'une âme écliappée à l'enfance, Pour mes jours de bonheur envolés ù jamais ?

Rends-moi, rends-moi mon cœur et sa première paix i

On applique le feu sur la vive blessure Quaad on croit le venin pass^ dans la morsure ; Dans mes veines aussi s'infiltra le poison !

Si tu ne peux guérir la plaie encor saignante,

Il me faut mes beaux jours, ma vie insouciante, Arrache-moi le cœur ou rends-moi ma raison 1

Mon Dieu! comme j'ai froid! comme la lune est palel Que je voudrais sentir un rayon pur et chaud 1 Mais la lampe des nuits seule, par intervalle, Projette ses lueurs sur le champ des tombeaux) Je sens âiiblir ma voix et se pencher ma téte. Qu'entends-je ? est-ce un torrent, le bruit de la tempête? Plus rien dans ma pensée!... Oh ! quand viendra le jour? Affreuse vision 1 là, je vois là, deux ombres Qui dévorent mon cœur I Leurs yeux cruels et sombres Ont le regard sanglant du terrible vautour :

Ahl je les reconnais! c'est la Haine et TAmour i

MORTEl

Le front enveloppé d'une fine dentelle,

Sur sa couche funèbre clic semble encor belle; Un rosaire en corail étincelle en sa main, Le soleil qui décroît la verra-t*il demain?

Je Tai connue enfant, elle était orpheline, Sa mère, on le disait, mourut de la poitrine; Je la &isais souvent asseoir sur mes genoux, En couvrant de baisers ses yeux tristes et doux.

Au retour d'un voyage, après huit ans peut-être,

Dans une église, un jour, je crus la reconnaître : Son front s'était penché pour écouter un chant; £lle sortit rêveuse, et je vis qu'en marchant,

Son œil sombre et aavré, tout'au fond de la rue

Semblait chercher une ombre à jamais disparue; Quand pour la consoler, le soir je vins ici, Dans un embrassement elle me dit : Merci I Mais, malgré sa pâleur et sa morne souffrance. Je n'entendis jamais aveu ni confidence ; Elle me paraissait ne plus rien espérer, Et pleura devant moi tant qu'elle a pu pleurer 1

Plus de larme à présent, presque plus de pensée; Elle ne souffre plus, elle est presque glacée I De son regard fiévreux Tétincelle pâlit, Le médecin murmure en s*éloignant du lit.

Comment chercher à vaincre un mal héréditaire? La pauvre enfant en meurt comme sa jeune mère. Non... Musset, le poète, a bien mieux dit un jour Une femme ne vit et ne meurt que d'amour 1

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