mai 18^7, Arcli. nat. F
depuis plusieurs années je sollicite l'honneur de remettre à Votre Altesse Impériale, quelques objets, tout de sentiment, dont votre Auguste Père, l'Empereur Napoléon, m'a fait dépositaire dans ses derniers moments à Sainte-Hélène. Persuadé que Pâme de Votre Altesse doit aspirer à s'identifier avec eux et mes demandes ayant toujours été sans réponse, je m'adresse à vous, Prince, avec l'espérance que vous me ferez connaître vos ordres, et que, conformément aux dernières volontés de l'Empereur mon Maître, j'aurai l'honneur d'être admis à vous remettre moi-même le dépôt qui m'a été confié... »
Marchand n'obtint naturellement pas satisfaction \ Aucun de ceux qui fermèrent les j'eux du père n'approchera le fils et ne lui racontera la mort du héros sur son rocher de légende. Pour plus de sûreté, ]\Ietternich interdit à ces hommes de franchir la frontière. Le Roi de Rome ne reçut point les pieux souvenirs qui lui étaient destinés par Pauguste victime. Marchand ne voulut point se dessaisir de son dépôt entre les mains d'un fonction-
1. « Dans la situation où se trouvaille duc de Rcichsiadt, dit le Dr Malfatli pctur excuser le chancelier d'Autriche, on ne crut pas devoir répondre à cette demande, qui fut inutilement renouvelée. » Cité par Welschingcr (Le Roi de Rome).
naire auUichien. Il transmit au mandataire de Madame jNIère, le duc de Padoue, ces reliques qui demeurèrent ainsi dans la famille impériale.
A côté des objels qu'il destinait à son fils et de ceux qu'il réservait à Marie-Louise, Napoléon avait placé en évidence, dans son testament, le legs qu'il taisait à lady Holland en reconnaissance de la sollicitude fervente et bienfaisante que cette Anglaise, convertie à la religion napoléonienne, n'avait cessé de lui témoigner de Londres. Plus heureuse que le duc de Reichstadt, lady Holland entra en possession, sans difficulté, du fameu.x camée antique que Pie VI avait donné à l'Empereur, à Tolenlino.
Plus délicates encore peut-être, plus complexes en tout cas, à cause de la nature des intérêts engagés, étaient les difficultés louchant à l'e.xéculion des legs en faveur de particuliers ou de collectivités dont nous ne parlerons pas ici.
Les sommes affectées à ces legs devaient être prélevées : 1" sur les sommes de 3 millions et 400.000 fr. ' déposées chez les banquiers Perregaux et Laffille en 1814 et 181;j et sur les intérêts de ces sommes;
i. Que Napoléon, à Sainte-Hélène, évaluait par erreur à si.\ millions.
2° sur la liquidaliou de la liste civile d'Italie, argent, bijouterie, argenterie, linge, meubles, écuries dont l'ex-vice-roi Eugène de Beauharnais était dépositaire ainsi que sur 800.000 francs provenant d'un dépôt confié en 1814 par Napoléon au comte de Lavalette et dont le comte avait remis une parlie au prince Eugène ; 'i" sur les fonds en or laissés à l'Impératrice Marie-Louise en 1814 et dont elle restait devoir, d'après l'Empereur, 2 millions ; 4° sur le domaine privé évalué par Napoléon à 200 millions (legs collectif en faveur des officiers et soldats de la Révolution et de l'Empire et des villes et campagnes ruinées par l'invasion) ; 5° sur les diamants particuliers de Napoléon confondus avec les diamants de la couronne et estimés à 5 ou 600.000 francs et sur 2 à 300.000 francs de lettres de change représentant les re\'enus de l'île d'Elbe depuis 1816.
Il n'était pas aisé aux exécuteurs testamentaires de réaliser les fonds ainsi désignés dans leur origine. Une ordonnance royale de 1818 avait prescrit le versement au Trésor des 200 millions (alors réduits à 118 millions) qui composaient le domaine privé de l'Empereur ; Marie-Louise refusa énergiquement de se reconnaître débitrice de la moindre parcelle des 2 millions qu'elle avait emportés à Or-
léans et dont, disait-elle, une partie (900.000 francs) avait fait retour à l'Empereur. Du prince Eugène, qui avait abandonné ses palais italiens, ses meubles et ses écuries à Tinvasion autrichienne, on ne put non plus tirer autre chose qu'une production de ses comptes fort bien équilibres*. Les diamants et les
1. A la fin de juin 1814, le prince Eugène avait reçu du comte de Lavalette, à titre de dé\)ùl pur et simple , 800.000 francs provenant d'une somme confiée au comte par Napoléon, Suivant les ordres adressés à Eugène au nom de l'Empereur, de ISIS au mois d'avril 1821, le prince exécuta pour 812.768 fr. 01 de payements. Ainsi donc, d'après ce compte qu'établissaient des pièces conservées dans les archives ducales, le total des payements faits par Eugène excédant le dépôt à lui confié par l'Iùiipereur, il y avait apparemment peu de chance qu'il revint à la succession quelque chose do ce côté-là. Le 3 juillet 1822, les exécuteurs testamentaires de Napoléon adressèrent au prince Eugène, une lettre dans laquelle ils le priaient d'une part, de faire entrer en ligne de compte les intérêts du dépôt de 800.000 francs et d'autre part, de vouloir leur faire tenir une copie des pièces justifiant les payements. Dans sa réponse du 7 décembre 1822, Eugène de Beauharnais fit parvenir aux exécuteurs testamentaires les pièces demandées et les informai qu'il n'avait reçu les 800.000 francs qu'à titre de dépôt et qu'en conséquence, il ne pouvait aucunement ôtre question d'intérêts. Le 15 mars 1823, Montholon informa le prince que si la succession admettait les 812.768 fr. 01 de payements elle n'en exigeait pas moins le versement de 230.968 francs représentant, d'après Montholon, les intérêts de la somme à 5 p. 100, car, disait-il, l'intention de l'Empereur en 1815, avait été que la somme fût versée dans les caisses de la maison Laf'titfe. Eugène repoussa, jusqu'à sa mort, la réclamation de Montholon, Bertrand et Marchand. Après son décès, la tutelle ne fit point droit à leur demande. Montholon ne se tint pourtant pas pour battu; il renouvela, en juin 1827, à la fin de 1834, au commencement de 1835. en 1836. des démarches qui, chaque
revenus de l'île cVElbe sur lesquels Napoléon faisait fond ne donnèrent rien à la masse de Taclif testamentaire qui, en 1821, se composait exclusivement
lois, restèrent sans résultats. 11 céda finalement ses droits à un M. de Pérarde! dont les instances, en 1841 et en 1845, ne lurent pas plus heureuses.
D'autre part, en tète de son second codicille. Napoléon avait écrit : « Sur la liquidation de ma liste civile d'Italie, telle qu'argent, bijoux, argenterie, linge, meubles, écurie, dont le vice-roi est dépositaire et qui m'appartiennent, je dispose de deux millions que je lègue à mes plus fidèles serviteurs. J'espère que, sans s'autoriser d'aucune raison, mon fils Lugènc-Napoléon les acquittera fidèlement ; il ne peut oublier les quarante millions de francs que je lui ai donnés, soit en Italie, soit par le partage de la succession de sa mère. » Pour satisfaire à ce vœu de l'Empereur, le prince Eugène fit connaître aux exécuteurs testamentaires que sa seule ressource était de presser le gouvernement autrichien de lui liquider sa liste civile d'Italie. En effet, aux derniers mois de son existence, le royaume d Italie se trouvait dans une situalion fort embarrassée et lors de l'occupation de Milan par les armées autrichiennes, le trésor de l'Etat devait au prince sept mois de dotation, environ 3.500.000 francs. L'argent liquide, les bijoux, rargentcrio, les meubles, les écuries dont le viceroi avait la garde passèrent en possession de r.\utriche. En ce qui concernait la succession de sa mère, le prince représenta que cet héritage lui revenait naturellement par le code Napoléon et (pie c'était là un bien qui lui appartenait en ])ropre. Le 30 août 182-', il écrivit aux exécuteurs testamentaires qu'il allait réclamer à l'Autriche le solde de sa liste civile afin d'aciiuitler les legs du deuxième codicille de l'Empereur. Il n'obtint rien de l'Autriche, et après sa mort, comme pour les 800.000 francs, les réclamations de Mon- Iholon ne |)rirent fin. au sujet de ces deux millions, qu'en 1850. Il semble bien rpie le prince Eugène ait été fort affecté des paroles de rEmi)ereur dans son second codicille et des léclamalions (jue lui adressèrent les exécuteurs testamentaires.
des sommes confiées à Laffitte. Mais les exécuteurs testamentaires ne purent obtenir la délivrance de ces fonds mêmes qu'après toutes sortes de difficultés juridiques et diplomatiques dont il nous faut dire un mot pour montrer dans quelles voies nouvelles allait désormais s'employer l'activité de l'ancien valet de chambre impérial.
Les cassettes de Sainte-Hélène, après que Ton eut arrêté l'état des payements à faire pour le compte de la maison, dépenses domestiques, achats divers, etc., présentaient un déficit de 13.644 fr. 50 dont Bertrand et Montholon durent faire l'avance. 11 leur fallait maintenant, pour réaliser les dispositions du testament ou du moins partie d'entre elles, obtenir des banquiers Perregaux et Laffitte, la délivrance du dépôt que Napoléon, lors de son départ de Parisien 1815, avait, contre un double reçu, remis entre les mains de ce banquier. L'Empereur, à Sainte-Hélène, avait annulé l'un des deux reçus. Le comte de Montholon avait été chargé de présenter l'autre afin que remise lui fût faite par Laffitte de la somme déposée avec les intérêts à o p. 100 à dater du 1" avril 1815, en défalquant les payements dont sa maison avait été chargée par différents ordres. La liquidation de ce compte devait avoir lieu entre Laffitte, Montholon,
Bertrand et Marchand. Or, il arriva que Laffilte refusa d'abord de se dessaisir du dépôt jusqu'à ce qu'il eût pris conseil à cet égard, ne se croyant pas suffisamment couvert par le titre que lui présentaient Bertrand et Montholon. 11 objectait que Napoléon avait été frappé d'incapacité par Tordonnance du 6 mars 1815, que les actes passés à l'étranger n'étaient pas exécutoires en France et que ce testament n'accordait pas la saisie aux exécuteurs testamentaires. La banque demandait enfin la vérification par expert du testament, que, par prudence, Montholon avait fait déposer à Londres et dont il s'était contenté de produire une copie dûment légalisée. D'où une discussion juridique complexe, intéressante en soi par le cas exceptionnel qui surgissait, et à laquelle prirent part, avec l'avocat Dupin soutenant les intérêts des légataires, les jurisconsultes Bonnet, Tripier et Gairal. Si l'on considérait que le testateur étant en état de mort civile par l'efTet de l'ordonnance du G mars 1813 et la loi du 12 janvier 1816, il n'avait pu ni acquérir (depuis le 6 mars 1815), ni disposer par voie de dernière volonté, d'une fortune qui devait en conséquence tomber dans les caisses de l'Etat français. Cette opinion était soutenable, mais on devait s'attendre à ce qu'elle fût vivement attaquée ■ — et
102 APRKS LA MORT Dli LEMPEREUR
avec quel retentissement ! — devant les tribunaux. Aussi le gouvernement royal préféra-t-il ne point intervenir afin « d'éviter l'espèce de scandale qui pourrait résulter d'une discussion ouverte sur ces questions qui tiennent aux ressorts les plus délicats de Tordre social sur les droits de la légitimité, sur les faits de l'usurpation et sur les tristes conséquences qu'ils ont entraînées^». Bien plus, le vicomte de Chateaubriand, alors ministre des Affaires étrangères, devait insister énergiquement auprès du baron de Vincent, chargé de représenter les intérêts de Marie-Louise auprès du gouvernement français, pour que la cour d'Autriche renonçât, de son cùté, à revendiquer, au nom de la duchesse de Parme et de son fils, tout ou partie des sommes en litige -. Cependant un arrangement
1. Lettre du vicomte de Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères, au baron de Vincent, 30 avril 1824.
2. Voici, résumée dans ses grandes lignes, la part qui peut être attribuée à Marie-Louise dans l'affaire du testament. Dès le mois de juillet 1S21, Metternich prend en mains les intérêts du duc de Reichstadt et de sa mère qui s'en remet entièrement à lui pour la liquidation de la succession. Les préoccupations de Marie-Louise à ce sujet commencent de se manifester par la crainte de l'existence possible d'un testament « dans les mains de quelque individu de la famille Bonaparte ». En septembre, elle voudrait déjà savoir s'il lui sera permis de demander pour son fils la villa de San-Martino, à l'Ile d'Elbe. Bien qu'elle ait un moment espéré obtenir quelques renseignements positifs de la bouche même des exécuteurs testamentaires, elle
était intervenu entre les exécuteurs testamentaires et le banquier LafTitte qui offrit devant le tribunal — et reçut acte de cette offre — de verser les fonds
hésite à leur accorder l'entrevue qu'ils lui ont demandée, et refuse, définitivement, de les recevoir. Lorsqu'en décembre 1821, Marie-Louise apprend que Napoléon a déposé plusieurs millions chez Laffitte en ISlo, son inquiétude s'accroît sur le sort de cette fortune qui peut-être va revenir à des gens qu'elle veut ignorer, et, au début de 1822, elle s'informe auprès de Metternich s'il lui sera possible de recourir aux tribunaux pour défendre ses intérêts. Enfin, quand on connut la teneur du testament, Marie-Louise fut très irritée d'apprendre que l'Empereur la rendait débitrice de deux millions qu'elle avait emportés en 1814. Napoléon disposait de cette somme, par l'un de ses codicilles, en faveur de ses ])lus fidèles serviteurs, qu'il recommandait à la protection de Marie-Louise. Mais comme Marie-Louise n'avait, elle, aucune gratitude pour les fidèles serviteurs de Napoléon, elle s'empressa de faire connaître qu'elle n'entendait nullement rapporter deux millions dont onze cent mille francs d'ailleurs avaient été absorbés, disait-elle, par son voyage de Paris à Schœnbrunn d'octobre 1814 à mars 1816 et dont les neuf cent mille autres avaient fait retour à l'Empereur. Elle manifesta, d'autre part, la ferme intention de ne point renoncer à l'héritage. Les prétentions de la duchesse de Parme persisteront et se renouvelleront par voie diplomatique, malgré les fins de non-rcccvoir catégoriques du gouvernement français, pendant une quinzaine d'années. Quelques semaines même après la mort du duc do Reichstadt, Marie-Louise affirme encore ses droits sur une partie de la fortune impériale. Au mois do mai 1S:j7, elle se décida i)Ourtant à faire acte de renonciation « aux biens, meubles et immeubles, situés en France, ayant aj)partenu à l'Empereur Napoléon, notre illustre époux ». — Celte question des revendications de Marie-Louise sur la succession de Napoléon, de 1821 à 1832, est plus complètement étudiée dans Le Roi de Rome de' M. Welschinger auquel les archives des Affaires étrangères et les études de Schlitter dans les Archives d'Histoire Autrichienne ont fourni de précieux documents justificatifs.
à la caisse des Consignations. Ils y devaient demeurer jusqu'à ce que le duc de Reichstadt eût atteint sa seizième année. Des millions déposés en 1815, il ne restait, intérêts compris et déduction faite d'une série de payements au nom de TEmpereur, qu'une somme de trois millions et demi destinée à faire face à neuf millions de legs.
On fut donc obligé en 1826, en négligeant les legs portés dans les codicilles, de ne faire qu'une répartition au prorata des sommes allouées. Pour présider à cette répartition ainsi que pour résoudre divers cas litigieux (notamment la question de la pension et du don de lOO.OUO francs au docteur Antommarchi), les légataires désignèrent comme arbitres souverains le duc de Bassano, le duc de Vicence et le comte Daru . En 1826, Montholon toucha 1.351.298 francs, Bertrand 285.514 francs, Marchand 248.572 francs et son beau-père, le général Brayer, 62.143 francs.
Voilà donc ce qu'il advint des fonds déposés chez Laffitte. Il restait au.x exécuteurs la tâche ingrate de faire rentrer les sommes demeurées, d'après le testateur, entre les mains de la duchesse de Parme d'une part et, d'autre part, entre celles du prince Eugène. Bertrand et Marchand, qui n'étaient point en accord parfait avec Montholon sur les voies à
suivre et les moyens à employer résilièrent leur mandat et laissèrent à leur collègue la charo-e et la responsabilité d'une assez pénible mission dont le comte de Monlholon poursuivit, d'ailleurs, pendant de longues années, la réalisation avec une âpre énergie.
Après s'être désintéressé des procédures ingrates auxquelles le testament contraignait ses exécuteurs, ^Marchand, jusqu'en 1830, vécut plus que jamais retiré dans sa petite maison de Perrigny ou dans le médiocre foyer des Brayer. Mais la révolution de Juillet en emportant le trône des Bourbons devait sensiblement modifier encore une fois l'existence de Marchand en même temps que celle de sa belle famille.
Louis-Philippe, l'ancien combattant de Yalmy, proclamé roi à l'hùtel de ville, accepte le drapeau tricolore et fait accueil à tous ceux qui ont servi glorieusement l'Empereur. Un très grand nombre d'officiers en demi-solde sont rappelés à l'activité. Le commandement de l'Ecole polytechnique est offert au général Bertrand. Brayer est réintégré dans les fonctions actives de son grade de général de division. 11 reçoit un commandement à Strasbourg où il amène sa famille et son gendre. Il est
100 APItKS LA MORT DE I. 'EMPEREUR
fait grand ofticier de la Légion d'honneur, et il est nommé pair de France le il octobre 1832. Deux mois plus tard, le 19 décembre, son encombrante épouse meurt sans avoir eu le temps de goûter à ce retour de fortune.
En 183G, alors que, par centaines, sortent les publications, brochures et chansons exaltant le souvenir impérial, ^larchand écrit pour le Précis de rhistoire des guerres de César à lui dicté par Napoléon et dont, avec l'agrément de Bertrand, il fait imprimer le manuscrit — une préface qui tient une partie de ses souvenirs de Sainte-Hélène. L'ouvrage fit du bruit et remit en vedette la personnalité du premier valet de chambre de Longwood. Mais, bientôt, quatre ans après, en 1840, Marchand allait savourer une autre manière de gloire qui serait la plus belle récompense de sa fidéhté au vaincu et à l'exilé. Après avoir fait achever l'Arc de Triomphe, consacré dans le musée de Versailles une galerie aux œuvres rappelant les victoires impériales et replacé la statue de Napoléon sur la colonne de la place Vendôme, le gouvernement de Louis-Philippe, sur l'initiative de M. Thiers, négocie avec l'Angleterre le retour en France des cendres du prisonnier de Sainte-Hélène. L'affaire, d'abord conduite dans le plus grand secret entre Thiers, notre
ambassadeur à Londres Giiizot, et lord Palmerston, vint devant les Chambres en juin 1840 où le projet de loi présenté par le Gouvernement fut adopté avec enthousiasme, A la chambre des Pairs, le 6 juin, trois boules noires seulement sortirent de l'urne au milieu des murmures. Et, le soir, le chancelier Pasquier — celui-là même qui présidait les Chambres prévôtales de 1815 et qui aida si efficacement à rctfondrement du régime impérial — donnait un grand dîner dans lequel un toast était porté, debout, à la mémoire de l'Empereur. Partout en France, la nouvelle delà prochaine translation des cendres fut accueillie avec émolion. Tout le monde voulait aller à Sainte-Hélène : « L'expédition une fois résolue, écrit l'abbé Coquereau, ce fut à qui y prendrait part ; les réclamations devinrent générales, tous voulaient voir le rocher fameu.\, respirer à Longwood, toucher la terre du tombeau et suivre le deuil pendant les quatre mille lieues de trajet ; tous avaient des droits, disaient-ils; l'un avait reçu vingt blessures en défendant une aigle, un autre avait été proscrit, un troisième avait reçu les embrassements de l'Empereur dans un sublime adieu; tous voulaient aller briser ses chaînes, comme si tous avaient demandé à les partager. Ceux-ci seulement avaient des droits incontestables ; aussi l'opinion publique les dési-
108 APRÈS LA MORT Uli L EMPEREUR
gna bien vite. Leurs noms n'ont pas besoin de commentaires; des actes pareils honorent plus qu'une phrase élogieuse quelque belle qu'elle puisse être. » Il fut décidé, sur Tinsistance et les protestations de Gourgaud, devenu général de division et aide de camp du Roi et dont le caractère jaloux trouva en cette circonstance encore l'occasion de se manifester, que la mission de Sainte-Hélène, outre le prince de Joinvillc, commandant l'expédition, et le comte de Rohan Chabot, commissaire du Roi, se composerait seulement des survivants de la captivité. Ainsi se trouva exclu le vénérable général Petit que Napoléon avait serré dans ses bras à Fontainebleau en 1814, lors de la scène mémorable des adieux. Le duc Decazes ne put davantage obtenir de faire inscrire son fils dans la liste officielle qui donnait droit au passage sur la Belle-Poule. D'autre part, le général de Montholon, qui ferma les yeux à l'Empereur et qui avait été son plus important légataire, se trouvait emprisonné au fort de Ham comme complice de Louis-Napoléon dans l'affaire de Boulogne S et le gouvernement royal ne
1. Montholon, ruiné par de maladroites spéculations, s'était attaché à la fortune alors bien incertaine du prince. Le million et demi qui lui avait été attribué en 18i6 pour sa part de légataire et sur lequel d'impatients créanciers firent aussitôt valoir des droits, n'avait fait que passer entre ses mains. En
jugea point opportun de l'autoriser à sortir de prison pour lui faire partager une apothéose. L'abbé Vignali, l'aumônier de Texil qui servit la cliapelle ardente, n'était plus de ce monde. Le D' O'Méara, l'auteur de Napoléon en exil ou une voix de Sainte- Hélène était mort également. On avait perdu la trace d'Antommarchi. Las Cases était âgé et malade. Il fut entendu que son fds, le baron Emmanuel de Las Cases, qui cravacha Iludson Lowe à Londres et qui appartenait maintenant à la Chambre des députés, remplacerait son père. On accepta que le général Bertrand emmenât avec lui un de ses fils,
■1828, un officier anglais qui, à Sainte-Hélène, avait été attaclié à l'état-niajor du gouverneur Lowe, le capitaine Basil Jacitson, rencontra à Paris, sur les boulevards, le général de Montholon qui l'invita à séjourner, avec Mrs. Jackson, dans son château de Fréniigny. Sur cette villégiature chez Tancien aide camp de Napoléon prisonnier, l'ancien officier d'ordonnance d'IIudson Lowe a laissé cette noie curieuse : « Fréniigny était une charmante maison de campagne entourée d'une grande étendue de terres. En dehors de nous, il y avait d'autres visiteurs qui, à l'exception d'un officier français, étaient tous anglais. Les chevaux et les voitures du comte l)rovenaient aussi d'Angleterre ainsi que son domestique; bref, il semblait atteint d'anglomanie. » Peu après d'ailleurs les affaires de iMontholon se trouvaient en si mauvais état que, menacé de la prison pour dettes, il dut se réfugier en Belgique. Du fort de llam, en 1840, lorsque l'on composa la mission de Sainte-Hélène, Montholon écrivit vainement à !>ouis- Philippe pour revendiquer le droit d'aller chercher les cendres de celui à qui il avait fermé les yeux. Relâché ajirès l'évasion du prince, le général fut, après la révolution de 1848, envoyé à la Chaïubre des députés cl réintégré dans son grade.
Arthur, né en 1817 à Longwood et qui selon la
malicieuse expression de sa mère, fut « le premier Français entré à Sainte-Hélène sans la permission du gouverneur ». 11 fallait un aumônier à l'expédition. On désigna un jeune ecclésiastique qui devait plus tard devenir aumônier général de la marine, l'abbé Goquereau, chanoine de Quimper et de Troyes, prédicateur de talent. On le distingua aussi parce qu'il était fds d'un ancien officier de l'Empire et neveu de deux colonels dont l'un tué sur le champ de bataille.
En outre, quatre serviteurs de Sainte-Hélène, le valet de chambre Saint-Denis (mameluk Ali), l'huissier Noverraz, le chef d'office Pierron et le piqueur Archambault, réclamèrent le droit, qui leur fut aussitôt reconnu, d'aller reprendre leur service auprès de leur maître durant le temps de Texhumation et de la traversée funèbre.
Et Marchand ?
Marchand ne pouvait pas ne pas être de l'expédition. Il eût, sans doute, hautement et justement protesté si l'on avait prétendu l'en exclure. Mais, à son sujet, se présentait une difficulté de protocole. En quelle qualité Marchand accompagnerait-il la mission ? Quelle place lui serait-il reconnu, à bord, au cours des réceptions officielles, devant lasépul-
ture et dans les cortèges? Reprendrait-il son rang, son premier rang — et rien que cela — dans la maison domestique ? Marchand ne l'entendait point ainsi. La volonté de l'Empereur avait transformé sa condition sociale. Il n'était plus de l'antichambre. Son mariage 1 avait définitivement fait admettre dans les salons de la société impériale. L'e.xécuteur testamentaire de Xapoléon, le gendre du comte Brayer, général de division, gouverneur de Strasbourg et pair de Franco, prétendait à un autre traitement que le Suisse Xoverraz ou le piqueur Archambault, exigences qui parurent singulièrement plaisantes à la duchesse de Dino et durent sans nul doute paraître excessives au maussade Gourgaud, peu soucieux de voir placé, en ces circonstances, au même rang que lui, l'ancien premier valet de chambre de Longwood. On s'appliqua cependant à arranger les choses au mieux possible. Marchand accepta d'accompagner la mission, écrit dans son journal la duchesse de Dino, « à la condition de manger à la table du prince de Joinville ; pour le satisfaire, on l'a nommé capitaine d'état-major de la garde nationale, et il part, et il mangera à la table du Prince ! Je m'abstiens de réflexions ».
Il n'en fut pas néanmoins tout à fait ainsi et l'on ne fit point du serviteur de Napoléon l'un des habi-
il2 APRÈS LA MORT DE L EMPEREUR
taels commensaux du fils de Louis-Philippe. Il fut convenu que Marchand prendrait place non point sur la frégate la Belle-Poule, mais à bord de la corvette convoyeuse La Favorite et, comme on lui avait effectivement donné une épaulette de lieutenant dans la garde nationale, ce grade lui permettait de s'asseoir à la table du commandant du bord, et même d'être convié, mais exceptionnellement, à celle du commandant de l'expédition.
Dès lors, à l'occasion de toutes les cérémonies, Marchand se parera de son uniforme neuf. On lui manifeste, d'ailleurs, des égards. Quand il s'embarque à Toulon le 7 juillet la foule l'acclame. 11 partage la popularité du général Bertrand. Pendant la traversée le Prince a des attentions pour lui. Il le convie à dîner sur la Belle-Poule, à la stupéfaction de Gourgaud qui un peu plus tard, à Sainte-Hélène, à l'occasion du premier dîner officiel au Gouvernement, notera avec satisfaction que Marchand n'a pas été convié. Tout l'homme est là.
Avec Bertrand et Gourgaud, cependant, l'ancien valet de chambre de l'Empereur est invité au grand dîner offert, le 12 octobre, par les officiers de la garnison, et, tout de suite après le toast porté à Bertrand par le colonel Trelawney, le chef de la justice Wales lève son verre en l'honneur de Mar-
chand qui « dans une humble position a montré beaucoup de dévouement ». Le toast à Gourgaud ne vient qu'ensuite et c'est justice.
Marchand, le lo octobre, assiste au premier rang, tout au bord de la fosse et avec l'intense émotion qu'on devine, à la scène historique de l'exhumation dont l'abbé Coquereau nous a tracé ce tableau shakespearien :
« Accoudé sur le tronc d'un saule, je ne pouvais me lasser de contempler ce qui se passait sous mes yeux : celte vallée aux formes irrégulières, fantastiques par Teffet des ombres; ces deux immenses tentes blanchâtres, oscillantes, sans cesse agitées par le vent; celle pâle lueur des lampes qui les éclaire comme la lampe des sépulcres ; ce cliquetis d'armes de sentinelles qu'on relève, mêlé au bruit de la brise qui s'engouffrait dans le ravin avec ses voix et ses plaintes ; ces hommes drapés de longs manteaux, tantôt restant immobiles et pensifs, tantôt se mettant lentement en marche, laissant entrevoir une épée, fantômes menaçants au milieu des ombres... puis ces lumières qui couraient çà et là, rasant le sol comme des âmes, s'abîmant en un centre commun, sans qu'on put distinguer dans l'épaisseur des brumes ceux qui les portaient ; une voix brève et impérieuse parlant un langage étran-
ger, le bruit sec des marteaux sur la pierre, les pelles se rencontrant, et criant, et grinçant comme Facier sur l'acier, ce centre plus éclairé où s'agitaient, dans des mouvements indéfinissables, d'étranges silhouettes, des moitiés d'hommes aux vêtements rouges, blancs, paraissant, disparaissant, reparaissant encore, en jetant sur l'herbe foulée quelque chose qui retombait lourdement en rendant un son sourd et étouffé ; ajoutez à cela une croix, un prêtre, et l'urne qu'on dépose auprès des morts; enveloppez toute cette scène d'un brouillard épais, à travers lequel les objets se voient dans un certain lointain et comme recouverts d'un crêpe : tel était le spectacle qui dominait tout mon être et faisait courir sous mes cheveux de mortels frissons. » Marchand participait à cette mise en scène funèbre, plus profondément impressionné que tous autres. Tandis que résonnaient lugubrement le choc des pics contre les pierres tumulaires, alors que chacun se recueillait et revivait ses souvenirs, comment le premier valet de chambre de l'exil, le confident, l'ami de l'auguste malade, celui à qui Napoléon, près de l'agonie, prévoyant l'abandon de ses derniers fidèles, de Montholon, de Bertrand lui-même, disait : « Ils s'en iront tous; tu resteras seul et me fermeras les yeux » ; comment Marchand
ne se fût-il pas reporté aux heures inoubliables que la plus tragique des destinées humaines lui avait permis de vivre dans Tintimité du très grand homme qui avait fini par aimer ce serviteur comme un compagnon estimé, peut-être préféré, de sa misère impériale... Comment Marchand n' eût-il pas évoqué la mauvaise chambre tapissée de nankin brun où chaque jour, à l'aube, il venait éveiller le maître, les conversations familières et potinières de tous les matins, les interrogations vives, les gaietés brusques, les bourrades aussi, les refus impitoyables et violents d'autoriser un sot mariage avec une fille de File ' ; puis, aux derniers jours, le lit d'agonie tiré dans le salon, toujours sans lumière, de par la volonté du malade, la pauvreté des secours médicaux, les colères contre Antommarchi deux fois chassé de Longwood; les veillées épuisantes, le mourant ne voulant être soigné que par Marchand ou Montholon , puis les heures suprêmes, grandioses, le testament dicté et recopié avec une énergie surhumaine entre deux hoquets d'agonie, la distribution de menus souvenirs éta-
1. Eslher, fille d'un soUlal anglais. Le fils que Marchand avait eu de cette jeune (ille, et ([ui avait une vingtaine d'années en 1840, était devenu un fort mauvais sujet que l'on avait dft chasser de l'Ile et transporter au Gap. Là mère était morte en 1838.
116 APRÈS LA MORT Dlî L EMPEREUR
lés sur le lit, avec des mots de gratitude sublimes; enfin, la mort, presque douce, dans le vacarme d'une tempête qui déracinait les gommiers de Longwood... et la dernière parade, l'exposition du grand défunt revêtu, par les mains pieuses de son premier valet de chambre sanglotant, de l'uniforme vert d'Austerlitz, drapé du manteau bleu de Marengo...
Lorsque le lourd cercueil, hissé sur le bord de la fosse, fut ouvert et qu'apparut, presque sans altération, simplement dans la sérénité de l'éternel sommeil, le visage de Napoléon, ce fut pour tous ceux qui avaient été de la captivité, pour ceux surtout qui en avaient vécu les dernières funèbres scènes, une tragique minute d'émotion. Bertrand, rapporte Emmanuel de Las Cases, était à genoux dans l'attitude d'un homme qui va se précipiter. Les serviteurs pleuraient. Marchand, malgré son saisissement, trouva le sang-froid de donner quelques indications précises sur la position du corps, lors de la mise en bière, sur celle de la main gauche que le grand maréchal avait baisée une dernière fois avant que fût cloué le cercueil.
Bertrand, Gourgaud, Emmanuel de Las Cases et Marchand formèrent la garde immédiate du char funèbre lorsque le convoi quitta la Vallée du Tombeau
LF. mauialIi; de marchand H7
pour descendre vers Jamcslown parmi les salves d'artillerie. Dès lors, les distances diminuent encore entre les anciens compagnons de l'Empereur et son valet de chambre. Ils remontent ensemble la Seine sur La Dorade ; ils prennent ensemble la faction d'honneur autour du cercueil impérial. A Paris, ils partagent le même triomphe et leurs noms sont mêlés dans les acclamations de la foule.
Marchand avait retrouvé la famille Brayer en grand deuil. Le général ne devait pas assister aux grandioses fêtes funèbres du retour de Sainte-Hélène. Il ne lui fut point permis de s'agenouiller, comme tous les généraux de l'Empereur, avec, en tête, le vieux maréchal Soult, devant le cercueil de Napoléon. Le Journal des Débats, dans son numéro du 29 novembre 1840, annonça la mort à Paris, la veille, du lieutenant général « comte de Brayer ». Si le vieux brave avait vécu quelques semaines encore, il aurait eu la joie d'apprendre qu'à son gendre, Marchand, le roi Louis- Philippe accordait la croix de la Légion d'honneur.
Douze ans se sont écoulés. La monarchie de Juillet a vécu. La dynastie d'Orléans- a été exilée
comme la dj'nastie des Bourbons. Un essai de république, sanglant d'abord, maladroit et brouillon ensuite, a facilité une restauration impériale rendue inév'itable par la confusion des partis et la popularité du souvenir napoléonien. Napoléon 111 a l'habileté élémentaire de flatter par tous les moyens cet attachement des masses au.\ traditions de l'Epopée. La légende de Sainte-Hélène devient une légende nationale et sacrée, vulgarisée par des médailles et des images d'Epinal. C'est le moment choisi et bien choisi par Marchand pour soumettre à l'Empereur, duquel il a sollicité une audience, l'article 32 des instructions dictées par Xapoléon P' avant de mourir.
« Si un retour de fortune ramenait mon fds sur le trône, il est du devoir des exécuteurs testamentaires de lui mettre sous les yeux tout ce que je dois à mes vieux officiers et soldats et à mes fidèles serviteurs. »
Marchand fut équitalilement servi. Napoléon III lui accorda le titre de comte que confirmèrent des lettres patentes du 7 avril 1861) avec le règlement suivant d'armoirie :
D'azur à la cotice d'or chargée d'une chaiiie de sable au franc quartier des comtes officiers de l'Empereur,
Une commission, en 1853, avait été spécialement chargée d'examiner les questions relatives à Texécution du testament de Sainte-Hélène. Elle présenta, le 11 août, son rapport à FEmpereur.
Ce travail, dans son exposé historique, rappelait que les dernières volontés de Napoléon n'avaient pu être que « très imparfaitement accomplies ». L'Empereur avait compté, pour l'acquittement d'une partie des legs les plus importants, sur la somme remise en 1813 au banquier Laffîtte et qu'il évaluait à environ six millions. Or, cette somme lors de la première répartition de 1826, s'était trouvée réduite, dettes et frais payés, à 3.418.785 francs. En conséquence, ceux à qui cette somme était réservée dans la succession n'avaient reçu, pour la plupart, que la moitié environ de ce qui leur revenait. Et ces légataires avaient encore été les plus favorisés, puisque ceux dont le nom n'apparaissait que dans les codicilles n'avaient rien touché, les fonds qui leur étaient assignés n'ayant pu être mis à la disposition des exécuteurs testamentaires. Or, en 1833, la situation de beaucoup de légataires s'était transformée. Plusieurs étaient morts sans laisser d'enfants. Devant ce nouvel état de choses la commission se demanda dans quelle mesure il convenait de don-
lier suite, trenle-cleux ans après la mort de l'exilé^ aux dernières volontés dont le testament de Sainte- Hélène était l'expression. Cette commission, qui avait pour président le comte d'Ornano, gouverneur des Invalides, et comme membres le sénateur comte de Las Cases, MM. de Royer, J. Boulay de la Meurthe et le comte Eugène Dubois, fut d'avis que, dans cette question où les règles ordinaires du droit n'avaient pas à recevoir leur application et où il s'agissait principalement « d'un acte de dignité nationale », il appartenait au gouvernement de déterminer les sommes à répartir entre les divers légataires. Seuls, parmi les legs collectifs, le legs de 300.000 francs en faveur du bataillon de l'île d'Elbe, et celui de 200.000 francs pour les blessés de Ligny et de Waterloo, furent retenus comme méritant une exécution intégrale. D'autre part, la commission accorda 400.000 francs à Brienne et 300.000 francs à Méry, Napoléon ayant légué un million à chacune de ces deux villes qui avaient particulièrement souffert de l'invasion de 1814.
Le chiffre de tous les autres legs, collectifs ou particuliers, fut très sensiblement réduit, et les rapporteurs, en terminant, jugeaient qu'avec le système adopté les sommes à demander à l'Etat
pour rocquittement de ces legs ne dépasseraient pas huit millions. Un an plus tard, dans un rapport à Xapoléon III en date du 15 août 1834^ M. P'ould proposait à l'Empereur deux décrets : le premier, qu'il présentait comme une mesure réparatrice, devait ouvrir un crédit extraordinaire pour l'exécution du testament impérial; le second nommait la commission chargée de la répartition de ce crédit. On se disposait ainsi à acquitter définitivement « une dette nationale et doublement sacrée ». Le 6 mai 1855, le Moniteur Universel publia le rapport de la commission chargée de la répartition. Il était décidé d'abord que les intérêts payés en 182G aux quarante-deux premiers légataires seraient ajoutés à la somme qu'ils avaient reçue, et, par conséquent, diminuée de celle qu'ils avaient à recevoir; ensuite que l'on écarterait de la répartition tous les collatéraux sans exception. Le rapport présentait au public un tableau des sommes reçues et des sommes à recevoir par les différents légataires reconnus par décret. Notons simplement que Marchand toucha 213.980 francs et les héritiers Braver 32.218 francs. 11 revenait aux descendants de Bertrand, mort depuis 1844, 522.967 francs, et 667.282 francs à ceux de Montholon qui était décédé deux ans auparavant.
Le 2 avril i861, à l'occasion de la translation des restes de l'Empereur dans la nouvelle crypte du dôme des Invalides, le comte Marchand, seul survivant des exécuteurs testamentaires de Napoléon I"'', fut fait officier de la Légion d'honneur. Comme il n'avait point de descendance mâle, son gendre, M. Edouard Desmazières, qui avait épousé la fille unique de Marchand en 1845, fut autorisé par Napoléon 111 à relever le titre et les armes de son beau-père ^
Le premier valet de chambre de Sainte-Hélène survécut au second Empire et connut le désastre de Sedan après avoir assisté à celui de Waterloo. Le 21 juin 1876 une petite note nécrologique du Figaro annonça, sans commentaire, que les obsèques de « M. le comte Marchand, ancien exécuteur testamentaire de l'Empereur Napoléon I" », auraient lieu le jeudi 22 courant à midi très précis en l'église Sainte-Clotilde.
Il existait encore en 1876 des octogénaires qui avaient eu sous l'Empire vingt ans et une fonction
1. Auquel d'ailleurs il ne devait pas survivre. M. Edouard- Bernard-Albéric Desmazières mourut, en effet, en 1871 à la Madeleine-lès-Lille. De son mariage avec M"« Marchand étaient nés et vivaient encore deux fils (d'où les comtes Desmazières-Marchand) et une fille, Marguerite-Napoléone, qui, le 20 mai 1863, épousa, à Oran, Alexandre->'apoléon. comte d'Haufpoui.
OU un grade. Quelques-uns d'entre eux vinrent saluer ce cercueil auprès duquel les grandes familles de l'Epopée étaient représentées. La comtesse Marchand, la fille du général Brayer, plus jeune que son mari de quatorze ans, devait pendant quelque temps encore continuer le souvenir qui s'attachait au nom. Elle vécut jusqu'en 1881, à l'époque où Gambetta constituait son « grand ministère », avec Waldeck-Rousseau, SpuUer, Maurice Rouvier. C'est de l'histoire d'hier...