ARRIVÉ
Hier, c'était l'absence, et la vie était sombre... . Plus d'attente aujourd'hui, plus de doute, plus d*ombre, Il me semble de Tair respirer la clarté ; Je sens mon esprit libre et mon cœur agité!
Il circule en mon sang je ne sais quelle flamme ! Sa ienêtre est ouverte, il fait jour en mon âmel Ohl ne me parlez plus d'avenir incertain, Je l'entends, il est là, que m'importe demain !
LES BOUQUETS DE CERISES A Monsieur Auguste Lacaussade
En juillet, au long mois des i>rûlantes soirées, Gardant au bord des eaux les génisses marbrées f Et cueillant les grands joncs, j'aperçus cinq enfants;
Du buisson pour les voir, quand j'écartai les branches, Us riaient à plein cœur en montrant leurs dents blanches, Lançant des regards triomphants!
Dans l'herbe étaient posés cinq bouquets de cerises, Une branche coupée où pendaient des merises; Quatre de ces enfants mangèrent les doux fruits,
Se jetant les noyaux dans leurs malices folles, Gazouillant à la fois chants, rires et paroles. L'un d'eux n'entendit pas ces bruits.
Assis sur le fossé, sa rêveuse paupière Errait sur les coteaux où rougit la bruyère : « Gardez-moi mon bouquet! » dit-il naïvement. Et puis il s'éloigna gravissant la colline; On le perdit de vue, et la troupe enfantine Le vit fuir sans étonnement...
Car depuis le premier désir de la jeune Ève, Sur tout ce qui domine et vers les cieux s'élève, Tout ce qui plane enfin, les montagnes, les tours, Eniânt, homme ou vieillard , il est touj^ours un être
Qui monte sur le faite et croit voir apparaître Ce que Tâme cherche toujours!...
Puis, quand vinrent du soir les lueurs indécises,
L'enfant qui descendait demanda ses cerises.
Mais il fut accueilli par un rire moqueur :
« Comment ne sens-tu pas ta demande importune, « Lorsque tu viens sans nous de souper dans la lune?» Et tous le raillèrent en chœur.
L'artiste, après son rêve incompris et sans arme, - Raillé comme l'enfant sent tomber une larme.
Plus d'inspiration, de généreux penchants,
Le réel seul est roi dans ce temps où nous sommes. Poète, allez à Dieu, les enfants et les hommes Pour ceux qui rêvent sont méchants 1