Arch. nal., dossier cité
178 APBKS LA MORT DE l'eMPEREUR
est un prisonnier récalcitrant. Il multiplie les protestations. On ne cesse, d'autre part, de le harceler d'insidieuses questions. Des prisonniers même, dont l'un se serait fait passer pour un ancien secrétaire du prince Eugène, tâchent, pour le compte de la police, de faire parler Santini ^, que l'on suppose très renseigné sur les organisations secrètes des libéraux et des « hélénistes ».
Santini séjourna trois mois dans la prison de Mantoue. Il ne paraît point y avoir été trop malheureux. Une jeune et fraîche Allemande, qui figurait à un titre assez équivoque dans le personnel et dont le rôle principal était sans doute de capter la confiance des prisonniers que l'on tenait à faire bavarder, adoucit les rigueurs de sa détention. Santini afïirme que c'était une espionne et que, s'il devint son amant, il se garda bien de devenir sa dupe. Au reste, le pauvre diable n'avait plus de secrets d'Etat à révéler : il avait dit à Londres tout ce qu'il avait à dire.
>J'empêche qu'un beau malin le commissaire du
1. Chautai'd, \ocl Santini. — Nous avons dil. dans notre iiiU'oduclion, ce qu'il fallait penser de cette piiblicalion, rédigée « d'après les notes de Santini » et dont quelques indications seulement, conformes à celles des documents des Archives, des Affaires étrangères et de la Légion d'honneur, peuvent cire tenues pour exactes.
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district vint communiquer à rancien serviteur de Napoléon la décision prise à son égard par la police delà Sainte-Alliance : Santini serait libre de choisir pour résidence l'Angleterre ou l'Autriciie, maislun de ces deux pays seulement. Si c'était rAulriche il pourrait s'établir à Briinn en Moravie ; si c'était l'Angleterre, le gouvernement britannique indiquerait la ville où il serait mis en surveillance. On ne lui rendrait l'entière liberté de circuler en Europe qu'après la mort de Buonaparle, son ancien maître.
Santini choisit Briinn. On l'y conduisit en poste, et bien entouré, non point sans l'avoir retenu au passage à Vienne où on le mit au secret pendant vingt jours.
A Briinn, le directeur de la police fit d'abord subir à notre homme la formalité obligée : un longci minutieux interrogatoire où il fut grandement f|ucstiûn de l'Empereur, de Sainte-Hélène, de la protestation « que l'on savait toute mensongère », du j)rince Eugène, de la famille Buonaparto, etc. Puis, le môme fonctionnaire informa Santini qu'il serait libre de circuler dans la ville, mais i^oint au dehors, les faubourgs eux-mêmes lui demeurant interdits. Bien entendu, sa correspondance serait déccichetée et il devrait se présenter tous les quinze jours sans faute au bureau de police. Au
surplus, il lui était alloué pour vivre une somme de cent cinquante florins par mois.
Le directeur conclut :
— Si votre conduite n'est pas ici ce qu'elle doit être, nous serons forcés de vous enfermer dans les cachots du Spielberg.
Le Corse se le tint pour dit. 11 savait qu'on se gênerait peu pour l'envoyer chanter les louanges de son maître dans les casemates de la citadelle que devait rendre célèbre, pour l'histoire et la littérature, la détention de Silvio Pellico, d'Oroboni et des autres patriotes italiens. Il était plus raisonnable de vivre avec les florins de l'Autriche sans faire de politique, à Briinn qui, à cent kilomètres de Vienne, avec son école de théologie, son gymnase, son jardin botanique, sa riche industrie manufacturière, ses belles vieilles églises, Saint-Pierre, Saint-Jacques et les Frères-Mineurs. — Santini avait de la rehgion — - était une ville fort animée, vivante et plutôt agréable à habiter. Et puis l'ancien voltigeur du 11® léger avait la consolation de se dire que, de cette cité, aujourd'hui sa prison, Napoléon avait fait son quartier général lors de la bataille d'Austerlitz.
Au reste, huit jours à peine s'étaient écoulés que déjà toute la curiosité de la ville assaillait avec
sympathie ce revenant de Sainte-Hélène, qui ne savait trop comment se défendre de cette popularité inattendue et compromettante. Au café militaire, où il se rendait chaque jour, ayant encore plus de loisirs que de florins à dépenser, il se fit bientôt des amis parmi les officiers de la garnison pour qui le nom de Napoléon demeurait toujours formidable et respecté.
Une fois cependant cette vénération même pour le grand vaincu faillit se retourner contre le pauvre Santini. 11 advint en effet que le journal qu'on lisait le plus régulièrement dans le café des officiers, VO/iscrcafcur autrichien, donna dans un de ses numéros un extrait d'une feuille ministérielle de Londres, où il était dit ' « qu'un aventurier corse, nommé Santini. se disant autorisé par Bonaparte, son maître, à venir publier en Angleterre un manifeste contre le gouvernement de la Grande-Bretagne, et notamment contre Sir Hudson Lowe, n'était qu'un misérable imposteur, qui avait été chassé de Longwood pour sa mauvaise conduite, et était venu exploiter la crédulité publique en Europe, en faisant publier, indépendamment d'un manifeste mensonger, une foule de bro-