‹ Après l'EmpireChapitre 11 sur 17 · M. CHARLES FLOQUET · texte numérisé non relu

M. CHARLES FLOQUET

îlnerefusapoinl les oreillers garnis de Valenciennes^ que la munificence du budget parlementaire (/burnt^ tures diverses) lui accorda.

Toutefois, dans son élévation, il n'eut point la grandeur généreuse de son prédécesseur Gambetta, en ce qui concerne le personnel du Parlement. Dans ce personnel, oùTenvie, la haine et lai délation ano* nyme sont à Tordre du jour, il écouta trop volontiers les méchants. Il fut cruel à tous ceux qui ne s'ager nouillèrent pas devant lui et il les frappa sans pi^ tié. Il n'est point donné à tous d'avoir le cœur compatissant et Torgueil intelligent derGambetta. Gomme le général Boum, « à cheval sur la discipline, » M. Floquet fat un implacable des règlements» fut un rigoriste de la « fôôrme. »

Un philosophe a dit que les femmes ont lesicher veux longs et les idées courte»;. Je ne sais si, dans la solennité qui caractérise M. Floquet, si dans la boursouflure, si dans Teniphase de ses discours, la phrase du philosophe peu galant pourrait lui être applicable. Mais, en dépit de l'humour qu'il montra en sa présidence, il. semble que son esprit s^égare, que ses pensées se mêlent, confuses^ alors* qu'il lui est offert de participer à un débat, à la manifesta* tion d'un' acte politique. Et c'est alors qu'il nous apparaît, non seulement physiquement comme le

i68 APRÈS l'empire

brave notaire prudhomesque dont je parlais au début de cetteétude, mais surtout, moralement, comme le descendant direct du héros de Henry Monnîer.

Il a des mots terribles alors — terribles pour le renom de son esprit. — Il fait des citations historiques et il prononce : — « Mirabeau et moi, avons dit... » —M. Jules Ferry qualifie le général Boulanger de Saint- Arnaud de café-concert. Le succès de celte boutade Tempôche de reposer et il tente de le faire oublier. — « Môssieu, s'écrie-t-il, un jour, en s'adressant au général, à votre âge, Napoléon I" était mort! » — Homais, le pharmacien Homais, dans Tofflcine de sa petite ville normande, là-bas, n'eût pas trouvé mieux.

Comparé — par des flatteurs — à Robespierre et à Saînt-Just, il apprend par cœur des passages entiers de la vie de ces deux illustres conventionnels et il les récite, avec une sorte de satisfaction intime, comme se les appliquant à soi-même.

Sentencieux, doctoral, solennel, majestueux, M. Fioquet ne comprit pas sa vocation. Il eût fait un merveilleux régent de collège; il eût vécu, délicieusement, dans cet emploi, la vie de tous les héros fameux de l'Histoire ou de la Fable appris dans des livres estampillés; il eût lancé, admirablement, au jour consacré, le traditionnel : — « Jeunes

H. CHARLES FLOQU&T 169

élèves...» — et il eût arraché, en des trémolos pathétiques, des larmes, de vraies larmes, aux parents émus et chargés des couronnes obtenues par leurs précoces rejetons.

Il faut gémir sur sa destinée, et il faut nous plaindre de ne pouvoir, ainsi — l'admirer.

Un homme dont on parla, en 1871, quoiqu'il ne nt point partiedel'Assemblée Nationale, un tiomme qui occupa alors l'attention publique, par son attitude comme membre de la Commune et comme ami timide du Gouvernement de Versailles, mérite d'avoir sa place en cette exposition, presqu'intime, de politiciens. Je veux désigner M. Méline, dont l'autorité s'est si puissaramenl inipu^oe .\ notre actualité.

Je n'ai pas pour HÊ'- "«, prisenLei

î pour V "«. prisenLer, ini\

172 APBÈs l'empire

naire, mes modèles du récit anecdotigue, de la forme littéraire, et il me semble que cette façon de portraiturer ceux qui vont et gui viennent, dans une mêlée un peu confuse, devant le public, n*est point sans intérêt.

Avec M. Méline, cependant, il devient malaisé de faire de l'art ou de la fantaisie ; il est plus malaisé, encore, de philosopher. M. Méline est, en effet, un homme tout nu, l'un de ces hommes qui n'ont point d'histoire ou dont l'aventure, très banale, s estompe et se fond dans les grisailles de leur époque. Rien de particulier ne le caractérise, rien de saillant ne le met en dehors de la foule et si la chance qui travaille quelquefois — trop souvent même — pour ceux qui, dans la vie, « font tapisserie, » pour ceux qui ne méditent contre elle ni viol ni coquetterie, ne s'était offerte et ne s'offrait encore à lui, capricieuse comme toute femelle, il n'y aurait aucun inconvénient, en dépit du rôle important qu'il tient dans le monde paHementaire, à négliger sa personnalité.

En l'heure présente, pourtant, il est nécessaire de le dire, pour ne pas être injuste, la personnalité de M. Méline semble grandir et s'élever au-dessus des ombres vulgaires qui hantent le Parlement. II est «ans histoire et, près des hommes dont l'histoire

M. MÉLINB 173

est trop compliquée, trop mélodramatique, trop ro* man-feuilletoniste, il représente comme une paix matérielle, comme une sécurité morale qu'on n'a pas le loisir de dédaigner. Il pourrait s'imposer au public comme un calmant s'impose à un malade. Il pourrait être TémoUient destiné à adoucir, définitivement, les coliques de Panama.

Fluet, tout en os et tout en nerfs, de noir vêtu comme un parfait notaire dont il aies favoris traditionnels ainsi que la grâce professionnelle, M. Méline erre dans les couloirs du Palais-Bourbon, habituellement chargé d'une immense serviette de laquelle débordent d'innombrables paperasses. Il est un des assidus de la Chambre, l'un des fidèles de la tribune, l'un aussi des laborieux qui s'enferment dans les locaux des commissions, pour y élaborer projets sur projets et non poury sommeiller ou pour y intriguer.

Avocat instruit et intelligent, au début de sa vie, il eut une vision fort étrangère aux destinées qui sont actuellement les siennes, à la pensée qui le dirige aujourd'hui.

Très pieux, très catholique, il organisa des sociétés religieuses, fut membre influent d'une conférence de Saint- Vincent-de-Paul et combattit ce que ses isollëgues de la droite nommeraient le bon combat.

174 APRÈS l'empirb

Mais cette ferveur sainte et Se saoristie n'eut, 'chez lui, que la durée d'une fièvre maligne, et lorsque la République fut proclamée, au Quatre-Septembfpe 1870, il renonça à sa foi, se Tetourna vers Satan, «es pompes et ses œuvres et accepta d'-étre l'adjoint au maire du premier arrondissement de Paris.

Pendant le siège, il ne fit guère parler de lui. Cependant, quand le Dix-Huit-Mars jeta son tocsin et ses clameurs sur la grand'ville, il sortit de son bureau administratif et joignit son nom à celui des révoltés. Ce nom plut aux Parisiens qui l'appelèrent à siéger dans les conseils de là Commune.

Que se passa-t-il, alors, dans l'esprit de M. Méline ? Fut-il épouvanté par quelque rêve tragique, par la divination des choses extraordinaires qui allaient s'accomplir et qu'il ne voulait ni approuver, ni blâmer r fut-il attristé, soudain, par cette parodie gigantesque et sanglante des jours révolutionnaires? •Nul ne saurait le dire. Quoi qu'il en fût de son intime pensée, il se retira de l'Assemblée communaliste, il donna sa démission de représentant insurrectionnel de la capitale et il se hâta de reprendre, en apparence, l'attitude sans danger d'un simple spectateur qui note l'enchaînement et le déchaînement des événements.

Des heures calmes ayant succédé aux heures tem«

Page 1