LA « BÊTE NOIRE » DE LA SAINTE -ALLIANCE
A Fontainebleau, le 12 avril 1814, huit jours avant la scène des adieux et le départ pour l'île d'Elbe, le général d'Ornano, Tun des derniers fidèles parmi les grosses épaulettes, conduisit luimême au grand maréchal Bertrand, que surmenait l'organisation hâtive du convoi de l'exil, un jeune homme portant la livrée vert et or de courrier du cabinet impérial. Ce garçon sollicitait la faveur, réservée seulement à un très petit nombre de serviteurs impériaux, de suivre Napoléon à l'île d'Elbe.
Bertrand, hargneux, affairé, dévisagea le protégé d'Ornano. La figure pleine et forte, avec ses mâchoires carrées, semblait énergique. Les cheveux, châtains, étaient plats ; les yeux petits,
mais ardents. La bouche se serrait sur des lèvres minces. Le teint bruni dénonçait, avec l'accent, une origine méridionale. La silhouette sans finesse, trapue, n'avait rien de la professionnelle souplesse que l'on recherche pour l'antichambre. Les références, au demeurant, étaient bonnes. Ornano pouvait attester que ce robuste gaillard de vingtcinq ans, avant d'entrer en 1812 dans le service de M. Dehndre, le directeur des estafettes au quartier impérial, était déjà un vieux soldat'. Il s'appelait Jean-Xoël (Gio van-Natale) Santini. Né en 1790 dans la montagne corse, au village de Lama, arrondissement de Bastia, il avait été admis à quatorze ans comme tambour au bataillon des tirailleurs corses commandés par Catagno, en garnison à Antibes. Avec son corps placé sous les ordres d'Ornano, celui-ci même qui se faisait aujourd'hui son protecteur, Natale Santini avait séjourné au camp d'Ambleteuse ; puis il était entré au 11^ léger organisé avec les tirailleurs du Pô et les tirailleurs corses. De 1804 à 1812 il avait assisté à toutes les batailles du Nord depuis Donauwerth jusqu'à Krasnoé en passant par Ulm et Austerhtz, campant sur les bords du Lech, du