‹ Après les gémissements de PascalChapitre 7 sur 9 · DE LA MORT IO · texte numérisé non relu

DE LA MORT IO

fidélité. Mais la vie continue et la chair vivante palpite de nouveau et cède au désir qui sort de la vie.

L'homme pourtant ne devrait jamais, « sinon par mort », oublier l'aimée qui est morte :

"Voi non dovreste niai, se non per morte, La vostra donna, cb'è morta, obliare (25).

Et la femme aussi méconnait les conseils du Dante.

On ne réfléchit pas aux conséquences de ces nouvelles unions d'amour. Tous ces anciens aimés, ou du moins leurs états de conscience d'au moment de la séparation , se retrouveraient en présence — si on ose dire — dans la mort. C'est la mémoire qui rattache les êtres successifs que nous devenons en vivant. Songeons qu'au bout de quelques années, l'homme qu'on se souvient d'avoir été nous est devenu totalement différent, étranger. Les états de conscience de ceux qui ont quitté la terre les premiers seraient peut-être demeurés tels, mais ceux de leurs conjoints auraient changé. Ce ne seraient donc plus les mêmes « êtres ». La religion n'est jamais entrée dans l'examen de ces situations paradoxales. L'absurdité, le grotesque, qui en découle n'a pas été mis

(251 Vita nova, xxxvii.

Io8 APRÈS LES GÉMISSEMENTS DE PASCAL

en évidence. On dirait que tout le monde se bouche les yeux pour ne pas voir ce qu'il y a de puéril dans la conception d'une survie de la sensibilité, la seule qui importe à l'humanité, car une survie de la pensée ra tionnelle lui est indifférente.

Avec les misères de l'âge — et bien qu'en bonne santé — on arrive aisément par la raison à se détacher de la vie. La déformation de ce corps dont nous admirions, comme s'il n'eût pas été à nous, ou la force ou la beauté ; l'affaiblissement aussi de nos facultés intellectuelles nous convainc qu'il faut faire place à des formes plus jeunes, plus belles, plus souples, susceptibles, comme un jour le furent les nôtres, de nouvelles adaptations. Le recommencement quotidien de la même besogne et l'accomplissement de fonctions physiques devenues pénibles produisent à la longue une lassitude qui incline au repos. Et puis, un doute nous vient parfois d'accomplir une œuvre vraiment bien nécessaire. Quand on a l'esprit critique, on s'apprécie sans indulgence La vie a de l'attrait et importe pour les hommes qui s'y jugent eux-mêmes importants. Ceux qui savent

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