AU SEUIL DU CLOITRE
Frères, vous demandez quel ouragan m'apporte? Quel est le désespoir qui frappe à votre porte? Un cloître est un tombeau dont les échos sont morts, Je puis lui confier mon crime et mes remords.
A cet âge où l'on croit la jeunesse éternelle, Ivre d'amour, j*aimai pour la première fois,
Et c'était une femme aussi pure que belle !
Puis je la vis pâlir, et pendant de longs mois
Je tremblai pour sa viel.. Un jour, faible et souffrante.
Seule je la surpris en sa chambre brûlante.
Avais-je ma raison? je ne m'en souviens plusi...
Je crois, en rappelant tous mes rêves confus...
Que mes baisers pleuvaient sur ses pieds, sur sa tête, Comme les gouttes d'eau tombent dans la tempête. La flamme du foyer jaillitl... Infortuné I
Un cadavre gisait dans mes bras bâillonné Par mes lèvres de feu. Dans ma crainte mortelle Je répète depuis : « Quand j'entrai, vivait-elle? » Sinistre, affreux mystère ! Ai-je dans mes transports Violé ce repos que possèdent les morts?
Ou, sacrilège encor!.. l'àpretf de ma flamme A-t-elle consumé les liens de son âme !
. Et j'ai peur 1 et je crie, en tombant à genoux : Cette âme que j'ai prise, oh! mon Dieu, l'avez-vous?
LA PAQ.UE J U DM Q.UE
La première étoile étincelle
Au-dessus du bassin d'airain.
On ouvre la Pâque nouvelle Par ordre du grand Sanhédrin.
Mille clairons dans les campagnes Partent, acclament le grand jour; De la ville les sept montagnes Allument leurs feux tour à tour.
Bientôt, de colline en colline, A peine aperçus, répétés, Ces feux couvrent la Palestine De leurs ondoyantes clartés.
Regardez, juifi» de Babylone, Apparaître dans le lointain
Ce divin signal qui rayonne De r£uphrate jusqu'au Jourdain.
Des caravanes haletantes, De Nazareth, de Bethléem, Ont déjà disposé leurs tentes Sur les murs de Jérusalem.
Ces peuples, qu'on distingue à peine, Viennent du pays de Cédar, Et ceux qui traversent la plaine Marchent depuis le mois d'Adar.
Portant les doux fruits que la terre Produit au bord des fraîches eaux, Ces femmes ont quitté naguère
Cana, la ville des roseaux,
Et près des sépultures peintes
Se reposèrent tour à tour
Dans le grand bois des Tércbinthes
A Tabri des chaleurs du jour.
Vers le chemin de Samarie, Le peuple apporte des rameaux;
Des pâturages de Syrie
Vois-tu venir ces longs troupeaux
Éveillant les sollicitudes
De tous ces pasteurs rassemblés ?
Ils ont quitté les solitudes De Juda, pour être immolés.
Ceux-ci, dans leurs dernières poses, Ont trouvé les prés toujours verts De Jéricho, ville des roses, D'Engaddi, près des grands déserts.
Au temple, où les cèdres superbes Sont revêtus de lames d'or, On offre les premières gerbes Des blonds épis tendres encor.
Là, symbolisant les idées, Chaque objet parle de la foi ;
Les chérubins de dix coudées • Gardent les tables de la loi.
La voûte de jaspe scintille, Comme les rayons dans l'éther, Le parvis du Saint des saints brille Comme les vagues de la mer.
De Saba la fleur exotique Souleva son voile argenté,
Pour franchir ce cristal magique Qui réfléchissait sa beauté.
Immolez les colombes blanches, E Veuillez les lis du vallon, Coupez les odorantes branches Des rosiers qui couvrent Sâron!
De l'ambre, à la goutte perlée.
Offrez, avec les premiers pleurs,
La fauvette Je Galilée
Prise sur les palmiers en tieurs.
Que chaque couronne soit faite De myrte fleuri, d'olivier !
Apportez encore à la fête, Avec les fruits du citronnier,
Ces roseaiUL aimés du zéphire, Cueillis pendant leur doux|frtsson Près du lac en forme de lyre, Dont récho forma le doux nom.
Des enseignements mosaïques
Accomplissez la sainte loi, Et que vos tribus hébraïques Intacte coaservent sa foi,
Jusqu'à ces jours saints et prospères, Qui verront Juda refleurir; Jours qu^ vous ont promis vos pères.
Quand leurs yeux perçaient l'avenir.