LA POÉSIE
A MADAME BLANCHECOTTE
La jeune et belle poésie,
Me parlant d*un ciel enchanté, Disait : « Pour toi que j'ai choisie, « Vois quelle est ma fidélité :
" Quand tu voyais avec tristesse « Passer tes jours décolorés, «( Moi, d'une éternelle jeunesse, « J'apportais les rêves dorés.
« Tu disais : j*ai vu fuir Taurore,
« Mourir les roses de l'été!
« Ma voix te répondait encore, « O femme, je suis ta beauté 1
« Lorsque mon feu divin t'anime, « Tu redeviens belle toujours, « Suis-moi sur la plus haute cime, M Tu verras encor les beaux jours.
tt Quand d'ingrats amis s'éloignèrent, « J*accourus pour te consoler,
« Aussitôt les larmes cessèrent ; « Honte à qui les a fait couler !
« Pendant tes longues insomnies, « Je sus te bercer de mes chants, ^ « A mes suaves harmonies «c Tu mêlais tes. regrets touchants.
« Après les larmes d*une année, « Ton âme s'éveillait un jour ;
« Comme aux ténèbres condamnée, « C'était Téclipse de l'amour 1
a Je m'approchai de ton visage, « Mes rayons vinrent t'enflammer;
« En t'embrassant je dis : courage, « Ma sœur, tu peux encore aimer 1
« Mais de plus cruelles alarmes « T'amenèrent le désespoir; ' « Encor tout baignés de tes larmes, « Tes fils te quittèrent un soir I
« Ils sont partis, tournant la tête « Vers l'adieu que ta voix jeta,
« Et puis, comme un flot de tempête, n La distance les emportai
« Sans mouvement, comme une morte « Tu restas les deux bras tendus \ H La douleur était la plus forte, « Vn instant je n'espérai plus !
« Les yeux fixés sur ta poitrine, <c Tu dis en te sombre stupeur :
« Je ne sens plus là qu'une épine,
M Ils ont emporté tout mon cœur.
« Me jetant dans tes bras mère,
« Je m'écriai : je suis ici,
« Tu n'es plus seule sur la terre,
« Ne suis-je pas ta fille aussi ?
« Avec toi, sans craindre personne, « Aux jours mauvais, sous les frimas, « Si Dieu lui-même t'abandonne, « Je ne t'abandonnerai pas.
« Ta foi pâlit, le sombre doute
« T'obsède et te sait en tout lieu; « Va sans frayeur, poursuis ta route, « Moi je te parlerai de Dieu.
« Sur la couche de la souffrance, «< Lorsque viendra ton dernier jour, «t Je dirai : je suis Tespérance, « Annonçant le divin Amour.
« Aux rêves de ce monde étrange, « Viens fermer ton cœur et tes yeux « La mort attend, et je suis l'ange « Qui doit t' emporter dans les cieux l