‹ Après la Mort de l'EmpereurChapitre 5 sur 30 · I.i: CoMii; Marchand · texte numérisé non relu

I.i: CoMii; Marchand

Exécuteur testamentaire de \apolet)ii I'

g'eudarmes ou des mouchards. Ainsi l'on avait pu savoir, dès son débarquement à Calais, que le voyageur qui, le matin du 23 août 1821, se présentait aux bureaux de la rue de Jérusalem était vraisemblablement un homme très mal disposé pour le régime, puisqu'il avait appartenu jusqu'à la fin à Bonaparte '■ dont il était chargé, assurait-on, d'exé-

1. Rappelons que Louis-Joseph-Narcisse Marchand fut admis en 1811, à l'âge de dix-neuf ans, dans la maison du roi do Rome nouveau-né, où sa mère occupait les fonctions de berceuse. En 1812, le jeune homme devait partir à Tarmée, aucun des serviteurs de la maison impériale n'étant dispensé de satisfaire à la loi, et il eut fait comme conscrit la terrible campagne de Russie, si Napoléon n'avait tiré 5.000 francs de sa cassette personnelle pour lui acheter un remplaçant. Quelques jours avant le départ pour l'ile d'Elbe, l'Empereur chargea Constant de trouver lui-même un jeune homme qui le seconderait dans sa charge, car il était décidé que, sauf Gonslant, les valets de chambre ordinaires de Napoléon ne l'accompagneraient pas dans sa minuscule souveraineté. Constant songea immédiatement au jeune Marchand dont la probité et le tact lui étaient connus. L'empereur acquiesça. Quant il Marchand, il fut tout heureu.x de ce choix et accepta avec le ])lus vif empressement, sans prévoir le rôle exceptionnel que les circonstances lui permettraient détenir auprès de son maître malheureux. A la suite de la défection de Constant, Marchand, dès son arrivée à Porto-Ferrajo, se trouva promu aux fonctions enviées de premier valet de chambre de l'Empereur avec la garde de la cassette dont la dépense était arrêtée tous les mois. Marchand eut l'occasion démontrer qu'il n'était pas un ingrat en assumant un jour la tâche plutôt difficile de défendre son prédécesseur que l'on attaquait durement devant lui. Il ne craignit pas, avec une très louable délicatesse, de contredire ses interlocuteurs et ajouta que Constant, lorsqu'il avait été en faveur avait obligé tous ceux qui s'étaient adressés à lui et que jamais il n'avait nui à aucun.

cuter, en tout ou en partie, les dernières volontés.

Les dernières volontés de Bonaparte !

Six ans s'étaient écoulés depuis ^Vate^loo. Le captif de Sainte-Hélène venait de s'éteindre au loin dans un îlot perdu, obscurément. Les dévots de son souvenir, ceu.x qui l'avaient connu, approché, servi, aimé, ceux dont les yeux conservaient, éblouissantes, les visions des scènes de conquête et de gloire, dojit les oreilles vibraient toujours des sons des Te Deum, ceux qui conservaient encore un espoir, une foi dans le retour miraculeux de l'être surhumain, ne demeuraient qu'en petit nombre, perdus dans la multitude des sujets fidèles, soumis ou ralliés, de la monarchie restaurée, ou même des mécontents, frondeurs professionnels du pouvoir, qui n'associaient plus leurs intérêts à l'éventualité d'une restauration impériale. Napoléon, il faut le constater, était très oublié en France lorsqu'il disparut définitivement de la scène du monde, et la nouvelle de sa mort qui, le vendredi 6 juillet 1821, était parvenue vers le soir à Paris et s'y répandit dans

matinée du 7, fut accueillie avec une indifférence à peu près générale. Les témoignages ne manquent pas à ce sujet. « Sa mort naturelle, lit-on dans le

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journal la Foudre, organe de la littérature, des spectacles et des arts (n" du 20 juillet 1821), n'a plus été qu'une nouvelle comme les autres. On en a parlé pendant deux ou trois jours comme de la pluie et du beau temps. Aujourd'hui on n'y pense plus. » Et la comtesse de Boigne écrit : « J'ai entendu crier par les colporteurs des rues : « la mort de Napoléon Bonaparte, pour deux sols ; son discours au général Bertrand, pour deux sols; les désespoirs de M"* Bertrand, pour deux sols », sans (|ue cela fît plus d'effet dans les rues que l'annonce d'un chien perdu. » La comtesse ajoute : « Je me rappelle encore combien nous fûmes frappées, quelques personnes un peu plus réfléchissantes, de cette singulière indifférence. » Pozzo di Borgo, qui fut si longtemps un des plus grands ennemis personnels de Napoléon, vint assaiUir Talleyrand pour voir l'effet produit sur lui. Talleyrand parut très surpris ; puis il affecta de parler de « Buonaparte » comme s'il eût discouru de toute autre chose. « Qui aurait dit, écrit à Londres un Anglais qui styournait alors à Paris ', qui aurait dit, il y a huit ans, qu'on eût trouvé Talleyrand dans une réunion à Paris avec Pozzo di Borgo, et qu'à la nouvelle

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