‹ Aquarelles japonaisesChapitre 6 sur 7 · UNE VISITE AU VILLAGE RUSSE IQQ · texte numérisé non relu

UNE VISITE AU VILLAGE RUSSE IQQ

officier du tsar dans les rues de Nagasaki. Leurs devoirs d'époux, leur amour du foyer, les retiennent de Tautre côté de Teau. Personne n'y voit rien à redire. Il y a plus d'un siècle que cela se pratique, favorisé par les longs séjours des bâtiments russes dans ce joli port. « Nos pères ont tous vécu ici, me disait un enseigne, et nos enfants feront comme nous. » Touchant exemple de respect filial I Si j'avais demandé son alvis sur ces mariages au pope si bien peigné que j'ai vu hier sur V Arkhangel, je suis certain qu'il n'aurait eu qu'un sourire paternel et indulgent. C'est admis dans toute la marine impériale. Les commandants se marient comme leurs officiers et vivent à terre avec eux dans la plus cordiale familiarité, sans que cela diminue en rien leur autorité une fois à bord. Aucune pointe de ridicule ne s'attache pour les Russes à ridée de ces petits ménages accidentels ; c'est une institution trop antique, rendue respectable par la tradition vénérable et l'usage universel. M. S..., officier du Nertchinsk, m'a proposé

aOO AQUARELLES JAPONAISES

d'aller voir l'installation d'Inassa. Après dîner, nous nous embarquons dans la yole de son bateau. Il me fait mettre à la barre, où j'articule des cris vagues qui doivent ressembler à des commandements russes; puis nous glissons parmi les jonques dont les mâts se profilent sur 'les étoiles, laissant derrière nous la triple et quadruple ceinture de feux de Nagasaki.

Un fanal dans le creux d'un rocher d'où retombe un rideau de feuillages, une passerelle de bois : nous sommes arrivés. Cela a un air discret et recueilli ; on s'attend presque à voir une madone dans quelque niche. Nous grimpons un raidillon, puis nous tombons en pleine lumière dans une sorte de réfectoire où une vingtaine d'officiers russes, habillés en japonais, prennent le café et le pousse-café avec leurs femmes. D'autres petites nipponnes activent le service, s'agitent et babillent. Ce sont celles dont les maris sont à bord, « on duty ». Les autres se tiennent bien sagement, toutes petites, souvent mignonnes, à côté des géants barbus.

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