‹ Après l'EmpireChapitre 12 sur 17 · M. MÉLINE · texte numérisé non relu

M. MÉLINE

X^étueuses, du soleil ayant succédé à la lueur de la poudre et du pétrole, il ne tarda point à reparaître sur la scène politique et, en 1876, il «ntra au département de la Justice, en qualité de sous-secrétaire d'Etat, M. Martel -étantminislre. Une vague ressemblance physique existait entre M. Martel et M. Méline, et il y eut quelque gaîté caricaturiste dans le rapprochement de ces deux hommes.

Il fit partie, alors, du oabinet présidé par M. Jules Simon, ministre de Tinter) eur, de ce cabinet qui devait rester célèbre dans THistoire, par l'aventure de sa chute, au Seize-Mai 1877.

Dans un chapitre spécial, je parlerai de Tintrigue qui amena cette chute. Cependant, il est un fait à peu près ignoré qui la marqua, originalement, et que je puis placer ici.

M. le maréchal de MacMahon qui commandait, en ce temps-là, à la République, était un soldat dans toute l'acception du mot, employant des procédés de caserne dans les choses du gouvernement et renvoyant ses collaborateurs, lorsqu'ils avaient cessé de lui plaire, ainsi qu'on congédie une ordonnance. Or, M. Jules Simon, à la veille du Seize-Mai, ayant prononcé un discours qui contraria le Maréchal et s'étant présenté devant lui, dans la môme journée, éprouva les effets de sa colère et de sa brutalité.

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— Monsieur, lui dit le Président, vous n'avez plus ma confiance. Je n'ai plus rien à vous communiquer et je vous prie de fe,. le camp I

L'apostrophe était vive. Elle fut'^le prélude du Seize-Mai, ce coup d'État avorté, cette folie politique que nul n'expliquera peut-être jamais, que M. de Mac-Mahon lui-même n'a peut-être jamais comprise.

Constamment réélu député depuis la dissolution fameuse delà Chambre en 1877, M. Mélinese fit surtout remarquer par une compétence incontestable, quoique discutée, dans les questions économiques.

Protectionniste ardent, il affirma ses convictions, dans les commissions spéciales, et les fit prévaloir comme président de la commission des Douanes.

Il s'attira, ainsi, plus d'une attaque, et l'on se souvient que l'application de ses théories provoqua divers conflits internationaux qui ne sont point apaisés. Quelques esprits judicieux ne sont pas même sans inquiétude devant la mise en évidence de M. Méline, et se demandent si son nom n'apporterait point, dans les affaires courantes et gouvernementales, certaines complications.

Le peuple sourit au nom de M. Méline. Il lui a donné, en effet, un gage de joyeuseté, en 1883» étant ministre de l'Agriculture, lorsqu'il fonda

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l'Ordre du Hérite Agricole. Ce genre de chevalerie ne manque pas, en vérilé, de pittoresque, de comique, et, dans une époque où le carnaval se meurt, il semble en faire revivre les oripeaux. Mais pourquoi trop critiquer? Les petites vanités veulent à boire et & manger ainsi que les grandes, leurs sœurs, et le Mérite Agricole va bien à leur taille.

Il est une coïncidence curieuse. A l'heure oïl M. Clemenceau s'écroule, s'émiette et disparaît, coupé en morceaux, dans la confusion et dans la tourmente des événements, M. Méline sort de l'ombre, de plus en plus, comme ces cartes que les prestidigitateurs font surgir d'un Jeu placé dans un verre. Déjà, en 1888, lorsque M. Floquet quitta la présidence de la Chambre pour former un cabinet, MM. Méline et Clemenceau se trouvèrent en présence, dans une rivalité, et briguèrent les suffrages du Parlement, pour l'obtention du fauteuil. M. Clé-; monceau échoua, dans sa candidature, et M. Méline fut élu. N'y aurail-il pas quelque fatalité dans la rencontre de ces deus hommes, dans leur marche au travers de la vie, ef. ne serait-on pas bien venu à croire & cette fatalitû. si l'on évoque ^MKlËI'^'' Mars 1871, date où MM. Clemenceau # '^'>,

tendirent la main, par-dessus 'nijHiy* Montmartre?

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La Yie politique de M. Méline est simple, donc, ou à peu prèfs. Quel que soit le sort que l'existenae lui réserve, sa vie restera simple, trop «impie peutêtre, dans un temps où il faut savoir « machiner » ses jours et ses pensées, pour être en mesure de diriger les hommes, de résistera leur effort égoïste et obstiné.

M. Méline est, en politique, un modéré. Mais la modération est- elle bien appropriée aux moments fiévreux qui battent les dernières années de ce siècle, comme les pulsations d'un cœur kson déclin, heuptent les artères d'un moribond ?

M. Méline est un orateur clair, net et tranchant, avec une sorte d'onction, :d'amabilité, danssa parole, qui s'allient adroitement à la ténacité instinctive qui est le propre de son tempérament, à son désir constant de vaincre et de convaincre. Mais la douceur, mais le raisonnement paisible, logique, mais la saine philosophie des choses sont41s, désormais, de nature à satisfaire les hommes, peuvent-ils apporter quelque ordre favorable «et fécond, dans une société qui semble jouer à colrn-maillard et à laquelle on ne cesse de toutes parts, un peu, de crier*: « casse-cou? »

Il est des côtes qu'un attelage ne franchit qu'à

coups de fouet.

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La société actuelle me parait être au bas de Tune cl'elles. M. Méline eût pu aider à lui mettre le harnais, pour la marche. Il n'aura jamais la maiu robuste du charretier qui Tenlèvera, dans la montée qui l'arrête.

M. Clemenceau.

Je viens de prononcer le nom de M. Clemenceau, en le rapprochant de celui de M. Méline, dans révocation rapide du mouvement communaliste, en 1871 . Pas plus que M. Méline, M. Clemenceau n'entra à l'Assemblée de Versailles. Mais le rôle qu'il joua, alors, est si grand, mais le rôle qu'il joua depuis est si important, que je ne puis me dérober à l'obligation de retracer, dès à présent, à grands traits, sa physionomie.

La sagesse des nations veut que les buveurs d'eau soient nàéchants. Si c'est là une vérité, M. Clemenceau, terriblement, doit être mauvais ; car, selon la légende, il ne boit que de l'eau. Si, homme poli-

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tique, je me trouvais en face de M. Clemenceau, je ferais pourtant peu de cas du dicton populaire ; mais davantage, dans un rappel des années écoulées depuis rheure où celui qui est, ici, en cause, entra dans la vie publique, je m'inquiéterais de ses actes et j'en prendrais méfiance. J'ignore, en effet, la méchanceté de M. Clemenceau qui est un aimable homme et un courtois adversaire; mais je le sais nerveux et je craindrais ses nerfs, autant que les marins redoutent, dans un ciel tout bleu, le petit nuage tout noir.

M. Clemenceau est Vendéen et, selon encore la iégende, de race aristocratique. Je me suis laissé conter, en effet, qu'il possède un blason très régulier — des armes parlantes, même — de gueules ou d'azur à une clef d'or. Ce qui est exact, c'est que le nobiliaire de sa province mentionne une famille de son nom, dont les armoiries sont — à peu près — celles que je viens d'énoncer.

Noble ou plébéien, il importe peu. M. Clemenceau, s'il n'est point un descendant, pourra devenir un ancêtre. Docteur en médecine, ayant vécu en Amérique et ayant rapporté, de son séjour chez les Yankees, beaucoup de leurs vertus pratiques, plus encore de leurs rudes allures, quand éclata la Révolution du Quatre-Septembre, il était médecin -^ médecin

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ignoré, presque — sur les hauteurs de Montmartre, dans l'ombre funambulesque du moulin de la Galette.

Nommé maire de son arrondissement, il occupait cette fonction lorsque le Dix-Huit-Mars succéda au Quatre-Septembre et lorsque les généraux Lecomte et Clément-Thomas, là-haut, sur les buttes où s'ébattent et aiment les dernières grisettes parisiennes, tombèrent sous les balles des fédérés, M. Clemenceau Ût tout ce qu'il put faire, afQrme-t-on, pour sauver les deux soldats. Mais sa volonté, mais sa popularité, mais son courage — il l'a déclaré, naguère, devant un conseil de guerre — se brisèrent contre la fureur d'une multitude exaspérée; comme les pompiers aux heures sinistres, il se résigna et ât, devant ce meurtre, ce qu'on pourrait appeler, sans vaine métaphore, la part du feu.

Après avoir traversé la période insurrectionnelle, tant bien que mal, après avoir donné sa démission de député de Paris, M. Clemenceau tut envoyé au Conseil municipal, dont 11 devint l'un des secrétaires, l'un des vice-présidents, puis le président, en remplaceiueiil (li.i ir|r-irj,iriv M cli.nl'^ l'Iixiin.i rjui jouaii

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parmi ses collègues de TExtréme-Gauche comme député, encore, de Paris. Depuis lors, il n'a plus cessé de siéger, soit à Versailles, soit au Palais- Bourbon, élu tantôt par les électeurs de la Seine, tantôt par ceux du Var, qui, cependant Font abandonné, malgré sa belle défense^ dans les affaires récentes du Panama.

C'est un homme de taille moyenne, sec, dont la tenue dit un puritain, un sectaire. La tête ronde et énorme, le crâne couvert de cheveux ras et grisonnants, la face coupée par une moustache forte, dure et tombante, la peau comme ridée, comme tannée et teintée de cire, M. Clemenceau a une ressemblance physique avec un autre célèbre politique, avec M. de Bismarck. Chez l'un ainsi que chez l'autre, l'ossature faciale apparaît sous la chair, vigoureuse, saillante, mal équarrie, dans un même trait caractéristique : la m&choire taillée en grimace de bouledogue. Comme chez M. de Bismarck, encore, mais moins profondément, l'œil s'enfonce, chez M. Clemenceau, sous l'arcade sourcilière et, de là, jette sa flamme — sa joie ou sa colère.

Très soigné, en sa toilette, M. Clemenceau n'est pas, cependant, un élégant. Le plus souvent vêtu d'une jaquette noire, d'un gilet chamois, d'un pantalon gris&tre, il a, dans sa mise, un je ne sais

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quoi d'auslère qui la fait étrangère & toute coquetterie.

Brusque, allant, venant, en des saccades, sa parole semble se calquer sur ses mouvements. Klle éclate, Dette, cassante , brève et autoritaire. Rarement M. Clemenceau discutait paisiblement, avec ses collègues, dans les couloirs du Parlement. Il écoutait, Interrompait, interpellait, tout à la fois. A peine arrivé à la Chambre, il s'agitait, se secouait, s'ébrouait comme un cbeval impatient, au milieu des groupes, le chapeau sur l'oreille, m&cbonnant un cigare, faisant avec sa canne des moulinets, battant du pied, des appels, se fendant contre les murailles, le jonc tendu, ainsi qu'en une salle d'armes.

Rarement, également, M. Clemenceau montait posément à la tribune. 11 quittait son banc impétueusement, sautait dans l'hémicycle, escaladait les marches dans un bond, se plantait devant ises collègues, puis attendait, les mains croisées derrière le dos, appuyé au bureau du président, qu'un silence lui permit de commencer son discours.

M. Clemenceau est-il un orateur? Les uns disent oui; les autres disent non. J'ai, pour mon compte, entendu M. Clemenceau dans toutes les haran^uos qu'il a prononcées, soit à Versailles, soit au iiuai d'Orsay et, si je compare sa parole h celle de T

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part des hommes gui l'ont combattu, je dois reconnaître qu'il n'est point un orateur.

Je l'ai dit, dans sa conversation il procède par saccades. Il procède, également, par saccades dans ses discours, et celte nervosité met comme une fatigue dans l'oreille de celui qui l'écoute. En outre, sa phrase, t^èche, rapide, tranchante, sonnant l'acier — si je puis ainsi m'exprimer — sans iospiration, sans repos, jette comme un malaise dans l'auditoire et s'élève exempte d'éloquence et d'émotion. Elle provoque une impression particulière et bizarre: elle fait songer que cet homme qui, pourtant, a des convictions, ne pense point un mot des principes qu'il expose, he discours, en effet, parfois, sort de sa bouche, comme & regret, comme hésitant, comme cherché. Et, alors qu'il devrait af&rmer une espérance, une indignation, une foi, il agonise dans nn verbe emmêlé, en des digressions amenées commet dessein et comme pour dissimuler une pauvreté d'enthousiasme, de sincérité.

M. Clemenceau n'esl iioinluo oiMlciirj.t^fieniianti. il serait imprudent de croire i]iie I ,ili-r sa parole, le laisse faitilf;, inli.ibilL' <>ii table. M. Clemenceau, qui a fie la Ijint.

de l'esprit, se sert merveillpusemcnt lI et de sa brutalité. Clia(]uesaccii(ie de sa persi

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