‹ Apres l'amourChapitre 49 sur 67 · LA FÊTE D UNE VIEILLE FEMME · texte numérisé non relu

LA FÊTE D UNE VIEILLE FEMME

A fcler mon patron votre amitié s'apprête; Merci de vos souhaits, et merci de vos fleurs I Mais après' soixante anà est-il un jour de féte« Un jour pour oublier le passé, ses douleurs?

Cependant ce bouquet rappelle à* ma mémoire De bien chers souvenirs. Ces camélias blancs Et d'un rouge de feu me racontent l'histoire De )Ours demeurés purs presqu'autant que brûlants.

Il était loin de moi... Je me souviens encore Combien mon cœur battait quand sa lettre arrivait. Je connaissais le jour, et, bien avaïit l'aurore, D'attente et de bonheur mon âme s'abreuvait.

• • la

Sa lettre f... Je sortais furtive, triomphante,

Emportant le doux pli, le visage vermeil,

Pour le lire en secret. J'arrivais palpitante

Dans une serre chaude où s'ouvraient au soleil

Ces splendides boutons que votre main amie

Aujourd'hui m'offre encore. Oui, ce cher souvenir

Ravive le passé, dont mon ame endormie

A perdu les lueurs... Je les vois revenir

Aussi purs qu'autrefois. O rêves pleins de charmes I

Sans souffle j'atteignais ces jardins protecteurs:

Au dehors les frimas, les soupçons, les alarmes j

Mais arrivée ici, c'était l'Éden en fleurs,

Le repos et la paix... C'était la vie entière I

Ne cherchez plus, ami, cet asile charmant,

Car on a tout rasé pour faire tin cimetière ;

Tout est mort en ce lieu comme mon jeune amant.

Hélas ! quand devant moi ces jours si beaux se peignent,

Un instant je renais au souffle du passé;

Puis la lumière baisse et mes regrets s'éteignent,

Et je dis, en pleurant ce mirage^effacé :

Qui jamais me rendra tant de si douces choses?

Cette serre au soleil et cet air embaumé,

Ces feuillages brillants, ces fleurs blanches et roses,

Ces lettres, ce cachet au nom du bien-aimé,

Ces battements de cœur, ce secret, ces alarmes,

Ces mots chastes, ardents, répétés et relus ? Qui me rendra, Seigneur, qui me rendra mes larmes? Hélas ! depuis longtemps mes yeux n'en trouvent plus! Qui donc les dessécha dans leurs sources fécondes? Qu'ont donc fait les printemps de tantde jours heureux? Les ont-ils emportés avec mes tresses blondes? Quand chantent les oiseaux se souviennent-ils d*eux? En ces temps de bonheur et de vive jeunesse, J'aurais ri de pitié si l'on m'eût dit qu'un jour Je pourrais vivre ainsi, vivre avec la vieillesse. Vivre sans chant, sans.voix, sans rêve, sans amour!

L'arbre croit-il pouvoir exister sans feuillage, Avant d'avoir connu les frimas et Thiver?

Mais qu'importe au vaisseau qui va toucher la plage Ses grands mâts emportés par les liots de la mer !

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