DE SA DÉFINITION
cline à saluer presque dans le czar le défenseur de l'ordre européen , l'antagoniste naturel de l'esprit révolutionnaire. De tels malentendus sont déplorables. Montrons, il en est temps, de quel côté sont engagés les intérêts du libéralisme, de quel côté flotte son drapeau. Ceux qui le savent parmi nous, ne le savent pas assez.
C'est pour cela que je vais essayer une étude qui n'a pas encore été entreprise à ce point de vue. Elle est indispensable, que la paix se conclue ou non. Je l'aborde sans embarras, parce que je l'aborde sans arrière-pensée. Il est d'ailleurs des moments où les amis de la liberté en sont réduits, bon gré mal gré, à la théorie pure ; et nous sommes dans un de ces moments-là.
Voici les deux questions à résoudre : Qu'est-ce que le libéralisme? Qu'est-ce que la guerre d'Orient?
Les rapports étroits du libéralisme et de la guerre d'Orient éclateront h tous les regards, dès que nous nous serons rendu compte de leur vraie nature.
Rien n'est plus superficiel que les idées qui ont cours au sujet du libéralisme. Les hommes môme qui ne s'arrêtent pas aux déclamations connues sur l'ordre et la liberté, croient faire beaucoup en nous parlant de l'avènement des classes moyennes, du régime rc-
présentatif, des formes constitutionnelles. Tout cela est important sans cloute, et je suis loin d'en faire fi; mais tout cela ue touche pas au cœur de la question. Si les formes de gouvernement sont loin d'être indifférentes, ce n'est pas à titre de principe, c'est à titre de conséquence. Où est le fond , la forme ne peut manquer d'apparaître; et où le fond fait défaut, la forme ne saurait longtemps subsister. Ne prenons donc pas pour condition essentielle du libéralisme ce qui n'en est que le nécessaire et bienfaisant symptôme.
Je ne sais s'il y a des gens qui font de la théorie des trois pouvoirs un axiome, une vérité première, une des idées innées de la politique, une obligation pour tous les temps et pour tous les lieux. Quant à moi , qui tiens fort à la théorie des trois pouvoirs, je lui assigne sa place dans le domaine du relatif, et non dans celui de l'absolu. Ce domaine du relatif, où se classent beaucoup de choses très-graves en ellesmêmes, ne saurait renfermer le caractère distinctif d'une doctrine absolue ; or la doctrine libérale est absolue , grâce à Dieu. J'aime mieux la monarchie que la république ; mais je ne prétends pas qu'on ne puisse jamais être libre sous un gouvernement républicain. Je crois très-fort à la docilité et très-peu au discernement du suffrage universel ; mais je ne m'aviserai pas de dire qu'en aucune circonstance on ne doive y recourir. L'expérience m'apprend qu'un élément aristocratique est utile aux libertés publiques ; mais je n'affirme pas qu'on ne parvienne nulle part à