PRO DOMO
« Au fond, la justice a le même pj'incipe que la science, seulement celle-ci est restée dans le domaine objectif, tandis que Vautre est entrée dans le domaine des actes moraux. Quand nous obéissons à la justice, nous obéissons d des conuiciions très semblables à celles que nous impose la vue d'une vérité. Des deux côtés l'assentiment est commandé ; ici, il s'appelle démonstration ; là, il s'appelle devoir. »
Littré.
PRO DCMO
Le premier numéro de notre quatrième série, où l'on a pu lire trois « directions » données par
Y Amitié civique aux membres de ses Foyers, a valu aux administrateurs de Y Union pour la vérité une correspondance importante. De très vieux amis de notre Association vont retrouvé avec joie une note qui leur est chère. « Les membres de Y Union, nous écrit-on, ont dû en recevant ce numéro sentir que quelque chose vit — toujours de même — - de ce qui nous a si profondément charmés en 1893 et que nous appelions Y Union pour l'action morale. »
Mais d'autres fidèles amis, non point à vrai dire de Y Union pour l'action morale, mais de Y Union pour la vérité, ont été moins satisfaits. Ils ont estimé que ce numéro, et l'action dont il donne des preuves, constituait une dérogation grave à l'esprit de
Y Union pour la vérité. Les statuts en main, ils nous ont fait part de leur étonnement, de leurs craintes, de leurs griefs. Il faut écouter ces plaintes et leur opposer des raisons. Car si l'on a cru pouvoir recommander — et si Ton recommande plus instamment que jamais — une discipline civique, on n'a jamais perdu de vue que Y Union pour la vérité, par son objet fondamental qui est « d'aider ses raera-
bres à se former des jugements justes », leur propose avant tout, par dessus tout, une discipline de l'esprit.
Considération capitale, et qui dépasse le cercle restreint d'une controverse entre membres d'une même Association. En ce quatrième hiver de guerre, pendant que s'apprête peut-être un nouvel et formidale assaut, il se trouve que la conscience de bien des citoyens est troublée, mais pour des raisons bien différentes. Les uns, tournés surtout vers l'intérieur, s'inquiètent des régressions qui peuvent se produire, qui déjà se sont produites, dans l'ordre politique, social, moral, et ils ont tendance à méconnaître les dures nécessités des périodes de guerre. Les autres n'ont pas oublié le crime d'il y a quatre ans, et la fidélité de leur souvenir les rend surtout attentifs aux conséquences de ce crime, qui dépassent en horreur tout ce que l'on pouvait craindre. Les uns reviennent, sont déjà revenus, à l'état d'esprit du temps de paix ; la guerre a marqué les autres d'une empreinte qui ne s'effacera plus. Mais n'anticipons pas sur l'objet de ces pages, rappelons seulement qu'il n'est possible de les écrire que parce que, à moins de cent kilomètres du lieu où on les médite, la résistance des combattants a créé de la sécurité. Puisque cette sécurité donne le loisir de réfléchir, réfléchissons.