Cité par le comte dlléri.sson, dans Le Cabinet noir
de la mort de Bonaparte, ils n'auraient manifesté ni étonnement, ni intérêt, que Talleyrand se serait contenté de dire, pour toute remarque, que son père était mort à peu près au même âge ? Et n'estil pas encore plus extraordinaire que cette nouvelle ait été publiée dans les rues sans qu'on ait vu à peine une personne mettre le nez à la fenêtre pour écouler ce qu'on criait? La nouvelle de la mort de l'empereur de Madagascar n'aurait pas été reçue avec plus d'indifîérence. »
Et, de fait, il est assez troublant de constater que ces jours-là, à Paris, on s'occupa bien davantage de la naissance, à la Maternité, d'un petit monstre, un enfant vivant qui apparut avec un visage ridé, des cheveux blancs, une barbe grise et dont les pieds et les mains avaient une longueur double de ceux des enfants de son âge.
Du moins, le Journal du Commerce, bonapartiste, après avoir, avec la plus grande réserve, commenté la nouvelle, donna-t-il, le 14 juillet, cette note juste : « Ce n'est pas toujours la mort qui finit la vie des grands hommes, et longtemps avant le 5 mai 1821 les destins de Napoléon s'étaient terminés dans les plaines de \Yaterloo. Toutefois, la postérité n'était pas encore venue pour lui, et nous doutons même qu'en ce moment, l'heure
de la justice ait sonné. » Autour de Louis XVIII, à Saint-CIoud, l'événement, annoncé par le duc de Richelieu, ne semble pas non plus avoir produit une bien grande sensation. INP" de Coigny s'écria étourdiment.que ceux à qui cette disparition ferait le plus de plaisir étaient les vieux amis de Bonaparte, qui n'auraient plus à redouter un autre règne des Cent-Jours. Cependant, dit-on, le général Rapp, qui avait été aide de camp de l'Empereur et qui occupait les mêmes fonctions auprès du souverain régnant, ne put, sur le coup, dissimuler un peu de saisissement. Louis XVIII ne lui en conserva point rancune ■. Denon, de même, parut très affecté et on le remarqua,
1. « Le général Rapp étant de service auprès du Roi, à Saint-Gloud, apprit, au moment d'aller déjeuner avec Sa Majesté, la mort de Bonaparte. Ce général ne voulut d'abord pas croire à la nouvelle ; mais sur l'assurance qu'on lui donna que le Roi en avait reçu la confirmation dans la nuit, le général ne put retenir ses larmes. Il avoua hautement que la mort de son ancien général dont il avait été aide de camp pendant quinze années, lui était très sensible : « Je ne suis pas un ingrat », dit-il. Il se retira immédiatement chez lui. Le Roi ayant appris cette conduite du général, le fit demander après la messe, et lui adressa avec bonté les paroles suivantes :
K — Rapp, je vois que vous êtes très affligé de la nouvelle que j'ai reçue; cela fait honneur à votre cœur; je vous en aime et vous en estime davantage. »
« Le général Rapp répondit avec une grande émotion : « Sire, je dois tout à Napoléon, surtout l'estime et les bontés de Votre Majesté et de son auguste famille. » Le Roi, touché de la réponse franche et loyale du général, daigna la faire con-
Il est intéressant, d'autre part, de noter que certains familiers de Louis XVIIl ayant observé l'attitude de leur souverain à l'égard du général Rapp, jugèrent qu'il était de bon ton de parler avec gravité et même avec tristesse de la mort de Napoléon : « Plusieurs des anciens amis du Roi et quelques vieux émigrés, écrit-on de Paris au comte de Carliste, ont paru très affectés d'un événement qui semble cependant devoir consolider la tranquillité, et plus on leur en parlait, plus ils soupiraient. Quand je comprendrai mieux cela, je vous le manderait »
En Angleterre, la mort du prisonnier d'Hudson Lowe produisit une impression plus générale et plus profonde"". Les fonds publics montèrent rapidement et le baron Pasquier, notre ministre des Affaires étrangères, pouvait, le 12 juillet 1821, écrire à notre ambassadeur auprès du roi Georges, le comte de Caraman : « Xous voyons par les gazettes anglaises que cet événement a fait en An-
naître le jour même à sa famille et à ses ministres. » {Journal des Débals, 11 juillet 1821.) Le général Rapp ne devait d'ailleurs pas survivre longtemps à l'Empereur. Il mourut le 2 novembre de cette même année.