A M. J. T. DE SAINT-GERMAIN
Heureux et fier de sa jeunesse,
Il va chantant par le chemin, Oubliant les jours qu'il délaisse, Insouciant du lendemain.
Il dit en son jeune courage, Et relevant son front hardi :
Escaladons ce pic sauvage, Qui dresse sa crête au midi I
Pendant bien des heures il monte,
Franchissant les aspérités ;
Et sur les sommets qu'il affronte,
La mort veille de tous côtés.
L'éclair brille en trait d'écarlate, Le torrent mugit plein d'efiroi ; Le vent souffle et la foudre éclate, Quand Dieu lui dit : « Ecoute moi!
Reste là, sur l'étroite cime, Penche ton front, dit le Seigneur,
Vois, sonde l'horreur de l'abîme,
Et réponds-moi, iils, as-tu peur ? »
Le mortel se penche en silence, Le rocher va fuir sous ses pas, 11 regarde l'abîme immense Et répond : Je ne tremble pas I
Au fond d'un vallon solitaire.
Séjour de quelt^ues exilés,
C'est le même homme, et le mystère Couvre ses beaux jours envolés !...
Il n'a plus rien de sa jeunesse, Il n'attend rien de l'avenir, Mais il semble lutter sans cesse, Contre Tombre d'un souvenir.
Le front dans les mains il frissonne, Ah I se dit-il, quittons ce lieu ;
L'éclair luit, la foudre resonne, J'ai peur d'entendre encore Dieul
Une voix lui dit du nuage :
«< Regarde en toi-même 1» — Seigneur,
Pitié! je n'ai pas le courage
De voir l'abîme de mon cœurl