LB MARECHAL DG I
d'extrêmes réserves, quoique la personne et le nom du vieux soldat fussent, à l'Etranger, honorés et aimés, et d'inquiétantes rumeurs se firent entendre au delà des frontières, dés le lendemain du Vingt- Quatre Mai.
L'Europe, ou plutôt quelques puissances, parmi lesquelles l'Allemagne et l'Italie, considéraient, en cette époque, qu6 la France républicaine, seule, était susceptible de ne point troubler la paix et elles redoutaient, pour des raisons différentes, la restau ration monarchique qui paraissait devoir surgir, alors, des événements qui s'accomplissaient k Versailles.
L'Allemagne craignait qu'un roi installé sur le trSnedeFrance, un peu àla faveur d'une équivoque, sans l'assentiment de la masse populaire, ne recherchât le prestige moral qui lui eut fait défaut, sûrement, dans une politique contraire à sa sécurité, à l'exécution môme du traité qu'avait signé M. Thiers.
Quant à l'Italie, à peine maîtresse de Rome encore, elle ne cachait point que l'avènement de M. le comte
*B Chambord ou de M, le coinlc de Paris, que le 1 même diljMIfge Impérial, seraient par elle s comm^ \ (ger contre lequel elle serait ,ir.
la conduite de M. le celle de M. le comte
de Paris, semblait, en effet, toute indiquée. Qu'il le voulût ou qu'il ne le voulût pas, il lui eût été commandé de tenter de rétablir le Pape dans ses Etats et de guerroyer contre l'Italie. Le Prince Impérial même, fils de Napoléon III, à qui l'on attribuait un mot imprudent, qui, paraît-il, s'était un jour écrié que « son premier soin, lorsqu'il régnerait, serait de rendre au Pape sa liberté et son pouvoir, » se dressait devant elle comme un péril, et ses hommes politiques demeuraient anxieux et pleins de menaçantes appréhensions, en face de la crise qui, en France, avait ramené aux affaires des individualités capables de remettre en question un ordre de choses qu'ils croyaient avoir rendu définitif.
Le choix de M. le duc de Broglie, comme chef du premier cabinet du maréchal de Mac-Mahon, déplut en outre autant h l'étranger qu'en France, et ce fut dans une atmosphère de méfiance que le Président prit possession du poste qui lui était confié.
Suspecté à l'extérieur, troublé à l'intérieur, il débutait mal dans son rôle de magistrat suprême.
A l'intérieur, indépendamment des soucis que jetaient, dans sa vie, les complications d'une politique instable, le Maréchal était aux prises, en ce temps, avec la grosse aventure du procès Bazaine — aventure qui, alors, passionnait la France et amenait à
Versailles, où l'on jugeait l'ancien commandant de l'armée de Metz, une foule énorme.
M. Thiers s'était toujours refusé à ce qu'on traduisit le maréchal Bazaine devant un conseil de guerre, et il est presque certain que s'il eût conservé le pouvoir, il n'aurait jamais permis que l'instruction dirigée contre cet liorame aboutit.
Ce que M. Thiers eût pu faire, dans son autorité exempte de suspicions, le maréchal de Mac-Mahon fut impuissant à le réaliser. En présence de la coalition politique dont son gouvernement était l'objet, il lui était défendu de se dérober au devoir impartial de renvoyer son ex-compagnon d'armes devant un conseil de guerre, il lui était défendu d'avoir de la pitié ou d'exprimer son opinion, d'imposer en un mot, sa volonté, pour ou contre l'opportunité du procès que l'on exigeait, et il dut abandonner aux événements le sort du prisonnier.
Le maréchal Bazaine reconnu coupable par le tribunal que présida M, le duc d'Aumale, très savant en l'art facile de faire des mots historiques, du haut de son estrade officielle, fut condamné à mort.
On peut a f&BBlfir . cependant, que malgré l'ardeur
^ curacté^^Ttebals de son procès, que malgré
l|vôlalij A ^dues qu'upporlèrent, à Tria-
flue malgré toute l'hostilité
256 APRES L'ByptRE
implacable du réquisitoire de M. le généTal Pourcet, le mystère qui avait entouré la conduite de Bazaine, à Metz, demeura inviolé.
J'ai non seulement assisté à toutes les séances du conseil dé guerre de Trianon, mais J'ai connu l'un des acteurs de cet acte historique que l'on peut, sans hésitation, qualifier de drame.
Je rencontrais, en effet, à cette époque, fréquemment chez une de mes proches parentes, à Versailles, l'un des juges devant lesquels comparaissait le maréchal Bazaine — M. le général Guîot.
M. le général Guîot ne fut jamais indiscret, ne révéla Jamais les secrets des délibérations ou ceux de sa conscience. Pourtant, il me semblait que lorsqu'une question précise lui était posée, relativement à ce mystère qui planait sur la tête de l'accusé, sur ses paroles ou sur ses gestes, il ne croyait pas commettre une fïiute en indiquant qu'on ne parviendrait peut-élre, en aucun temps, à le dévoiler.
On sait l'émotion que produisirent les débats du procès Bazaine. Chaque séance du conseil étaiU blée par quelque incident poignant ou tragigi l'on sortait de Trianon énervé, remué, pfl comme assommé par Loutes les épouvantai toutes les responsahillLés qui s'en dégageaienS La dernière audience ftUflius partie ulîèremw
multueuse, et le détail infime qui s'y rattache mérite de n*ètre pas oublié.
Comme M. le ducd'Aumale, debout et très ému, devant la foule anxieuse, venait de donner lecture du jugement qui concluait à la peine de mort, un cri sourd, répondit à sa voix, dans la salle, et tous s'étant retournés vers l'endroit d'où était parti ce cri, on vit une chose infiniment angoissante et affligeante — on vit un soldat, un factionnaire qui, la tôte appuyée sur ses bras croisés et posés contre une colonne, dans l'attitude d'un enfant secoué par un grand chagrin, pleurait. Des sanglots précipités qu'il ne pouvait arrêter, sortaient de sa gorge, et il avait des hoquets.
Le public s'inclina devant cette douleur naïve d'un humble mais noble cœur, certes, et le président qui la contempla un instant, étonné et sévère, la laissa s'épancher librement. Il n'y a point, en effets de discipline, quelque inflexible qu'elle puisse être, devant les larmes généreuses d'un être qui s'écroule dans l'absolu d'une intime souffrance.
L'un des faits qui furent examinés par les juges de Trianon, et sur lequel ce mystère, dont je viens de parler, reste entier encore, est, à coup sûr, celui qui concerne l'arrivée du célèbre M. Régnier, à Metz, et la sortie de cette ville, sur ses indications, du gé-
258 AFnÉ8 l'empire
néral Bourbaki conduit vers l'Impératrice Eugénie,
en Angleterre.
Celui que l'on a appelé « l'Espion Régnier » et qui ne fut, sans doute, qu'un aventurier de grande marque, comme il s'en rencontre dans la vie des peuples, dans les crises politiques qu'ils subissent — «l'Espion Régnier « donc, mort aujourd'hui, (ut, pendant longtemps, & la suite du r61e qu'il Joua pendant la guerre Franco-Allemande, considéré comme le confident de l'impératrice Eugénie. On affirma, en outre, que la souveraine détrônée fut de connivence avec Régnier, lors de l'intrigue colossale qui permit au général Bourbaki de sortir de la ville assiégée, pour se rendre à Camden-Place.
Il y a, là, un point d'histoire important h fixer ; il y a, là, des responsabilités à établir.
M. Régnier, avant de paraître à Metz et au quartier-général prussien, n'avait, en dépit de ses déclarations. Jamais vu l'impératrice Eugénie, ne lui avait jamais parlé et, par conséquent, n'eut aucune qualité, plus lard, pour se iJim i pour traiter, en son nom, quelqucfJ fût.
Cependant, il agit si liinn, qu'il nf tous l'authenllolli^ de sa mission et q nouer et mener î'inlripiiR qu'il avalffl
LE HAh£CHAL de HAC-UA.HON 259
Ce fut grâce h lui que les autorités allemandes laissèrent sortir le général Bourbaki de Metz, et ce fut grâce à lui que ce dernier put se présenter & Gamden-Place, où résidait l'Impératrice.
L'entrevue qui eut lieu, alors, entre la souveraine et le général, fut émouvante et dramatique.
L'Impératrice la racontant à l'une des personnes de son ancien entourage gui la visitait encore après les événements de 1870-1871, disait :
— Lorsque Bourbaki se fit annoncer chez moi et lorsqu'il parut devant moi, je ne le reconnus pas et Je ne fus pas loin de croire h une mystiScation. La stupéfaction, le trouble qui m'envahissaient, la surprise qu'éprouvait le général devant ma propre surprise, ne nous permirent pas de parler. Quand Je recouvrai un peu de calme, Je m'écriai :
— Vous, ici, général, vous!
Le général, silencieux, semblait attendre un mot qui lui expliquât mon attitude. Je compris sa pensée et j'ajoutai aussitôt :
— N'étiez-vous pas à Metz ? Comment en êtes- vous lOrli? Et pourquoi Cles-vou<, en ce moment, chez
1 donc, mon Dieu, là-bas, que
el je n'en suis sorti,
260 ip&àe l'eupiub
Madame, que pour obéir aux ordres de Votre Majesté. N'avez-vous pas chai^ M- Régnier de négocier mon voyage avec les autorités allemandes et avec le maréchal Bazaine ?
— M. Régnier? Quel M. Régnier?
A ces mots, le général ressentit une grande émotion.
— Comment, Madame, dit-il, vous ne connaissez pas M. Régnier, l'homme qui a déclaré au maréchal Bazaine qu'il était votre délégué?
— Je ne le connais pas.
Le général eut un mouvement desespéré et, reponçant & comprendre la machination dont il était victime, mais en comprenant rapidement toute la portée, tout le but:,
— Ah, murmura-t-il, c'est épouvantable I Madame, on nous a trompés.
En effet, l'Impératrice et le général Bourbaki avaient été trompés, dans cette circonstance. II n'y eut donc, entre eun et les chefs de l'armée allemande, aucuns pourparlers pour donner une conclusion h. la lutte qui se poursuivait en France.
Telle est toute la vérité, ^inon sur l'incidenq Régnier, du moins sur le rùle qui l'ut attribUl dans cette occasion, à l'Impéralrice.
M. Régnier était-il simplement un agent di
maréchal Bazaine? On pourrait le penser. Mais rien ne vient confirmer cette hypothèse.
En 1871, à la suite du mouvement communaliste, il fut arrêté et enfermé à la maison de correction, à Versailles, qui alors servait de prison politique. On rincarcéra sous Tinculpation a d'intrigues politiques contre le gouvernement actuellement établi en France, »
On lui accorda, cependant, une liberté relative et il distribuait à ses compagnons de captivité des exemplaires de sa brochure sur la capitulation de Metz. Il apparaissait alors, selon le récit d*un témoin — récit que j'ai reproduit dans le Journal d'un Vaincu — comme un homme à idées fortes, mais mal équilibrées, comme l'un de ces hommes pleins d'audace qui peuvent tout autant,^ dans les heures de crise politique, se traîner en des intrigues louches, que s'imposer par la hardiesse, par l'imprévu de leurs conceptions.
Je rappellerai un détail, déjà mentionné dans la Cour de Napoléon IJI^ qui se rattache aux renseignements que je viens de produire sur les négociations qu'aurait entreprises l'impératrice Eugénie, avec les autorités allemandes, pendant la guerre.
C'est l'empereur Napoléon III qui s'occupa de ces négociations ; c'est l'Empereur seul qui, de sa résidence de Wilhemsohe, chargea M"*» la comtesse
363 APRÈS l'bhfirb
de Mercy-Argenteau de se rendre auprès de QuUlaume et auprès de M. Bismarck pour arriver & une entente, & un adoucissemenL sur les conditions de la paix.
J'ai tenu en main la correspoadance échangée, à ce sujet, entre Napoléon ITJ et la comtesse, d'une part ; entre Guillaume, M. de Bismarck et M" de Mercy-Argenteau, d'autre pari.
Le procès Bazaine était à peine terminé, que le maréchal de Mac-Mahon se heurta k une Intrigue dont j'ai déjà parlé au début de ce livre — à l'aventure tragi-comique de la restauration de M. le comte de Gbambord.
J'ai retracé l'un des incidents burlesques qui Srent de cette tentative d'exhumation monarchique, comme une parade de carnaval.
Le Maréchal qui n'avait été porté à la présidence, par la droite de l'Assemblée Nationale, que parce qu'on ne croyait voir enlui, dans un temps prochain, qu'un être passirque l'on (;ynyi;di<irait Qt qui accepterait son congc avec autant de docUd chargé du pouvoir, le Maréchal, pei^J son élévation imprévue, s'aperçut i non sans colère, qu'il était en butte i et à la maiveillmicG des hommes n acclamé.
M. Thiers, quelque temps avant sa chute, étant ihez la duchesse de Galliera, avait fait de l'esprit au détriment du Maréchal, et ses paroles répétées par les royalistes, par ceux-là mômes qui l'avaient opposé à Tancien Président, servaient à le combattre^ à Tamoindrir.
M. Thiers avait dit que le Maréchal était incapable d'être un homme de gouvernement, que le Maréchal n'était pas plus aple à faire de la politique que lui, M. Thiers, de la pharmacie, ajoutant : — « Moi, au besoin, je ferais peut-être un bon apothicaire, puisque je sais de la chimie, » — et la phrase était sur toutes les lèvres, et on la colportait avec des sourires de pitié.
Irrité par l'hostilité qu'il rencontrait chez ceux qui l'avaient placé à la tête du pays, le Maréchal fit acte d'autorité, refusa d'entendre les intrigants, et déclara qu'il ne changerait rien & la forme du gouvernement dont il avait la garde.
Cette attitude, que les monarchistes étaient loin de prévoir, les affola et ils s'en vengèrent en calomniant Tinfortuné soldat.
Il est, ici, un fait comique et bizarre à la fois. Par la correction de sa conduite, le Maréchal ne satisfit pas complètement les républicains qu'il n'appelait que timidement en ses conseils, dont il se défiait,
264 APBÈ3 l'bhpirs
et mécontenta violemment les partis dynastiques de
tout ordre.
M. Tbiers mêla sa voix à celle des réclamants et ne fut pas le moins amer dans ses récriminations.
— Mac-Mahon ta'a bien trompé, dit-il; J'aurais dû le surveiller. 11 me doit d'être sorti intact, dans sa réputation militaire, de la guerre, et il me récompense de mes bon olâces en me f... par terre. Il était l'homme de mes ennemis et il cachait son jeu. Oui, il m'a bien trompé. Ce n'est qu'un ambitieux.
L'empereur Napoléon 111 lui-même, dans son exil, prononçait des paroles de blâme k l'égard du Maréchal.
— M. de Mac-Mabon m'avait affirmé, déclarait-il &run de ses anciens familiers, en visite cbez lui, que nous pouvions compter sur lui, au cas d'un mouvement impérialiste. Maintenant qu'il est Pré« sidenl de la République, il parait ne plus se souvenir de ceux à qui il doit tout. Il ne faut rien espérer de lui. C'est un homme qui tient à conserver ce qu'on lui a donné. Ce n'est qu'un égoïste.
EnSn, M. le comte de CharaborJ condamnait sévèrement ce qu'il appelait, lui nus,-i .us 1, sonne du Marôcli^il, une ambition m "^
égoïsme inconscient. ,
LB MAnÉClIAL DE UAC-UAHON 265
— M. de Mac-Mahon ne peut ignorer, dit-il, qu'il n'a été. élu Président delà République que pour la forme, que pour être appelé à céder le pouvoir à un autre plus autorisé que lui k le détenir. Mais lors de mon voyage à Versailles, j'ai vile compris que nous avions eu affaire & un intrigant, à un immodeste. J'envoyai, auprès de lui, M. de Blacas pour lui demander si son appui m'était acquis, et il me Qt répondre, assez sèchement qu'il ne pouvait permettre que des négociations s'étal)li3sent, autour de lui, sur mon nom — qu'il ne lui était pas permis de me voir, même.
Le Maréchal était donc, ainsi, jugé par ceux qui, déçus, ne le critiquaient que parce qu'il faut bien le dire, il se montrait simplement honnête. Il n'était, en effet; ni ambitieux, ni intrigant, ni égoïste. Indifférent au pouvoir, mais en ayant accepté les responsabilités, il eût cru commettre une félonie en mettant son autorité au service d'une forme de gouvernementcoQtraire à celle que la nation lui avait confiée.
Ainsi que M. le comte de Charabord, un homme qui, rapproché du maréchal de Mac-Mahon, eut peut-être accompli de grandes choses, M. Gambetta, tenta d'avoir avec lui une entrevue.
Usé d'être grand clerc lorsque les événet :imeaé telles ou
telles complications politiques et sociales. Il serait, par conséquent, facile de dire que de la réconciliation du Maréchal et de M. Gambetta, une ère nouvelle et féconde eût pu naître et apporter au pays celte quiétude et cette assurance vitales qui, après tant d'années écoulées, semblent encore se refuser à lui.
Au risque, pourtant, de paraître naïf, de paraître puéril, je n*hésite pas à dire que, pour M. de Mac- Mahon, pour M. Gambetta, pour la France, l'entretien que sollicitait le tribun eut dû avoir lieu. En repoussant la prière de M. Gambetta, comme il avait repoussé celle de M. le comte de Ghambord, le Maréchal n'eut pas la vision exacte des choses politiques. Il ne comprit pas que l'heure qui s'offrait à lui, alors, était solennelle et pouvait se fixer dans l'Histoire, comme l'une des plus belles de son existence, comme l'une des plus fécondes pour le bonheur du peuple dont il était le chef.
A M. Duclerc qui s'était fait, dans cette circonstance, le messager du tribun, le Maréchal répondit <c qu'il ne pouvait accorder à M. Gambetta ce qu'il avait refusé à M. le comte de Ghambord. »
Ges paroles se ressentent de l'origine aristocratique de M. de Mac-Mahon. Il eut le tort de les prononcer. Il eut le tort, surtout, de ne pas apprécier
LB UABÉCHAL DE UAC'UAHON 267
que M. le comte de Charabord, étranger à la France, n'avait aucun titre pour l'engager dans la déTense de ses intérêts; que M. Gambetta, maître de l'opinion publique, fils glorieux de la patrie, avait le droit d'ëlre entendu de lui.
L'évolution des peuples, la prospérité ou la ruine des nations, dépendent, ainsi, souvent, de quelque cause simple et futile.
Quelques incidents curieux de politique extérieure, marquèrent la présidence du maréchal de Mac-Mahon, dès ses débuts.
J'ai, précédemment, parlé de la maussaderie avec laquelle l'Europe, l'Allemagne et l'Italie surtout, accueillirent la chute de M. Thier^.
Une agression était plus particulièrement à craindre ea ce qui eoocerne l'Allemagne et ce fut un homme qui avait été le collaborateur de M. Gambetta, durant le pouvoir qu'il avait exercé en province, après le Quatre- Septembre, qui déjoua les desseins de M. de Bismarck. J'ai nommé M- le comte de Ghaudordy.
Après le Vingt-Quatre Mai, M. le duo •\ij Ujuj^lii; qui était président du Conseil et ministre ■! .'^ Vlt'.iici;^ Etrangères, ne se dissimulait pas l'antiii.Lthii; qu"' inspirait aux cabinets européens et était ['••-' "-■
au poiat de vue international, au point de vue même de la paix, en constatant que Berlin gardait, vis-à-vis du nouveau gouvernement, une réserve presque hostile.
Il résolut de conjurer le danger dont la France était menax^ée, en confiant au comte de Ghaudordy une mission diplomatique secrète, dans Tespoir d'amener la Russie sinon à nous prêter sa protection absolue, dans cette circonstance, du moins à mettre entre nous et notre puissant adversaire, quelques paroles de raison.
Le prince Gortchakoff était alors chancelier impérial, à Saint-Pétersbourg, et ce.fut vers lui que le duc de Broglie envoya son messager qui se rendit en Suisse, à Interlaken, où le prince — c'était en juillet 1873 — se trouvait en villégiature- Le prince Gortchakoll fit un très aimable accueil à M. le comte de Ghaudordy dont les hautes qualités politiques lui étaient connues, mais lorsqu'il sut la cause de la visite .qui lui était faite, il reprit une attitude plus diplomatique.
— N'est-il pas un peu singulier ou original, dit-il, que la France après s'ôtre montrée l'ardente ennemie
de la Russie, pendant tout le règne de Napoléon III»
s'adresse justement à la Russie pour la protéger cpntre une attaque de TAUemagne ?
Le gouvernement de l'empereur Napoléon III, je l'ai démontré par des lettres péremptoires, dans mes ouvrages sur le Second Empire, n'avait, en effet, cessé de combattre la politique des Tzars,, et M. de Chaudordy comprit que le souvenir de cette opposition n'était point encore effacé dans le cœur des hommes d'Etat de Russie, qu'un violent ressentiment contre nous, était mième résulté de ce long
malentendu.
— L'Empereur, répliqua-t-il, fat certainement peu favorable à la Russie, il serait vain de le nier, mais la France, prince, et surtout la France nouvelle qui a succédé à la France impériaje, peut-elle endosser les responsabilités de faits ou d'actes qu'elle ignore, qui ont été indépendants de sa volonté?
— Je ne dis point cela, reprit le prince Gortchakoff, et c'est parce que je déplore même le passé qui est entre nous, que je suis heureux de vous voir.
Puis s'animant :
— Croyez-moi, continua-t-il, c'est un grand malheur que la France et la Russie se soient boudées,
. sous l'Empire. Il n'a point dépendu de Tempereur Alexandre, cependant, que le désaccord qui existait entre Paris et Pétersbourg fût supprimé. Le Tzar a tout fait pour gagner l'esprit et le cœur de l'empereur Napoléon III; mais il s'est heurté à une obstination
inexplicable, mais il n*a trouvé, devant lui, dans la personne de Napoléon III, qu'une sorte de sphinx refusant de révéler son secret, ou plu tôt perdu dans un rêve, dans la conception d'un monde^ d'une société qui échappaient à notre raison. En vérité, croyez-le, nous n'avons pas eu de chance, avec vous. Non-seulement le Tzar est insulté lorsqu'il vient à Paris, en 1867, mais il est victime d*une tentative d'assassinat. Il avait trop de générosité pour conserver, àla suite de ces incidents, une rancune éternelle à votre pays qui n'en était point, à coup sûr, solidaire ; mais quoique placé, par sa situation, au-dessus des mesquineries humaines, il avait une âme et une chair d'homme et il ne pouvait entièrement oublier l'injure de M. Floquet, la balle de Bérezowski. Le Tzar, pourtant, malgré les mécomptes que la France lui infligeait, malgré l'attentat du bois de Boulogne même, offrit l'alliance à l'empereur Napoléon III (1). Mais votre souverain, sans repousser franchement cette alliance, se montra alors tellement énigmatique, tellement mystérieux et réservé, que nion
(1) J'ai rapporté, dans mon volume, YEmpereur, la conversation qui eut lieu après i'atientat de Bérezowski, entre Alexandre II et Napoléon III. Je crois utile de faire remarquer que cette conversation se trouve confirmée par le prince Qortchakoff luimême.
maître, découragé, renonça à gagner son amitié et se tourna vers une autre nation, la Prusse, qui, à cette époque, redoutait un rapprochement francorusse et se réjouit de Tattitude de Napoléon III.
M. le comte de Chaudordy, tout en admettant les causes de la mauvaise humeur qu'il rencontrait, n'était point venu voir le prince Gortchakoff pour s*en retourner, sans recevoir de lui ou un refus très net de s'occuper de la question qui préoccupait alors les Etats, ou une promesse de médiation.
Il exposa au prince les raisons qui militaient en faveur d'une intervention du Tzar, au cas où l'Allemagne nous chercherait querelle, il lui démontra que la Russie avait un intérêt puissant à ce que la France ne fût pas ruinée irrémédiablement, et lorsqu'il quitta le chancelier, il put croire que sa "démarche avait été profitable à son pays.
Elle le lut, en effet, et il est équitable que l'on sache que si, plus tard, en 1876, M. le général Le Flô, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, sut posséder la confiance et l'amitié de l'empereur Alexandre II, au point que celui-ci n'hésita pas à menacer l'Allemagne, entravant ainsi les projets de démembrement qu'elle nourrissait contre nous, c'est à M. le comte de Chaudordy que le pays doit d'avoir, le premier, fait naître une sympathie et des
272 APBÈS l'bmpibb
relations cordiales dont la valeur se passe de commentaires.
M. le dac Decazes, ayant, en 1874, succédé à. M. le duc de Broglie, comme ministre des Affaires Etrangères, trouva la situation aussi périlleuse, aussi embrouillée, aussi dénuée d'assurances.
. M. de Bismarck, en ce temps, regrettait amèrement de n'avoir pas imposé à la France des conditions de paix beaucoup plus dures que celles qu'il avait exprimées, et se plaignait que notre gouvernement mît trop de précipitation à la réorganisation de l'armée.
Feignant de craindre une surprise, il faisait volontiers courir le bruit, dans les chancelleries, que l'Allemagne avait été dupée dans le traité intervenu entre elle et la France, que les garanties qui lui avaient été accordées étaient détruites par notre vitalité, et que pour rendre plus efficace l'observation des engagements qui avaient été pris, pour éviter que, dans un retour des choses, la France ne ratifiât point ces engagements, il deviendrait nécessaire, à l'Allemagne, d'occuper à nouveau le sol français, de réclamer même l'abandon d'une place de guerre importante qui s'ajouterait aux conquêtes de Metz et de Strasbourg.
On ne sait, vraiment, ce qui serait résulté du con-
Ait que tentait de pro voguer M, de Bismarck, si un incident, en apparence insignifiant, n'avait aidé presque soudainement, à changer la face des choses, à changer surtout l'attitude delà Russie, très en coquetterie avec la Prusse, alors.
M. le comte Andrassy ayant accompagné Tempe-, reur François-Joseph dans le voyage qu'il fit à Saint-- Pétersbourg, en 1874, et qui avait pour but un rapprochement entre les deux Empires, M. le comte Andrassy, dis-je, chancelier d'Autriche, animé de fort mauvais sentiments a l'égard de la France, fut très froidement reçu par les familiers du Tzar, par le monde politique russe, et se montra très froissé de l'accueil qui lui était fait.
Dans un désir, peut-être maladroit, de vengeance, . de représailles, il détourna son souverain du but qu'il poursuivait en paraissant à Pétersbourg, et abrégea non seulement la visite de François-Joseph à Alexandre, mais surtout fit tous ses efforts pour ne donner à cette visite que l'importance relative d'un acte de courtoisie, réservant entièrement la question politique qu'elle devait résoudre et sanctionner.
M. le duc becazes, mis au courant de ce fait par le prince Gortchakoff, avec qui il était en relations cordiales, comprit tout le bénéfice que la France
relations cordiales dont la Valeur se passe de cornmentaires.
M. le duc Decazes, ayant, en 1874, succéda à M. le duc de Broglie, comme ministre des Affaires Etrangères, trouva la situation aussi périlleuse, aussi embrouillée, aussi dénuée d'assurances.
. M. de Bismarck, en ce temps, regrettait amèrement de n'avoir pas imposé à la France des conditions de paix beaucoup plus dures que celles qu'il avait exprimées, et se plaignait que notre gouvernement mît trop de précipitation à la réorganisation de l'armée.
Feignant de craindre une surprise, il faisait volontiers courir le bruit, dans les chancelleries, que l'Allemagne avait été dupée dans le traité intervenu entre elle et la France, que les garanties qui lui avaient été accordées étaient détruites par notre vitalité, et que pour rendre plus efficace l'observation des engagements qui avaient été pris, pour éviter que, dans un retour des choses, la France ne ratifiât point ces engagements, il deviendrait nécessaire, à l'Allemagne, d'occuper à nouveau le sol français, de réclamer même l'abandon d'une place de guerre importante qui s'ajouterait aux conquêtes de Metz et de Strasbourg.
On ne sait, vraiment, ce qui serait résulté du con*
dit que tentait de provoquer M. de Bismarck, si un incident, eo apparence insignifiant, n'avait aidé presque soudainement, à changer la face des choses, & changer surtout l'attitude de la Russie, très en coquetterie avec la Prusse, alors.
M. le comte Andrassy ayant accompagné l'empe-, reur François-Joseph dans le voyage qu'il fit à Saint- Pétersbourg, en 1S74, et qui avait pour but un rapprochement entre les deux Empires, M. le comte Andrassy, dis-je, chancelier d'Autriche, animé de fort mauvais sentiments à l'égard de la France, fut très froidement reçu par les familiers du Tzar, par le monde politique russe, et se montra très froissé de l'accueil qui lui était fait.
Dans un désir, peut-être maladroit, de vengeance, - de représailles, il détourna son souverain du but qu'il poursuivait en paraissant à Pétersbourg, et abrégea non seulement la visite de François-Joseph àAlexandre, mais surtout fit tous ses efforts pourne donnera cette visite que l'importance relative d'un acte de courtoisie, réservant entièrement la question politique qu'elle devait résoudre et sanctionner.
M. le duc becazes, mis au courant de ce fait par le prince Gor-tcbakoll, avec qui il était en relations cordiales, comprit tout le bénéfice que la France
274 APRÈS l'bmpirb
pouvait tirer de la situation imprévue gui était faite aux cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg, et s*ingénia à accentuer encore la rancune de M. le comte Andrassy.
L'empereur Alexandre blessé, à son tour, des procédés, de la désinvolture du comte Andrassy, étonné de la complaisance de François-Joseph à l'égard de son ministre, retrancha de sa politique toute tentative d'alliance avec TAutriche et affecta, dès lors, une amabilité sans contrainte vis-à-vis de notre représentant.
Ce fut là, la genèse de son intervention en faveur de la France, en 1875.
M. le comte Andrassy, à gui une alliance était absolument nécessaire, intrigua alors à Berlin. Il y réussit mieux gu'à Saint-Pétersbourg, mais l'avenir, jusgu'à présent, n'a point encore démontré gue, pour le bien de son pays, ses conceptions aient été celles d'un homme habile ou simplement réfléchi.
Pendant que ces faits occupaient, à divers titres, les cabinets européens, la situation, en France, se modifiait, au profond ahurissement du Maréchal qui ne comprenait pas grand'chose à toutes les complications, à tous les mouvements d'opinion qui se formaient autour de lui.
L'Assemblée Nationale, obéissant enfin aux vœux populaires, donnait une constitution au pays, déclarait définitive Tétiquette républicaine, réunissait un Sénat et se déclarait dissoute, laissant, désormais, k une Chambre régulière, le soin de légiférer.
Abandonnant, ici, un peu, les questions politiques qui s'agitaient dans l'ombre du maréchal de Mac- Mahon, il me paraît intéressant de dire quelques mots du salon que le Président avait su organiser, dans sa résidence, et d'en esquisser brièvement la physionomie.
Il y eut un grand mouvement mondain à l'hôtel de la présidence, à Versailles, lorsque le maréchal de Mac-Mahon s'y installa, après le déménagement laborieux de M. Thiers.
On sait que les salons de la préfecture de Versailles, mis alors à la disposition du chef de l'Etat, sont fort beaux, fort élégants et merveilleusement apprêtés pour les réunions mondaines. L'écho des fôtes qu'y avait données, sous le Second Empire, M. Boselli, semblait s*y faire entendre encore, lorsque M. et M"e Thiers, la guerre étant terminée et la Commune étant vaincue, ouvrirent leurs portes au monde officiel. Mais la coquette et galante demeure ne reîtrouva point, je l'ai dit précédemment, sous l'autorité de M. Thiers et de sa femme, la
S76 APBÈs l'empire *
gaîté qui s'en était envolée avec ses (derniers hôtes.
Les réunions, les soirées étaient fort rares chez M. et M"*' Thiers, on ne saurait trop le répéter ; — les Jeunes et jolies femmes ne montraient que peu d'empressement à se rendre à leur appel très réservé, d'ailleurs, et un monde officiel — lin monde de fonctionnaires, de politiques, d'académiciens — semait des odeurs vieillottes et implantait des façons maussades dans les riants salons de la présidence.
Lorsque le maréchal de Mac>Mahon fut proclamé premier magistrat de la République, il dut attendre plusieurs jours avant d'entrer à la préfecture, M. Thiers mettant une lenteur malicieuse à lui céder la place.
Une surprise devait, être offerte aux nouveaux occupants. L'hôtel de la présidence manquait absolument de batterie de cuisine et la plupart des boutons de portes— quelques-uns étaient de véritables objets d'art — avaient disparu.
De méchantes langues dirent, alors, que, par mégarde, M"" 'Thiers, qui était réputée pour son amour de l'ordre, qui faisait elle-même son marché, à Versailles, avait entassé, dans les voitures de déménagement, casseroles en cuivre et boutons de portes. Mais il ne faut pas accueillir la version de ces méchantes langues et ajouter foi à ce racontar
LE UARÉCHAL DB UAC-HAHON ' 277
gui défraya, & cette époque, la chronique des salons versaillais.
La présidence prit donc une physionomie toute nouvelle, avec M. et M°" de Mac-Mahon.
Le Maréchal, peu mondain, abandonna k sa compagne le soin d'organiser, chez lui, alors, les réceptions, et les nombreux fidèles dé ses soirées se souviennent sans doute de l'éclat, du tact et de l'élégance que sut introduire, en sa maison, la Maréchale.
M. et M"" de Mac-Mahon réservaient pour Paris, deux ou trois fois l'an, les grandes cohues officielles. Mais, pour la satisfaction de leurs goûts personnels, ainsi que pour celle des visiteurs choisis qui ainsaient & les entourer, à leur faire hommage, ils avaient institué, & Versailles, une série de « Jeudis » qui furent vite recherchés.
On n'était reçu, à ces « jeudis, » que sur carte spéciale, qu'après inscription sur les listes de la Présidente, et nul ne pouvait franchir le seuil de la demeure gouvernementale que s'il était connu du Maréchal ou de sa compagne, qui accueillaient euxmêmes, et sur l'annoneiMlu nom p;*r les finissicics. les invités.
Les maîtres de céans se leotuçnt JamP!'^*' heut-es à la porte de^ salons . m»
278 APRÈS L^EMPIBB
gnaient leurs amis — la Maréchale se mêlant aux femmes, le Président, affable, se frayant un chemin au milieu des groupes, ayant pour chacun un mot affectueux.
On ne soupait jamais aux « jeudis » de la présidence ; mais un buffet admirablement servi restait en permanence jusqu'à la fln de la réception. On ne dansait pas. De la musique, des scènes dramatiques interprétées par les artistes de TOpéra ou de la Comédie, prenaient la première partie de la soirée. De onze heures à une heure du matin, on se répandait dans les salons et Ton causait.
L'élément mondain et aristocratique, ainsi que rélément militaire formaient le public ordinaire des <t jeudis i> du Maréchal.
Les hommes politiques, réellement importants, se rendaient également à ces soirées, et le défllé de tout ce que Paris comptait alors d'illustrations, en ce genre, n'était point l'un des moindres attraits de ces réunions.
On s'y montrait les princes d'Orléans -- M. le ^ prince de Joinville et M. le duc de Nemours, ce i dernier, fameux par sa ressemblance avec son aïeul Henri IV. M. le duc d'Aumale s'abstenait, le plus souvent, d'accompagner ses frères, et je ne l'ai jamais rencontré, en ce temps, chez le Maréchal.
M. Dufaure, qu'il fût ministre ou qu'il eût quitté le pouvoir, était l'un des assidus des « jeudis » de la présidence, et à la constance de son assiduité, on ne se serait guère douté que le Maréchal ne Taimât point et que lui-même n'aimât que peu le Maréchal.
M. Dufaure faisait sensation chaque fois qu'il apparaissait. Avec ses gros souliers, avec son gilet à fleurs et à vastes revers, avec ses bretelles remontant le pantalon jusqu'au-dessus du ventre et dont les bouts se balançaient sur les hanches, avec son habit datant — pour la coupe — de 1830, d'une couleur indéfinissable, d'un vert sombre impossible à décrire, dans son allure lourde et heurtée de paysan, il passait, en manière de bouledogue, au travers des salons.
A son entrée, sa cravate blanche enroulée plusieurs fois autour de son col à demi empesé, était correcte, se présentait de face, le nœud bien en ligne avec le menton. Mais, à mesure que la soirée s'avançait, à mesure que M. Dufaure discourait, souvent chaudement, dans le ton nasillard qui lui était spécial, la cravate se dérangeait, tournait. Et nous en étions arrivés, aux « jeudis » du Maréchal, à connaître à peu près l'heure, rien qu'en consultant la cravate de M. Dufaure — du « père » Dufaure,
— «^ — —•■•«. — - - "•» -■» ^^ ^v-'^.tî'*" '
..«. T'Iît . tX .*I^>u L ~t
ira-:* :-î ri.ij— -le ::•: A, jf id: î* Nf-zz-rur?, ce
M. Dufaure, qu'il fût ministre ou qu'il oAI qulllrt le pouvoir, était l'un des assidu» doM << JnudU » dn la présidence, et h la constance de son aMMlr)uil<^, on ne se serait guère douté qu« le MurMuil no l'/il màt point et que lui-même n'airn/lt que pou lo M/t réchal.
M. Dnfaure faisait sensation chaque fol^ qu'il »(! paraissait. Avec ses gros soulier». av^;c ^on ^Il^l k fleurs et à vastes rêver-, avec hca hrftMU*.n tHtuhU' tact le pintaîon î'JS'ïu'aa'dr;*HUH du sHXiUft H (ihui lesi::;i5se bî!irç^;^;r,t i^ur !^rt \hHut\if'A. ^m^^, %hu
' ^-- *-''--:.'-'ii;- i. /* f ^^•' j'*^'"*^ '"'.'>* ' '•• 4 ■^ -H» * •' ** -^ > -^ i i ' •" 5- -««'*«''* ^ > ^* *> ^ * i- >'• i* ^ , / ' '
ti*tni*r.- i ziiV :"* tii»: / ",;'•:••* ', j^v,**
280 APAËS l'supire
ainsi qu'on le nonimait avec irrévérence. Lorsque le nœud se Irouvail au-dessous de l'oreille, il pouvait être onze heures et, vers minuit, au moment où. M. Dufaure se retirait, ledit nœud, armé de ses deux longues cornes horizontales, s'étalait juste au-dessous du cervelet.
Je ne saurais dire combien l'on riait, alors, de la cravate du « père >> Dufaure. Ces temps sont loin, et ne sont pas sans regret.
M. le ducde Broglie, grand seigneur et portant bien sa morgue aristocratique, dans ce milieu élégant; — M. Buffet, hachant des phrases; — M. de Marcère, souriant froidement, et que de jolies femmes — des folles — avaient surnommé, alors, je né sais pourquoi, «Robespierre ; » — M. deFourtou, très myope; — M. Beulé, qu'un drame devait emporter— étaient de la « cour » du Maréchal.
Les salons de la présidence avaient, en ce temps, un caractère particulier.
Chaque personnalité politique y apportait ses désirs, ses espérances, ses regrets et s'y faisait écouter par ses pires adversaires.
Tandis que M. Ernoul parlait de son Dieu et de son Roi, M. Dufaure détaillait les beautés du régime républicain, et dans les groupL'=, pa^rail, fult;uraal avec de gros éclats de voix, avec des groodemi
LE UAHÉGHAL DE HAC-UAHON 283
République — en tant que mot — du moins contre les hommes qui la déTendaient — en tant que forme gouvernementale.
C'est ainsi que le Seize-Mai 1877 devint une date historique, et put être, un instant, comparé lointainement au Deux-Décembre 1851. Ce rapprochement politique parait aujourd'hui une ironie.
L'organisateur, l'âme du Seize-Mai, fut M. le duc de Broglie.
M. le duc de Broglie s'est défendu, je le sais, d'avoir influencé le Maréchal, pour l'amener h lui remettre le pouvoir et & conduire officiellement le mouvement rétrograde dont il était alors l'un des chefs les plus autorisés.
M. le duc de Broglie a tenté de faire naître une version qui voudrait que le Seize-Mai eût été consenti spontanément par le Président, qui le montrerait agissant sous l'action d'une sorte de fureur subite, qui le laisserait seul responsable devant l'Histoire, de cette sotte et coupable conception,
M. le duc de Broglie ne parviendra point à tromper l'opinion, à faire mentir l'Histoire et il est, actuellement, avéré que ce fut lui qui imagina le Seize-Mai, qui entraîna le Maréchal dans celte aventure et qui le remorqua, pitoyablement, durant toute la période malheureuse qui suivit cette date.
282 APRis l'empire
du 16 Mai 1877/ fut, en effet, fécond en journées parlementaires orageuses. On sentait qu'une sorte de chaos troublait les affaires publiques, que la haine, l'anxiété, la révolte étaient dans les âmes et Ton se demandait, avec efFroi, quelle conclusion pratique mettrait fin au malentendu qui existait entre la présidence et les représentants de la nation.
Ce malentendu ne fut écarté par aucune conclusion, ou plutôt on crut le faire cesser, on crut lui offrir une solution pratique et satisfaisante, en acculant le Maréchal dans une impasse morale d'où il ne devait sortir que violemment, qu'en décrétant comme un semblant de coup d'Etat.
M. de Mac-Mahon, il faut le dire à sa louange, hésita longtemps avant de se résoudre à employer presque la force, pour rendre le pouvoir aux hommes de réaction monarchique qui donnaient, quotidiennement, l'assaut à sa conscience. Mais, obsédé d'un côté par la Maréchale qui tenait les fils de l'intrigue politique ourdie autour de lui, de l'autre par les récriminations, par les lamentations de ceux qui lui montraient la société en proie, s'il demeurait inactîf, aux pires abominations révolutionnaires, il sortit de son silence relatif, par un éclat, et ayant appelé auprès de lui M. le duc de Broglie, il le chargea de conduire l'attaque dirigée sinon contre la
LE MARÉCHAL DE UAC-UAHON 283
République — en tant que mot — du moins contre les hommes qui la défendaient —en tant que forme gouvernementale.
C'est ainsi que le Seize-Mai 1877 devint une date historique, et put être, un instant, comparé loin- Lainement au Deu^-Décembre 1851. Ce rapprochement politique paraît aujourd'hui une ironie.
L'organisateur, l'âme du Seize-Mai, fut M. le duc de Broglie.
M. le duc de Broglie s'est défendu, je le sais, d'avoir influencé le Maréchal, pour l'amener & lui remettre le pouvoir et à conduire offlciellement le mouvement rétrograde dont il était alors l'un des chefs les plus autorisés.
M. le duc de Broglie a tenté de faire naître une version qui voudrait que le Seize-Mai eût été consenti spontanément par le Président, qui le montrerait agissant sous l'action d'une sorte de fureur subite, qui le laisserait seul responsable Jevanl l'Histoire, de cette sotte et coupable conception.
M. le duc de Broglie ne parviendra point à tromper l'opinion, à faire mentir l'Histoire et il est,
itucUement, avfré que ce fut lui qui imagina qui entraîna le Maréchal dans cette ' le remorqua, pitoyablement, durant •iialtii'ureuse qui suivit cette date.
284 APBÉs l'empire
M. de Broglie avait été le premier ministre de M. de Mac-Mahon, après le Vingt-Quatre-Mai 1873, après la chute de M. Thiers — et s'était révélé maladroit, s'était rendu impopulaire dans son autorité. Il n'avait pu se consoler de ce mécompte et n'avait, depuis son abandon du pouvoir, cessé de chercher une occasion de rentrer en grâce devant le public. Ce fut autant dans un sentiment de vanité blessée, d'orgueil révolté, que dans l'espérance de jeter la France entre les mains du comte de Paris, qu'il inspira au Maréchal son coup d'Etat et qu'il voulut, en s'appuyant sur sa haute personnalité, se refaire une virginité politique, tenir tête à cette mauvaise fortune, à cette « guigne » — qu'on me pardonne cette expression vulgaire, mais bien caractéristique — qu'il rencontrait obstinément devant lui.
M. le duc de Broglie devint donc, au lendemain du Seize-Mai 1877, président du Conseil, et l'on s'attendait à ce qu'il donnât à sa politique une direction très nette, très déterminée, lorsqu'il parut, soudain, devant le pays étonné, hésiter dans sa marche, tçrgiverser dans ses résolutions.
M. de Broglie semblait paralysé, dans sa pensée comme dans ses actes, et la cause de la gêne qu'il manifestait, impossible à connaître alors, le fit davantage impopulaire^ indisposant contre lui, et
qui avaient mieux espéré de lui, et ceux gui ne lui pardonnaient pas de les avoir chassés du pouvoir, pour remplacer ce qu'il appelait leur faiblesse, par une insuffisance trop visible.
En vérité, M. le duc de Broglie ne pouvait faire davantage, en 1877, qu'il ne fit. En prenant la présidence du Conseil, en dirigeant le mouvement de réaction contre la République, il avait eu besoin de tous les éléments assemblés des droites de la Chambre des députés, et il était devenu l'esclave de cette coalition. Il avait été obligé de s'adjoindre, comme ministres, des bonapartistes, c'est-à-dire des hommes qu'il haïssait, qu'il redoutait; il avait été contraint d'avoir recours à l'aide de MM. de Fourtou etBrunet et, sans cesse sous la surveillance vigilante et jalouse de ses collaborateurs ennemis, il se trouvait empêché de faire bénéficier son parti de son autorité.
Par la situation qu'il occupait, M. le duc de Broglie devint un dissolvant dans l'aventure du Seize-Mai, au lieu d'être le moteur puissant de l'intrigue qu'il avait imaginée. Constamment tenu en défiance devant l'attitude militante de MM. de Fourtou et Brunet, constamment forcé de tempérer leur ardeur, d'apaiser leurs revendications, de combattre même l'expression bruyante de leurs sentiments, il ne lui fut offert, bientôt, que de paraître souhaiter de conserver
franchement rétique tte républicaine, dans la crainte que l'Empire menaçant ne prît le pas sur la Monarchie prudente dont il était le porte-parole attitré.
M. le duc de Broglie a eu de nombreux portraitistes littéraires. L'un d'eux a dit de lui, fort spirituellement « qu'on ne sait jamais ce qu'il veut. » Il eût pu dire plus excellemment peut-être, quHl ne sait pas ce qu'il désire, et la phrase l'eût peint absolument, dans la situation qui lui fut faite en 1877.
En effet, à cette époque, et avant de conduire le Maréchal vers une déception inévitable, M. de Broglie eût dû réfléchir aux conséquences de l'aventure qu'il lui conseillait de tenter. Il connaissait l'état des esprits, des partis, dans le Parlement comme dans le pays, et il eût dû prévoir à l'avance les obstacles qui lui seraient opposés, dans l'entreprise qu'il avait organisée. Il ne vit point ces obstacles, il ne s'en inquiéta pas du moins, et il se jeta, étourdiment, sans l'espoir sincère d'un triomphe personnel, dans la mêlée. Il y eut là, de sa part, un manque d'équilibre moral qui permet de douter de la précision de son dessein.
Très grand seigneur, M. le duc de Broglie était, en vérité, plus fait pour l'existence contemplative des salons ou des cours, que pour la vie agitée ot active de la politique.
LB HARÉCHAL DE ICAC-UAHON 287
Très lettré, il était plus fait aussi pour l'étude lente, pour le calme du cabinet de travail que pour la conception rapide, que pour la fièvre des assemblées populaires.
Orateur admirable, quoique mal servi par un organe insuffisant, son éloquence même semblait faite plutôt pour une réunion d'hommes bien nés, parfumés et amis des belles manières, que pour un auditoire composé davantage de plébéiens que de marquis musqués ou que de vicomtes galants. Il ne savait point parler aus hommes du peuple, il n'avait point, pour les séduire, le cbarme, l'accent nécessaires — l'émotion surtout — cette émotion communicative qui tombe d'une voix malhabile parfois, en l'art de discourir, mais qui va droit aux cœurs et qui passe sur eux, en les secouant. 11 avait des périodes magniUques, des phrases artistement construites, que l'on écoutait avec plaisir comme on écoute une belle tirade, au théâtre, mais il laissait son public indilTérent et lorsqu'il se taisait, on t'applaudissait, pour la grâce de son langage, non pour la joie d'avoir été convaincu.
Une fois pourtant — la seule peut-être — M. le fc(l(.^-)Jc Droglic pcovu(iiia i-l/o; cjiu!^ qui l'entengt d':aii'nUt.iii émue. Ce fut le, après la déroute des
hommes du Seize-Mai, dans la séance où il eut à répondre aux reproches que la Chambre, nouvellement élue, dressait contre lui et contre ses collaborateurs.
On accusait alors le duc de Broglîe de s'être tourné vers l'Etranger pour lui demander son aide, son appui moral, à l'heure des élections législatives, afin de frapper d'avortement en effrayant le peuple, les candidatures républicaines. On accusaitM. de Broglie d'avoir dît, ou fait dire, que l'Europe monarchique verrait d'un fort mauvais œil l'affirmation de la démocratie, en France.
Cet homme vaincu, eut alors des accents frémissants pour repousser le réquisitoire que Ton élevait contre lui. Il parut à la tribune, ayant perdu de son impassibilité hautaine, de sa morgue de grand seigneur, et il trouva des mots, des cris, pour se défendre, pour démontrer son innocence, pour réfuter ses accusateurs, des cris et des mots tellement profonds, tellement humains, qu'un frisson courut dans toutes les âmes de ceux qui l'écoutaient et qu'un murmure admiratif l'interrompit.
J'assistais à cette séance, comme j'ai assisté à tant d'autres qui demeurent inoubliables dans l'histoire parlementaire et, dans le souvenir que j'en évoque, je sens encore l'émotion qui me saisit.
Mais ces moments où le duc de Broglie savait ga-
gner les cœurs, étaient rares. De là, surtout, de cette absence de sensibilité, résulta son immense impopularité.
Cette impopularité était, on ne saurait le nier aussi, justifiée par son habituelle attitude.
Egoïste, hautain, cassant, dédaigneux et formaliste — il semblait avoir pris à tâche d'éloigner de lui toute sympathie, tout concours sincère.
Dans la politique dont il était le chef, il reportait tout à lui, délaissant ceux mêmes qu'il avait entraînés.
N'admettant aucune observation, aucun avis, il s'ingéniait, dans une inconscience inouïe, à blesser mortellement par sa parole tranchante, autoritaire, maussade, les hommes qui l'entouraient, dont il eût dû, cependant, attendre des conseils, qu'il eût dû, tout au moins, consulter.
Très aristocrate, il jouait au noble duc, dans la démocratie envahissante qu'il combattait et qui allait l'emporter, comme s'il se fût trouvé au milieu des frivoles élégances d'une cour, comme s'il eût passé à côté de courtisans heureux de se frotter à ses vêtements. Et, en ce qui concerne l'instinct de caste qui le caractérisait, il se montrait d'une intransigeance absolue. Il avait établi, autour de lui, et à son usage, une étiquette sévère, et nul ne pou-
290 AFRÂS L*BMPIRB
vait s*en affranchir sans risquer de lui déplaire à tout jamais, sans risquer de s'attirer sa colère immédiate ou son mépris.
Tel fut M. le duc de Broglie, dans les hautes fonctions qu'il occupa en 1873 et en 1877, sous la présidence de M. le maréchal de Mac-Mahon ; tel il est resté dans sa retraite, accentuant même cette attitude qui provoqua, contre lui, l'impopularité légendaire qui mina son autorité, dédaigneux de cette impopularité comme des hommes, comme de son époque, comme de tout ce qui ne touche pas direcrectement à la vision particulière et rétrograde qui le mène dans la vie.
Tandis que M. le duc de Broglie, ministre néfaste^ préparait la défaite du Maréchal, un homme qui eût été un conseiller éclairé si M. de Mac-Mahon avait consenti à le voir, à l'entendre, M. Gambetta, entrait davantage, si je puis ainsi dire, dans Tintimité du pays, et se dressait résolument en face de l'intrigue mort-née du Seize-Mai.
Lorsque, obéissant à ses appels enflammés, les électeurs envoyèrent à Versailles une majorité de représentants républicains, c'en était fait de l'aventure grotesque qui avait ému la France et l'Europe, et le Maréchal comprit qu'on l'avait trompé. Il tenta
de gouverner en offrant des gages à la nouvelle Chambre, dans les personnes de collaborateurs choisis, désormais, parmi les républicains modérés de l'Assemblée, il lutta pendant quelques mois contre le découragement, contre les déceptions qui le tourmentaient, mais il se sentait étranger aux hommes . qui l'entouraient, aux événements qui se déroulaient alors, et comme il était incapable de diplomatie, d'hypocrisie, de calcul intéressé, il renonça à ce que Ton avait appelé son Septennat, et il quitta le pouvoir, comme il Tavait pris, dans le calme apparent d'un esprit peu fait pour les choses de la politique — pour les triomphes décevants comme pour les amertumes inéluctables qu'elle procure.
M-fv
Un Drame après le Vingt-Quatre-Mai.
Je viens de parler de M. le duc de Broglie et d'indiquer quelques détails concernant le rôle politique qu'il eut dans Taventure du Seize-Mai. Quatre années auparavant, au lendemain de la chute de M. Thiers et lors de son premier ministère, son nom fut mêlé à un drame intime qui resta ignoré du public, que seuls, quelques habitués de salons mondains ou officiels connurent, et qui est, non seulement au point de vue politique, mais surtout au point de vue psychologique, intéressant h raconter.
Ily aurait ici, avec le nom de M. le duc de Broglie, d'autres noms à prononcer. Je les laisserai de côté,
294 APRÈS l'eiipiiib
cependant, et les remplacerai par des initiales, car si celui qui fut le triste et pitoyable héros du roman vrai qui va suivre, n'est plus, la femme qui en fut l'héroïne, celle qui fut sa compagne, vit, en apparence oublieuse de Theure tragique qui faillit amener la déroute en son existence, et se trouve être placée, même, mondainement, au premier rang des élégantes parisiennes.
En une époque oii il semble que Ton demande aux choses de la politique des sensations nouvelles, des impressions étrangères au cours ordinaire des événements, où il semble que Ton se lasse des éternels drames bourgeois, l'intrigue que je vais révéler, qui fut sinistre autant que les plus sinistres actions théâtrales^ qui eut, en plus, la bizarrerie de sentiment, la complication de pensée du plus subtil de nos romans contemporains, passionnera certainement les lecteurs. Elle laisse loin, derrière elle, en effet, Thistoire très poignante, pourtant^ de certains personnages parlementaires, qui se sont effondrés, dans leur vie publique, comme dans leur vie intime, sous l'influence de scandales récents.
Ces personnages étaient des besoigneux que la question d'argent a troublés, qui ont traîné leur flétrissure, leur déchéance, la mort de leurs ambitions et de leurs espérances, dans le troc plus ou moins