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Épéire, qu’à l’île Maurice, sous l’administration du général Decaen, les Créoles élégantes tissèrent de leurs mains une splendide paire de gants qu’elles envoyèrent en hommage à l’Impératrice des Français. Un témoin, qui a vu ce chef-d’œuvre de l’industrie coloniale, nous en a fait le plus grand éloge. Chaque jour du reste, le colon, pour garnir le calumet de la pipe élancée avec laquelle il aspire l’enivrante fumée qui faillit suffoquer Bonaparte, se sert de ces fils dont la force et la richesse font regretter que l’esprit d’industrie n’ait point encore tourné ses vues vers ce point.
Si l’on arrive un jour à utiliser et à tisser les fils des Aranéides, les Épéires noire ou dorée se recommanderont surtout par leur volume énorme et par leurs fils longs, forts et d’une belle couleur naturelle :
de plus, elles peuvent vivre en familles
et s’accommoder, sans en souffrir, à tous les genres de climats : ainsi, sur les rivages où la chaleur est extrême, dans nos montagnes où le froid est rigoureux, dans les lieux secs et dans les lieux humides, ces fortes Aranéides semblent se trouver dans leur milieu naturel. Cette race peut être introduite en France, et y ouvrir un champ nouveau à l’industrie sérigène déjà éprouvée si cruellement ailleurs. On pourrait filer avec un égal succès les nom-
Une heureuse tentative en ce genre paraît avoir été faite en Amérique : mais on n’a pas donné suite à ce premier essai, ce qui ne préjuge en rien l’avenir d’une pareille industrie si elle était de nouveau reprise.
Puisque ce sujet me conduit à parler
(l) Leur cocon est de la grosseur d*un œuf de pigeon... il peut se filer en entier et peut se carder sans préparation. » (Walck., lus. Âpibres, t.n,p. 143.)
des Amnéides sous le rapport de leur utilité pour l’homme, je vais rappeler un fait.
L’usage alimentaire des Araignées n’est pas étranger aux naturels de Madagascar déjà habitués à faire une consommation culinaire de sauterelles et de larves de plusieurs insectes (Papillons et Coléoptères). J’avais pris en traitement chez moi, à l’île de la Réunion, un jeune Ho va atteint des lièvres de la côte et d’une dyssenterie chronique. Cet homme était réduit au marasme le plus complet. Je le vis un jour revenir des champs avec un objet qui me parut être au premier abord une grappe de gros raisins noirs. C’étaient des Épéires dont l’abdomen est ovoïde et d’un beau noir bleuâtre {Epeira nigra, Vinson).
Il avait réuni ces Araignées en grappes. Il les fit rôtir et dévora ce mets singulier.
Etait-ce à titre d’aliment ou de médecine?
Quoi qu’il en soit, il se remit et fut bientôt guéri. — J’ai su depuis, pendant mon voyage à Madagascar, que la belle Épéire de ce pays (Epeira Madagascariensisj Vinson), connue dans cette île sous le nom de Halorbé, est recherchée des naturels, qui la font frire à la graisse et la considèrent comme un mets délicat.
Si l’on examine l’étendue restreinte des îles de la Réunion et Maurice, le nombre des Aranéides qu’elles renferment paraît assez considérable, ainsi que l’avait déjà fait observer Bory de Saint-Vincent; elles sont aussi d’une grande variété. Les genres que l’on y rencontre, les races, les espèces et les variétés forment l’objet d’une étude vraiment intéressante. L’hiver, en effleurant à peine nos climats, et en laissant toujours dans l’atmosphère les conditions d’une température douce et clémente, permet à ces
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insectes de vivre, de se montrer et de se reproduire en tout temps. Le soleil tropical allume sur la livrée de plusieurs les plus brillantes couleurs. Ce même soleil, en favorisant leur fécondité, rend quelques
espèces innombrables : telles sont l’Epéire dorée, FÉpéire noire, l’Épéire de l’île Bourbon {E'peira Borhonica, Vinson); celles dont l’abdomen est bifide et qui se rangent autour du type indiqué par M. Léon Dufour, sous le nom d’Épéire de l’opuntia {E'peira ojiimtiæ, L. Dufour). On les trouve en grande abondance au milieu des cactus et de nos agaves, si communs aux îles de la Réunion, Maurice et Madagascar, sous ce rapport pareilles au midi de l’Espagne et à l’Algérie. Ces Aranéides vivent dans toutes les régions des trois îles, aussi bien sur le littoral que dans l’intérieur. L’Épéire de l’opuntia et ses nombreuses variétés.
rÉpéire pourprée {Epeira imrpmrea, Vinson)^ et rÉpéire blonde (^Epeira flava, Vinson), dont le corps est arrondi, incliné et bifide postérieurement, ont des toiles blanches disposées en orbes comme des ombrelles renversées, et dont la finesse offre l’idéal des plus légers tissus de dentelles.
Qui ne s’est arrêté à la vue de cette belle Épéire à bandes d’argent et aux raies d’ébène ou de velours, qui étale sa toile régulière et déliée le long des ruisseaux, parmi les longues herbes chargées de rosée et de fraîcheur, et qui, se trouvant également aux îles de la Réunion, Maurice et Madagascar, ne mérite que pour un tiers le nom d’Épéire Mauricienne {Epeira Mauritici^, que lui a donné Walckenaer! — et à la vue de cette autre, non moins belle, amie des régions froides et
élevées de notre île de la Réunion et qu’on s’épuiserait vainement à chercher sur nos rivages ou dans nos habitations du littoral.
Cette Aranéide d’un certain volume, assez forte pour être classée parmi les grandes espèces du genre, a les pattes longues et souvent d’un beau noir vernissé; la tête et le thorax sont de la même couleur; mais son abdomen, tour à tour ovoïde ou triangulaire, offre la surface éclatante et polie de la cerise ou celle d’une grenade mûre.
Quelques-unes de nos Épéires nocturnes, ternes tout le jour, présentent à la lumière artificielle le brillant d’argent de leur duvet soyeux.
La grandeur de quelques-unes de nos Aranéides et leur beauté les ont signalées à l’attention des naturalistes : ils en ont recueilli et étudié un certain nombre, c’est ainsi que j’ai pu en trouver de figurées ou
de décrites, mais la plus grande partie est jusqu’ici restée inconnue. C’est de File Maurice que provenaient celles qui ont été étudiées déjà. Une Société d’histoire naturelle, établie dans cette île, a dû, par ses relations avec des savants du Muséum de Paris, favoriser ces envois, et leur a fait prendre place dans les descriptions scientifiques des Aptéristes. Nos deux Olios se trouvent ainsi décrits dans Walckenaer; notre Épéire dorée, notre Épéire Mauricienne s’y rencontrent aussi. Le même auteur rapporte que Julien Desjardins lui a envoyé en grand nombre l’Épéire assidue (^Epeira assidua, Walck.); la Linyphie zonée (Linyjihia zonata, Walck.) lui vient de la même source. Une Tétragnathe prolongée ( Tetragnatha protensa, Walck. ), collection du célèbre Lamarck, a été envoyée de l’île Maurice. Gatoire de Bion-
court a fait connaître la Plectane de cette île. Gomme on le voit, quelques-unes de nos richesses étaient déjà décrites, mais toutes ne l’étaient point, et c’est cette considération qui a inspiré mes travaux dans cette région du domaine de l’histoire naturelle.
Sous ce rapport, l’île de la Réunion était une mine encore intacte et inexploitée; et si quelques sujets de sa Faune ont été décrits, elle le doit uniquement à l’existence à l’île Maurice d’un certain nombre d’Aranéides tout à fait semblables. Cependant, par une singularité inexplicable qui, d’ailleurs, se retrouve pour ces deux îles dans une série d’êtres plus élevés, certaines espèces particulières à l’une sont totalement inconnues à l’autre : ainsi le genre Artèma, qui donne l’Artème Mauricienne {Artema Mauritia,
Walck.) n’existe pas à l’île de la Réunion :
l’Épeire assidue (JEpeira assidua, Walck.) est aussi particulière à la première colonie. Par une réciprocité bizarre, l’Épéire de nie Bourbon (Epeira Borhonica, Vins.) ne se rencontre pas à l’île de France.
Ainsi, malgré des liens communs, des différences se montrent et impriment partout, à chaque coin de la terre ou du globe, sa physionomie spéciale.
A côté du genre Epeira dont je viens de parler, une charmante Aranéide, la Plectane de l’île de la Réunion (Gasteracantha Borhoîiica, Vins.) est différente de celle de l’île Maurice (Plectana Mauritia, Walck.). Cette espèce présente à la Réunion une variété bien rare, mais que j’ai parfaitement observée : elle est toute blanche, avec le poli et l’éclat de la porcelaine, et porte une raie dorsale noire sur le
milieu du test. L’île Madagascar, ainsi que je l’exposerai plus loin, est dotée en ce genre de deux belles espèces des plus remarquables.
J’ai rencontré dans le joli genre Attus de Walckenaer (Baltique, Salticiis de Latreille) des représentants nombreux pour les îles de la Réunion et Maurice. On les voit partout faire une guerre utile, incessante et acharnée aux mouches et aux moustiques : ils sont répandus sur les parois des habitations, sur les vitres des demeures, sur les palissades et dans les jardins. Leur vivacité est extrême, leur thorax est mobile, leurs yeux d’inégale grandeur et si habilement disposés épient leur proie : leur intelligence paraît grande. J’ai pu, parmi ces Aranéides curieuses, compter jusqu’à neuf espèces pour les trois îles : elles me paraissent inédites et ne
pas se trouver, malgré les recherches que j’ai faites, parmi les espèces Africaines de Walckenaer. J’ai divisé ces Attus, comme on l’a fait dans Cuvier, en deux sections, suivant la conformation circulaire ou allongée du céphalothorax. Parmi ceux de Madagascar, j’en ai trouvé un de couleur rose, à bandes blanches et à raies noires, qui doit certainement figurer parmi les plus jolis du genre.
J’ai donné sur notre Tétragnathe unique, mais très-variée, des détails de moeurs encore peu connus. Un Aptériste moins timide aurait pu sans doute trouver des sujets nouveaux dans ces variétés, et étendre ainsi la seule espèce que nous possédons pour les trois îles, et que Walckenaer a rencontrée dans la collection de Lamarck.
C’est sur cet exemplaire de la Tétragnathe' prolongée (^Tetragnatha j}^"otensa ,
Walck.) que cet auteur a fait sa description si exacte. Ses mandibules sont placées horizontalement, et chez les mâles sont terminées par de petits cônes bien faits, emmanchés à de longs appendices filiformes.
Deux des représentants du genre Linyphie (Linyphici) m’avaient causé (jiielque embarras, à cause de leur forme épéiride, de leur parasitisme singulier et sans exemple dans l’histoire des Aranéides, et en raison aussi du rostre qui terminait leur tête en avant. Tant de caractères me semblaient si étranges que j’étais indécis de savoir où les placer. Habillées d’or, de nacre et d’argent, rehaussées du rouge vif et du noir qui se montrent sur leur abdomen, ces Aranéides me rappelaient et me faisaient regretter les Argyopes de Latreille, parmi lesquelles elles eussent été