‹ Après la paixChapitre 3 sur 14 · DE SA DÉFINITION · texte numérisé non relu

DE SA DÉFINITION

les concilier avec la démocratie. Sur tous ces points, en un mot, j'ai des préférences énergiques, je n'ai pas d'exclusion sans appel ; je me sens capable de tenir compte des circonstances, des mœurs publiques , des tendances dominantes, du degré de civilisation.

Mettons-nous, au contraire, les pieds dans le domaine de l'absolu, il en va tout autrement. Ici ma conscience me défend de rien céder, car en cédant elle se renierait elle-même. Qu'il y ait des monarchies libérales et des monarchies despotiques, des républiques libérales et des républiques despotiques, des aristocraties libérales et des aristocraties despotiques, des démocraties libérales et des démocraties despotiques, je l'admettrai volontiers ; ce que je ne reconnaîtrai jamais, c'est qu'aucun gouvernement, à quelque époque que ce soit, ait le droit d'être despotique. Je me sens pour ainsi dire en communion politique avec tel homme qui repousse d'ailleurs mes idées sur les lois électorales ou sur l'organisation des pouvoirs ; je n'ai pas le moindre atome de sympathie pour tel autre qui professe à ravir l'orthodoxie constitutionnelle. Pourquoi? Le premier a l'âme libérale et le second ne l'a pas : le premier comprend ces vérités fondamentales et universelles , l'incompétence spirituelle de l'État, la protection due contre ses envahissements aux droits inviolables des individus; et le second pense qu'à condition de bien organiser l'État on peut le charger de tout faire.

Là est la distinction véritable, la séparation profonde. Je m'attacherai donc au principe, le libéralisme, et non à la conséquence, les institutions. Je ne traiterai pas les questions d'aristocratie ou de démocratie, de monarchie ou de république, et je ne referai pas la scène de Cinna. Je n'irai pas non plus feuilleter Dclolme, pour savoir ce qu'il faut penser de la représentation nationale ou du jury.

J'aborderai d'emblée les grandes doctrines auxquelles seules l'Angleterre a dû ses garanties représentatives.

Page 1