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Strafford au comte de Carlisie, Paris, 9 juillet

2. Arch. Ministère des Affaires étrangèi'es. Corresp. dipl. Angleterre 1821, tome 614.

gleterre plus de sensation qu'en l'iance. Au moment où il termine sa carrière politique, l'imagination vive des Français a devancé l'époque de sa mort et la nouvelle n'en a fait aucune sensation. » Or, dès le 7 juillet, à Londres, des placards afîichés dans les rues invitaient « tous ceux qui admirent le talent et le courage dans l'adversité » à prendre le deuil à Toccasion de la mort prématurée de Napoléon Bonaparte. Plusieurs Anglais de marque, et, au j)i'emier rang, sir Robert ^Vilson, ainsi que « quelques Français obscurs » résidant à Londres, avaient été les premiers à se conformer à celle invilalion. Et le comte de Caraman, dans une longue missive au baron Pasquier, observait que « Tespèce d'intérêt qui s'attache aux destinées extraordinaires avait paru se réveiller à la nouvelle certaine de la mort de Napoléon. Ses ennemis les plus constants et les plus déclarés s'en étaient montrés frappés comme d'un événement remarquable ^ et ceux qui affectaient de se dire ses partisans n'avaient pas dissimulé leurs

1. « N'esl-il pas étrange d'avoir vécu pcndctntque cetliomnie prodigieux a parcouru sa carrière, d'avoir vu des événements qui, par leur nomlire et leur importance, auraient dû occuper plusieurs siècles, et pourtant ne point se trouver très vieux. » (M. Fazakerley à W. Ord. esq. M. I'... à Londres, 12 juillet 18i'l. — V. I.e Cabinet noir, par le comte d'Hérisson.)

regrets en cherchant à jeter sur le gouvernement l'odieux d'une imputation que repoussaient également le genre de sa maladie et les circonstances qui avaient accompagné et suivi sa fm ». Le Mo?'" nhig Chronicle avait consacré à Napoléon un long article. Partout, pendant quelques jours, il avait été question de cette agonie et de celte fin. Des détails sur la mort et sur l'inhumation rapportés de Sainte- Hélène par un voyageur avaient longuement fait les frais des conversations au Royal Society Club. A rindia House, lorsque le Président annonça le décès à l'Assemblée, un M. Lowndes se permit de dire : « Alors, monsieur le Président, félicitonsnous. » Mais les murmures désapprobateurs de ses collègues montrèrent vite à l'interrupteur qu'il eût agi plus sagement en gardant le silence, et même, dans un généreux mouvement de révolte, un membre de la compagnie se dressa pour faire cette déclaration : « 11 est peu humain et peu généreux de se réjouir de la mort d'un homme qui ne joue plus depuis longtemps un rôle politique. » Il est donc vrai de dire que la nouvelle sèche et officielle de cet événement, pourtant historique, fit peu de bruit en France ', tandis qu'elle provoquait en

\. La veuve de Napoléon, Marie-Louise, souveraine de Parme, apprit par la Gazette de Piémont la mort de l'Empe-

Angleterre, une certaine émotion dans différents milieux. Pourtant, nulle part, Tannonce de cette disparition n'eut alors le retentissement que nous imaginei'ions volontiers aujourd'hui. La légende impériale n'était pas encore née. Il lui manquait le

reur, que lui confirma, le 20 juillet seulement, une lettre officielle du baron de Vincent, ambassadeur d'Autriche à Paris : « J"avoue, écrit-elle à Mme de (Iremieville, (juc j'en ai été extrêmement frappée. Quoique je n'aie jamais eu de sentiment vif d'aucun genre pour lui, je ne puis oublier qu'il est le père de mon fils, et que loin de me maltraiter, comme le monde le croit, il m'a toujours témoigné tous les égards, seule chose que l'on puisse désirer dans un mariage politique. J'en ai donc été très affligée, et quoiqu'on doive être heureux qu'il ait fini son existence malheureuse d'une façon chrétienne, je lui aurais désiré encore bien des années de bonheur et de vie — pourvu que ce fût loin de moi. » La cour de Parme prit le deuil pour trois mois, du 2.') juillet au 24 octobre. « Par suite, dit la note nécrologique rédigée par Neipperg, et qui parut non bordée de noir, le 24 juillet, dans la Gazette de Parme, de la mort du sérénissime époux de notre auguste souveraine — arrivée à l'Ile de Sainte Hélène, le 'j mai dernier, — Sa Majesté, les chevaliers et les dames qui composent le service intérieur de la cour, le personnel de la maison ducale et la livrée prendront le deuil pour trois mois, à commencer de demain 2lj du courant, jusqu'au 24 octobre inclus. » Marie- Louise commanda mille messes à Parme, autant à Vienne; dans la chapelle de sa villa delà Sala, elle assista, avec toute sa cour, à un service à la mémoire de Napoléon. Sur le sarcophage, aucun signe de dignités impériales, aucun chiffre ne j)ermetfait d'identifier le défunt. Dans la tribune souveraine, Marie-Louise sui\ it distraitement la cérémonie, tandis que ses voiles de veuve dissimulaient oi)|)ortunément son état de grossesse. Neuf jours après, à Solagrande, elle accouchait, en effet, d'un fils du comte de Nei|)i)erg, le futur prince de Monlenuovo, le second des trois enfants (pii natpiirenl de celte union secrète, et jus(|iralors adultère.

recul de l'hlsloire, et, dès le mois de juillet 1821, un notable anglais, Sir James Mackintoshcité par lord Broughlon *, pouvait justement dire : « Quelle émotion cet événement aurait soulevée il y a neuf ans, et quelle émotion il soulèvera encore dans neuf cents ans d'ici ! »

Naturellement, le silence, cet oubli, était on ne peut mieux au gré du gouvernement de Louis XVllI. Napoléon faisant une pauvre fin, sans parade et sans éclat, devait encore plus vite disparaître dans le souvenir des foules. Et, pour faire s'évanouir dérmiti\ ement la religion de TAigle, l'on comptait sur ce médiocre dénouement d'une grandiose aventure, lorsqu'un mauvais bâtiment, le Chameau, destiné au transport des soldats rapatriés, débarqua à Portsmoulh une poignée de revenants de Sainte-Hélène : Bertrand. Montholon, Marchand et quelques serviteurs anonymes qui allaient s'empresser de troubler le silence opportun dont peu à peu s'enveloppait le nom illustre. Ces gens qui les derniers avaient vu le héros, lui avaient parlé, avaient recueilli ses recommandations suprêmes, étaient une menace, un péril qu'on ne pouvait négliger, car leurs récits devaient créer, à

1. Lord Broughton. Napoléon, Byron et leurs contemporains, So(/t'eHi/'s d'une longue vie. II (18iG-lS:îi). 160.

chaque mot, de la pitié et de l'enlhousiasme et l'on sait que les voyageurs qui viennent de loin et qui ont vu de grandes choses sont toujours intarissables.

Marchand, Thomme qui, le 23 août 1821, se présentait aux bureaux de la rue de Jérusalem, était le premier de ces revenants qui fût arrivé à Paris. Il était Tun des trois intimes fidèles du malheur que le mourant avait chargés d'exécuter ses dernières volontés, ses ordres suprêmes, dont on ne savait encore à peu près rien à Paris, à Londres, ni à Vienne, mais dont on redoutait infiniment la divulgation auprès des foules ^

A Paris, cependant. Marchand, soucieux d'éviter toute curiosité compromettante, était descendu au n° 5 de la rue des Vieilles-Tuileries, aujourd'hui rue du Cherche-Midi, chez un de ses amis, le sieur

\. Dans la société des Tuileries où figuraient encore tant de hauts personnages du régime impérial, on s'inquiétait beaucoup de savoir si Napoléon avait laissé des mémoires. « M. de Tallcyrand disait avant-hier, chez lady iloUand, que les mémoires de l'Empereur ne seraient pas de lui, car il n'était pas en état de dicter une lettre, et celte belle phrase, il la répète surtout au.x Tuileries. Quand il en a été parti, on a demandé à M. G..., qui était présent, pour quel motil M. de Taiieyrand répétait une pareille folie. — Ah. répondit G..., c'est que sa modestie veut détruire à l'avance tous les éloges qu'on s'attend à trouver de lui dans ces mémoires. » (M. do Noguera à M. CoUon, à Londres, Paris 10 juillet 1821.)

Ferme, employé aux Ponts et Chaussées. Il y était demeuré jusqu'à ce jour où il demanda et obtint son passeport pour Auxerre afin d'aller se fixer auprès de cette ville av^ec sa mère, l'ancienne berceuse du roi de Rome, revenue en France lorsque Marie-Louise le 7 mars 1816 quitta Schœnbrunn pour se rendre à Parme ^

Ce premier passage à Paris avait été rapide : le temps de renouveler une garde-robe fort démodée par six années d'exil et sans doute aussi de causer

1. M°"= ISIarchand, tout le temps qu'elle resta auprès du roi de Rome, manifesta pour lui le dévouement le plus tendre. Elle passait la nuit dans la chambre de l'enfant ; et, le matin, c'était elle qui présidait à sa toilette et l'habillait. La fidélité active de celte brave femme causa même un jour quelque souci à HudsonLoweetaux représentants de la Sainte-Alliance dans l'Ile d'exil. Lorsque le baron de Sturmer fut désigné par le gouvernement autrichien pour remplir à Sainte-Hélène les fonctions de commissaire, l'empereur François eut l'idée d'envoyer avec lui, pour étudier la maigre flore de l'île, un botaniste du nom de Welle. Avertie du prochain départ de ce dernier, M""» Marchand qui, dans les jardins de Schœnbrunn, avait plusieurs fois rencontré le directeur des services d'horticulture de la ville, n'hésita pas à faire demander à Welle de se charger d'un petit paquet pour son fils Narcisse Marchand, le premier valet de chaml:^ de Napoléon. Et ainsi, sans s'en douter, le botaniste apporta ingénument à Sainte- Hélène une boucle de cheveux blonds de l'impérial enfant. Le précieux paquet fut remis à Marchand, qui le transmit — avec quelle joie 1 — à son maître. La chose s'ébruita et fut bientôt connue des autorités anglaises. Hudson Lowe s'émut fort de cette mission clandestine et en tira prétexte pour redoubler la rigueur de la surveillance. Dans la famille Marchand le dévouement était héréditaire.

avec un notaire ou un avocat, sérieusement. Marchand, bien entendu, durant tout son séjour ne tut point quitté d'un pas par la police, et ses moindres courses ou démarches furent espionnées, dénoncées et commentées. Même, des rapports, mensongers selon toute évidence, étant donnée la réserve prudente que ne cessa d'observer l'ancien valet de chambre impérial, furent adressés à la préfecture où l'on trouve trace de prétendus bavardages de Marchand, qui n'auraient pas été sans gravité. Notamment, d'après un de ces rapports reproduisant les dires d'un sieur Renard, médecin accoucheur, Marchand aurait assuré que Bonaparte avait été empoisonné avec un verre d'eau et voici comment : le prisonnier se plaisait à visiter une fontaine voisine de Longwood, la source près de laquelle il avait exprimé le désir d'être inhumé. La dernière fois qu'il fit sa promenade favorite, il avait, comme de coutume, voulu se désaltérer. Ce fut un officier anglais qui lui présenta un verre de celte eau et depuis lors Napoléon aurait ressenti les douleurs aiguës qui précédèrent son agonie et sa mort. . L'histoire ne tenait pas debout et Marchand qui avait assisté à l'autopsie se fût gardé de faire ce conte. Mais la fable du sieur Renard avait trouvé crédit car, aux premiers moments de la nou-

velle de la mort de Napoléon, c'avait été une opinion courante dans le monde bonapartiste, et non point seulement parmi les vieilles moustaches, que TEmpereur avait été empoisonné... « Que pensezvous de ces hommes rusés qui ont enterré le cadavre du patriarche empoisonné à Sainte-Hélène ? )) écrivait M'"'' de Souza à la comtesse de Flahaut, le 10 juillet 1821. Quoi qu'il en fût, les propos, vite ramassés, du médecin Renard étaient une aubaine pour les gens chargés de suivre Marchand et ravis de rapporter quelque chose.

En cette seule circonstance, sans doute, le fidèle serviteur de Napoléon donna quelque souci à la police, car, lorsqu'il fît d'autres séjours dans la capitale, sa conduite ne provoqua nulles autres observations de ce genre.

Le premier souci de Marchand, dès qu'il eut rejoint sa mère à Auxerre, fut d'acquérir près de cette ville une maison de campagne avec un peu de terre, la propriété du Verger, dans la commune de Perrigny. Marchand n'était pas, en effet, sans ressources. Napoléon, à son lit de mort, lui avait permis de disposer du collier que la reine Hortense avait remis à son beau-père comme suprême réserve lors du départ de Malmaison et qui, selon Festimation de l'Empereur, pouvait valoir

200.000 francs. « Cache-le autour de ton corps, avait recommandé le mourant, je te le donne; j'ignore dans quel état sont mes affaires en Europe ; c'est la seule valeur dont je puisse disposer. Il te mettra à môme d'attendre le sort que je te fais par mon testament et mon codicille...^ » Mais déjà, avec ses seules économies, Louis ]Marchand pouvait s'établir bourgeoisement sans attendre la liquidation du testament impérial qui lui assurait une fortune de oOO.OOO francs. A Sainte-Hélène, il lui était arrivé à diverses reprises de rendre, sur ses fonds personnels, des services d'argent aux exilés. « Ce matin, note Gourgaud le 24 décembre 181G, j'ai fait un billet de vingt-cinq livres sterling à Marchand, car je n'avais plus un sol. » Après la mort de Xapoléon, lors de la liquidation des dépenses de Longwood, il revenait à Marchand tant des gages non touchés que des gratifications prévues par les instructions de l'Empereur à Montholon, une somme d'environ 74.UU0 francs. Et ceci joint à cela était, à l'époque, autant qu'il en fallait pour faire bonne figure de rentier en province.

Ce n'est point d'ailleurs que Marchand entendit se confiner dans sa maison rustique de Perrigny.

1. Préface de Marchand au Précis des fjuenesde César, 1836, pp. 3-4. — Cf. MonUioloD. Souvenirs, II.

Auxerre n'est qu'à 175 kilomètres de la capitale où Ton pouvait alors se rendre en trois journées de poste. Et Marchand venait fréquemment à Paris où la police des Bourbons, qui ne cessa jamais de le fder, fut bien obligée de reconnaître, chaque fois, l'absolue correction de son attitude. Il ne se mêla ni aux libéraux, ni aux éléments turbulents qui intriguaient contre le régime. Il se garda de se laisser aflilier à aucune société secrète à l'aigle, à loeillet rouge ou à la violette ; il ne fut point de la Charbonnerie alors naissante. Marchand n'avait j)as une âme de conspirateur. Une note de la Préfecture constate qu'il ne cherchait pas à entretenir d'autres relations, au cours de ses séjours à Paris, que celles qu'il avait déjà avec les généraux Bertrand et Montholon , exécuteurs testamentaires comme lui de Bonaparte. Cependant, il devait nouer, ou plutôt renouer connaissance, avec un autre vieux soldat de l'Empire, le général Brayer chez qui le conduisit un jour Montholon, et celte visite de retour eut son influence décisive sur la destinée de l'ancien premier valet de chambre de rEm.pereur.

Le général de division Michcl-Silvestre Brayer,

LE MARIAGE DE MARCHAND li

baron de l'Empire par lettres patentes du 9 mars iSlO, donataire de six mille francs de rente en Westphalie le 17 mars 1808 et sur le Trasimène le 15 août 1809, avait, au mois de mars 1813, été l'un des premiers à se rallier à Napoléon débarqué de l'île d'Elbe. 11 avait un commandement à Lyon, lorsque le comte d'Artois y fut envoyé pour se mettre à la tête des troupes. Brayer, convoqué en conseil par Macdonald le 9 mars avec les autres officiers généraux, affirma au maréchal que la revue de la garnison par le prince serait une imprudence, l'esprit des régiments étant d'ailleurs nettement opposé au régime. Deux jours après, il conduisait ses soldats à Napoléon déjà maître de Grenoble. Un décret impérial du 2 juin 1815 fit comte le baron Brayer qui, le surlendemain, était nommé pair de France. Puis Napoléon lui donna une division de la jeune garde et l'envoya à Angers sous Lamarque pour contenir les chouans. Après Waterloo, Brayer fut naturellement compris dans l'ordonnance de proscription de juillet 1815. Le sort de Ney et de Labédo^ère lui était nécessairement réservé. Mais, plus heureux, il réussit à fuir avec le concours du général de gendarmerie Radet qui lui donna un uniforme de gendarme avec une lettre pour M""' Radet à Varennes où il

reçut une secrète et vaillante hospitalité en attendant que le colonel russe Popoff et un ro^^aliste, M. d'Hervilliers, lui fournissent les moyens de passer la frontière*. Il évitait ainsi d'être atteint par la sentence de mort qu'avait prononcée pour « crime de trahison envers le roi » le conseil de guerre réuni le 15 décembre 1815 sous la présidence du général Rogniat. Réfugié d'abord à Cologne, il se rendit ensuite à Baltimore par Amsterdam, puis il gagna Buenos-Ayres où il prit du service dans l'armée de l'Indépendance - avec un traitement avantageux. Il laissait en Europe sa femme et ses cinq enfants, une fille et quatre fils dont l'aîné, Lucien, âgé de vingt et un ans, filleul du prince de Canino, Lucien Bonaparte, ne tarda pas à rejoindre son père avec un des anciens aides

1. Rentré après ramnistie, Brayer écrivait à Radet : « Le service que vous m'avez rendu à une époque fatale est toujours gravé dans mon cœur. Depuis huit ans il a été pour moi l'objet d'un culte particulier. Vous avez sauvé du naufrage un père de famille dont les enfants vous porteront une reconnaissance éternelle. » Il se rappelait au souvenir de M'"» Radet et lui exprimait ses remerciements pour ses bontés.

-*. L'indépendance des provinces unies du Rio de la Plata fut proclamée le 31 janvier 1813 au congrès de Buenos-Ayres. La république de Buenos-Ayres se trouva définitivement affranchie le 22 juin 1814 par la capitulation de la garnison espagnole de Montevideo, et sans tarder, l'armée argentine de l'Indépendance porta ses secours à ses voisins en train de conquérir leur liberté.

de camp du général, Moline Saint- Yon. Brayer était alors un homme de quarante-six ans mesurant cinq pieds six pouces, d'agréable tournure, malgré sa corpulence un peu forte mais bien proportionnée. Un signalement de police nous dit qu'il avait les cheveux noirs, le teint noir, et que son visage marqué de la petite vérole était agrémenté d'un nez bien fait et de belles dents. Il portait la tê(e droite et sa voix, habituée au commandement, était rude. Il boitait un peu pour avoir eu la jambe gauche fracassée en Espagne.

Brayer avait compté parmi les beaux soldats de l'Emjjire et son second mariage avec celle qui fut la mère de ses trois derniers enfants avait été la conclusion d'un roman rapide et assez trouble. Marié depuis 179G et père de deux enfants, le colonel Brayer avait en 1800, au cours de la campagne du Rhin, connu et séduit en Bavière une fillette de noble famille, Philippine de Freyberg. Le père voulut arrêter le scandale en conduisant son enfant dans un monastère. Mais ce ne fut jamais là un moyen de calmer les filles amoureuses. Philippine se fit enlever par le bel officier qu'elle suivit en France où, après l'avoir décidé à divorcer, elle régularisa son union avec lui. Il semble qu'elle demeura assez longtemps sans

êlre admise à la cour impériale. Elle finit cependant par y être reçue, parut au mariage de Tarchiduchesse jMarie-Louise et dans toutes les aulrcs circonstances où elle avait l'occasion de parader en habit de cour. C'était une fraîche et forte Allemande à Taccent ludesque et, malgré son origine aristocratique, aux manières frustes qui tenaient, paraît-il, moins du salon que du corps de garde. Faut-il croire, ainsi que l'affirment les rapports de police de la Restauration, que la baronne Braver avait coutume de battre ses servantes et qu'on la rencontrait dans les rues revêtue de son habit de cour, se querellant avec des marchands de vin et des cochers et l'emportant toujours sur eux par la grossièreté et l'obscénité des répliques ? Il apparaît bien en tout cas que sa conduite fut assez légère pour donner quelque tourment à son mari. Elle n'était point, d'autre part, dénuée d'une certaine finesse et témoigna d'un esprit d'intrigue dont, pendant toute son existence, s'inquiéta la pohce des Bourbons. Car cette Bavaroise avait pour Napoléon une admiration exaltée qui, après la chute de l'Empire, se transforma en un fanatisme agissant. Elle ne manqua point d'inspirer ses sentiments à ses enfants. L'aîné, filleul de Lucien Bonaparte, s'était fait remarquer au mois

de mars 1814 dans les foules qui stationnaient devant les Tuileries par ses hurlements de « Vive l'Empereur » et ses imprécations contre la famille royale. Les Braycr avaient alors leur domicile au numéro 71 de la rue de Vaugirard. A l'arrivée des alliés, tandis que le général fuyait la proscription, la comtesse Brayer, de son côté, crut prudent de disparaître pendant la nuit. Elle fit dire quelle était retournée en Allemagne, mais elle s'en alla avec ses quatre enfants se réfugier dans des maisons amies où la police suivit difficilement sa trace.

Un sot rapport du 21 octobre 1815 affirme, d'après les on-dit, que M'"'' Brayer est en correspondance avec Metternich et qu'elle habite rue du Faubourg- Saint- Honoré sous le nom de M""^ Schwarlz. L'indication est fausse. On cherche de nouveau dans la rue de Vaugirard. On ne trouve pas la comtesse. Mais on recueille des mots qu'elle aurait dits à des gens du quartier, « que les affaires du parti allaient à merveille et que, cette fois, on s'arrangerait pour éviter un retour des Bourbons ' » . Une autre note, du 15janvier 1816, annonce que la générale a été rejoindre son mari en Allemagne. Mais non, décidément, on se trompe encore. Et c'est

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