DÉCOURAGEMENT
La nuit me fiait trembler, le iour blesse ma vue, Le présent me fait mal, ce long rêve me tue; Pourquoi marcher toujours? pourquoi sitôt vieillir?
Ne verrai- je jamais le printemps refleurir ?
Non, dans une cruelle et longue inquiétude,
Je demande au désert sa vaste solitude, Là, sans aucun lien et vivant sans etfort, J'ouvrirai sans pâlir les ailes de la mort.
Car mon âme abattue et par Teifroi saisie Tressaillerait encor sous un rayon d'Asie; Il me semble surtout qu'expirant dans ce lieu. Mon âme plus brûlante irait plus vite à Dieu.
Mais, lorsque je succombe au dégoût qui m'accahlc, On me dit que les pleurs me rendent plus coupable, Que le mal doit guérir par notre volonté,
Que souffrir plus longtemps est une lâcheté.
Seigneur, puniras-tu par plus de mauK encore,
Ce désir impuissant qui toujours me dévore ?
Si le sort m'est fatal, puis-je le détier, Souârir, même en pleurant, n'est-ce pas expier ?
Dans mes champs de projets j'ai vu tomber la hache. Dès que renaît l'espoir, une main me l'arrache 1 En vain vers l'avenir je tends mes bras sanglants, Je veux aimer encore, et mes cheveux sont blancs I
Il ne devint plus qa*un ami, Puis étranger dans la famille,
Un jour cntin, la jeune fille
Me disait : " T aimais- je à demi ^ »
Mais pourquoi donc cette pervenche Se penche-t-elle vers ton sein , £t cette marguerite blanche S'effeuille*t-eUe dans ta main ?
Tu le sais, il aimait ces roses Au feuillage pâle et mousseux ;
Ces pervenches ù peine l\,1u.^c.->, Pour lui seul ornaient tes cheveux.
Il préférait cette romance,
Çt tu la chantes aujourd'hui, Est-ce encore une souvenance, Un parfum, un rêve de lui ?
Tu rougis à ces i^ots : « Expliquez-moi ces choses, Vous m'aves révélé d'étranges sentiments; Pourquoi ces fleurs d*azur, et ces chants et ces roses Me causent-ils ainsi de longs ravissements ? »
Tu les aimais pourtant d*un amour moins intense.
Moins ardent que celui qui remplissait ton coeur, Mais ces objets étaient des pages d'espérance, Tu les voyais toujours sourire à ton bonheur.
Leur aspect pour le cœur est toujours plein de charmes; Souvenirs de Tenfance, ou bien rêves plus doux, Les choses et les lieux savent trouver nos larmes, Tant leur nature, hélas 1 s'identifie à nous.
Ils émeuvent encor quand des heures &tales Ont laissé notre cœur semblable au pré fouché;
Ne voit-on pas longtemps aux terres boréales, Briller le crépuscule après l'astre couché? .