‹ Aranéides des îles de la Réunion, Maurice et Madagascar (volume 2)Chapitre 21 sur 32 · FAMILLE : LES IRRÉGULIÈRES · texte numérisé non relu

FAMILLE : LES IRRÉGULIÈRES

Race : LES TRIANGULAIRES TRONQUEES.

14° Epéire de Saint-Benoît. {Epeira Sancti-Benedicti.,

Vimoii.)

(PL XIV, fig. 3.)

Long. : 6““ . — Femelle.

Cette Aranëide rappelle, par sa couleur, VUloborus Borhojiicus, et par la forme de l’abdomen elle se rapproche un peu de V Epeira Opuntiæ, sous un bien moindre volume, et bien que l’extrémité de son abdomen soit troncpiée et non bifide.

Abdomen allongé, arrondi et plus large en avant, atténué peu à peu et tronqué vers l’extrémité postérieure, trapézoïde, épais à sa partie postérieure. Sur l’abdomen, toute la face supérieure, cpii est un peu étalée, est occupée par une large tache noire, festonnée sur les côtés, près de l’avant^ un de ces festons est plus

ecliancré que les autres. Les bords de cette tache sont plus noirs \ le centre, moins coloré ou gris, offre certains dessins plus clairs, et le plus souvent une petite croix blanche postérieurement.

Corselet arrondi, brun grisâtre et luisant^ la tête avancée et bien distincte.

Le dessous du ventre est occupé par une large bande noire bordée d’un liséré blanc : cette bande embrasse les lîlièi’es et va en arrière et en remontant se réunir à celle du dos.

Le dessous du corselet est un triangle blanc dont la base est tournée en avant. L’insertion des pattes en dessous est noire. Celles-ci sont blanches, courtes, annelées de noir d’une manière nette : le digital de cba- (jue patte est noir. — Quelquefois la couleur blanche a une teinte rosée très-pâle. — La lèvre et les mâchoil’es sont brunes.

L’F.péire de Saint-Benoît établit sur les arbustes, dans les lieux éclairés, une toile verticale, très-bien faite. Elle se tient au centre, y déploie un fil blanc pour les insectes qui peuvent lui résister : c’est le long de ce fil vertical qu’elle attache ses petits cocons, allongés, ovalaires, d’un jaune sale, liés bout à bout comme un cordonà petits renflements ou les olivesd’un chapelet. J’en ai compté jusqu’à treize.

Cette Araiiëide est rare à Saiiit-Deiiis, et dans les quartiers voisins. Elle est fort commune au contraire à Saint-Benoit, aussi lui ai-je donné ce nom. — .T’ai j’ecueilli cette Épéiue en grand nombre dans le jardin de mon confrère et ami le docteur Jlicliel.

Race : LES CYLINDRIQUES.

« Abdomen cylindrique ou allongé. »

15“ Epéire ONDULÉE. {Epcira niidulata, Vinson.)

(PI. V, fig. 3.)

Long. : 10'""'. Femelle. Le mâle est un peu moins lon^-.

Aspect général : — Abdomen long, cylindrique, bombé en avant, velu en arrière où il se rétrécit. Sa couleur est d’argent uni avec des raies longitudinales noires ou brun rougeâtre, de façon à former six bandes argentées. Pattes fines, verdâtres.

Sous le ventre, deux bandes parallèles d’un vert émeraude.

Le corselet est plus étroit cpie l’abdomen ; il est d’un jaune rougeâtre, avec un trait vert brun au centre, et une ligne verte qui le borde circidairement.

L’abdomen est allongé, cylindrique, ayant la forme irrégulière des Linypbies, arrondi enavant, très-avancé sur le corselet et recouvrant le vertébral, bombé sur le dos, puis s’inclinant légèrement pour se relever posté-

rieurement.

11 se rétrécit graduellement en arrière et se termine en pointe arrondie. Vers cette partie et en dessous, le ventre est légèrement évidé, et décrit une petite courbe jusqu’aux filières qui sont un peu saillantes.

L’abdomen est couleur d’argent poli : près de sa base d’insertion partent, latéralement, deux tacbes noires, courtes, triangulaires. Sur le milieu du dos, une ligne noire ou brun jaunâtre, coupant dans sa longueur une large bande d’argent et servant de point de départ à trois ou quatre paires de petits traits noirs obliques et opposés. Sur les côtés, des bandes d’argent longitudinales, alternant avec des bandes noires plus étroites ; la principale, c’est-à-dire la seconde, est bil'urquée en arrière. L’extrémité de l’abdomen est brune. Les bandes d’argent latérales sont légèrement colorées de jaune sur les bords ; la dernière est quelquefois doublée d’une bande d’or inférieurement.

Le dessous du ventre est d’un beau noir. Entre les filières et les plaques respiratoires, sont placées, à peu de distance l’une de l’autre, deux bandes parallèles d’un beau vert émeraude terminées aux deux extrémités par une petite tacbe dorée : six points jaunes disposés par paire à l’extrémité.

Les pattes sont fines, allongées, d’un beau vert brun et ti'anspai'ent, jaunâtres dans le second article et noi-

res aux articulations. Les tarses sont bruns. La première paire de pattes est la plus longue, puis la deuxième.

Les palpes sont nuancés, filiformes, verdâtres et ])âles.

Cette petite Epéire se trouve assez communément à File de la Réunion, où elle établit, à la pointe des arbustes ou des grandes herbes, une toile fine, régulière, rayonnée, au centre de laquelle elle se tient. Elle choisit les endroits frais et ombragés^ on la rencontre fréquemment sur le bord des cbemins de Salazie, surtout dans les mois de janvier, février et mars.

Cette Aranéide semble se rapprocher, par la description que j’ai lue, de FÉpéiiie apportée de la Cocbincliine par ]M. Diard et décrite par Walckenaer sous le nom d’ÉpÉiRE SINUEUSE {Epcira sinuata). Dans la notre, cependant, les pattes sont longues, vertes et n’offrent aucune couleur rouge vif : la pai'tie antérieure de l’abdomen n’est pas amincie •, elle est au contraire bombée et large, puis se termine en pointe émoussée. Sur le dos, il y a ici une bande brune ou plutôt une ligne longitudinale et des traits opposés, qui s’eu détachent obliquement comme des veinules noires. Voilà pour les différences.

Voici pour les ressemblances : la forme allongée

de l’abdomen, qui avance sur le corselet 5 les bandes d’argent sépare'es par des lignes noires 5 puis les caractères suivants, qu’on lit dans Walckenaer et qui peuvent, aussi bien, s’appliquer à notre Épéire :

« Les mandibules sont fortes, peu allongées, trèsbombées et comme ovoïdes, rouges à leur base, noires à leur extrémité.

» La lèvre est aussi haute que large; elle est arrondie à son extrémité, et carrée sur les côtés. Les mâchoires sont peu inclinées, évasées à leur extrémité, creusées à leur côté externe, mais en lignes droites à leurs côtés inteimes, bombées et d’un brun noirâtre. Les yeux intermédiaires d’en bas sont plus rapprochés que ceux d’en haut; les latéraux sont sur la ligne des yeux postérieurs (l). »

(1) Walckenaer, I/ùf. 7iat. des Ins. ^ptè7'€Sj t. II, page 137.

Race : LES OPUNTIEES. {Opuntiacæ, Vinsou.) {CONIQUES BIFIDES, Walckenaer).

Aux îles de la Réunion, Maurice et Madagascar la race des ÉPÉIRES OPUNTIÉES fournit un trèsgrand nombre de variétés.

Walckenaer donne à cette race remarquable les caractères suivants :

« Abdomen terminé à sa partie postérieure par deux tubercules coniques courts avec un prolongement bifide : » il les nomme les CONIQUES BI- FIDES {conicæ bifides).

Dans cette race, les cocons affectent la forme d’une petite nacelle, avec un coté convexe tapissé de quelques fils verts, et une surface légèrement concave et plus blanche du côté opposé : ces cocons sont faits de deux tuniques extérieures, avec une bourre intermédiaire enveloppant les œufs. L’Aranéide les lie bout à bout comme les grains d’un chapelet, disposition que l’on retrouve plus loin chez une petite Épéiiœ conique tronqnée, celle de Saint-Benoît.

Les OPUNTIÉES disposent aussi leur toile d’une

façon toute spéciale : au milieu de longs fils irréguliers, et ayant dans l’ensemble la foi’ine d’une pyramide, elles placent un réseau transversal comme une tente ou comme une ombrelle renversée, dont les angles sont relevés sur les côtés. Au centre I’Épéihe se ménage un orifice à travers lequel elle se transporte soit au-dessus, soit au-dessous de cette trame dont les fils, tissés avec un art admirable, sont un chef-d’œuvre de régularité et de finesse. Ces Aranéides, parleur toile, diffèrent donc aussi des autres Épéires.

Toutes les vai’iétés que comprend cette race des OPUNTIÉES, dont on pourrait faire peut-être autant d’espèces, gravitent en quelque sorte autour d’un type principal : L’Épéire de l’opuntia de M. Léon Dufour.

16“ Épéire de l’opuntia. (Epeira opuntiæ.)

Léon Dufour (t).

(PI. IX, fig. 1, dessinée avec une partie de sa toile et ses cocons.)

A M. Léon Dufour appartient le mérite d’avoir fait

(1) Je dois une véritable reconnaissance au savant M. Léon Dufour pour les excellentes relations dont il a bien voulu m'honorer, et pour la manière aimable et charmante avec laquelle il a accueilli mes premières communications de l’île de la Réunion ; il m'y éenvait :

« Malgré mon ûge avancé, c’est m’inviter aux noces que de me parler Arachnides : c’est une classe d’animaux industrieux que j’ai aimée et que j’aime encore passionnément. Ils sont, avec les Hyménoptères, l’institLit de l’entomologie. Je

connaître, par la publication d’intéressants travaux, cette belle Épéire commune à l’Espagne, à l’Algérie et aux îles de la Réunion et IMaurice. Le savant naturaliste, en la découvrant dans la Catalogne et dans le royaume de Valence, l’a si bien décrite qu’il nous a été facile de la reconnaître parmi nos Aranéides, hantant, comme elle le fait dans l’Europe méridionale et sur le continent africain, les opuntias et les agaves, dont les longues pointes épineuses offrent des points d’appui solide à ses réseaux nombreux.

Déjà, dès l’année 1800, dans le manuscrit de .T. -B. Dumont, une étude fort remarquable sur cette Épéire était faite avec beaucoup de soin et de vérité; mais demeurée malheureusement inédite, elle ne peut prendre place aujourd’hui qu’après le travail de M. Léon Dufour : toutefois, elle est si parfaite et si complète que je ne crois devoir mieux faire que de la reproduire ici tout entière :

Dumont la nomme Araignée filandiere 'veloutée; il la décrit ainsi : « Long. : 7, 8 et même 9 lignes. Corselet et pattes gris-fauve. Corps noir bifide, des taches blanches disposées en zigzag sur les côtés; des poils d’un gris blanc sur toutes les parties, à peine sensibles

suis on ne peut plus flatté que mon nom ait passé les mers pour vous arriver, et c'est peut-être à mon Epeira opunliæ que je dois cet avantage. Je l'en remercie.» (Lettre à M, le docteur Auguste Vinson, Saini-Séverj 1861.)

sur le corps, qui a l’aspect du velours. A la base de l’abdomen, poils blancs dressés en avant. Corselet circulaire ; tête petite séparée du corselet par une ligne très-sensible. Yeux petits, brillants. Pattes moyennes, noires avec une nuance fauve, ou bien d’un gris bleuâtre, annelées. Corps quadrilatéral, allongé, très-incliné; bord antérieur arrondi, le postérieur bifide. Face supérieure légèrement convexe. De chaque côté une rangée de tubercules, les premiers saillants, les autres à peine sensibles -, des taches obliques formées d’un duvet très-blanc sur chaque tubercule, et se continuant par des traits fort déliés; le dessous de l’abdomen est noirâtre ; les mandibides sont noires et saillantes.

» Au centre de la face supérieure de l’abdomen, on remarque, entre les deux rangées de tubercules, deux lignes blanches qui prennent naissance au milieu, sur le bord antérieur, et qui vont, en formant trois ou quatre anneaux en s’entre-croisaut, se terminer vers l’extrémité postérieure.

» Cette Araignée est très-commune, ajoute Dumont. On la trouve dans toutes les parties de l’île. Elle construit sur les arbustes sa toile qui n’a d’abord qu’une très -petite étendue, mais qui parvient quelquefois à avoir dix pieds de haut et autant de largeur. Cette toile est occupée par plusieurs de ces insectes ap-

par tenant à la même famille et provenant tous de la même mère -, alors on peut la regarder comme étant formée de la réunion de plusieurs toiles rapprocliées et confondues entre elles. Voici la marche de son accroissement : elle ne présente d’abord que quelques fils posés irrégulièrement entre les branches d’un arbuste, au milieu desquels on trouve une Araignée qui n’a que le tiers ou la moitié de sa grandeur naturelle ; à mesure qu’elle prend de l’accroissement, elle agrandit sa toile en tous sens 5 loi'sque l’époque de sa ponte arxâve, elle file une coque en forme de nacelle qu’elle place au milieu de sa toile dans une position verticale. Cette coque a huit à neuf lignes de long, sur six lignes de largeur. Œufs nombreux. Quelque temps après, elle fixe un autre cocon pareil au premier, ce qu’elle continue de faire jusqu’au nombre de six à neuf. Tous ces cocons sont placés au bout les uns des autres, comme un chapelet et de manière à ce que leurs extrémités se touchent, se croisent et sont assujetties par un assez grand nombre de fils. Ce qu’il y a de plus remarquable dans ces cocons, c’est la différence de couleur des deux faces : la face convexe est verdâtre, et la face plane d’un blanc vif. — En pressant l’extrémité postérieure de cette Araignée, et en incisant en même temps les mamelons, une matière laiteuse qui sert à la formation

de la pai’tie blanche du cocon, s’e'coule de la partie antérieure des mamelons. Les petits percent cette enveloppe à l’endroit de l’union des deux faces : après en être sortis, ils l’estentun certain temps dessus et dans les environs 5 ils s’en éloignent ensuite et vont se fixer sur l’un des bords de la toile, qu’ils agrandissent en y ajoutant de nouveaux fils, de manière que la toile qu’ils forment a des adhérences avec la première, sans avoir de communication. Si l’on poursuit une de ces Araignées, elle ne passe jamais d’une toile dans l’autre.

)) L’on trouve communément de ces toiles dans les habitations abandonnées ou dans les chemins des grands bois qui sont occupés par 12, 15 et même 20 Araignées, et qui ont un nombre plus ou moins grand de cocons rangés en chapelet, posés dans les différentes parties de son étendue, et qui contrastent par leur blancheur avec le fond de la toile qui est gris, ce qui produit un effet assez agréable : poursuivie, l’Araignée ne s’éloigne qu’à une petite distance de ses œufs ; elle fait son premier cocon avant d’être parvenue à son acci’oissement parfait, et met 9 à 10 jours entre chaque cocon ( 1 ). »

Mâle de VEpeira opjintiæ. Le mâle de cette Épéire n’a que 3”™ de long : vu au microscope, il paraît très-

(I) J. -B, Dumont, Mamtscrit^ an YIIT,

velu : ses palpes sont globuleux, sa couleui’ est d’un brun fauve : l’abdomen est bifide comme dans la femelle. Je l’ai pris sur la toile de cette dernière le 20 avril 1861 .

En 1 820, M. Le'on Dufour fit paraître dans les Annales des sciences physiques (y . LXIX, 3), une étude sur VEpeira opuntiæ. J’extrais du Règne animal de Cuvier le passage qui la concerne : (f On peut, dit l’auteur, placer à la suite de cette Épéire {Epeira conica), celle que M. I^éon Dufour nomme Epeira opuntiæ, parce qu’elle se tient constamment au milieu des feuilles de l’agave et de l’opuntia et y établit ses filets. Elle est noire avec des poils blancs et couchés, formant des apparences d’écailles. Son abdomen a de cbacpie coté deux tubercules pyramidaux et se termine postérieurement par deux autres, mais obtus et séparés par une échancrure. La face postérieure de chacun de ces tubercules pyramidaux offre une tache d’un beau blanc de neige nacré ^ ces taches se lient entre elles et avec une ou deux autres, qui leur sont postérieures, par des lignes en zigzag. Ces tubercules n’existent pas dans les individus qui viennent de naître. Les cocons sont ovales, blanchâtres et formés de deux tuniques, dont l’intérieur est une espèce de bourre enveloppant les œufs. On trouve souvent sept, huit et même dix de ces cocons à la file l’un de l’autre. Catalogne. Royaume

de Valence. » (^Règne animal de Cuvier. Arachnides ^ texte, page 55.)

J’ai dû préférer la description de I’Épéire de l’opün- TU faite par J. -B. Dumont et celle du Règne animal de Cuvier, qui est extraite de l’ouvrage de ]M. Léou Dufour, à la description générale de Walckenaer, parce que les deux premières représentent plus exactement VEpeira opuntiæ des îles de la Réunion et Maurice. Walckenaer a pris, ainsi qu’il le dit lui-même, pour type de sa description générale, VEpeira opuntiæ des environs de Naples : il parle de festons d’un jaune xif et de taches jaunes qui se voient sur les cotés de l’abdomen. Or c’est la couleur blanche qui se montre sur ces parties dans nos Épéires noires de I’opuntia; et, malgré leui’s nombreuses variétés, nous n’avons jamais observé dans ses ligues en zigzag la coulevir jaune vif, ni les taches jaunes sur les tubercules abdominaux. Ceci serait de nature à confirmer ce que j’ai dit plus haut, qu’on pourrait transformer en espèces nouvelles quelques-unes de ces variétés. — Toutefois, après les deux descriptions précédentes, je vais reproduire celle de Walckenaer, afin de compléter ici tout ce qui se l’apporte à VEpeira opuntiæ :

« Abdomen en parallélogramme rhomboïdal, arrondi sur les côtés, terminé à sa partie antérieure par

deux eminences ou tubercules courts, et à sa partie postérieure par un prolongement bifide déprimé. Sur les côtés du dos sont deux lignes en zigzag ou en festons anguleux d’unyaM/ïc 'y//' ( 1 ) qni aboutissent aux deux prolongements coniques de la partie postérieure.

» Près du corselet est figurée par des traits minces et déliés, moins visibles que les festons latéraux, une espèce de fer de lance. Taches j aunes snr les côtés

internes des festons. Le corselet, le sternum et les pattes sont d’un brun noir 5 les tarses sont annelés de fauve rougeâtre. Les mandibules sont noires. Les yeux sont portés sur des éminences du corselet 5 les intermédiaires postérieurs sont plus l’approchés entre eux que ne le sont les intermédiaires antérieurs. Les yeux latéraux sont au niveau des intermédiaires postérieurs, rapprochés entre enx sur la même élévation, mais non réunis.

>) Variété A : sans taches ^ abdomen sans taches internes sur le dos, 4 lignes.

» Variété B : avec 4 taches 5 abdomen noir, avec quatre grandes taches blanches sur le dos, 7 lignes.

(1) Sur les variétés et l’espèce Epeira opuntiæ de l’ile de la Réunion, ces lignes ou ces festons anguleux sont d’un Manc très~puj\

(2) Ces taches sont, comme dit Dugès (dans Cuvma, Règ7%e animal) , d’un beau blanc de neige nacrée expression qui s’applique également à l'Epeira opuntiæ de notre île.

Épéire de l’opuntia, Dufour. Description de six Aranéides nouvelles, par Léon Dufour, 1820, iu-S”, p. 5, pl. LXIX, f. 3. (Extrait de la 3“® livraison du 4® lovoe éies Annales des sciences physiques.)

» Ancien monde. Europe. Asie. Océan indien. En Espagne, dans le royaume de Valence et la Catalogne.

'' A Naples, en Sicile, dans l’île de France.

« C’est avec l’àge, » dit Walckenaer, « que cette Arancide acquiert les grandes taches jaunes ou blanches et une couleur noire. Les variétés A et B, » ajoutet-il, « ont été envoyées en grand nombre de l’île de France. L’Épéire de l’opuntia varie pour le fond de sa coideur, qui est noirâtre ou rougeâtre ou comme saupoudrée de blanc. Dans quelques individus, le dos est bigarré de lignes blanches qui s’anastomosent avec des taches noires. Il y a des individus qui offrent des stries fort élégantes d’un blanc pur.

)) Cette Aranéide, en naissant, n’a point à l’abdomen les tubercules qui caractérisent les individus adultes. Son abdomen est ovale, hérissé de quelques poils blancs. Son corselet est noir, luisant et glabre. Le carré central des yeux est proportionnellement plus grand. Les pattes sont annelées de brun et de pâle. « (1).

(1) 'VValckenaer, Ibid,

« Cette espèce,)) dit M. Léon Dufour, «habite constamment au milieu de l’agave et de l’opuntia, mais plus en particulier sur cette dernière plante. »

A l’île de la Réunion, on la rencontre sur toutes les plantes, dans les haies d’orangers, de citronniers ; mais sa prédilection à établir sa toile dans les agaves et les opuntias est un fait très-réel.

J’ai dit la manièi’e dont elle établit sa toile ; elle s’y tient le plus souvent au milieu, les pattes étendues, la tête en bas, pour attendre sa proie ; mais si le vent souffle avec violence, elle va se blottir, dit M. Dufour, derrière un faisceau d’épines, oii viennent aboutir plusieurs des fils de son canevas (1). J’ai remarqué à l’île de la Réunion, que pour se préserver de la pluie, cette Arauéide avait soin d’arrêter la feuille la plus convenable qui venait à tomber sur sa toile ^ elle la fixait d’une manière sûre et l’érigeait en toit impénétrable sous lequel elle allait se cacher en se ramassant.

Walckenaer se demande si les 8, 9, et 10 cocons, qu’on rencontre dans sa toile, et qui sont disposés en chapelet ou enchaînons, sont l’ouvrage d’une seule et même femelle. Je puis l'épondre à cette cpiestion par l’affirmative, ayant suivi cette opération avec

(l) Léon Dufour. Ibid.

soin ^ (le plus, je puis aussi certifier que ces Épéires vivent en société, mais qu’aucune n’envahit la toile de sa voisine; malgré l’enchevêtrement des fils qui les lient à la suite les uns des autres, ces cocons cèdent à une légère traction.

)) Bulletin de la société philomatique, Tom. i,

part. Il, page 18, on trouve, » dit Walckenaer,« l’extrait d’une lettre datée de Buenos- Ayres, qui vient à l’appui des observations de M. Léon Dufour. Il y est dit que dans ce pays on trouve une espèce d’ Araignée, rpi’on nomme V Araignée-soie.

» Ces Araignées vivent bien ensemble et se nourrissent d’insectes sur le nopal {^Cactus opuntiæ)', elles craignent le froid; leur cocon est de la grosseur d’un œuf de pigeon. ... (1).

» Il peut se filer en entier ; la soie en est très-moelleuse et peut se carder sans préparation. » (2)

17” Épéire blonde. {Epeira jlava, Vinson.)

(PI. VIII, fig. 3.)

(1° Variété remartpiable de V Epeira opuntise.)

Long. : 14 à 16""”. — Femelle.

(1) Les beaux cocons ont véritablement ce volume en longueur et en largeur, mais non en épaisseur.

(2) Walckenaer. Eisi, nai^ devins, t, II, page 142.

Aspect général. — Les mêmes formes que VEpeira opiintiæ, mais blonde.

Un peu plus petite que la précédente, elle a toutes ses formes, mais sa couleur est différente et ses dessins en zigzag subissent une modification par l’absence, le plus souvent ou même presque toujours, de taches lacrymatoires blanches qui distinguent I’Épéire de l’opuntia, en surmontant les tubercules latéraux de cette Aranéide bifide. — Quelquefois I’Épéire blonde est d’une belle couleur orangée entièrement uniforme, sans taches, ni ligne en zigzag d’aucune couleur. Les tubercules sont seuls Indiqués par une petite saillie obliquement dirigée.

Abdomen incliné d’avant en arrière, arrondi en avant, bifide en arrière, légèrement conprimé sur les côtés supérieurement ; couleur jaune blond tirant un peu sur le rose. — Deux lignes latérales en zigzag de couleurs blanches sans taches. La couleur blonde se fonce vers la partie postérieure bifide et établit nettement une ligne de démarcation avec le dessous du ventre qui est blanchâtre postérieurement.

La base de l’abdomen est hérissée de poils blancs qui sont dressés en avant vers le corselet. Au centre de l’abdomen, deux ou trois anneaux blanchâtres entre six points enfoncés.

Corselet jaune pâle ou jaune grisâtre, arrondi sur les Lords. Tête Lieu séparée par deux lignes en foraie de V.

Pattes de même couleur que le corselet, fortes, annelées plus ou moins, mais plus foncées vers le digital. Palpes de même couleur.

Dessous du corps Liane strié de gris.

L’Épeire blonde, variété-mère de I’Épéire de l’opuntia, offre à son tour plusieurs variétés.

Quelques-unes, comme celle que j’ai prise pour type, ont une couleur Lloude Irès-francLe et sur les cotés des lignes Llanclies en zigzag.

D’autres ont une couleur plus foncée jaune orangé; j’en ai vu une d’un Leau Liane en dessous et sur les côtés et jaune citron en dessus, sans taches ; quelques autres encore off rent une couleur Llonde cendrée terne ou grisâtre.

Sur les cinq Aranéides de cette espèce que j’ai sous les ’^eux^Epeira Jla\>cî),et qui sont de différents âges, je remix.YC]pe.cp! aucune n offre de tadiestuberculeuses .Chez quelques-unes, les lignes Llanches latérales manquent et sont remplacées par une démarcation simplement plus foncée, en zigzag et saillante.

Le cocon de cette espèce est d’un Liane plus pur et offre très-peu de Lis verdâtres. Au Lout de vingt jours

on trouve les petits déjà ëclos dans l’intérieur du cocon : ils en sortent au bout d’un plus long temps. Le mâle de I’Épéire blonde, tantôt jaune fauve ou de couleur lie de vin foncé, est très-petit (S"*” au plus) : il a l’abdomen bifide.

18" Épéire pourprée. {Epeira purpiirca, Vinson.) (PI. VIII, lig. 4.)

(2" Variété remarquable de \ Epeira opuntiæ.)

Long. : 16“'“. Eemelle.

Aspect général. — Les mêmes formes que V Epeira opuntiæ , mais l’abdomen coloré en pourpre et le corselet et les pattes en rose.

Je n’ai pu m’empêcher de reproduire cette charmante Aranéide. En voyant VEpeira opuntiæ sous cette couleur si rare et si belle, j’ai recueilli avec empressement ce curieux échantillon.

Abdomen d’une belle couleur pourpre, comme veloutée et plus éclatante en avant, se fondant en une teinte un peu marron vers l’extrémité postérieure. Échancrure d’un blanc éclatant entre les deux fourches postérieures.

Deux lignes latéi’ales dun blanc pur en avant,

rosées en arrière, courant en zigzag sur les bords de

ib

rabdonien. Au centre, six points enfoncés, de couleur marron foncé. — En devant, à la base de l’abdomen et au milieu, deux lignes formant un anneau en losange, presque Immédiatement effacé ensuite.

Corselet rose avec un duvet blanc soyeux.

Pattes et palpes roses, annelés dé marron clair.

.T’ai vu quelquefois cette couleur pourpre mêlée au noir, ou donnant à quelques-unes de ces variétés un aspect de lie de vin.

Celle-ci avait déjà pondu un cocon dans sa toile lorsque je l’ai recueillie.

FAMILLE ; LES GASTÉRACANTHIDES. (jGastcracanthoïdes, Vinson. — Plectanoïdes, Walckenaer.)

Les caractères qui distinguent cette famille sont les suivants :

« Corselet large, relevé à sa partie antérieure et revêtu quelquefois, au-dessus des yeux, de tubercules coniques imitant les pointes d’un diadème.

n Abdomen large, semi-coriace, souvent pourvu sur le dos de bosses arrondies , » ou d’éminences acuminées.

Les formes irrégulières que nous avons vu poindre chez les Aranéides précédentes (^Epeira opuntiæ, etc.), deviennent ici plus exagérées, et l’on sent déjà l’approebe des genres Plectana ou Gasteracaiitha, qui vont succéder au genre Epeira.

Dans cette famille des GASTÉRACANTHIDES, si bien caractérisée, se l’angent deux belles et curieuses Épéires que nous avons découvertes à Madagascar.

19" Épéire tuberculeuse. [Epeira tuherculosa,

Vinson.)

Long. : 16""" . — Largeux' de l’abdomen, 14'""’ . — Femelle.

Aspect général. — Grosse, noii’e, aplatie; des tubei'cules blancs disti’ibués en grand nombi’e sur le devant de l’abdomen , qui est lai'ge et d’un beau noir velouté. Tête cari’ée , étalée transversaleiuent avec quatre épines derrièx’e les yeux. — Pattes noires, fortes, aplaties.

Le corselet est incliné en ai'rièi’e, creusé sur sa face postérieui’e et recouvert par le bord antéi’ieur de l’abdoiuen, qui ne laisse voir de chaque côté qu’une petite portion triangulaii'e du corselet. — La tête est carrée, large et ti’ansvei’sale : elle porte les yeux sur de petites éminences : dei’rièi'e eux quatre petits tubei’cules coniques sont rangés sur la partie postérieure de la tête, qui est revêtue de petits poils blancs et fins, ainsi que la partie visible du corselet, qui est de couleur blanche.

L’xdîdomen aplati , large , étalé, est hexagonal : quelquefois, cependant, par son développement, il est arrondi vers son bord supéi’ieur, et finit en triangle à son exti’émité postérieui'e : il est bifide à cette exti’é-

mité, échancré, et présente deux petites pointes qui le terminent en arrière. Sa couleur est d’un beau noir de velours. Son bord antérieur, le plus avancé, est semé d’éminences blanches, arrondies ; derrière elles s’ofFre une rangée de tubercules blancs (en général au nombre de dix, distribués en demi-cercle) : plus en dedans, quatre tubercules blancs forment un quadrilatère aux quatre exti’émités du dos ; enfin, un cinquième et principal tubercule est placé en avant sur la ligne médiane. — Tous sont revêtus de poils blancs et soyeux, et terminés par une petite épine noire qu’on distingue très-bien à la loupe.

Les palpes sont noirs, aplatis, dilatés à leur extrémité; les pattes sont fortes, noires, aplaties avec des l’ainures longitudinales. Les mandibules sont cylindriques, évidées en dedans, arrondies en dehors : les crochets sont d’un brun rouge ; les mâchoires cour tes, larges et arrondies, sont en dedans hérissées de poils roux ; la lèvre est large, triangulaire et coupée carrément à son extrémité.

La poitrine a la forme d’un écusson noir, bordé en relief ; les pattes, en dessous, sont très-luisantes ; le dessous de l’abdomen est noir et présente de chaque côté une ligne blanche, ondulée, qui forme un triangle avec son opposée.

Cette belle Epéire, très-commune dans les forêts intérieures de Madagascar, se tient au-dessus des cours d’eau, au milieu d’une toile verticale bâtie sur des fils d’une prodigieuse étendue, qu’elle jette d’une rive à l’autre comme des ponts aériens. Elle replie ses pattes et se ramasse lorsqu’on vient de la prendre.

20" Épéire mitrale. [Epeira mitralis, Vinson.)

(PL IX, fig. 2, 3, 4.)

Long. : 13“”. Larg. : 14““.

Aspect général. — De la couleur du liège. — Tête carrée, transvei’sale. — Corselet épineux en avant, derrière les yeux. — Abdomen incliné en arrière \ relevé sur l’avant, où il est séparé en deux cônes divergents qui lui donnent l’apparence d’une mitre. — Pattes larges, aplaties.

La tête est transversale, beaucoup plus large que longue 5 fauve blanchâtre ou gris jaunâtre.

Le corselet, relevé en avant, est entaillé et nu dans sa partie moyenne et postérieure pour loger l’abdomen qui s’applique exactement sur lui. Il est rougeâtre dans sa partie nue, et gris sur les côtés; quatre épines saillantes derrière les yeux : ceux-ci sont placés sur des élévations correspondant à ces pointes épineuses : les

yeux du caiTC médian sont posés sur une petite éminence spéciale ^ les postérieurs, qui regardent obliquement en avant, sont aussi plus écartés que les antérieui’s ; les latéraux, plus petits, sont réunis à l’extrémité d’une éminence transversale.

L’abdomen, haut, est divisé sur l’avant, eu deux cônes très-saillants, divergents, couronnés chacun par de petites pointes épineuses qui descendent en demicercle en avant. Il existe quelquefois un plus petit cône brun et pointu entre ces deux. — La base de l’abdomen est inclinée en avant ^ sa partie postérieure inclinée aussi en arrière, mais beaucoup plus étendue.

Sa couleur est fauve grisâtre ou blanchâtre, mêlée de marron foncé : la base, eu avant, offre une large bande blanchâtre qui s’étale sur la tête. La partie postérieure est brun marron avec deux épines sur le dos. Les côtés sont formés par des bandes circulaires, étagées et recouvertes d’un duvet soyeux et grisâtre.

Sur l’abdomen plusieurs points enfoncés, diversement disposés en avant et à sa surface, pour servir de points d’attache aux muscles.

Le dessous est d’une couleur fauve grisâtre. Le ventre est plat, large, noir, avec une ligne courbe blanchâtre. La poitrine est d’un brun rouge. Les pattes, à leur insertion, ainsi que le fémoral, sont nus et d’un pourpre

noirâtre. Les autres articles sont noirs en dessous et annelës de gris bleu. En dessus, ces pattes sont larges, très-plates et formées de plusieurs lamelles longitudinales réunies : elles sont velues, comme plumeuses, de couleur fauve blancbâtre, et annelées, surtout vers les extrémités.

La lèvre est courte et arrondie : les mâchoires sont très-larges, grosses, noires et hérissées en dedans de poils roux.

Les palpes sont aplatis, larges, plumeux, fauves.

J’ai découvert cette belle Épéire dans la forêt d’Alanamasoati*ao, à Madagascar. Je l’ai revue sur une toile verticale à Tananarive. Lorsqu’elle est jeune, elle est d’un gris blanchâtre ; les deux cônes qui s’élèvent sur l’abdomen sont très-i’enflés ; mais les pointes épineuses qui les surmontent, ainsi que celles du corselet, sont aloi’s peu apparentes.

La conformation de l’abdomen suffit à elle seule pour faire reconnaître cette Aranéide.

GENRE : GASTERACANTHE. {Gasteracantha ,

Latreille.)

J’ai dû préférer le nom de Gasteracantha (yaux/ip , ventre ; âxavôoî, épine, ventre épineux) donné par Latreille à cette coupe générique de l’ordre des Ai’anéides, comme une désignation qui est claire, facile et parfaitement caractéristique du genre qu’elle représente. M. H. Lucas, dans de récents travaux sur les Arachnides du Gabon, a du reste conservé ce nom de genre. Dans le Dictionnaire universel d’histoire naturelle, il a été également préféré à celui de Plectana offert par Walckenaer.

Le genre Gasteracantha est caractérisé ainsi qn’il suit :

Yeux, au nombre de huit et disposés sur le devant du céphalothorax, comme chez les Épéires, Celui-ci est relevé antérieurement. ,

Mandibules, très-fortes, renflées à leur insertion. Abdomen résistant, toujours irrégulier, revêtu de tu-

hercules cornés , pointus^ se?nhlcthles à des épines.

Ces Arcinéides établissent une toile à la façon des Epéires, avec un réseau vertical, composé de fils en spirale croisés par des l'ayons droits qui partent du centre, où l’Araignée se tient immobile.

Les Gastéracanthes (Plectanes de Walckenaer) se rapprochent beaucoup des Épéires par le nombre et la disposition des yeux. Elles s’en éloignent par la conformation du corps et par celle des pattes. La chaîne entre ces derrx genres semble préparée par ces Épéires biüdes ou anguleuses, et définitivement établie par la famille des Épéires Gastéracanthides. Ces formes, de plus en plus irrégulières, deviennent en s’exagérant des caractères chez les Gasteracantha. Ces faits démontrent, ainsi que le professait de Blainville, que les yeux seuls chez les Aranéides ne sauraient satisfaire aux règles d’une bonne classification.

Ce genre est représenté, à l’île de la Réunion, par deiEx espèces et une variété*, l’île Maurice possède une espèce déjà connue sous le nom de Plectana Mauritia décrite par Walckenaer. — L’île Madagascar renferme deux belles Aranéides dans ce genre : une, la Gastera-

cantJia Madagascariensis , que j’ai décrite et figurée (I ) et qui se trouve abondamment dans tout Madagascar et dans l’île Sainte-Marie 5 l’autre, la Gasteracantha formosa, qui est d’une belle couleur jaune d’or et rouge, d’une forte dimension, et qui ne se rencontre que dans les forêts du centre de la grande île Africaine. Ces deux espèces jettent de longs fils et établissent des toiles verticales et rayonnées à la manière des Épéires.

J’ai rapporté à Paris pour le Muséum d’histoire naturelle plusieurs exemplaires bien conservés de ces belles espèces.

(1) M, Guérix-Méneville, Revue et Magasin de Zoologiej 2® série, t. XIV, octobre 1862, page 371, pl. xvi, fig, 9, sous ce titre ; Dcscriplion d'une nouvelle espèce d' Arachnide appartenant à la Faune de Madagascar, par M. le docteur Auguste Vinson, membre du Muséum d’histoire naturelle de l’île de la Réunion

1° Gastéracanthe de l’île Bourbon, {Gasteracantha Borhonica, Vinson.)

(PL IX, fig. 5.)

Long. : 8 à 9"’™. — Largeur, 8 à 9”“.

Aspect général. — Forme très-irre'gulière, hexagonale, cancroïde.

La tête est noire; les mandibules sont courtes et bombées en avant. Le thorax n’est pas apparent; il est carré, petit, brun , caché par l’évasement du bord antérieur et avancé de l’abdomen.

L’abdomen incurvé au centre, relevé latéralement, denté sur les bords, offre six pointes mamelonnées très-distinctes. Ce^ saillies, dont quatre sont latérales et deux postérieures, sont séparées deux à deux par une échancrure, et chaque pointe est terminée par un petit cône portant une épine très-courte. Les deux mamelons postérieurs sont placés sur un plan inférieur, séparé lui-même du reste de l’abdomen par un sillon profond.

En dessus, l’abdomen est d’un beau noir brillant, sablé au centre de jaune roux , de rose, de blanc et de

brun. Parmi ces petites taches blanches pointillées, on remarque deux taches blanches intermediaires , plus grandes, comme deux croissants adossés et séparés et deux autres taches blanches plus déliées serpentant en avant. L’ensemble de ces taches blanches figure parfaitement deux 7 qui se regardent par leur côté interne.

Le ventre est conique, bi’un et roux, et présente au milieu les cônes sétifères.

Étudiée au microscope, la GastÉracanthe de l’iiæ Bourbox offi'e les particularités suivantes :

La tête et le thorax sont d’un beau noir lustré, avec des poils très-blancs situés de distance en distance les uns des antres, courts, raides et dirigés en avant.

Les mêmes poils blancs sont plus rares sur le test, qui est uni, brillant comme de la belle écaille de Caret, avec les mêmes nuances. Dans certains espaces blancs, la pellicule du test est si mince et si translucide, qu’on aperçoit, par transparence, un réseau mouvant. Ce tissu, à mailles noires, est agité d’un mouvement régulier, qui paraît être le mouvement vibratoire de la circulation chez les insectes.

A l’œil nu, ou même à la loupe, ces phénomènes ni cet appareil ne sont point aperçus. — Cette finesse de la pellicule abdominale, que son éclat fe-

rait croire plus résistant, explique pourquoi l’insecte devient si concave en se desséchant.

Les masses coniques, au nombre de six, qui hérissent le pourtour de l’abdomen sont velues et terminées par un épine courte.

J’ai trouvé pour la première fois cette Aranéide, au-dessus du village de Salazie, et depuis, je l’ai rencontrée à Saint -Denis et à Sainte - Suzanne , sous l’ombre des grands arbres. Elle tisse une toile verticale, d’un mètre environ et plus^ les fils sont différents de ceux des autres Aranéides : ils offrent de petits renflements cotonneux de distance en distance, mais très-rapprocbés, de façon qu’entre ces renflements ils paraissent interrompus. L’Aranéide se tient au centre. Elle est vive lorsqu’elle marche ; mais loi’squ’on la touche, elle se laisse tomber en demeurant attachée à son fil à l’aide duquel elle va se replacer sur sa toile.

Le cocon est ovoïde, rond, aplati. La bourre cpii l’enveloppe comprend une étendue de 20"'", et le noyau central mesure 10'”” d’étendue transversale. Le centre qui contient les œufs est blanc, mais brunit au moment de l’éclosion : tout le reste du cocon, extérieurement, est en bourre laineuse jaune et verte. — Le 1" juillet, une Gasteracantha Borhonica,

enfermée dans un flaeon, a fixé son cocon contre la paroi : le 25, les petits sont éclos; on les voit bien avec leurs formes, leurs petites pattes, mais ils sont encore emprisonnés dans le cocon ; ils pai aissent noirâtres : ils sortent et se répandent le 1 1 août. En somme, dans notre hiver, l’éclosion des ceufs et la sortie des petits occupent une période de quarante jours. — A l’état naissant, les petites Gastéracanthes sont rondes et noires, sans pointes épineuses, avec une tache blanche triangulaire sur l’abdomen.

En adoptant le genre Plectana au lieu de celui de Gasteracantha, cette Aranéidese trouve naturellement placée, à cause de sa forme, dans la famille des CAN- CROIDES de Walckenaer.

J’ai rencontré à l’île de la Réunion une variété de cette Gastéracanthe, qui pourrait à la rigueur former une espèce distincte : elle a la même forme, mais elle est entièrement noire et lustrée.

2“ Gastéracanthe de l’île Maurice. (^Gasteracantha Mauritia, ou Plectana Mauritia, Walckenaer.)

« Long. ; 3 lignes 3/4. Larg. de l’abdomen : 4 lignes. — Abdomen large, pourvu de six épines noires ; les deux latérales intermédiaires sont les plus longues.

>) Le test du dos est d’un jaune d’ocre ; entre les deux épines antérieures sont dix points enfoncés, puis deux petits points noirs dans le milieu. Ensuite quatre taches noires entre les deux épines postérieures. Sur le bord externe postérieur sont quatre points enfoncés. Le corselet, les pattes et le ventre sont d’un brun noir avec quelques taches rougeâtres.

>) Selon M. Catoire de Bioncourt, qui a habité pendant quatorze ans le Cap de Bonne-Espérance et l’île de France, cette Aranéide devient quelquefois convexe par le dessèchement. Elle monte de côté sur sa toile, et quand on la touche, elle replie ses pattes sous sa carapace dorsale, et se laisse tomber toujours suspendue à son fil. — Sa toile est arrondie en cercles concentriques, traversée par des rayons qui émanent d’un centre commun. Elle suspend cette toile verticalement à travers les sentiers dans les grands bois. « (1)

3“ Gastéracanthe blanche. {Gasteracantlia alba,

Vinson.)

Long. : 8““. Largeur égale; même forme que la Gastéracanthe de l’île Bourbon.

Corselet et céphalothorax bruns.

(1) Walckenaer. llisl. nat. des bis. Altères, t, II, i>age 155.

Abdomen blanc de lait, avec l’eclat et le poli de la porcelaine. Une raie dorsale d’un beau noir sur le milieu, divisant le test en deux parties égales.

— Trouvée une seule fois sur sa toile à Saint-Denis.

Cette espèce blanche, identique pour la forme à la Gasteracantlm ^ Borhonica , pourrait bien n’être qu’une variété très- originale et très - singulière de cette dernière.

Quelques variétés de la Gastéracanthe de l’île Bourbon sont aussi d’un jaune l'ougeàti’e ou puce, et sont peu différentes de cette espèce type. — Il y en a aussi de toutes noires. Je crois être prudent en ne les considérant également que comme des variétés. J’ai remarqué que les belles espèces de Madagascar ne variaient pas. La nature y semble mieux assise et y avoir pris ses formes déterminées, ce qui indiquerait pour Madagascar, en Aracbnologie comme pour les autres parties de l’bistoire naturelle, une ancienneté bien manifeste sur l’île de la Réunion. — L’hétérophyllie , observée chez plusieurs végétaux dans cette dernière île, est un phénomène du même genre qui vient fortifier encore cette opinion.

iO

4“ Gastéracanthe de Madagascar. {Gasteracantha M adagascarieiisis , Vinson . )

(PL IX, üg. 6.)

Long. : 7"”".

Le diamètre transversal, qui est le plus grand, est de le""".

Le corselet est noir, incliné postérieurement et recouvert par l’évasement du bord antérieur de l’abdomen , cpii ne laisse rien voir que le devant de la tête qui est bombé, noir et luisant.

L’abdomen est étalé transversalement, comme vernissé, peint de noir et de jaune d’ocre, tantôt pâle, tantôt tirant sur l’orangé. Le test présente six épines : deux antérieures, petites ; deux latérales, très-longues et un peu courbées en arrière \ et deux postérieures, plus longues que les épines antérieui’es et moins que les latéi’ales. Toutes sont noires, très-pointues, parfaitement détachées et légèrement velues.

Sur le milieu de l’abdomen, une grande croix de couleur d’ocre jaune plus ou moins foncé. La plus grande brandie de cette croix est étendue transversalement au niveau des épines latérales et la plus courte d’avant en arrière : celte dernière est continue en avant

avec une ligne jaunâtre et transversale qui borde l’abdomen, et en arrière avec une ligne semblable qui renferme q[uelques points bruns. Toutes les taches noires de l’abdomen sont marquées de points enfoncés. Sa partie postérieure, qui porte les deux épines de l’arrière, est très-distincte de la partie antérieure (caractère qui se trouve dans la Gastéracanthe de l’île de i,a Réunion, Gasteracantha BorboJiica, Vins., et qui se retrouvera dans la suivante, seconde espèce de Madagascar).

Le dessous du ventre est taché de jaune et de brun. Le cône des libères est très-saillant et en occupe l’extrémité inférieure.

Les pattes sont courtes, petites, ramassées. Le premier article est d’un rouge jaunâtre très-vif : le reste est noir.

Les palpes sont déliés et noirs. Les mandibules ou chélifères sont bombées et d’un noir brillant.

Les premiers spécimens de cette Aranéide avaient été apportés à l’île de la Réunion par M. Prudhomme, collecteur du Muséum d’histoire naturelle de cette colonie. Depuis j’ai recueilli un grand nombre de ces Gastéracanthes à Tamatave, à Maraombi, dans les bois de Madagascar et dans l’île Sainte-Marie. Elles établissent leurs toiles à l’ombi’e sous les arbres. —

Lorsque cette Aranéide est jeune, elle offre des reflets irisés dans quelques-unes de ses parties ] mais ces couleurs se perdent vite par la mort, et alors l’insecte n’offre plus que la couleur noire et jaune d’ocre plus ou moins foncée.

.5“ Gastéracanthe ukcrnTiovE. [Gasteracanthaformosa,

Vinson.)

(PL IX,fig. 7.)

Long. : 10““. Larg. : 20““.

Aspect général. — Jaune rougeâtre : une série de points enfoncés sur le devant et l’arrière du test, qui est incurvé, armé antérieurement et postérieurement de deux petites épines , mais d’une très-forte épine latérale.

Le corselet, rougeâtre , est petit, incliné, recouvert par le bord de l’abdomen : la tête est bombée et évasée vers le bandeau ; les mandibules sont bombées et inclinées en avant ; les pattes sont fines et petites : les postérieures un peu plus longues que les deux ju emières paires antérieures qui semblent d’égale longueur.

L’abdomen ou test est vaste, offre six épines : il est étalé , incurvé au centre de façon que les épines laté-

raies se relèvent des deux côtes comme de grandes cornes. Il est peu long, fort large : le bord antérieur, vu à la loupe, est boi’dé et finement denté : il est armé d’une petite épine antérieure, oblique, et orné de dix points imprimés ou ocellés qui vont en diminuant de dehors en dedans. — Entre les épines latérales et postérieures est disposée une autre rangée de neuf points enfoncés. Un second plan en arrière et au-dessous offre deux petites épines.

Au centre du test, qui est jaune orangé , sont quatre autres points disposés en carré.

Le dessous de l’Aranéide est conique , bordé de points en avant et en arrière. Il existe un fort tubercule conique sous le ventre, enti’e l’insertion du corselet et la rosette des filières.

Cette charmante Gastéracanthe est très-commune au centre de Madagascar, dans la forêt d’Alanamasoatrao et sur la route intérieure qui mène à Tananarive : elle paraît se plaire dans les hautes régions de cette île.

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