‹ Après la Mort de l'EmpereurChapitre 14 sur 30 · Souvenirs d'une longue vie, I · texte numérisé non relu

Souvenirs d'une longue vie, I

NOËL SANïIM 153

gement politique intérieur amenât au pouvoir lord HoUand et les libéraux. Le capitaine Piontkowski, auquel Napoléon priait ses parents de reconnaître le grade de commandant et qui, à peine débarqué à Londres, devait s'affubler des épauleltes de colonel et du titre de comte, avait également été chargé de remettre au comte de Lieven, ambassadeur de Russie auprès du cabinet de Windsor, une copie de la protestation. Mais Piontkowski, suspecté à Sainte-Hélène à la fois par les Anglais et les Français, n'emportait les regrets ni la confiance de personne. On comptait bien davantage sur l'huissier Santini. On lui fit apprendre par cœur tous les termes de cette protestation qui était longue et que cependant cet illettré sut réciter sans une faute après vingt-quatre heures. Et, de plus, pour le cas où sa mémoire ne serait pas exactement fidèle, on eut soin de faire transcrire ce document à Tcncre de Chine par le jeune Emmanuel de Las Cases sur les fragments du satin blanc dont nous avons précédemment parlé. Ce message à l'Europe, avec divers billets de Napoléon pour les membres de sa famille, fut dissimulé dans l'habit de grande livrée de Santini entre les broderies et l'étoffe.

A chacun des trois serviteurs qui le quittaient,

loi APRES LA MORT DE L EMPEREUR

Napoléon faisait compter son traitement de l'année et, outre une gratification de cinquante louis pour son voyage, lui donnait un livret qui lui permettrait d'obtenir de la famille impériale le paiement intégral de ses gages jusqu'en 1818, et, après cette date, une pension du tiers de son traitement.

Lorsqu'il eut reçu les dernières recommandations de l'Empereur et de Bertrand, Santini s'embarqua le 19 octobre avec ses compagnons pour le Cap où tous ceux qui revenaient de Longwood en Europe étaient soumis par mesure de police à une manière de quarantaine pénible et inutile. Après avoir été enfermé pendant cinquante jours dans la citadelle du Cap, les voyageurs furent pris en passage par la frégate VOrontès venant de l'Ile-de-France et se rendant à Portsmoutli en touchant à Jameslown où elle demeura au mouillage pendant cinq jours. Bien qu'il fût interdit de descendre à terre, Santini réussit à faire parvenir un billet à Cipriani qui le communiqua à l'Empereur et, le même jour, Napoléon adressa à ses serviteurs quelques provisions pour améliorer leur ordinaire d'humbles passagers^ : deux caisses de vin du Cap, un mouton,

1. Le commandant Pionlkowski prenait ses repas avec l'état-major de YOronlès.

douze volailles, de la farine, du thé, du café, Informé de cet envoi, le commandant de VOrontès en prit de l'humeur et voulut faire tuer immédiatement le mouton et les volailles sous prétexte qu'il n'y avait pas de place pour ces animaux vivants à bord de son navire. Et sur cette observation de Sanlini : « Mon maître qui manque de tout s'est privé pour nous de ces provisions. Si elles ne doivent pas nous profiter, renvoyez-les à Longwood », les volailles et le mouton ^ furent aussitôt ramenés dans l'île. UOrontès quitta, làdessus, les eaux de Sainte-Hélène et, le 12 février 1817, mouilla à Portsmouth.

Voici donc Sanlini en Angleterre et bientôt à Londres, perdu dans le mouvement de celte énorme ville où il ne connaît point une âme et où son souci immédiat est d'éviter les curiosités de la police. Il change fréquemment de nom et de logis ; il parle peu, se méfie de tous. Bientôt il lui paraît qu'il a assumé une tâche qui n'est point à sa taille. Qui s'intéressera à lui dans cette cité d'affaires et de

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