Gonf. Ciiaiilanl, op. cil
chures plus mensongères encore, dont il tirait un grand profit ; qu'à cette industrie il avait joint celle de vendre au poids de l'or des fragments de vieilles broderies et de vieux vêtements qu'il disait avoir appartenu à Bonaparte ; que ce Santini avait trompé par ces manœuvres frauduleuses, non seulement la bonne foi des Anglais, mais encore celle de ses compalriotes établis à Londres, que M. le comte de Flahaut, qui avait été sa victime, avait fait chasser de chez lui d'une manière ignominieuse cet aventurier de bas étage w.
Les officiers de Briinn ne manquèrent point de mettre le journal sous le nez de Santini. Le Corse eut un accès de légitime fureur et cria son indignation. Mais en vain. On ne voulut point l'écouter et l'on s'éloigna de lui avec ostentation.
Quinze jours après d'ailleurs on lui faisait des excuses. C'est que le même journal autrichien, avec une louable impartialité, reproduisait l'extrait d'un journal anglais de l'opposition qui contenait une lettre du comte de Flahaut lui-même protestant contre l'attitude qu'on lui avait prêtée à l'égard de Santini.
« Santini, écrivait le général, n'a fait trafic à Londres, ni de publicité, ni d'objets ayant appartenu à l'Empereur ; Santini a dignement et cou-
rageusement accompli sa mission, 11 n'est pas vrai que j'ai chassé ignominieusement Santini de chez moi ; je ne l'ai pas vu quand il s'est présenté à mon hôtel pour me parler ; si je n'avais pas été absent, je l'aurais accueilli avec plaisir. «
Yi' Observateur reproduisait deux autres lettres, également très favorables à l'huissier de Sainte- Hélène, l'une de Sir Robert Wilson, l'autre du libraire Rido'wav.
D'ailleurs, malgré les agréments de la ville de Briinn et le bon accueil de ses habitants, Santini ne tarda pas à s'ennuyer. Il avait le mal du "pavs et voulait revoir la Corse. Aussi, lorsque l'Empereur d'Autriche traversa le pays pour se rendre au congrès de Troppaii, Santini qui s'était acquis la bienveillance de l'évêquc de Briinn le pria de remettre à l'Empereur une supplic|ue pour qu'on fixât un terme à sa demi-détention. Mais le résultat de celte démarche n'aboutit qu'à faire obtenir à l'homme de Longwood un secours de oOO florins en papier monnaie avec invitation expresse à se tenir tranquille à Briinn c jusqu'à la mort de Buonaparte ».
Celte mort, l'Observateur autrichien, qui déjà avait procuré d'autres émotions désagréables au pensionnaire de François II, l'apprit à Santini.
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C'était dans les premiers jours de juillet 1821, Lorsque le Corse entra, selon son habitude, au café de la garnison, tout le monde se tut, religieusement. Quelqu'un enfin lui montra le journal. Santini pleura. Et lorsque, trois mois après, on lui annonça qu'il pouv^ait désormais passer les portes de la ville, il accueillit celte nouvelle, nous assurct-il, sans joie.
Donc, voici Santini libre de courir de nouveau les grandes routes d'Europe. 11 est devenu beaucoup moins dangereux depuis que son maître n'est plus et il importe peu maintenant qu'il fasse son voyage circulaire dans les diverses résidences italiennes des Bonaparte. Au reste, ces visites sont devenues pour Santini une nécessité. Il est sans ressources. Le certificat que lui a donné Bertrand, lorsqu'il quitta Longwood et où il est prévu pour lui une rente du tiers de ses appointements d'huissier de Napoléon, soit mille francs, est une lettre de change sur la famille impériale. De ce moment, si nous connaissons dans les grandes lignes les pérégrinations de Santini, nous en savons très imparfaitement le détail. 11 se rendit d'abord à Froshdorf, chez Carohnc Murât, qui l'employa pen-
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daiiL trois mois d'hiver, puis il séjourna quelque temps à Triestc où Jérôme paraît s'être montré généreux pour lui. Il partit ensuite pour Rome et se présenta chez Madame Laetitia . La mère de l'Empereur mort accueillit volontiers, bien qu'avec une prudente circonspection, celui qui venait lui parler de la captivité de son illustre enfant. Elle ne pouvait oublier que Santini avait réussi, le premier, à publier en Angleterre l'émouvante protestation de Napoléon et à faire connaître en Europe l'indigne traitement auquel il était soumis. C'est à la suite de la protestation de lord Holland provoquée par les révélations de Santini que Madame Mère avait porté plainte contre l'Angleterre au tribunal de la Sainte-Alliance. Donc, bien vieillie, presque aveugle, Madame L;etitia reçut Santini ^ dans sa triste maison de Rome oîi il était défendu de sourire depuis la mort de l'Empereur. Elle écouta les récits du Corse plus très neufs. Mais, économe par instinct et par prudence, obligée d'ailleurs de se défendre contre d'iiuiombrables sollicitations, elle n'entrouvrit point,, sans doute, bien largement sa bourse en faveur de Santini, car ce dernier, ni dans les papiers des Archives ou de la Légion d'hon-
1. A)xh. nat. F", 0926 (9i;<3). Drclaratioii fuite à la police de Bastia par Santini, 22 avril 1822.
neurS ni dans les souvenirs rapportés par Chautard, ne songe à se louer des prodigalités de Madame Mère, alors qu'il ne marchande point sa gratitude à Stéphanie, à Eugène, à Caroline, à Jérôme et à Hortense qui lui fit, paraît-il, bon accueil, à cette même époque, dans sa villa Paolina de Rome. Cependant, la mère de Napoléon apprit une agréable nouvelle à son visiteur, en lui annonçant qu'il figurait dans un codicille du testament impérial pour une somme de 25.000 francs. Et voilà qui, dès lors, va donner de l'occupation et des préoccupations à Santini. Le légataire de l'Empereur songe aussitôt à se rendre à Paris pour entrer en possession de la somme, importante pour lui, que lui a destinée son maître. Mais il est très dépourvu de moyens. Le voyage est coûteux et il se décide — ce qui prouve que Madame Mère n'a pas été très généreuse à son égard — à gagner la Corse pour y réaliser quelques ressources.
Lorsque, le 21 avril 1822, Santini débarque à Bastia, il est âgé de trente-deux ans et son signalement nous informe qu'il a une « taille ordinaire, des cheveux châtain foncé, le front haut, les sourcils châtains, les yeux idem, un nez ordinaire, une