Dossier Santini
bouche petite, un menton large, un visage ovale, le teint naturel » . Il est, selon les ordres reçus de Paris, étroitement surveillé par la police. Son arrivée en Corse fait Tobjet d'un rapport du préfet d'Ajaccio au ministre de l'Intérieur : « Ce Santini, écrit le préfet, est un homme obscur, mais comme la malveillance emploie très souvent cette sorte de gens pour diriger ses manœuvres, je viens de confirmer à son égard les dispositions de surveillance auxquelles il a été assujetti depuis son arrivée à Bastia^ »
Cette même année, Santini qui s'est enfin procuré les fonds nécessaires fera un voyage à Paris afin de réclamer son legs aux exécuteurs testamentaires. Il verra ^lontholon, Bertrand, Marchand, aussi Las Cases, et il apprendra d'eux toutes les difficultés qui s'opposent à la réalisation des volontés de l'Empereur. Lui, Santini, particulièrement, a bien peu de chance, on ne le lui cache pas, de toucher ses 23.000 francs, car cette somme doit être spécialement prélevée sur les fonds remis en or à l'Impératrice Marie-Louise à Orléans en 1814 et qu'on lui demande de restituer. Or, non seulement Marie- Louise n'entend point rapporter une somme,
1. Arch. nat. F' 6026 (9153). Lettre du préfet de la Corse au ministre de l'Intérieur, en date du 27 avril 1822.
188 APRÈS LA MORT DE l'k.MPEREUR
absorbée, affirme-t-elle, par ses frais de sortie de France avec une nombreuse suite; mais encore, elle revendique, pour son fils, le code Napoléon en main et par la voie de la diplomatie autrichienne, l'héritag'e de son époux. Dans ces conditions, Santini n'a plus qu'à revenir en Corse pour attendre des temps meilleurs. Et il quitte effectivement Paris en laissant le soin de ses intérêts à un agent d'affaires, le sieur Teste, rue Montorgueil, n° 108, qui disputera en son nom.
Que fut de 1822 à 1824 la vie de Santini? Des renseignements faux, venus on ne sait d'où au ministère de Tlntérieur*, affirment qu'il gagna les Etats-Unis d'Amérique où il entra, comme homme de confiance, au service de Joseph Bonaparte ; que des Etats-Unis il se rendit à Gibraltar « vers le milieu de la guerre d'Espagne, a\TC le fils aîné de Murât, quelques parents et amis de la famille Bonaparte et plusieurs officiers français, tous ayant l'intention de jouer un rôle dans la révolution d'Espagne » ; mais qu'ils étaient arrivés trop tard et avaient dû se disperser. Tout cela, c'est du pur
1. L'auteur de la note avait confondu sans doute Santini avec Rousseau ou Archambault jeune qui après avoir dû quitter Sainte-Hélène en même temps que Santini se rendirent, en effet, aux Etats-Unis où ils furent accueillis par le roi Joseph.
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roman de police, mais ces inventions, en dépit des rapports des autorités corses assurant que Sanlini n'a point bougé de Tile où il a épousé une « fort honnête demoiselle » et oi!i il a entrepris l'exploitation d'ailleurs malheureuse d'une ancienne forge à Casacconi, feront tenir en grande suspicion et en étroite surveillance ce pauvre Santini, lorsque, une seconde fois, en février 1824, il recommencera le voyage de Paris pour tenter encore d'entrer en possession de son legs incertain. Ses affaires sont alors en très mauvais état. 11 lui faut absolument, pour continuer son entreprise, l'argent de l'Empereur et ce sont des fonds, uniquement, qu'il vient chercher à Paris. Cela n'empêche que l'on assigne un tout autre but à son voyage.
Il existe à ce moment, croit-on au ministère de l'Intérieur, « de grandes relations entre la famille de Bonaparte, ses amis, les généraux français et les généraux espagnols qui se trouvent en France et en Angleterre. Il se forme un projet qui est relatif au trône d'Espagne : le foyer en est à Paris. Santini doit être surveillé de près. Ses relations avec la capitale sont dangereuses pour les Bourbons^ ».
Ainsi donc Santini est maintenant soupçonné de
1. Arch. liai. F' 692C (Ol'io). Le minisire do rintérieur au préfet de police, février 1824.
conspirer pour rétablir Joseph sur le trùne d'Espagne. Et la police suppose que son voyage à Paris n'a d'autre but que de porter des instructions secrètes au colonel Bourbaki, dont on fait espionner l'activité inquiétante dans le monde demi-solde.
Au reste, un incident de la traversée se retourne contre le voyageur. Une tempête oblige le bateau de Santini à toucher la cùte italienne et c'est par l'Italie que le pseudo-conspirateur entre en France. Il n'en faut point davantage pour que la surveillance se fasse encore plus sévère', et. à L^on, d'où il a le tort de ne point s'éloigner aussitôt le visa de son passeport obtenu, on lui envoie un commissaire de police qui retourne ses bagages, visite sa chambre et ses effets, mais ne trouve rien autre que les certificats du comte Bertrand, une correspondance d'affaires relative au legs non touché et quatre petits volumes du « Magasin des enfants ».
« Le but de son voyage à Paris — note dans son rapport" le commissaire Benou — est d'obtenir le payement de son legs ; il manifeste de l'attachement et de la reconnaissance pour son ancien maître, mais il prétend non seulement ne s'être jamais mêlé, mais encore ne pas vouloir se mêler des affaires
1. Le préfet de police au ministre de l'Inlêrieur, 11 mars 1854.