‹ Après la pendaison de Riel [microforme]Chapitre 3 sur 4 · ENTRE-NOUS · texte numérisé non relu

ENTRE-NOUS

"A are Roll EL En AN dernier, à pareil jour, je vous disais : “+ al Bon an et bon jour ; aujourd'hui, Dieu me AR garde de vous faire aucun souhait, les miens

er. semblent porter malheur.

Cependant, parler ainsi semblerait ridicule de ma part, ce serait supposer que Celui qui conduit tout, s'est fait un plaisir de vouloir me contrarier et,—en y réfléchissant un peu,—je vois que je ne puis me permettre pareille mauvaise plaisanterie.

Malgré les malheurs qui nous ont accablés, pendant l’année qui vient de finir, je veux espérer, je sens le besoin de croire encore au bonheur, à la paix et au rire,

Malgré la froide brise qui souffle du nord, en dépit du manteau de neige qui couvre la plaine, | j'attends les jours de soleil et j'espère a

encore la prairie en fleurs.

Les éclats de rire, les exclamations de joie de mes enfants qui regardent, en ce moment, les étrennes qu'ils ont reçues de tous côtés, me con- | firment dans cette espérance ; ces charmants petits êtres, qui sont l'avenir, n'auraient-ils donc qu'un | héritage de larmes et de malheur? Non, cela ne | peut être, Comme nous, ils auront leurs printemps bénis et leurs jours dorés, espacés de temps à autre, comme autant de moments de repos nécessaires au voyageur fatigué.

Quand à toi, vieille année, va prendre ta place parmi tes devancières et dis leur bien que sita venue a été accueillie avec joie,ton départ ne laisse aucun regret.

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Et pourtant, le matin de ton arrivée, vieil an, tu nous avais promis la paix, la concorde, la santé, la richesse et bien d’autres bonnes choses !

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C'est une triste date que celle de 1885.

Que de cadavres, que d’effondrements et de ruines tu as laissées sur la routefque ton p'ei a foulée, vieil an !

On attendait les premiers rayons chauds du soleil printanier, quand, vers la fin du mois de mars, une nouvelle terrible partit des bords de la Saskatchewan, pour se répandre bientôt sur les rives du Saint-Laurent.

| Un officier de la police montée, la major Crozier, | | venait de tirer le premier ccup de feu sur les Mé tis et les Sauvages.

La guerre était déclarée !

Guerre horrible, guerre fratricide, guerre préparée depuis longtemps par une mauvaise administration, guerre prédite par tout le clergé catholique du Nord-Ouest, boucherie stupide que l’on aurait |

|pu éviter facilement, en suivant les sages avis, | mais tuerie nécessaire au maintient de quelques hommes qui avaient besoin de vivre aux dépens des autres.

La première faute commise, il fallut aller jusqu’au bout.

Vous savez, comme moi, l'histoire de ce drame, qui a débuté par le coup de fusil du major Crozier et qui s’est terminé par la potence de Régina !

Partout du sang ! partout des larmes !

Vieil an, tu nous avais promis la paix !

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| Les haines de races et de croyances ne produi- | sant que de regrettables résultats, nous avions es- | péré arriver à une entente qui nous permit de vivre tous en bonne intelligence, ne pensant qu’à la grandeur de notre pays et à la prospérité de la race canadienne toute entière,

Espoir déçu !

Le souvenir de guerres qui ont eu lieu jadis dans le vieux monde, s’est réveillé dans notre jeune pays, plus vivace, plus haineux que jamais. Les Orangistes d’Ontario ont entonné le chant de la Boyne, un journaliste infâme a insulté nos vaillants volontaires, des hommes sans honneur ont demandé la mort d’un fou, quand ie monde entier demandait sa gTace. ; se

On leur a accordé la tête du malheureux insensé.

Un cri d’horreur retentit du levant au couchant ; dans chaque village on protesta contre cet acte horrible.

Sur le cercueil du mort on jura de s’unir,

Le lendemain, des défections avaient lieu.

On avait juré de s'entendre, de serrer les rangs, d'oublier tous les partis politiques, pour ne se souvenir que de la PATRIE. |

Aujourd’hui, on est plus divisés que jamais. |.

Tu nous avais fait espérer la concorde, vieil an !

On venait d'acclamer nos volontaires à leur retour du Nord-Ouest, on oubliait les souffrances de | la campagne, on goûtait déjà les joies de la famille, |

on oubliait—car, de nos jours, tout marche à la vapeur et à l'électricité, surtout l’oubli—on ou-

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le brave soldat retournait à l'atelier, chacun apportait plus d'ardeur à sa tâche pour réparer les brêches faites à la fortune publique ; la fiancée préparait son trousseau, la jeune femme mettait la | dernière main à la layette du trésor qu’elle attendait, on revenait à la vie calme et paisible du foyer, quand la mort, peu satisfaite de la récolte qu'elle avait faite là-bas, dans la prairie, revint, terrible, hideuse, escortée de son aide, la variole.

La funèbre moissonneuse faucha sans relâche et sans pitié ; six mois durant, enfants, hommes forts, faibles vieillards, tombèrent de tous côtés, sous ses coups redoutables.

Alors qu’on la croyait fatiguée, épuisée, hors d’haleine, de nouveaux épis s’inclinaient plus nombreux sous son souffle empesté.

Aujourd’hui, vois ton œuvre, ô mort impitoyable, vois ces femmes en noir, ces enfants en deuil, les fcyers déserts, contemple les croix neuves au cimet'ère !

Mort, ta ville est bien peuplée !

La layette préparée pour le nouveau-né lui a servi de linceul.

La robe de ia fiancée n’a jamais été mise. Celui qui devait conduire à l’autel la onde enfant repose sous les cyprès.

Partout la terreur, plus d'amis, onse fuit, chacun craint son voisin de peur d’être victime de la con- |tagion.

On entend sans cesse le bruit du marteau frappant Jour et nuit.

Regarde ce qui sort de l'atelier :.… des cércueils, toujours des cercueils !

Vieil an! Tu nous avais promis la santé !

bliait, dis-je, les morts, on se remettait au travail, |

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