AUTOUR DE
M. d'Arnim. Ua noble sentiment l'inspirait dans son commerce avec l'ambassadeur d'Allemagne — l'espoir de créer à son pays, un allié, parmi mâme des ennemis; — une pensée élevée le dirigeait dans cette intimité avec un adversaire redoutable — la joie de Termer plus vite et plus efBcacement les blessures d'un peuple ; — et si l'on doit, avec raison, déplorer son erreur, il est honorable de se souvenir, qu'en cette occasion, l'intention du Président étant meilleure que ses actes, les fait pardonner.
U. le comte d'Arnim joua les traîtres, dans le salon de M. Tbiers, car il nous haïssait d'une baine sans pitié.
II tenta, cependant, de faire naître quelque cordialité entre son gouvernement et le nôtre, lors des négociations relatives h. la libération définitive du territoire français.
Dans mon livre, l'Empereur, j'ai rapporté la scène curieuse, l'intrigue charmante qui nous valurent, en cette circonstance, l'aménilé de M. le comted'Arnîm.
Il n'exécuta point, alors, il faut le reconnaUre, islrucLions brutales de M. de Bismarck et le e frappant avec la férocité 1 contre lui, comme ^eillance imprévue.
me d'une grande Intel-
ligence. La faveur qui Tavait accueilli comme ambassadeur, en France, lui donna de Tambition. Après avoir obéi, il voulut commander. Après avoir été le bras droit de M. de Bismarck, il tenta de se dresser, en face de son maître, comme un rival. — M. de Bismarck, en ce temps, tenait fermement la hache qui tranche les destinées. Il l'abattit sur celle de M. le comte d'Arnim et il y eut quelque stupeur, dans la société mondaine, à Paris, lorsqu'on apprit sa chute, son irrémédiable et, à coup sûr, injuste déchéance.
A propos du procès qu'intenta M. de Bismarck à M. d'Arnim et dans lequel la fortune ainsi que la vie de Tex-ambassadeur sombrèrent, il est une lettre curieuse que lord Lyton qui fut ambassadeur d'Angleterre en France, écrivit, en français, à l'une des femmes, encore vivantes, de l'ancien entourage impérial — à Tune des plus séduisantes familières des Tuileries.
Voici cette lettre, curieuse, je le répète, et à plus d'un titre, comme le prouve son dernier alinéa :
« Dimanche.
a A propos de bêtises, que dites-vous du résultat de raffaire Arnim? N'est-ce pas un peu comme le
AUTOUB DB M. THIGRS 231
cris des marchaDds de figues, à ConstantiDople, qui crieot : «. Au nom du Proplièle... des flguesl »
« Cet épisode est vraiineat désolant. Je n'y vois que la. laideur partout. C'est une tragédie oîi on ne s'intéresse à personne. Tout le monde a tort. Tout y est de mauvais goût. — Le style, les formes, les procédés. Tout est ravalé dans ce procès; et si la diplomatie jouissait encore d'un peu de prestige, il me semble maintenant à jamais perdu. Elle en sort ridicule, insultée par ceux qui devaient la soutenir. Et tout cela, par les boutades d'un homme mal élevé que des succès à coups de poing ont grisé et dont l'amour-propre est devenu susceptible comme celle {sic) d'une vieille fllle.
■ Si vous avez des renseignements sur la réception Hohenlohe, dites-moi comment cela s'est passé. K
LïTON.
Peu de lerames, je l'ai dit, brillèrent dans !e salon présidentiel de M. Ttiiers. Toutefois, il en jUne — la princesse Lîsi^ Troiibotzkoï — qui s'y harijuerpars.igriiceel p;ir50Q esprit, et dont il ïible débitas mi.'[ii.ii.inner la personna-
vieille amie du
S32 APRË3 l'eupirb
Président, était, selon les tins, une femme politique, aux gages du gouvernement russe; selon les autres, une mondaine, simplement.
Je ne croîs pas qu'elle ait eu une sérieuse influence sur les hommes ou sur les choses du temps qui nous occupe, et il meparalL équitable de ne point entourer sa mémoire des racontars plus ou moins exacts dont on a chargé sa vie. Elle mit du charme dans l'intérieur maussade de M. Thiers et c'est 1& tout, peut-^tre, ce qu'on doit retenir d'elle.
Une très amusante anecdote se rapporte à l'intimilé qui existait entre la famille Tbiers et la princesse Lise Troubetzkol. Elle marque, aussi, d'un trait fort caractéristique et comique, la personnalité de M"' Thiers, dans l'ordre qu'elle appliquait h. sa maison.
La princesse Lise Troubetzkoï déjeunant, un jour, à la présidence, M. Thiers, au moment du dessert, prit une pêche dans uq fruitier et la lui offrit.
La pèche était gAlée.
M. Thiers, galant, en présenta une autre à la princesse qui la reçut et qui ne put que la déposer sur son assiette, car elle était également c
Le Président se désolait. Mais, .soudaîilr] s'épanouit. Il venait d'apercevoir, sur " d'autres pèches — celles-ci magniiîq.
AUTOUR DB U. THIBRB
donna l'ordre au mallre d'hôtel de les servir à la princesse.
Mais, il comptait sans M"' Thiers qui, sévère, arrêta cet ordre en disant :
— Mais, mon ami, il ne faut pas toucher k ces pfiches; elles sont pour le dîner, vous le savez bien.
L'histoire ne nous apprend pas si M. Thiers dérangea, ce jour-là, l'économie de sa maison, en s'obstinant k faire goûter h la princesse, l'une des belles pêches si soigneusement réservées.
En résumé, le salon de M. Thiers fut l'un des derniers salons français — l'un de ces salons où l'on savait causer — et dans les jours de médiocrité ou de mondanité sotte qui sont les nôtres — en ces jours qui ne nous apportent que des matérialités bouffonnes ou grossières — on doit en regretter la suprême et précieuse intellectualité.
Le cabinet et non plus le salon de M. Thiers, fut le théâtre de scènes bien curieuses, lors des essais divers de restauratioas dynastiques qui eurent Ueu dur^^ sa présidence.
s redoutait les menées des impérialistes listes et tous ses elîorts
il, il comprenait
334 APnËs l'bupire
que toute attaque trop appareate dirigée contre ses adversaires, leur serait plutôt protilable; il se contenta de les berner et de paraître envisager, avec quelque sérieux, leur prochain triomphe.
Aux Bonapartistes qui venaient le trouver, parfois, pour le prier d'être agréable, au sujet de quelques affaires d'intérêt, à l'impératrice Eugénie, il se montrait gracieux, spirituel et plein de bonne et délicate volonté.
Ainsi que je l'ai conté dans mon livre, i'Impératrice Eugénie, il ne dédaignait même pas d'aborder avec eux les questions politiques alors en cours et, ne se faisait pas trop tirer l'oreille pour avouer que si une dynastie était appelée, dans un temps plus ou moins lointain, k joccuper le trône de France, ce serait certainement la dynastie napoléonienne.
Et dans une indifférence, dans un mépris profonds, il ne parlait alors que pour mémoire des Bourbons et des d'Orléans qui se dressaient comme un obstacle devant U^s lliiri;i]iiirli.'
Devant les Orléanistes, il n'av^ sympathie que pour les fils du r lâchant alors de grandes phrases 3 seuls, les princes élaienl en raest France et de rét;leinpnter. 11 s évoquait le souvenir des services qu'il
AXITOUB DK U. THIEHS
à la Monarchie de 1830 et protestait de tout son dévoûment, en faveur des enfants de son roi bienaimé.
Devant les Légitimistes, il s'inclinait avec respect, parlait bas et mystérieusement, avec des intonations pieuses, comme on parle devant les prêtres dans les églises, et ne prononçait le nom de M. le comte de Chambord qu'avec une sorte de religieuse déférence. Il leur afdrmait que le prince portait en sa personne toutes les gloires de la France, que nul mieux que lui ne saurait rendre au pays sa grandeur, son unité politique, et il avait de beaux gestes pour exprimer toute l'ardeur avec laquelle il le saluerait lorsque, sur le cheval blanc fameux qui l'attendait, il ferait son entrée dans sa bonne ville de Paris.
Aux uns et aux autres, il déclarait que l'on pouvait compter sur son appui à l'heure décisive ; mais aux uns et aux autres, également, il conseillait le calme, la patience, ajoutant que cette heure tant ^ désirée n'était point encore née.
j'élait (le l'excellente conn'die.
listes et Légitimistes prirent
qu'à leur insu, M. Thiers
. leur jouait ainsi, sépa-
e tardèrent pas à s'a-
SB moquait d'eux et
^tm
236 APRÈS l'bupibb
ils résolurent de se venger de l'avoir trop écouté.
Le mécoDlentement que M. Thiers provoqua parmi eux, les rassembla un moment dans un même désir de représailles et amena le Vingt-Quatre Mai.
D'autre part, M. Thiers, qui ne se dissimulait pas que ses malices ne pouvaient 6tre étemelles, ne demeurait pas inactif en présence des espérances dynastiques qui se levaient autour de lui; et tout en se rroltant les mains, après ctiaque duperie infligée & ses adversaires, il organisait une vaste entreprise pour en avoir raison, en bloc et d'un seul coup.
Avec l'aide de quelques vieux parlementaires dont il aimait à s'entourer, résolu même à s'adjoindre quelques-uns des chefs principaux du parti républicain — à l'exclusion de Gambetta dont il avait un effroi irréfléchi — 11 conçut le projet de mettre la moitié de l'Assemblée Nationale dans l'impossibilité d'agir, en procédant à des arrestations nécessaires, en dissolvant l'Assemblée et en décrétant soit un appel au peuple, soit des élections nouvelles qui lui donneraieiUl'apiJiii iiialiTicI et i(i.»oil dûiil il avait besoin.
Ce complot, celle reprndi Deux-Décembre 1851, s'r'li:ii pour principaux ,i(lhi';rcrUs
AUTOUn DE U. THIEBa 337
Favre et Crémieux. Ce dessein échoua comme bien des choses échouent dans la vie, à la suite d'une iudiscrétion ou d'une trabison — on ne saurait le dire exactement.
Dès l'heure oti M. Tblers fut démasqué par ses adversaires, il fut perdu, et la durée de sa présidence ne devint plus qu'une question de jours.
On s'accorda pour ne point agir violemment; on attendit le moment favorahle pour renvoyer le vieil homme d'Etat à ses ^ chères études » et l'occasion s'élant présentée de le combattre nettement, on le renversa.
Peu s'en fallut, pourtant, qii'en cette date fameuse du 24 mai 1873, qui vit la fin de la carrière politique de M. Thiers, le Président ne triomphât encore de ses ennemis.
L'Assemblée Nationale, dans la soirée du 33 au 24 mai, par 363 voix, se prononça contre lui ; mais en même temps, 346 voix de gauche l'acclamèrent
Sa chute eut presque l'aspect lugubre d'une exécution. Celait la nuit; l'Assemblée s'était déclarée en permanence et, dans la rue des Rôservoi àVersaiHes, sur laquelle lasaile des séances avait
r, une loulaJnorme, laite d'hommes appartC' à toute' sociales, grouillait,
le lissaires sorlaienl du
lais où l'on délibérait, et venaient jeter des nouvelles. Et alors, de ce peuple — formidable bète aux milliers de tête -- montaient des cris, des exclamations — sortait un long et sourd murmure, pareil au bruit d'un torrent au fond d'un abîme.
Selon une expression populaire, il y avait du drame dans l'air, et lorsqu'on apprit que M. Thiers devait son échec à la défection du célèbre groupe Target, sur lequel il n'avait cessé de compter favorablement, ce fut, dans la foule, l'impression qui se produit au théâtre, lorsque le traître reste maître de l'action.
Dans le palais, quand M. Thiers fut battu, ses vainqueurs se regardèrent, étonnés, et il y. eut, parmi eux, de la stupeur.
Les bruits de la rue les inquiétaient. Déjà, en efiTet, dans'la foule, une même impulsion agitaitles âmes et les précipitait en avant. Déjà, de bouche en bouche, courait un mot d'ordre : on parlait d'envahir la salle des séances de l'Assemblée, de saisir les royalistes et de ramener, triomphalement, M. Thiers, dans sa présidence.
La queslure, alarmée, prit alors des mesures énergiques, presque extrêmes. On appela de la troupe, on entoura le palais de baïonnettes, et ce fut comme dans la crainte même de leur succès, comme
dans une marche honteuse de malfaiteurs, que les délégués de l'Assemblée, chargés de se rendre auprès du maréchal de Mac-Mahon pour lui offrir la succession de M. Thiers, sortirent du château et passèrent devant le flot énorme de la foule — qui, dans un mouvement de haute mer, envahissait la rue et battait les murailles.
Le Maréchal de Mac-Mahon.
LemaréchaldeMac-Mahon qui succédaàM. Thiers comme Président de la République, n'avait point cherché la haute dignité qui lui était conférée et n'avait point, par conséquent, trahi, en le rempla* çant au pouvoir— comme on a voulu timidement rinsinuer — celui qui s'était mis en lutte ouverte avec FAssemblée Nationale.
Le maréchal de Mac-Mahon fut, durant tout le cours de sa vie, un homme heureux, et dans celte circonstance, comme en tant d'autres, il se trouva simplement et opportunément, sur le chemin de la capricieuse fortune.
Ayant eu la chance de sortir, avec une légende héroïque, du désastre de Wœrth, ayant eu la chance, encore, d'être blessé grièvement dès la première heure de la bataille, sous Sedan, et d'être ainsi mis à l'écart des responsabilités de la journée, s'étant refait comme une virginité militaire dans l'écrasement de Tinsurrection communaliste, il était le seul soldat alors qui, parmi tous les chefs de Tarmée, s'imposât à l'attention publique et eût conservé le respect de la foule.
L'Assemblée eût pu choisir un Président civil, pour succéder à M. Thiers. Mais les éléments très divers qui la composaient, s'opposaient à un choix spontané, à la mise en évidence d'une personnalité qui ne fût pas contestée, autour de laquelle les passions se fussent faites moins violentes, et comme le nom seul du Maréchal paraissait écarter tout principe immédiat de réclamation, de révolte, elle acclama ce nom.
Je ne voudrais pas dire que le maréchal de Mac- Mahon ne méritât point l'honneur qui lui était fait alors, je ne voudrais point paraître amoindrir sa gloire en analysant les causes de son élévation. Je veux, simplement, marquer qu'à l'époque dont je parle, ainsi qu'en toutes celles de son existence, les circonstances firent plus pour sa renommée, pour
Téclal de sa vie publique, que lui-même ne fit pour cet éclat et pour cette renommée.
Je n'examinerai pas, ici, la carrière militaire très connue du Maréchal. Comme soldat, on peut dire de lui ce que Ton peut dire de tout général — qu'il fut brave, et l'on peut ajouter qu'il fut brave jusqu'à la témérité.
Il serait injuste de ne pas rendre hommage à son courage, comme il serait maladroit de vouloir prêter, à sa personnalité militaire, des qualités qu'elle n'avait pas.
Le maréchal de Mac-Mahon, qui s'en est allé dormir son dernier sommeil dans l'apothéose réservée aux héros, ne fut, soldat, qu'un excellent entraîneur d'hommes, qu'un merveilleux enleveur de troupes. Il n'eut jamais le génie du tacticien, du chef suprême qui doit savoir organiser la tuerie comme on organise une fête, en nos maisons familiales, et ce fut Terreur du gouvernement moribond de l'empereur Napoléon III, de l'avoir placé à la tête d'un corps d'armée, et ce fut Terreur de la foule qui se laissa éblouir aisément par la sonorité d'un nom, d'avoir cru en ses capacités d'homme de guerre.
Toute sa vie de soldat tient dans un mot : l'obéissance, et s'éloigne de cet autre mot : l'initiative. A Malakoff, à Magenta, n'étant que général, il reçut
344 Apnàs l'eupirb
des ordres et n'en donna point, comme le veut la légende. A. MalakofT, étant commandé pour l'assaut, il marcha en avant avec cette impétuosité qui le faisait admirable, avec cette fougue superbe qu'il avait le don de communiquer aux régiments et, Jouant sa destinée, dans l'obstination de l'homme à qui tout, sans cesse, a réussi, dans l'exaltation fiévreuse du combat, il demeura le maître du terrain qu'il avait conquis.
Il n'y a, ik, rien qui témoigne du génie.
Rien, non plus, k Magenta — cette autre grande lueur de sa vie — ne le montre comme un réHécbi meneur d'hommes. A Magenta, ainsi qu'à MalakotT, il obéit et peu s'en fallut môme qu'un retard involontaire apporté à son mouvement, ne provoqu&t une défaite. On se platt à conter qu'à Magenta, le général de Mac-Mahon, sans ordres, marcha, selon une expression consacrée, au canon. C'est là une fable. L'empareiir Napoléon III avait uti plan, en Italie, parfaiN.']nenl déterminé. 11 iivai^jwnbiné l'attaque des AulrichienH avec mt}tho(l>-.^^BbÉnéral de Mac-Malion était imliqué pouri En tombant donc au milieu de la hu heure critique, je le reconnais, où i Ijn à la main, enlnuré de sa Garde, Ii'iku.
ment et s'inquiOlailde nepas voirparaîtrv ■
LB UABÉCHAL DB yAC-llAHON 345
jcelui-cl, qui devait être sur le lieu de l'action vers trois heures et qui ne s'y montra que vers sis heures, n'était que le fidèle exécuteur des ordres du souverain.
Il fut magnifique h Mageata, mais il n'y fut qu'un soldat accomplissant sa consigne.
En 1870, après le désastre de Wœrth, ayant reformé son armée à Ghâlons, le Maréchal se laisse conduire par la volonté néfaste de l'Impératrice qui le jette sous Sedan et s'il présente quelques observations timides, en vue d'une marche en arrière vers Paris, il ne s'arrête pas à l'expression de sa propre pensée. 11 sait, il croit qu'en revenant vers Paris, il aura plus de force; il sait, il croit qu'un mouvement sur Sedan sera funeste k l'armée ; mais il n'a point l'énergie de faire prévaloir son opinion de chef militaire, et ayant en main le commandement suprême, cependant, il s'incline devant la folle conception d'une femme ambitieuse, grisée ' par le pouvoir qu'elle exerçait, n'ayant qu'un but : Ijsséder ce ponyoir li? plus lun^'lenips qu'elle le lirait.
bis direi^^^^kt, il ladëcharge du Maréchal,
Lqui (^^^^^k m arche sur Sedan, il lutta
ontre le désir de l'Impé-
de Mac-Mahon, M. le
246 APRÈS l'bmpirk
géaéral du Barail, afQrmemëme qu'il ne se porta sur celte ville qu'après avoir reçu une dépêche l'informant que le maréchal Bazaine, ayant quitté Metz, remonlail dans le Nord. Or, cette dépêche, que M. le général du Barail désigne par ces mots pittoresques : « le coup <Ju télégraphe, » cette dépêche qui portait la signature de Bazaine, venait de Paris, et ne pouvait qu'être l'œuvre de l'Impératrice. Ce fait monstrueux venant s'ajouter à tant d'autres qui accusent la jeune femme, implacablement, me paraît, dans son éloquence brutale, devoir se passer de commentaires.
En tout et partout, le maréchal de Mac-Mahoa apparaît, ainsi, comme l'instrument passif d'une autorité qui s'impose à lui, et l'Histoire dira que s'il fut, je le répète, un brave, comme la personni&catioD moderne de l'un de ces chevaliers d'antan qui avaient plus de courage que de raison, il n'eut rien de l'homme supérieur qui jette, sur les foules et sur les armées, riiiJin'rien-c Itjnuult! (U- ,mj« ^telligence.
Homme poliLiijiic, li? maréchal de Mj dessine sans mumn riiVml Frondeur, Sénat, BOUS le Second Empire, qui d'honneure, et«^^çljauL point ses
LE UARÂCHAL DE 1
timistes, ses préférences de casie qu'on lui pardonnait, aux Tuileries, comme un péché originel, il se montra le plus honnête, le plus loyal des hommes étant au pouvoir.
11 se trompa, il fH Au mal peut-être à son pays, alors, mais s'il se trompa, s'il ht du mal, il pensa, il agit dans l'inconscience de sa naïveté, de sa franchise, et la responsabilité des faits dont il porte la faute devant l'Histoire, doit revenir h ceux qui l'entouraient et qui le poussaient h servir leurs ambitions, leurs intérêts.
Lorsque, après la chute de M, Thiers, la présidence de la Ri^publique lui fut offerte, il n'avait pas recherché, je l'ai dit, cetle élévation et, dans la surprise que Qt naître en lui la proposition de l'Assemblée Nationale, il ne trouva qu'un relus à opposer à ceux qui le sollicitaient et qui, présentés par M. Buffet, étaient venus le troubler dans sa quiétude.
Lii, cependant, d'être le l'herde son pays son cœur de brave homme subit un
t pour les débats, pour ,up, pour les intrigues
lées qui s'abritaient
sous son nom, sans vouloir se mêler à aucune compromission, sans écouter même ceux qui lui conseillaient de trahir ses serments constitutionnels, ou qui imprimaient à la marche des affaires une direction peu conforme aux aspirations du pays, il éprouvait comme une gêne de ne pouvoir pondérer sa propre pensée, de ne pou voir mettre de Tordre, pour employer une expression banale, dans la succession des événements que Ton créait autour de lui.
Quoique peu au courant des questions politiques, il avait conscience de la fausseté de sa situation, il se rendait parfaitement compte dudéséquilibrement de son autorité, et il s'agitait, impuissant, grondeur, bourru, dans les tiraillements qu'on lui infligeait.
Deux partis absolument opposés, très hostiles même Tun à l'autre, s'étaient en effet formés près de lui et se disputaient l'avantage de parler en son nom.
Le parti légitimiste que patronnait M"* la duchesse de Magenta, l'incitait à un coup de force contre Tordre de choses dont il avait la garde, et le parti libéral tentait de le compromettre avec la gauche de TAssemblée, comme plus tard il tenta de le compromettre avec la majorité républicaine de la Chambre des Députés, pour s'emparer définitive-
ment du pouvoir en se couvrant, devant les électeurs, de toute sa gloire de soldat populaire.
Placé entre ces deux extrêmes, le Maréchal allait un peu h l'aventure, prenant et quittant ses ministres, tantôt réactionnaires, tantôt démocrates, sans examiner les conséquences de ses actes, dans la précipitation d'une boutade, d'une impression de mauvaise humeur, d'ennui ou de lassitude, souvent.
C'était le temps où l'on essayait, selon une formule fameuse, de faire la République sans les républicains, et le Maréchal qui ne pouvait apprécier, dans ^on intellectualité un peu limitée, le sens obscur de cette formule, mais dont les idées originelles s'accommodaient de l'abstraction qu'elle renfermait, laissait dire et laissait faire, autour de lui, sans s'apercevoir que le pays n'approuvait point les hommes qui le conseillaient mal, perdant ainsi, chaque jour, dé son prestige aux yeux de ceux qui, dans leur républicanisme même, s'étaient habitués au respect de sa haute figure de soldat, aux yeux aussi du peuple, témoin impatient et fatigué de tant de difficultés, de tant de complications stériles.
Après bien des hésitations, après bien des fluctuations, le Maréchal, énervé, écœuré, parut se désintéresser de la politique élaborée autour de lui et voulut se renfermer dans les seules questions
250 APRÈS L*BMPIRE
militaires qui le sollicitaient plus directement, ne conservant que comme un titre décoratif, son titre de Président de la République, et abandonnant au chef de son ministère la direction d'affaires auxquelles il était réfractaire, dont il ne pouvait s'assimiler les à-côtés plus ou moins équivoques.
Mais il était pris dans Tengrenage des intrigues et des querelles gouvernementales, et il dut, malgré lui, sanctionner de son autorité, des faits et des paroles qui ne lui plaisaient que médiocrement.
S'il sut mal gouverner, il sut, il faut le reconnaître, merveilleusement, noblement et habilement quitter le pouvoir.
Renonçant à toute politique, redevenant soldat, ce ut sur une question militaire qu'il tomba, qu'il offrit sa démission de Président de la République et si les hommes qui avaient espéré en lui, pour obtenir la satisfaction d'ambitions coupables, si les hommes qui, en lui conférant la dignité présidentielle, avaient eu l'arrière-pensée d'en faire l'instrument de leurs désirs^ lui vouèrent de la rancune, à l'heure suprême de sa chute, ceux qui avaient redouté, un moment, qu'il ne mît son influence au service de la réaction monarchique, le saluèrent, dans la résignation chevaleresque, dans Tho teté profonde qui marquèrent son éloignemenl
pouvoir, qui le caractérisèrent dans sa retraite.
Aux regards des partis rétrogrades, le Maréchal parut ôlre, un instant, l'iiomme providentiel, l'homme prédestiné qu'attendait la France, au lendemain de ses désastres, au réveil de sa longue torpeur. Ils voulurent voir en lui un Monck, alors qu'il n'était qu'un naïf contemplateur des hommes et des choses.
Si le sort avait mis en lui quelque initiative, quelque compréhension de la vie politique, il eût pu jouer un rAle superbe dans l'histoire de son pays, en groupant, autour de son nom, les individualités alors considérables du parti républicain, en ne boudant pas, puérilement, ceux qui s'ollraient à gouverner en acceptant l'appui de son noin.
Esclave de ses origines, n'allant point au-delà, delà pensée simple qui le dirigeait, il ne fut ni le héros d'une aventure tragique, ni l'arbitre d'un temps nouveau, et sur sa mémoire l'Histoire se penchera tranquille, sans l'eirroi d'une douleur comme sans l'orgueil de quelque humaine jouissance.
^àiurirtiMiniuL-, l'incohérence
|[ticuiarls4^^^^rési(leDcc du maréchal de
mes qu'il appela auprès
:ateui's, dont il prit
252 APRÂs l'empire
les coDseils et l'appui durant son gouveraeraent, donnent une idée exacte, dans l'expression de leurs opinions, dans l'absolu de leurs origines très différentes, du peu d'équilibre gui marqua chaque phase de son pouvoir.
11 va, en effet, sans en apparence trop savoir pourquoi, de MM. de Broglie, Decazes et autres personnalités de droite, ft MM. Jules Simon, de Freycinel, et autres chefs importants des groupes de gauche.
Le Maréchal qui reçut le pouvoir dans une heure de surprise, sans être préparé aux fonctions qui lui étaient presque imposées, ne sut jamais se fixer à soi-même une attitude politique très neite et se laissa sans cesse distraire par des incidences de couloirs et de palais qui l'entrai aèrent, malgré lui, loin de ses propres sentiments. Influencé par un entourage très hostile à la République, tenu h l'écart des choses par le^ intrigants, par les ambitieux qui se flattaient d'exploiter son nom i leurs intérêts privés, il ne fut jamaisj le peuple cl il en ignora toujours lesj
Le gouvernement du maréchal I s'était établi, il faut le dire, sous ^ auspices.
Les cal'' -"^ens ne l'accueil