ACTE II, SCENE II
GUILLAUME
Or, il semblait dérisoirement facile de grouper ceux-ci, dont chacun s'enrichissait, le projet aboutissant! Eh bien! pas du tout!... La bêtise et la lâcheté de ces hommes auront eu raison de la raison! Depuis cinq ans, deux fois par an, le cartel — ce cartel! — .est, pour ainsi dire, formé... Oui, je le tiens, quand immanquablement, à la minute des signatures, une difficulté misérable surgit, qui remet tout en question. Moi, dès le début des pourparlers, tant pour hâter l'événement, en poussant le cours, que pour profiter du lendemain, j'avais commencé d'acquérir de l'huile et bientôt tous les stocks d'huile qui étaient offerts. Seulement, dans cette voie-là, plus moyen de faire halte ! L'accaparement condamne son homme à marcher ou à sauter. S'il ne veut pas qu'en une séance de Bourse l'œuvre de hausse s'abîme, force est à l'accapareur d'acheter tout, mais tout ce qui se présente. Aussi, depuis cinq ans, j'achète, j'achète, j'achète... J'ai toutes les huiles de Liverpool, de Rotterdam, de Paris, j'ai plus de cent mille tonnes!... Tous ces achats, je ne pouvais les faire que pour mon propre compte.
138 APRÈS jMOI
car les statuts de la Société Aloy-Bourgade lui interdisent semblables opérations. Mais, rapidement, mes disponibilités s'engloutirent. Alors, me donnant cette excuse que ma perte vous perdrait, tout dabord, j'ai emprunté aux Raffineries des sommes considérables. Ce jour-là, je suis entré dans l'irrégularité. Je n'y suis pas demeuré longtemps. Vite, j'ai glissé à la malhonnêteté, au délit, au crime... C'est une chose étrange... je me croyais le sentiment de l'honneur, je crois encore que je l'ai eu, jusque-là des scrupules me tourmentaient, qui laissent la plupart des hommes bien tranquilles et dans cette âpre poursuite, il n'est rien que je n'aie commis!... J'ai confectionné des bilans fictifs... Moi, moi!... Le plus amer, c'est que, jusqu'au bout... oui, il y a un mois encore, un peu de bonne volonté du destin m'eût donné la partie!... Pas de chance!... A présent, c'est fini... Voici quelques jours, alors que je me croyais sauf, tout au moins, jusqu'à l'automne, mon agent me signalait que trois bateaux portant dix mille tonnes d'huile faisaient route vers Marseille... Pour qu'il ne fût pas jeté sur le marché, j'ai pris ce chargement, enfin, j'ai dit que je l'achetais, — il le fallait bien ! — et j'ai cherché les fonds