‹ Arc-en-ciel et Sourcil-RougeChapitre 13 sur 66 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

La veille de l'automne, sous la rougeur chaude du couchant, le verger, le même verger, aux fécondes branches lourdes, heurte ses fruits au bord de l'eau, au bord de la Marne, ou du Lignon, ou du Gephise.

CHŒUR DES OISEAUX

Le temps a passé. Que nous importe! Lui va oii il faut qu'il aille, nous, nous sommes, non la volonté, mais le caprice du destin ! et lorsque, las de son éternel retour, il en voudrait égayer l'ennui, il ne sait pas le chant oii nous nous reposons à l'incertaine cime des arbres en plein champ ou des mâts en

LA FLEUR DE POMMIER ET LA POMME lol

pleine mer ! Mais, ramiers, fauvettes, geais et hirondelles, taisez-vous. Car voici venir le compatissant amant qui épargna la fleur aujourd'hui devenue fruit. Sans doute un heureux sort fut le sien, en récompense de son bienfait. Il est vrai qu'il est suivi, dans le verger crépusculaire, par un homme de mauvaise mine, et de qui une grande rapière bat les talons. Mais il n'y a rien à craindre pour Myrtil, caries justes divinités le protègent.

MYRTIL

Te voilà, arbre ! Te voilà, pommier qui n'avais qu'une fleur quand je n'avais qu'un amour. Ta fleur est devenue un beau fruit triomphant! Je le vois là-haut, à la cime de la plus haute ramille. Hélas! mon amour ne s'est pas épanoui en bonheur. Mais je ne regrette point ce que je fls ; et, d'avoir été bon, je suis moins triste d'être malheureux.

LE CHŒUR DES OISEAUX

Ah ! le brave jeune homme!

Faites attention, gamin !

MYRTIL

Vous dites, monsieur?

DON SPAVENTO

Je dis que VOUS m'avez marché sur le pied, impertinent! Et vous n'espérez pas, je pense, qu'une telle injure soit tolérée sans vengeance par celui qui vainquit en combat singulier le grand sophi de Perse et l'empereur brigand des Galabres.

MYRTIL

Vous avez, monsieur, un très grand estoc et je n'ai qu'une toute petite épée, plutôt houlette qu'épée. Néanmoins, s'il vous plaît d'en découdre ?...

DON SPAVENTO

En garde, doîic î

MYRTU.

En garde !

LA FLEUR Di: POMMIER ET LA POMME 153 LE CHŒUR DES OISEAUX

Voici que Myrtil est en fort grand péril. Car — nous savons cela, nous qui savons tout — celui qui le presse d'une escrime violente et savante, n'est jamais revenu des duels que tout rouge d'un sang qui n'était pas le sien. Cependant ne concevez aucune crainte sérieuse, hirondelles, geais et pies, fauvettes, ramiers : le sauveur de la petite lleur de pommier combat sous l'arbre môme où, grâce à lui, elle est devenue pomme.

DON SPAVENTO

A vous, gringalet !

MYRTU.

Aie :

DON SPAVENTO

Etes-vous touché?

MYRTIL

Non. Mais je ne tarderai guère à être mort, tant vous vous montrez habile et formidable !

Faites-moi des excuses !

DON SPAYENTO

MYRTIL

DON SPAVENTO

MYRTIL

MYRTIL

Jamais !

A vous !

Hélas !

A vous !

Hélas ! hélas !

LE CHŒUR DES OISEAUX

n est extraordinaire que Télernelle providence ne vienne pas encore au secours de ce charitable jeune homme.

DON SPAVENTO

Celle fois...

MYRTIL

Hein ? quoi ?

LA rLLL'K DE POAIMIEU ET LA POMME 155 DON SPAVENTO

Je vais me fendre...

MYRTIL

Plus encore que vous ne fîtes ?

DON SPAVENTO

Extraordinairement plus! Une!... Deux!...

MYRTIL

Cieux I

DON SPAVENTO

Trois! Vous êtes percé de part en part.

MYRTIL

Mais non, mais non, pas du tout. Car, voyez, de la plus haute ramille de Tarbre, une pomme, une belle pomme mûre est tombée à la pointe de votre fer et a moucheté votre estoc !

LE CHŒUR DES OISEAUX

0 joli stratagème de la divine justice ! Myrtil s'échappe et va rejoindre quelque nouvelle bien-aimée, — sain et sauf! Le fruit,

156 LA FLEUR DE P0MI\11ER ET LA rOM31E

par la volonté équitable des Immortels, a payé la dette de la fleur.

Fin de Vacte deuxiè me.

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