M. CHARLES FLOQUET
En 1863 et en 1869, s'étant présenté à la députatlon, 11 échoua dans sa candidature et il fût peut-être resté des années encore dans Tespérance d'une bonne fortune rebelle à ses désirs, lorsque le sinistre drame d'Auteull — le meurtre de Victor Noir par Pierre Bonaparte — lui permit, enfin, en le plaçant soudain en relief, comme conseil chargé de soutenir les revendications civiles de la famille Noir, d'offrir au public la virginité mûre de sa parole.
Adjoint au maire de Paris, pendant le siège, il fut élu député à l'Assemblée Nationale en février 1871 ; mais ce rôle nouveau et difficile, alors, sembla le gêner. Il donna sa démission, pour ne point déplaire aux communalistes et s'en fut à Biarritz, pour ne point paraître, aux yeux des Versailïais, approuver les actes du gouvernement insurrectionnel. Ce fut, un peu pour lui, alors, une situation pareille à celle de ràne de Buridan. Cette posture, d'ailleurs, ne lui fut pas favorable. Suspecté dans ses sentiments et dans ses sympathies politiques, il fut arrêté, par ordre de M. Thiers, et conduit sous escorte, à. Pau, où il demeura prisonnier jusqu'en juin 1871.
Dès lors, M. Floquet adopta une attitude militante et hostile vis-à-vis des hommes de l'Assemblée Nationale. C'est ainsi qu'il devint président du Con-
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seil municipal de Paris, en 1875, «t qu'il fut envoyé à la Chambre, par ses administrés, en février 1876.
Lorsque ce pauvre grand homme, mort trop tôt, (rambetta, forma son ministère, en janvier 1882, il ^e servit de M. Floquet comme préfet de la Seiiifi. Fonctionnaire^ il eut des goûts faâtueux qui lui aliénèrent la confiance des puritains du Conseil. S'étant éloigné de ces moroses, il reparut au Palais-rBourbon, et, en 1885, la Chambre que l'austérité de M. Brisson avait ennuyée, vit en lui un homme aimable et le nomma son président.
Après trois années d'exercice qui lui valurent les louanges publiques et inconscientes, en un article de V Autorité^ de M. Paul de Gassagnac, M. Floquet accepta le pouvoir et devint le chef du Cabinet du 3 avril 1888. Mais ce fut là, pour lui, un événement fâcheux, car il rencontra alors, sur son chemin, le plumet et le cheval noir du général Boulanger, ainsi que Thydre aux trois cent mille tètes du canal
de Panama.
Telle est, rapidement esquissée, l'existence politique de M. Charles Floquet. Elle n'a rien d'original et ne saurait retenir l'attention. Un proverbe veut que la sauce, souvent, fasse passer le poisson. Pour M. Floquet, il semble que le proverbe renversé serait mieux — que le poisson fait passer la sauce. En
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effet, il est plus intéressant que son œuvre, que sa vie publique et, sur le transparent comique de notre modernité, il se silhouette, il se détache — type délicieux de vaudeville, sorte de Cassandre fln-de-siècle, rajeuni, parfumé, non plus berné, comme Tancétre, mais avec un grain d'astuce bourgeoise qui le protège contre les duperies et les horions.
M. Floquet, élégant, tout battant neuf, sans cesse, en ses vêtements sortant de chez le bon faiseur, a cependant, avec sa tête chevelue, avec ees courts favoris encadrant son visage, avec son menton rasé, Taspect d'un brave notaire endimanché. La vivacité de sa personne, seule, atténue cette physionomie banale, mais elle est en lui, et au repos, devant son bureau, ou à la marche, dans les couloirs du Parlement, elle taquine et trahit, malencontreusement, ses beaux éclats prudhomesques, rimmensité de ses élans, les trémolos humides de sa voix.
Sous TEmpire, déjà, M. Floquet, malgré la bizarrerie de ses chapeaux, malgré le luxe et la coupe de ses gilets ou de ses redingotes qui affectaient de petits airs « à la vraie mode de 1793, » d'où s'échappaient comme des senteurs « d'incroyable, » avait ce masque notarié, invitant plus aux contrats d'af-
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laires qu'aux contrats galants — il eut des aventures, pourtant — et il s'en revenait, quotidiennement, de chez son coiffeur, habile à composer des têtes de cire, cependant, pour se rendre au Temps, où il écrivait des faits- divers — désespéré.
Toutefois, la mise étrange de M. Floquet fit oublier la bonhomie vulgaire de sa tête et lui attira quelques badauds.
Mais, Je le répète, sa célébrité eût sans doute été lente k naître et eût été rejoindre les destinées delà Pologne qu'il acclamait à la barbe du Tsar, en 1867, si rincident Victor Noir ne lui eût servi de tremplin politique et ne Teût désigné comme un adversaire utile de TEoipire, aux électeurs mécontents.
M. Charles Floquet sut s'emparer de la confiance de quelques-uns, à Taide d'une éloquence toute spéciale^ d'une phraséologie bruyante et pompeuse, à laquelle on n'était guère habité sous l'Empire, ainsi que dans les années qui succédèrent à son écroule, ment. Dans le silence de l'époque, sa voix eut l'intensité du coup de tam-tam cher aux forains — de ce coup de tam-tam qui amasse, devant les tréteaux, les naïfs.
La voix de M. Floquet est la même, toujours. Il la donne, à la tribune, dans toute la force d'un solide gosier, et elle s'en va, effarante, dans un ensemble
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de gesticulations furieuses, vers Tauditoire assourdi^ comme perdu, comme noyé sous le flot de tant de syllabes accumulées, redondantes, tombant les unes sur les autres, ayec des vibrations de traître jouant sa grande scène, à l'Ambigu.
Ce genre d'éloquence a sa place indiquée à la cour d'assises et peut, je le reconnais, avoir quelque autorité sur une douzaine de jurés. Mais son influence est nulle dans un Parlement et, si peu habitués aux harangues que soient certains provinciaux députés, ils ne s'y laissent pas prendre.
C'est pourquoi, M. Floquët, président, faisant des grâces et onctueux dans Toraison funèbre d'un collègue, ne saurait voir, dans l'attention que lui a prêtée la Chambre, lorsqull s*exprimait devant elle, autre chose qu'une surprise — qu'une de ces surprises allant à sa parole, comme à un objet antique, comme à une curiosité que, seuls, les colléetionneurs de raretés hors d^usage tiennent à conser-* ver.
M. Floquet — l'événement Ta démontré — n'est point un homme d'Etat. C'est, en politique, un « voyeur, » si je puis employer ce mot parisien, et ayant parfois la parole audacieuse, il reste impuissant dans l'accomplissement de ses actes, ou mieux, il n'a pas le sens des faits qui devraient appuyer et
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confirmer ses théories. C'est un heureux de Texistence, un gâté de la vie, un. jouisseur, selon l'expression de» Gambetta, et il semble que, dansses conceptions sociales, il marque un arrêt qu'ellesne doivent pas franchir; obsédé par la peur de. se^ voir entraîner* par elles, involontairement, par la peur d'une marche en avant trop irrémédiable, par la peur de ne pouvoir, plus retourner sur ses paa^ et de perdre, ainsi; les générosités que le sort lui a. octroyées. C'est un Jacobin que: Todeur da club> écœure, que la guillotine' faittombsr en pâmoison, que l'abandon de son bonheur, de sa félicité, de. sa quiétude bourgeoise, fait larmoyer. — Il ne rerpousse pas le bonnet phrygien, mais il badigeonne: de rouge ses talons : rouge' partout, sans-rculotta à: la tête, marquis aux pied& — tout^M. Floquet est là«. Médiocre politique, M. Ploqjuet fut, cependant, om ne saurait le nier, un gentil président du Parlement. Courtois, empressé, affectueux, môme, avec ses< collègues de la gauche et de la droite, il goûta, dans son fauteuil, la gloriole- amusante des simples* Il ftit aimable, coquet et beau et il donna^ à sa demenret officieUe> une* tenue particulière, non exempte da raffinement mondain. 11 offrit à boire et h, mangée au Tout-Paris des premières et s'il dédaigna ume: baignoires en' argent; pour ses abiulions-habitueiles^