M. LE DUC DE LAROCHEFOUGAULD
le droit, souvent, de maudire, retient le souvenir de la pitié et des joies de cet homme autour desquelles il a glané de la vie, comme rœil du voyageur assoiffé et las garde Timage d'une source inespérément entrevue.
Je n'ajouterai que quelques lignes à ce portrait que j'ai voulu faire impartial. Sans être doué d'un sens réel dans les choses de la politique, sans avoir la compréhension absolue de la pensée moderne, M. de La Rochefoucauld n'est point tout à fait l'homme insignifiant, l'être nul et simplement élégant que des adversaires honorables, sans doute, mais trop esclaves de leurs doctrines, se sont plu, parfois, à attaquer, à ridiculiser.
M. le duc d'Audiffret-Pasquier.
Si M. de Larochefoucauld fut, sinon le chef, du moins Tun des chefs incontestés des légitimistes de l'Assemblée Nationale, son collègue, M. le duc d*Audiffret-Pasquier fut certainement l'homme le plus obéi parmi les orléanistes, celui qui leur dicta ile mot d'ordre dans les combats livrés contre les républicains, celui qui leur fixa une attitude dans Tintrigue de la fusion des deux Monarchies.
A ce titre, on ne saurait négliger sa personnalité, fort curieuse d'ailleurs.
De petite taille, très remuant, très nerveux, la face encadrée de courts favoris, coupée en deux par un nez démesuré et pointu, les yeux gris et luisants,
extrêmement mobiles, le teint bilieux, M. d'Audiffret-Pasquier ne fut pas Tune des individualités les plus sympathiques de l'Assemblée, mais il en* fut certainement l'une des plus marquantes.
Cet homme minuscule, presque, passant au tra-
vers des coulisses parlementaires, les mettait en émoi, on ne sait pourquoi, comme s'il eût caché, en 3es poches, à de certaines heures, les secrets d'un avenir que tous redoutaient, que tous s'efforçaient de deviner.
A vrai dire, il se dégagea de lui, en .une époque, une grande autorité, que ses façons persç)nnelles de
parler ou d'écopter augmentaient encore.
C'était l'un de ces violents, c'était l'un de ces passionnés d'apparence froide, qu'une maussaderie
instinctive préserve de toute, familiarité, de tout contact importun.
Orateur puissant et méthodique, il eut, à l'Assemblée, .de superbes succès. Celui qu'il obtint avec son discours sur les marchés du gouvernement impérial et dans lequel il mit Tapostrophe fameuse h l'Empereur : — « Varus, Varus, reuds-hous nos légions! » — restera en sa mémoire et en celle de ceux qui assistèrent à la séance eh laquelle il le prononça.
Dans mon livre, La Cour de Napoléon lll. J'ai rapporté le tumujte et l'incident intime que provoqua ce
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discours, auquel M. Rouher devait répondre avec tant de courage héroïque, avec la cruelle certitude de ne pas être vainqueur, et qui devait classer M. d'Audiffret-Pasquier comme l'un des plus éloquents orateurs de TAssemblée.
A partir de ce moment, en effet, il occupa la tribune avec toute l'autorité, non seulement d'un admirable rhéteur, mais avec la force d'un homme d'Etat dont la valeur est unanimement reconnue.
La renommée, la gloire tiennent, en vérité, souvent, à bien peu de chose. Le discours de M. d'Audiffret-Pasquier sur les marchés de la guerre, ne fut, en somme, qu'une habile accumulation de chiffres, qu'une sorte de réquisitoire véhément, comme en débitent, chaque jour, les procureurs généraux, voire même les simples substituts, dans les procès de Cour d'assises. Mais il eut le «< Varus, Varus, rends-nous nos légions, » qui lui donna, soudain,
comme un semblant de haute allure oratoire, et M. d'Audiffret-Pasquier bénéficia de Tétonnement que fit naître son apostrophe. Sans cette apostrophe, il serait demeuré, sans doute, un parlementaire important, mais on ne l'aurait peut-être jamais classé parmi les maîtres de la tribune.
Ne querellons pas le noble duc sur la valeur de son succès. Il fut, ce jour-là, un homme heureux et il
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dut r^fn'ire sirràees aax crânes da célèbre eéaénd roTTi^în ^lonr la; aroir f^arai as. t cffei. ♦
P^rn'î ^nl to jtiÇ ;% 'îarêie -ia Se-Mci Empire, M. d'Aadl frret-Pa.*qa îernVj i iucG ne :L.f ^ence îur les araires prih:;q;je5. De fut en rien mêlé à U ¥ie poliâqoe. Il esT^yahieo, en diverses cîrconsunces, d'életer la Toix contre le i?oo¥emement oa de combattre les Tuilerie^, mais la chance ne le soirit pas en ces tentatives et il échoua, sans cesse, dans sa latte contre le pouvoir et contre les hommes qui le représentaient-
Pour lui, comme pour tant d'autres, la chute de 5apoIéon Dl, la guerre, la conclusion de la paix, furent les causes qni le tirèrent de Tinactivitc.
A TAssemblée Nationale, je l'ai dit, il prit la tête du parti orléaniste, haïssant autant les légitimistes que les bonapartistes, et lorsque le prcjet de fusion monarchique lui fut soumis, il ne l'examina que d*un œil fort peu aimable. Il fut intraitable sur la question du drapeau et il déclara nettement à M. de Larochefoucauld qu'il s'allierait avec les républicains^ plutôt que de permettre qu*0D rejetât le pays dans une réaction qui n'avait rien de commun avec les aspirations du temps.
Tout, en loi, se révoltait à la pensée d'un roi de droit divin, comme à la pensée d'une restauratioa
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impériale, et ce furent, sans doute, ces deux haines qu'il entretenait également en lui, la haine des Bourbon de la branche aînée, la haine féroce, irraisonnée, folle, des Bonaparte, qui lui concilièrent les sympathies non dissimulées de la gauche de l'Assemblée.
Mais ces deux sentiments qu'il exprimait ouvertement, eurent des conséquences contraires, curieuses et imprévues. L'hostilité qu'il témoignait aux légitimistes contribua certainement à discréditer le comte de Ghambord, à le rendre impossible comme souverain, en France, mais Tanimosité qu'il nourrissait contre l'Empire, en rappelant sans cesse le souvenir récent de l'Empereur et de sa dynastie, souvenir dont le peuple ne s'était point encore détaché complètement, eut pour effet de ranimer le zèle de ceux qui, troublés par les événements, n'osaient plus défendre Napoléon III ou son fils ; de réveiller dans les masses comme une tendresse fugitive en faveur du Prince Impérial — tendresse dont la manifestation accrue, s'affirma plus tard si spontanément, si vivement, lors de la mort tragique du malheureux enfant.
Simple député, chef de parti ou président de l'Assemblée, M. le duc d'Audiffret-Pasquier, il faut le reconnaître, eut, en ces diverses fonctions, une attitude assez nette, disant sa pensée franchement,
APRÂS l'bUPIRB
quoique désagréablement toujours, mais avec une loyauté qui avait son mérite. II y avait, en lui, de la brutalité sèche du chiffre. Quoi d'étonnant à cela, d'ailleurs, M. d'Audiffret-Pasquier étant homme de chiffres, étant Tun des principaux actionnaires des Mines d'Anzin, et comptant, dans sa famille, plusieurs financiers?
Les débuts politiques du noble duc semblaient lui assurer des destinées fort appréciables. Cependant, la fortune qui avait paru prendre soin de lui avec tant de sollicitude, si inespérément même, étant donnés son passé vide, sa personnalité longtemps ignorée, se détourna de lui et le laissa, isolé, au milieu du chemin.
On pourrait être surpris decet arrêt soudain, dans un triomphe considéré comme certain, un moments si là cause de cet arrêt ne s'offrait d'elle-même : après s'être, dans une attitude voulue et cherchée, montré grincheux, maussade, M. d'Audiffret-Pasquier finit par croire à cette nature spéciale de son . tempérament et comme tous, un peu, à (Jroi'te ainsi qu'à gauche, souffrirent de son mauvais caractère, comme tous éprouvèrent l'ennui de sa bîle, on s'éloigna de lui.
Les monarchistes intransigeants le délaissèrent,* se vengeant ainsi de son opposition à leurs projets;