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L'ANTISÉMITISME

L'Antisémitisme, c'est une machine de guerre mise en mouvement par les Catholiques pour reconquérir le pouvoir. — Comme il fait appel à l'envie, comme il flagorne les Soudards dans l'intention de les pousser à la dictature, comme il feint de s'apitoyer sur la misère de Jacques Bonhomme, il a réussi à créer une certaine agitation qu'entretiennent des chevaliers du Sacré- Cœur, des puhlicistes issus des jésuitières, des politiques qui ont compris le véritable sens des conseils donnés par Pecci dans ses encycliques, des industriels, de gros propriétaires, des banquiers en concurrence avec les Juifs, tout un syndicat dont le siège social se trouve à Rome. Les snobs viennent à la rescousse. Tels commis

voyageurs qui, naguère, mangeaient du prêtre à table d'hôte, réclament, aujourd'hui, la tête de Rothschild entre la poire et le fromage. Certains étudiants, toujours à l'affût d'une occasion de déployer la bassesse de leur âme bourgeoise, font chorus. Les évoques se frottent les mains et jubilent. Les combattants de 1870 demandent à venger sur Israël les défaites que les Allemands leur ont infligées. Les sociétés de gymnastique fourbissent leurs clairons et brandissent leurs haltères. Partout, il se dit des messes pour le triomphe de la bonne cause. Les voyantes prophétisent. Et vous verrez que la sainte Vierge fera, sous peu, des miracles probants à Tilly-sur- Seules.

Un procès récent a stimulé le zèle des énergumènes qui entreprirent cette campagne. Un officier juif aurait, soi-disant, livré à l'étranger les secrets de Polichinelle de cette entreprise de meurtres qu'on nomme la Défense nationale. Lors même qu'il l'eût fait — ce qui n'est pas encore démontré — il se serait simplement conformé à l'exemple donné par d'autres officiers — nullement juifs ceux-là — dont la prévarication ne souleva pas de polémique, n'obtint que quelques lignes aux faits-divers des journaux et fut ensevelie très vite dans le silence.

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