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même un scientifique qui est encore dans le désert, ou qui n'a point encore été conjoint aux autres selon la société céleste; car l'Égypte, en face de laquelle il était, signifie la Science en tout sens, comme il a été expliqué ci-dessus, N- 1164, 1105, 1186, 1462.
1929. Que de telles choses soient signifiées par ces mots : VÂnye de Jéhovah trouva Hayar vers une fontaine d'eaux dans te désert t vert la fontaine dans le ehemîn de S'hur, c'est ce qui ne peut nullement se manifester par le sens de la lettre, et surtout lorsqu'il est question d'un fait historique; ce sens semble très éloigné de la signification de telles choses, mais toujours est-il que c'est là le sens qui se présente dans les idées des Anges, quand ce passage est lu par l'homme; en effet, les Anges n'ont aucune idée d'Hagar, ni de la fontaine d'eaux, ni du désert, ni du chemin, ni de Schur; toutes ces choses ne pénètrent point jusqu'à eux , et périssent a la première entrée du ciel ; mais ils comprennent ce qui est signifié par Hagar, par la fontaine, le désert, le chemin, et par Scbur, et ils en forment des idées célestes et perçoivent ainsi la Parole du Seigneur, car le sens interne est pour eux la Parole.
1930. Vers. 8. Et il dit : Hayar, servante de Saraï, d'oh vienstu? et oit vas-tu? El elle dit : de devant la faee de Saraï ma maîtresse , moi je m'enfuis. — // dit : Hayar, servante de Saraï, signifie l'information : D on viens-tu ? et oh vas-tu ? signifie sur l'état : et elle dit : de devant ta face de Saraï ma maîtresse moi je m'enfuis, signifie la réponse et l'indignation.
1931. // dit : Hayar, servante de Saraï, signifie l'information : c'est ce que prouve l'enchaînement des choses ; car l'appel d'Hagar fait par l'Ange, c'est comme s'il s'était informé. Dans la Parole, il arrive fréquemment que Jéhovah interroge l'homme , et que les hommes répondent, quoique Jéhovah connaisse auparavant, non seulement le fait, mais encore les causes et les lins, par conséquent toutes les circonstances les plus petites et les plus intimes ; mais comme l'homme ignore cela, et croit que personne ne sait ce qu'il fait en secret sans être vu de qui que ce soit, ni à plus forte raison ce qu'il pense, voilà pourquoi il y a de telles interrogations qui sont conformes à la croyance de l'homme : mais toutefois la vérité est , que des Esprits vulgaires perçoivent les pensées de l'homme mieux que l'homme lui-même ; les Esprit» Angéliques perçoivent en outre
les intérieurs de ses pensées ; et les Anges perçoivent en outre des choses plus intérieures, c'est-à-dire, les causes et les lins, dont • l'homme a peu de connaissance ; c'est ce qu'il m'a été donné de savoir par une expérience continuellement répétée depuis plusieurs années : puisque les Esprits et les Anges perçoivent ces choses, que ne doit donc pas percevoir le Seigneur, ou Jéhovah , Lui qui est Infini , et qui leur donne à tous la faculté de percevoir?
1932. D'où viens-tu? où vas-tu* signifie l'information sur l'état : on le voit par les mots mêmes.
1033. El elle dit : De devant la [ace de Saraï ma maîtresse, moi je m'enfuis, signifie la réponte et T indignation : on en trouve la preuve dans ce qui vient d'être dit; à l'égard de l'indignation. Voir ci-dessus, Vers. 4, où sont les mêmes paroles : comme la face signifie les intérieurs, ainsi qu'il a déjà été montré, N° 25$, elle signilîe par conséquent \»s indignations et plusieurs autres (affections).
193A. VeW. 9. El l'Anijc de Jéhovah lui dit : Retourne vers ta maîtresse, et humilie- toi sons ses mains. — EAngc de Jékovah dit, signifie la réponse de l'homme Intérieur du Seigneur : Retourne vers ta maîtresse, signifie qu'il remarqua qu'il devait se fier non à luimême, mais au vrai intérieur et à l'affection de ce vrai : Et humilie toi sons ses mains, signifie qu'il doit se contraindre pour se mettre sous son pouvoir.
1935. h' Ange de Jéhovah dit, signifie la réponse de l'Homme Intérieur du Seigneur : on le voit par la signification de Y Ange de Jéhovah, en ce qu'il est ta Pensée Intérieure du Seigneur, ainsi qu'il a déjà été dit, N° 1925; et puisque c'est la pensée, c'est aussi la réponse. La Pensée Intérieure du Seigneur venait do l'affection du Vrai Intellectuel, et cette Affection procédait du Divin Bien Même; une telle pensée, comme il a déjà été dit, n'est jamais et ne peut jamais être chez aucun homme : il y a aussi, chez l'homme, une pensée intérieure qui influe par son homme Interne dans son intérieur rationnel . elle influe du Seigneur chez ceux qui ont la conscience, ce dont on peut avoir la preuve, en ce qu'ils peuvent remarquer que le mal et le faux, qui sont dans leur homme Exterue, combattent contre le bien et le vrai dans l'intérieur; cette pensée est très inférieure, et ne peut en aucune manière être comparée avec celle du Seigneur, qui venait de l'Affection du Vrai Intellectuel et
qui Lui appartenait en propre : mais ceux qui n*ont pas de conscience ne peuvent avoir dépensée intérieure; c'est pourquoi il n'y a non plus chez eux aucun combat, et cela, parce que leur rationnel et leur sensuel corporel font une seule et même chose; et quoique le bien et le vrai influent aussi du Seigneur continuellement chez eux, ils ne les aperçoivent cependant pas, parce qu'ils les éteignent et les étouffent aussitôt; de là vient qu'ils ne croient aucun vrai de la foi.
1936. Retourne vers ta Maîtresse, signifie qu'il remarqua qu'il devait se fier non à lui-même, mais au Frai intérieur et à l'affection de ce vrai : c'est ce qu'on voit par la signification de la Maîtresse, en ce qu'elle est l'affection du vrai intérieur ; mais il n'est pas possible de décrire ce qui est signifié en particulier par Sara/, par .Suivi? épouse, et par Saraï maîtresse , parce qu'il n'est pas possible qu'aucune idée la saisisse ; ces significations sont môme , comme il a déjà été dit , au-dessus d'un entendement angélique ; ici , il est seulement indiqué comment le Seigneur a pensé au sujet des apparences qui chez Lui ont occupé son premier Rationnel, c'est-à-dire, qu'il a pensé qu'il devait se lier non à ces apparences, mais aux Divins Vrais eux-mêmes, quelque incroyables qu'ils parussent devant ce Rationnel : il en est ainsi de tous les Vrais Div ins ; si l'on consulte le Rationnel sur ces vrais, on ne peut jamais les croire, car ils sont au-dessus de tout ce qu'il peut saisir ; soit pour exemple ce vrai que nul homme, nul esprit, nul ange ne vit par soi-même, mais qu'il n'y a que le Seigneur seul qui vive par Lui-Mémc, et que la vie de l'homme, de l'esprit et de l'ange, est chez eux une apparence de vie; cela répugne au Rationnel, qui juge d'après les illusions, mais néanmoins c'est ce qu'on doit croire, parce que c'est un Vrai. C'est un Vrai Divin que, dans chaque mot de la Parole, qui semble à l'homme d'un style si simple et si commun , il y a des choses en nombre indéfini , qu'il y en a même plus que n'en renferme le ciel tout entier, et que les arcanes qui y sont contenus peuvent être exposés par le Seigneur devant les anges avec une variété continuelle durant toute l'éternité; cela est si incroyable pour le Rationnel, qu'il ne veut jamais y ajouter aucune foi; mais toujours est-il que c'est un Vrai. C'est un Vrai Divin que jamais personne n'est récompensé, dans l'autre vie, pour ses bonnes actions,
si en elles il a placé le mérite, et s'il les a faites en vue du lucre, de Thoniieur et de la réputation ; et que jamais personne n'est puni pour ses mauvaises actions, s'il les a réellement faites pour une bonne
fin : ce sont les fins qui sont examinées . les actions en dépendeut : cela ne peut pas non plus être cru par le rationnel, mais comme c'est un vrai , on ne doit pas se fier au rationnel qui conclut non d'après les internes, mais d'après les externes, (l'est un Vrai Divin que celui qui désire la moindre joie, dans l'autre vie, reçoit du Seigneur la plus grande, et que celui qui désire la plus grande ne possède que la plus petite; que dans la joie céleste, il n'y a jamais aucune prééminence de l'un sur l'autre, et qu'autant il y a de prééminence, autant il y a d'infernal; enfin, que dans la gloire céleste il n'y a pas la moindre chose de la gloire mondaine; toutes ces choses répugnent aussi au Rationnel , mais néanmoins on doit les croire, parce (pie ce sont des vrais. C'est encore un Vrai Divin qu'on est d'autant plus sage , qu'on croit d'avantage n'avoir aucune sagesse par soi-même; et qu'on est d'autant plus insensé qu'on croit d'avantage avoir de la sagesse par soi-même cl qu'on s'attribue à soimême la prudence; le Rationnel nie cela aussi, parce qu'il pense que ce qui ne vient pas de lui n'est rien : il y a de tels vrais en nombre indéfini; d'après ceux qui viennent d'être présentés, comme simples exemples, on peut voir qu'on ne doit point se fier au Rationnel, car le Rationnel est dans les illusions et dans les apparences; aussi rejette-t-il les vrais dépouillés des illusions et des apparences, il les rejette d'autant plus, qu'il est davantage dans l'amour de soi et dans les cupidités de cet amour, ainsi (pie dans les raisonnements, et dans les principes du faux sur la foi. Voir aussi ce qui a été rapporté, N° 191 J.
1937. llttmMc toi sous ses mains, siyvific qu'il doit se contraindre pour sr. mettre sons son pouvoir : c'est ce qu'on voit sans explication. S'humilier est exprimé dans la langue originale par un mot qui signifie affliger; on peut se convaincre, par de nombreux passages de la Parole, que s'affliger, dans le sens interne, c'est se contraindre ; dans la suite, il sera parlé de la signification de ce mot Que l'homme doive se contraindre lui-même à faire le bien, à obéir aux commandements qui ont été donnés par le Seigneur, et a prononcer Ici vrais , ce qui est se contraindre soi-même à s'humilier sous le*
mains du Seigneur, ou à se soumettre au pouvoir du bien Divin et du vrai Divin, c'est ce qu'il n'est pas possible d'exposer en peu de mots, parce qu'il y a là trop d'arcanes; il y a des Esprits qui, lorsqu'ils ont vécu dans le monde, ayant entendu dire que tout bien vient du Seigneur et que l'homme ne peut par sui-mOme faire aucun bien, ont eu pour principe de ne se contraindre en rien, mais de se laisser aller à l'insouciance , pensant que , puisqu'il en est ainsi, tout effort serait inutile ; par conséquent ils attendaient l'influx immédiat dans l'effort de leur volonté, et ne se contraignaient pas à faire quelque bien ; et cela allait même au point que, lorsqu'il se glissait en eux quelque mal, ne sentant aucune résistance de l'intérieur, iU s'abandonnaient à ce mal, pensant qu'il devait leur être permis, • puisque l'intérieur se taisait; mais tels sont ces esprits, qu'ils existent comme s'ils n'avaient point de propre, de sorte qu'ils ne peuvent prendre aucune détermination ; aussi sont-ils au nombre des plus inutiles, car ils se laissent conduire également par les méchants \ et par les bons , et cèdent davantage à l'impulsion des méchants. ^ Ceux, au contraire, qui se sont contraints pour éviter le mal et le faux, bien que d'abord ils aient pensé que c'était par eux-mêmes ou par leur propre puissance, mais qui dans la suite ont été instruits que leur effort, et même que ce qu'il y avait de plus petit dans leur effort, venait du Seigneur, ceux-là, dans l'autre vie, ne peuvent être conduits par les mauvais esprits , mais ils sont parmi les bienheureux. D'après ce qui vient d'étic dit, on peut voir que l'homme doit se contraindre lui-même à faire le bien et à dire le vrai. L'arcane qui est ici caché, c'est que l'homme est ainsi gratiné par le Seigneur d'un propre céleste ; le propre céleste de l'homme est formé dans l'effort de sa pensée ; s'il n'obtient pas cet effort en se contraignant lui-même, ainsi qu'il apparaît, jamais il ne l'obtiendra en ne se contraignant pas. Pour que cet arcane soit dans tout son jour, je dirai comment la chose se passe : Dans toute contrainte pour le bien, il y a une sorte de liberté; l'homme ne s'en aperçoit pas lorsqu'il est dans la contrainte, mais toujours est-il que cette liberté existe en lui; par exemple, si quelqu'un veut s'exposer aux dangers de la mort pour un certain but, ou si quelqu'un veut souffrir des douleurs corporelles pour obtenir la santé, il y a dans ces déterminations un volontaire et par conséquent une sorte de liberté, d'après laquelle
il agit, quoique les dangers et les douleurs, quand il les éprouve, lui ôteut l'aperception du volontaire ou de In liberté : il en est de roémt
de ceux qui se contraignent à faire le bien, il y a au-dedans d'eux uu volontaire, par conséquent une liberté par laquelle et à cause de laquelle ils se contraignent, savoir, à cause de l'obéissance aux préceptes que le Seigneur a donnés, et à cause du salut de leur âme après la mort, motifs dans l'intérieur desquels il en est encore renfermés d'autres que l'Iiomme ignore, c'est-à-dire, qu'ils se contraignent cucore à cause du Royaume du Seigneur, et bien plus à cause du Seigneur Lui-Mème. Cela a surtout lieu daus les tentations dans lesquelles, quand l'homme se contraint contre le mal et le faux qui sont insinués et suggérés par les mauvais esprits, il y a plus de liberté qu'il n'en existe jamais dans tout autre état hors des tentations, quoique l'homme ne puisse pas alors comprendre cela ; il y a une liberté intérieure d'après laquelle il veut subjuguer le mal, et elle est si forte qu'elle équivaut à la violence et à la force dir mal qu'il combat, autrement il ne combattrait jamais : cette liberté existe par le Seigneur qui l'insinue dans la conscience de l'homme, et fait que par elle il est vainqueur du mal comme par son propre ; l'homme par cette liberté reçoit le propre dans lequel le Seigneur peut opérer le bien ; sans un propre acquis, c'est-à-dire, accordé au moyen de la liberté, nul homme ne peut être réformé, parce qu'il ne peut recevoir une nouvelle volonté, qui est la conscience; la liberté ainsi accordée est le plan même dans lequel le Seigneur influe le bien et le vrai ; de là vient que ceux qui dans les tentations ne résistent pas par ce volontaire ou par celle liberté , y succombent. Dans toute liberté il y a la vie de l'homme, parce qu'il y a son amour; tout ce que l'homme f.iil par amour lui apparaît libre; mais quand l'homme se contraint à fuir le mal et le faux et à faire le bien, il y a dans cette liberté un amour céleste, que le Seigneur insinue alors et par Irqucl il crée son propre, c'est pourquoi le Seigneur veut que ce propre apparaisse à l'homme comme s'il lui appartenait, quoiqu'il ne lui appartienne pas; ce propre qu'il reçoit ainsi par une contrainte apparente dans la vie du corps, le Seigneur dans l'autre vie le remplit de plaisirs et de félicités indélinies. C'est alors que ces esprits sont aussi éclairés par degrés, et même confirmés dons cette vérité . qu'ils ne se sont eu rien contraints par eux-mêmes, mois
que ce qu'il y avait même de plus petit dans un effort de leur volonté était venu du Seigneur, et que si cela leur avait paru venir d'euxmêmes, c'était pour que le Seigneur leur donnât un nouveau volontaire comme leur appartenant, et qu'ainsi la vie de l'amour céleste leur fût appropriée ; en effet, le Seigneur veut communiquer à chacun ce qui est à Lui, et par conséquent le céleste, de manière qu'il apparaisse comme appartenant à celui auquel il le communique, et comme en lui, quoiqu'il ne lui appartienne point; les Anges sont dans un semblable propre, et ils jouissent d'autant plus du plaisir et de la félicité de ce propre, qu'ils ont une conviction plus intime de ce vrai, que c'est du Seigneur que procèdent tout bien et tout vrai. Quant à ceux qui méprisent et rejettent tout bien et tout vrai, et qui veulent ne rien croire qui répugne à leurs cupidités et à leurs argumentations, ils ne peuvent se contraindre; par conséquent ils ne peuvent recevoir ce propre de la conscience, ou ce nouveau volontaire. D'après ce qui vient d'être dit, il est encore évident que se contraindre, ce n'est pas être contraint; car d'être contraint ne procède jamais aucun bien, ainsi qu'il arrive quand un homme est contraint par un autre à faire le bien ; mais ici se contraindre soi-même vient d'une certaine liberté inconnue à l'homme, car il n'y a jamais de contrainte de la part du Seigneur ; de là procède cette loi universelle que tout bien et tout vrai doivent être semés dans la liberté, autrement l'humus ne devient jamais propre à recevoir et à échauffer le bien, et même il n'y a aucun humus dans lequel la semence puisse croître.
1938. Vers. 10. Et VAnge de Jéhovah lui dit : En multipliant je multiplierai ta semence, et elle ne pourra être nombrée à cause de sa multitude. — L'Ange de Jéhovah dit, signifie la pensée de l'homme intérieur : En multipliant je multiplierai ta semence, signifie la fructification de l'homme Rationnel, lorsqu'il se met sous le pouvoir du Vrai intellectuel adjoint au Bien : Et elle ne pourra être nombrée à cause de sa multitude , signifie une multiplication jusqu'à l'immensité.
1939. VAnge de Jéhovah dit, signifie la pensée de l'homme Intérieur : on le voit dans le verset précédent où sont les mêmes paroles.
5940. En multipliant je multiplierai ta semence, signifie la frue-
lificaiion de C homme Rationnel, lorsqu'il se met tout le pouvoir de l'Homme Intérieur adjoint au Bien : on en trouve la preuve dans la signification de la Semence, en ce qu'elle est l'amour et la foi, ainsi qu'on l'a déjà vu N°* 1025, 1447, 1610; mais ici, par multiplier la
semence est signifiée la fructification des célestes de l'amour dans le Rationnel, quand le Rationnel s'est soumis au Vrai Intérieur ou Divin. La multiplication s'applique aux vrais, tandis que la fructification s'applique aux biens, comme on le voit par ce qui a déjà été dit et exposé, N°* A3, 55, 913, 943; mais comme il s'agit du Seigneur, la multiplication signifie la fructification, parce que dans son Rationnel tout Vrai est devenu Bien, par conséquent Divin, ce qui est applicable ici : il en est autrement dans l'homme, dont le Rationnel est formé par le Seigneur d'après le Vrai ou l'Affection du vrai ; cette Affection est son Bien par lequel il agit. Il est impossible de comprendre comment s'opèrent la multiplication et la fructification chez l'homme dans sou Rationel , si l'on ne sait pas comment s'opère l'Influx ; pour qu'on le sache, voici ce que je dirai en général de l'influx : chez chaque homme il y a un homme Interne, un homme Rationnel qui est intermédiaire, et un homme Externe ainsi qu'il a déjà été dit ; l'homme Interne est celui qui constitue son Intime, d'après lequel il est homme, et par lequel il est distingué des animaux brutes qui n'ont pas un tel intime ; et cet homme interne est comme la porte ou l'entrée du Seigneur, c'est-à-dire, des célestes et des spirituels du Seigneur dans l'homme ; ce qui s'opère là ne peut pas ôtre compris par l'homme, parce que c'est au-dessus de son Rationnel, d'après lequel il pense; à cet Intime ou à cet homme Interne a été soumis le Rationnel, qui apparaît comme le propre de l'homme ; les célestes de l'amour et de la foi procédant du Seigneur influent par cet homme Interne dans le Rationnel, et par ce Rationnel dans les scientifiques qui appartiennent à l'homme Externe; mais les choses qui influent sont reçues selon l'état de chacun ; si le Rationnel ne se soumet pas aux biens et aux vrais du Seigneur, alors ce Rationnel ou étouffe, ou rejette, ou pervertit les choses qui influent et plus encore lorsqu'elles influent dans les scientifiques sensuels de la mémoire; c'est là ce qu'on entend par la semence qui tombe ou sur le chemin, ou dans des endroits pierreux, ou entre les épines, ainsi que le Seigneur l'enseigne, — Matth., XIII. 3 à 7; Marc, IV. III 18
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3 à 7; Luc, VIII. 5 à 7; — mais lorsque le Rationnel se soumet et croit au Seigneur, c'est-à-dire, à 6a Parole, ce Rationnel est comme l'humus ou la bonne terre dans laquelle la semence tombe et porte beaucoup de fruit.
1941. Et elle ne pourra être nombrée à cause de sa multitude, signifie la multiplication jusqu'à f immensité : on le voit sans explication. Ces paroles signifient que le Vrai doit ainsi croître en multitude par le Bieu : chez le Seigneur, de Qui il s'agit ici dans le sens interne, toutes choses étant Divines et Infinies ne peuvent par cela même être exprimées ; afin donc qu'on puisse saisir par quelque idée comment s'opère la multiplication du Vrai par le Bien, je vais parler de l'homme : chez l'homme qui est dans le bien, c'est-à-dire, dans l'amour et la charité, la semence qu'il a reçue du Seigneur fructifie et se multiplie tellement qu'e//c ne peut être nombrée à cause de sa roii/titude; tant qu'il vit dans le corps, il n'en est pas ainsi, mais dans loutre vie c'est à un degré incroyable ; en effet, tant que l'homme vit dans le corps, la semence est dans un humus corporel, et là elle se trouve au milieu des choses touffues et denses, qui sont les scientifiques et les voluptés, puis les soucis et les inquiétudes; mais lorsqu'il s'en est dépouillé, ce qui arrive quand il passe dans l'autre vie, la semence s'en dégage, et elle croît, ainsi qu'a coutume de croître la semence d'un arbre, qui, lorsqu'elle sort de l'humus devient d'abord un arbrisseau , puis un grand arbre, et ensuite se multiplie de sorte qu'elle pourrait former un jardin composé d'arbres ; car toute science, toute intelligence et toute sagesse, leurs plaisirs et leurs félicités, fructifient et se multiplient de cette manière et croissent ainsi éternellement; et cela provient d'une très petite semence, comme l'enseigne le Seigneur, en parlant du grain de sénevé, — Matfh. , XIII. 31. — ce qui peut être asseï évident par la science, l'intelligence et la sagesse des Anges , dont ils n'ont pu se former d'idée lorsqu'ils étaient hommes.
19A2. Vers. 11. Et l'Ange de Jéhovah lui dit : voici, tu (es) enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jischmacl, parce ijue Jéhovah a entendu ton affliction. — L Ange de Jéhovah lui dit, signifie la pensée de l'Homme Intérieur: voici tu (es) enceinte, signifie la vie de l'homme Rationnel : tu enfanteras un fils, signifie le vrai du Rationnel : et tu appelleras son nom Jinlimnêl, signifie l'é~
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lat de la vie : parce que Jèhovah a enlenda ton affliction, signifie lorsqu'il se soumettait.
10A3. L'Ange de. Jchovah lui dit, signifie la pensée de l Homme Intérieur : on le voit d'après ce qui a été dit ci-dessus, vers. 7, 0,
i9hh. Voici , tu a enceinte, signifie la vie de l'homme Rationnel : on en trouve la preuve dans ce qui a déjà été dit sur la conception de cet homme, et dans ce qui va être dit sur Ismaël, en ce qu'il est le premier rationnel chez le Seigneur. En général, quant à l'homme Rationnel, il faut saf oir que le Rationnel est dit recevoir la vie, être porté dans le sein, et naître, quand l'homme commence a penser que chez lui il y a le mal et le faux, qui contredisent et ont en aversion le vrai et le bien, ce qui arrive surtout quand il veut les éloigner et les subjuguer; s'il ne peut apercevoir et sentir cela, il n'a aucun Rationnel, quoiqu'il pense en avoir un ; en effet, le Rationnel est l'intermédiaire unissant l'homme Interne avec l'homme Externe, et apercevant ainsi par le Seigneur ce qui se fait dans l'Externe, réduisant l'Externe à l'obéissance, l'élevant même au-dessus des corporels et des terrestres dans lesquels il se plonge, et obligeant l'homme à être homme, à porter ses regards vers le Giel pour lequel il est né, et non uniquement, comme les brutes, sur la terre dans laquelle il ne doit que séjourner, et à les porter encore moins vers l'enfer. Tels sont les devoirs do Rationnel; c'est pourquoi, si l'homme n'est pas tel qu'il puisse penser ainsi, on ne peut pas dire qu'il ait le Rationnel ; c'est par la vie de son usage ou de sa fonction que l'on connaît s'il devient Rationnel. Faire des raisonnements contre le bien et le vrai qu'on nie de cœur, et que l'on connaît parce qu'on en a entendu parler, ce n'est pas avoir le Rationnel ; plusieurs de ceux qui extérieurement se précipitent sans frein dans tous les crimes peuvent même le faire; il y a seulement cette différence que ceux qui pensent avoir le rationnel et ne l'ont pas, mettent dans leurs discours une certaine décence, et dans leurs actions une honnêteté simulée, auxquelles les assujettissent les liens externes, qui sont fa crainte de la loi, de la perte du gain, de l'honneur, de la réputation, de la vie; si ces liens, qui sont externes étaient enlevés, quelquesuns d'eux seraient encore plus extravagants que les précédents; de ce qu'un homme peut raisonner on ne peut donc pas dire qu'il ait
le Rationnel : il y a plus encore, c'est que ceux qui n'ont pas le rationnel parlent ordinairement d'après les sensuels et les scientifiques avec beaucoup plus d'habileté que ceux qui l'ont On a, dans l'autre vie, une preuve bien évidente de ce qui précède, par des mauvais esprits qui, — bien qu'ayant passé pour être plus rationnels que les autres quand ils vivaient dans le corps, cependant, lorsque les liens externes, qui donnaient une décence à leurs discours et une honnêteté feinte à leur vie, leur sont enlevés, comme cela a coutume d'arriver à tous les esprits dans l'autre vie, — sont plus insensés que ceux qui dans le monde sont évidemment fous, car ils se précipitent dans tous les crimes sans pudeur, sans crainte, sans horreur ; mais il n'en est pas ainsi de ceux qui furent Rationnels, lorsqu'ils vécurent dans le monde ; quand les liens externes leur sont enlevés, ils deviennent encore plus sensés car ils avaient eu des liens internes, qui sont les liens de la conscience, par lesquels le Seigneur avait tenu leurs pensées attachées aux lois du vrai et du bien, qui ont été leurs rationnels.
1945. Tu enfanteras un fils, signifie le vrai, savoir le vrai de ce Rationnel qui est signifié par Ismaët : on le voit par la signification du Fils, en ce qu'il est le Vrai, ainsi qu'il a déjà été dit, N°* 264, 489, 491, 533, 1147. Ce Vrai est décrit dans le Verset suivant
1946. Et tu appelleras son nom Jischmaël, signifie l'état de la vie: Anciennement on donnait aux fils et aux filles des noms qui signifiaient l'état dans lequel avaient été les parents, et surtout les mères, quand elles les avaient conçus, ou pendant qu'elles étaient enceintes, ou au moment de l'accouchement, ou bien l'état dans lequel les enfants s'étaient trouvés en naissant : ainsi les noms étaient significatifs : ici est expliqué d'où Jischmaël a tiré son nom, savoir : parce que Jéhovah a entendu l'affliction, ce qui était l'état de sa mère; dans le Verset suivant est décrit ce que représente Jischmaël.
1947. Parce que Jéhovah a entendu ton affliction, signifie lorsqu'il se soumettait : On en trouve la preuve dans ce qui a été dit plus haut, N° 1937, en ce que s'humilier et s'affliger, c'est se mettre sous le pouvoir de l'Homme Interne ; il a aussi été parlé en cet endroit de cette soumission, et il a été montré que c'est se contraindre, et que dans le fait de se contraindre soi-même il y a la liberté, c'est-àdire, le spontané et le volontaire, ce qui fait la différence entre se
contraindre toi-même et t ire contraint; il a aussi été montré que sans cette liberté, ou sans le spontané, ou le volontaire, l'homme ne peut jamais être réformé, ni recevoir aucun propre céleste ; et que dani les tentations, quoique le contraire appparaisse, il y a plus de liberté que hors des tentations, car alors la liberté devient plus forte en ison des assauts donnés par les maux et par les faux, et est corroborée par le Seigneur, alin qu'un propre céleste soit donné à l'homme ; aussi est-ce pour cela que le Seigneur est plus près de lui dans les tentations : il a encore été montré que le Seigneur ne contraint jamais personne; celui qui est contraint à penser le vrai et à faire le bien n'est point réformé, mais alors il pense encore plus le faux et veut encore plus le mal ; cela est inséparable de toute contrainte; on peut aussi eu trouver la preuve dans les actes et les enseignements de la vie, qui nous font connaître avec évidence ces deux vérités, que les consciences ne souffrent pas qu'on les contraigne, et que nous penchons toujours vers ce qui est défendu : chacun même désire passer de l'état de non-liberté dans l'état de liberté, car celui-ci appartient à sa vie. Il est évident, d'après cela, que jamais le Seigneur ne peut trouver agréable quelque chose qui ne provient pas de la liberté, c'est-à-dire, du spontané ou du volontaire ; car lorsque ce n'est pas d'après la liberté que quelqu'un adore le Seigneur, il n'y a dans son culte rien qui lui appartienne, c'est l'externe qui se meut ou plutôt qu'on fait mouvoir par contrainte, tandis que l'interne, ou n'y est pour rien, ou résiste, ou môme est en complète opposition. Quand l'homme est régénéré, c'est d'après la liberté dont le Seigneur le gratifie, qu'il se contraint, qu'il humilie, qu'il afflige même le Rationnel, alin qu'il se soumette ; et de là il reçoit un propre céleste, lequel propre est ensuite par degrés perfectionné par le Seigneur et rendu de plus en plus libre, de sorte qu'il devient l'affection du bien et du vrai provenant de ce bien, et qu'il y a en lui un plaisir; et cette affection et ce plaisir renferment une félicité telle que celle des Anges. C'est de cette liberté que parle le Seigneur Lui-Même dans Jean, quand il dit : < La Vérité vous » rend libres; si le Fils vous rend libres, vous êtes véritablement » libres. » — VIII. 32, 36 ; — Ceux qui n'ont point la conscience ignorent absolument ce que c'est que cette liberté ; car ils font consister la liberté dans le caprice et la licence de penser et de dire le
faux, de \ouloir et de faire le mal, et à ne point contraindre, m milier, ni encore moins affliger le mal et le faux, lorsque cependant c'est tout-à-fait le contraire, comme le Seigneur l'enseigne aussi dans Jean : « Quiconque commet le péché, est esclave du péché.» — VlIF. 34. — Cette liberté esclave, ils la reçoivent des esprits infernaux qui sont chez eux et qui l'insinuent; quand ils sont dans la vie de ces esprits, quand ils sont dans leurs amours et dans leurs cupidités par l'aspiration d'un plaisir immonde et cxcrémentitiel, quand ils sont entraînés comme par leur torrent, ils croient être dans la liberté, mais c'est une liberté infernale; la différence qu'il y a entre cette liberté infernale et la liberté céleste, c'est que l'une appartient à la mort et entraîne les hommes vers l'enfer, tandis que l'autre, ou la liberté céleste, appartient à la vie et élève les hommes vers le ciel. Que tout vrai culte interne soit un acte non de contrainte mats de liberté, et que sans la liberté il n'y ait pas de culte interne, c'est ce qu'on voit par la Parole ; par les Sacrifices spontanés, votifs, pacifiques ou eucharistiques, qui étaient nommés présents et offrandes, et dont il est parlé, — Nomb., XV. 3 et suiv. Dent, XII. 0; XVI. 10. 11 ; XXIII. 23, 2A et ailleurs :— dans David : «Je T'offrirai un » sacrifice Volontaire, je confesserai ton Nom, Jéhovah ! parce s qu' (il est) bon.» — Ps. LIV. 8; — par la Thrumah ou la Collecte, qu'on devait faire pour le Tabernacle et pour les Vêtements de sainteté, et dont il est parlé dans Moïse : a Parle aux fils d'Israël, » et qu'on réçoive une collecte pour Moi ; vous recevrez ma col- » lecte de tout homme que son canr poussera volontairement.* — Exod., XXV. 2; — et ailleurs : « Tout cœur de bonne volonté l'ap- » portera, la collecte à Jéhovah.» — Exod., XXXV. 5. — Quant à l'humiliation de l'homme rationnel, ou quant à son affliction, d'après la liberté, comme il a été dit, elle a aussi été représentée par l'Affliction des âmes dans les jours de féte, ainsi qu'on le voit dans Moïse : « (Ceci) vous sera pour un statut d'éternité ; au septième » mois, le dix du mois, vous Jfflirjeic.z vos âmes.* — Lévit. XVI. 29; — et ailleurs : « le dix du septième mois, ce jour [sera) celui » des expiations; vous aurez une sainte eonvocation, et vous affli- » (ferez vos âmer. Toute ;mie qui ne se sera pas affUyéc en ce même » jour-là. sera retranchée fie ses peuples.» — Lévit. XXIII. 27. 29; — C'est dn là que l'Azi'tie. dans lequel il n'y avait pas de levain, est
nomme Ptuu d'yiflhcùun, — Deulér. , \YI. 2, 3; — il est parlé ainsi de l'affliction, dans David : « Jéhovah ! qui séjournera dans ta » tente? qui habitera daus la montagne de ta Sainteté? c'est celui » qui marche intègre et qui opère la justice ; celui qui jure de s'af- » fliger, il ne chauge point.» — Ps. XV. 1, 2, A. — D'après ce qui vient d'être dit, ou peut voir que l'Allliction est l'action de dompter et de subjuguer les maux et les faux qui s'élèvent de l'homme Externe dans sou Rationuel; ainsi elle ne cousiste pas à se jeter soi-même dans la pauvreté et dans les misères, ni à renoncer aux plaisirs du corps ; ce n'est pas par ces moyens que le mal est dompté et subjugué, quelquefois même un autre mal en surgit, savoir, le mérite eu raison de ce renoncement, outre que la liberté de l'homme en souffre, liberté dans laquelle, comme dans un humus, peuvent uniquement être semés le bien et le \rai de la foi. (Jue l'Allliction soit aussi une tentation, on le voit ci-dessus, N° 1SA6.
1948. Vers. 12. Et celui-ci (sera) un homme farouche (onagre); sa matn contre tous et la main de tous contre lui; et vis-à-vis les faces de tous ses frères il habitera. — Celui-ci (sera) un homme farouche (onagre) , siguilie le vrai rationnel qui est décrit : sa main contre tous, signifie qu'il combattra contre les choses qui ne sont pas des vrais; et la main de tous contre lai, signifie que les faux se défendront : et vis-à-vis les faces de tons ses fixres il habitera, siguilie qu'il y aura de continuels débats dans les choses qui appartiennent à la foi, mais qu'il sera toujours vainqueur.
19M>. Celui-ci sera un nomme firouehe [onagre), signifie le \ rai rationnel qui est décrit : on le voit par la signification de Y onagre (ou Une sauvage), en ce qu'il signifie le \rui rationnel. Dans la Parole, il est souvent fait meution de chevaux, de cavaliers, de mulets et d'ànes, et jusqu'à présent personne n'a su qu'ils signifient les intellectuels, les ratiounels et les scientifiques; leurs significations seront, par la Divine .Miséricorde du Seigneur, confirmées par plusieurs passages lorsqu'il sera question d'eux; Y onagre est du même genre, car c'est le mulet du désert ou l'âne sauvage, et il signifie le Rationnel de l'homme, non le Rationnel dans son ensemble, mais seulement dans le vrai rationnel. Le Rationnel se compose du bien et du \rai. c'est-à-dire, des choses qui appartiennent à la charité et de celles qui appartiennent à la foi : le vrai Rationnel est ce qui est s*-
gnifié par Yonagre : c'est ce rationnel qui est maintenant représenté par Ismaël et décrit dans ce verset. Personne ne peut croire que le Vrai rationnel séparé d'avec le Bien rationnel soit d'une telle nature, et je n'aurais pas su qu'il est tel, si je n'en avais pas été instruit par une vive expérience ; soit qu'on dise le Vrai rationnel, ou l'Homme qui a un semblable Rationnel, c'est la même chose : l'Homme dont le Rationnel est tel, qu'il est seulement dans le Vrai, quand même ce serait dans le Vrai de la foi, sans être en même temps dans le Bien de la charité, est absolument comme un onagre ; c'est un homme morose, n'endurant rien, opposé à tout le monde, voyant chacun comme dans le faux, sur le champ réprimandant, châtiant, punissant, il est sans pitié ; il ne s'applique ni ne s'étudie à concilier les esprits , car il examine tout d'après le Vrai et ne considère rien d'après le Bien ; de là vient qu'Ismaël a été chassé et a ensuite habité dans le désert, et que sa mère lui prit une épouse de la terre d'Egypte, — Gen. XXI. 9 à 21. — toutes choses qui sont représentatives de l'homme doué d'un tel Rationnel. Il est fait mention des Onagres dans les Livres prophétioues de la Parole, par exemple dans Èsaïe : « Le palais sera désert, la multitude de la ville b sera abandonnée, le côteau et le donjon seront autant de caver- » nés, jusques dans le siècle (ils seront) la joie des Onagres, le pa- > cage des troupeaux.» — XXXII. 14 ; — là, il s'agit de la vastation des intellectuels, qui étant dévastés quant aux vrais, sont nommés la joie des onagres, et quant aux biens, le pacage des troupeaux, de sorte que le rationnel n'existe plus. Dans Jérémie : t Les Onagres » se sont tenus sur les collines, ils ont humé le vent comme les ba- » leines, leurs yeux se sont consumés, parce qu'(i7) n'(y avait) » point d'herbes.» — XIV. 6; — là, il s'agit de la sécheresse, ou de l'absence du bien et du vrai ; il est dit des onagres qu'ils hument le vent, lorsqu'on recherche les choses vaines au lieu des choses réelles qui sont les vrais : leurs jeux qui sont consumés désignent qu'on ne saisit point ce que c'est que le vrai. Dans Hosée : c Parce » que ceux-là sont montés en Assyrie, Y Onagre (vit) seul pour soi ; » Éphralm a recherché les amours par un salaire de prostitution.» — VIII. 9 ; — là, il s'agit d'Israël ou de l'Église spirituelle ; Éphraïm est l'intellectuel de cette Église ; monter en Assyrie, c'est raisonner sur le vrai pour savoir si cest le vrai ; l'Onagre qui vit seul pour soi,
c'est le rationnel ainsi privé des vrais. Dans le Même : « Parce que i celui-là sera parmi ses frères comme l'Onagre, le vent Oriental de » Jéhovah, montant du désert, viendra ; sa source se séchera et sa ■ fontaine se tarira; il pillera le trésor de tous les vases de désir, t — XIII. 15; — là, il est question d'Éphralm, qui signifie l'intellectuel de l'Église spirituelle, dont le rationnel est comme un onagre; il s'agit de sa destruction. Dans David : « Jéhovah Dieu fera sortir » les fontaines en torrents, elles iront entre les montagnes, elles • fournissent de la boisson à toute béte (fera) des champs; les » Onagres (en) étanchent leur soif.» — Ps. G IV. 10, 11 ; — les fontaines désignent les connaissances ; les bétes (fertc) des champs, les biens; et les onagres, les vrais de la raison.
1950. Sa main contre tous, signifie quil combattra contre les choses qui ne sont pas des vrais; et la main de tons contre lui, signifie que les faux se défendront : C'est ce qui résulte de ce qu' Ismacl, comme il a déjà été dit, signifie le Vrai rationnel séparé d'avec le Bien; puisqu'il est dit de ce Vrai, que sa main est contre tous et la main de tous contre lui, il est évident que c'est là ce qui est signifié. 11 a été expliqué, ci-dessus, que par Abram est représenté l'Hc terne du Seigneur, ou ce qui est la et spirituel ; par Isac, l'Homme Intérieur Rationnel ; par Jacob,
vin Naturel ; ici, il s'agit du Rationnel, tel qu'il serait, s'il i pas uni à l'Interne ou au Divin céleste et spirituel ; comme ce Rationnel a tiré sa nature de la vie de l'affection des sciences, c'est-àdire, d'Hagar Égyptienne servante de Saraï, et comme cette vie était celle de l'homme Externe, que le Seigneur tenait de l'héréditaire maternel, contre lequel il devait combattre et qu'il devait expulser, c'est pour cela que le Rationnel est décrit tel qu'il serait, s'il restait privé du Bien rationnel ; mais après que le Seigneur eut humilié cet héréditaire par les combats des tentations et par les victoires, ou qu'il l'eût affligé et subjugué, et qu'il eut vivifié son Rationnel par le Bien Divin, alors ce rationnel devient Isac, ou est reîté par Isac, Ismaël étant chassé de la maison avec Hagar sa Tout Rationnel réel consiste dans le bien et dans le vrai, c'està-dire, dans le céleste et dans I l'âme même ou la vie du rationnel,
vie du Bien; le Rationnel sans la vie provenant du bien céleste est tel qu'il est décrit ici, c'est-à-dire qu'il combat contre tous et que tous combattent contre lui : le Bien rationnel ne combat jamais, de quelque manière qu'on l'attaque, parce qu'il est doux et clément, patient et tolérant, car il appartient à l'amour et à la miséricorde; et quoiqu'il ne combatte point, il est toujours victorieux ; jamais il ne pense au combat, jamais il ne se glorifie de la victoire; et cela, parce qu'il est Divin et en sûreté par Soi-Même ; en effet, aucun mal ne peut attaquer le Bien, ni même subsister dans la sphère où est le Bien ; il suffit que le Bien approche pour que de soi-même le mal se retire et retombe, car le mal est infernal et le Bien est céleste. Il en est presque de même du céleste spirituel, c'est-à-dire, du Vrai d'origine céleste, ou du Vrai qui procède du Bien ; car ce vrai est le vrai formé par le Bien, de sorte qu'on le peut nommer la forme du Bien ; mais le Vrai séparé d'avec le Bien, vrai qui est représenté ici par Ismaël et décrit dans ce Verset, est tout à fait différent; il ressemble à l'onagre, il combat contre tous, et tous combattent contre lui ; à peine même pense-t-il et aspire-t-il à autre chose qu'aux combats; son plaisir commun ou son affection dominante est de vaincre, et lorsqu'il a vaincu, de se glorifier de la victoire; c'est pour cela qu'il est représenté par l'onagre, ou mulet du désert, ou âne sauvage, qui ne peut demeurer avec les autres; une telle vie est la vie du vrai sans le bien, ou plutôt la vie de la foi sans la charité; c'est pourquoi, quand l'homme est régénéré, la régénération s'opère, à la vérité, par le vrai de la foi, mais toujours en même temps par la vie de la charité que le Seigneur insinue selon les accroissements du vrai de la foi.
1951. Vis-à-vis Us faces de tous ses frères il habitera, signifie qu'il y aura de continuels débats dans les choses qui appartiennent à la foi, mais quil sera toujours vainqueur : On le voit par ce qui vient d'être dit Quand il est parlé des descendants d'Ismaël, cela est décrit d'une manière encore plus complète, en ces termes : « Us habitèrent de- » puis Chavillah jusqu'à Schur, qui (est) sur les faces de Y Egypte,
• par où l'on vient en Aschur ; sur les faces de tous ses frères il
• tomba (son partage). Gen., XXV. 18. — On voit clairement le sens interne de ces paroles par la signification de Chavillah, de Schitr, de l'Égypte et de l'Assyrie; Chavillah signifie ce qui appar-
tient à Y intelligence , comme le prouvent les explications données, N- 115; Schur signiûe le vrai qni procède des scientifiques, ainsi qu'il a été dit ci-dessus , N - 1928; l'Egypte, tout ce qui appartient à la science, N- 1164 , 1165 , 1186, 1462 ; et l'Assyrie, ce qui appartient à la raison , N" 119 , 1186 ; d'après ces significations rapprochées en un seul sens, il est évident qu'lsmaël représente un tel Rationnel. Dans l'autre vie, ce même Vrai se manifeste représentativement de diverses manières , et toujours comme fort , vigoureux, dur, au point qu'il est absolument impossible de lui résister ; il suffit que les Esprits pensent à un tel Vrai, pour qu'ils soient saisis d'uue sorte de terreur, et cela, parce que sa nature est de ne point céder, par conséquent de ne point se dépaitir. D'après ce qui vient d'être dit, on peut aussi voir ce que signifie habiter vis à-vis tes faces de tous ses frères. Chacun peut savoir qu'un arcane est caché dans cette description, mais on a ignoré jusqu'à présent quel il était n 1952. Vers. 13, 14. Et elle appela le Nom de Jéhovah qui lui parlait : Toi, Dieu qui me vois ; parce quelle dit: JVai-je pas vu encore ici , après celui qui me voit? Cest pourquoi elle appela la fontaine, fontaine au Vivant qui me voit; voici , (elle est) entre Kadesch et Bared. — Et elle appela le Nom de Jéhovah qui lui parlait , signifie l'état de l'Homme Intérieur du Seigneur , quand il pensait ces choses : Toi, Dieu qui me vois, signifie l'influx : parce qu'elle dit : N'ai-je pas vu encore ici, après celui qui me voit? signifie l'influx dans la vie de l'Homme Extérieur sans l'intermédiaire du Rationnel : C'est pourquoi elle appela la fontaine, signifie l'état du vrai qui en provient : fontaine au Vivant qui nie voit, signifie le vrai ainsi visible : voici (elle est) entre Kadesch et Bared, signifie la qualité.
1953. Et elle appela le nom de Jéhovah qui lui parlait , signifie l'état de l'Homme Intérieur du Seigneur , quand il pensait ces choses : On en trouve la preuve dans ce qui précède et dans ce qui suit , et aussi dans la signification du Nom, en ce que c'est connaître quelle est la qualité, ainsi qu'il a déjà été dit, N- 144 , 145, 1754. Ici est décrit quel a été l'état du Seigneur , ou dans quel état était le Seigneur, lorsqu'il a pensé ainsi sur le Rationnel; ce n'est pas le Rationnel qui a pu penser cela , mais c'est l'Homme intérieur ou Supérieur, dont il a été parlé plus haut . N" 1926. Kn effet , jamais le Rationnel ne peut penser sur soi-même quel il est, car personne ne
se peut considérer soi-même, mais ce doit être quelque chose d'intérieur ou de supérieur qui pense sur lui , parce que ce supérieur peut le considérer. Par exemple, ce n'est pas l'Oreille qui peut connaître, ni à plus forte raison percevoir le langage qu'elle reçoit, mais c'est l'Ouïe intérieure ; l'Oreille discerne seulement les sons articulés ou les mots, c'est l'ouïe intérieure qui saisit, et c'est ensuite la vue intérieure ou l'intuition qui perçoit; de là la perception du sens du langage par l'ouïe. Il en est de même pour ce qui concerne la vue : les premières idées , qui sont tirées des objets de la vue, sont matérielles, ainsi qu'elles sont même appelées, mais il y a encore une vue intérieure qui les considère , et qui , conséquemment, pense. Il en est ainsi du Rationnel de l'homme : le Rationnel ne peut jamais se considérer soi-même , ni à plus forte raison examiner quel il est, mais il doit y avoir quelque chose d'intérieur qui fasse cela ; c'est pourquoi , lorsque l'homme peut faire cet examen, c'est-à-dire lorsqu'il peut percevoir quelque faux dans son Rationnel, et quelque vrai qui brille, et plus encore si c'est quelque chose qui combat et remporte la victoire , il peut être certain que cela vient de l'influx du Seigneur par l'homme Interne. L'Homme Intérieur du Seigneur, dont il a été déjà parlé , N" 1926 , et qui est désigné ici, était celui qui a été conjoint à l'Homme Interne ou à Jéhoyah ; ainsi il était bien au-dessus de ce Rationnel ; c'est par lui qu'il voyait et percevait, comme dans la lumière céleste, quel serait le Rationnel s'il était dans le Vrai seul et non dans le Bien.
1964. Toi , Dieu qui me vois, signifie l'influx : on le voit par ce qui vient d'être dit. L'intuition du supérieur dans l'inférieur, ou, ce qui est la même chose, de l'intérieur dans l'extérieur , est appelée Influx , car elle se fait par l'influx; c'est comme la Vue intérieure chez l'homme ; si cette vue n'influait pas continuellement dans sa vue externe ou dans la vue de l'œil, jamais la vue de l'œil ne pourrait ni saisir, ni discerner aucun objet, car c'est la vue intérieure qui par l'œil saisit les objets que l'œil voit, et ce n'est jamais l'œil , quoique cela semble ainsi. De là on peut aussi conclure dans quelles illusions des sens se trouve l'homme qui croit que l'œil voit, tandis que c'est cependant la vue de son esprit , ou sa vue intérieure qui voit par le moyen de l'œil. Les Esprits qui étaient chez moi ont vu par mes yeux, aussi bien que moi-même, les objets qui sont dans le
monde, ainsi qu'il a été dit, N* 1880; toutefois quelques-uns d'entre eux, qui étaient encore dans les illusions des sens, croyaient les voir par leurs propres yeux; mais il leur fut montré qu'il n'en était
pas ainsi, car ayant fermé mes yeux, ils ne virent plus rien dans ce inonde atmosphérique. Il en est de même de l'homme, ce n'est pas son œil qui voit, mais c'est son esprit qui voit par l'œil. C'est aussi ce qui peut être constaté par les songes, dans lesquels l'homme voit souvent comme dans le jour. Mais néanmoins la môme chose se passe à l'égard de cette vue intérieure ou de cette vue de l'esprit, elle ne voit pas par elle-même, mais elle voit par une vue encore plus intérieure qu'elle, ou par la vue de son Rationnel ; ce n'est même pas non plus le Rationnel qui voit par lui-même, mais il y a une vue encore plus intérieure qui appartient ;r l'Homme Interne, dont il a été question, N" 1940 ; et de plus ce n'est pas même l'Homme Interne qui voit, mais c'est le Seigneur qui voit par l'Homme Interne; Lui Seul voit, parce que Lui Seul vit et fait que l'homme voit, et qu'il lui semble voir par soi-même : c'est ainsi que les choses se passent a l'égard de l'Influx.
1955. Parce qu'elle dit: N'ai-jc pas vu encore ici, après celui qui me voit'l signifie l'Influx dans la vie de l'homme Extérieur sans l'intermédiaire du Rationnel. On en trouve la preuve dans la signification de voir après celui qui voit. Voir après celui qui voit, c'est voir par l'Intérieur ou par le supérieur ; ce qui est en dedans ou au-dessus, selon le sens interne , est exprimé par après dans le sens de la lettre, lorsque cela se manifeste dans ce qui est au-dehors ou audessous. C'est llagar qui parle ici, et par elle est siguihée, ainsi qu'il a déjà été montré, la vie des sciences, qui appartient à l'homme Extérieur ; comme c'est de cette vie que le premier Rationnel a tiré son origine , c'est pour cela que le Seigneur par son homme Intérieur voyait dans l'homme Extérieur la cause pour laquelle il en était ainsi, et il la voyait sans l'intermédiaire du Rationnel. Que ces paroles renferment des arcanes, c'est ce qui est évident pour chacun, par cela seul que personne ne peut sav oir ce que c'est que voir après celui qui me voit, si ce n'est d'après le sens interne, dans lequel ces arcanes sont même tels qu'ils ne peuvent être expliqués, de manière à être compris, que par des idées semblables à celles des Anges, idées qui tombent non dans les mots , mais seulement dans le sens
des mots, et cela par abstraction des idées matérielles d'où proviennent les idées du sens des mots. Sur ces choses qui paraissent si obscures à l'homme, les Anges ont des idées si claires et si distinctes, et enrichies de tant de représenta lions , que Ton remplirait un volume si l'on en donnait seulement la moindre description.
1956. C'est pourquoi elle appela la fontaine, signifie l'état du vrai qui en provient : on le voit par ce qui a été dit, et par la significatio de la fontaine, en ce qu'elle est le vrai, N* 1927. Comme ce vrai fut vn, non dans le Rationnel, mais au-dessous du Rationnel, la fontaine est exprimée , dans la langue originale , par un autre mot que celui qui est employé ci-dessus, et qui est le mot commun de la fontaine.
1957. Fontaine an Vivant qui me voit, signifie le Vrai ainsi visible : C'est de même évident d'après ce qui a été dit , savoir , que le Seigneur a vu d'une manière manifeste ce qu'il en était du Vrai de ce Rationnel, en ce qu'il n'y avait pas le bien. L'Homme Intérieur du Seigneur, par lequel il a vu, est appelé le Vivant qui voit, parce qu'il a été conjoint à l'Homme Interne, lequel est Jéhovah , Qui Seul Vit, et Qui Seul Voit, ainsi qu'il vient d'être expliqué, N- 1954.
1958. Voici , elle est entre Kadesch et Bared, signifie la qualité; c'est-à-dire que le Seigneur vit quel serait ce Vrai, par conséquent quel serait le Rationnel. On en trouve la preuve dans la signification de Kadesch et de Bared. Il adéjà étémontré, N° 1678, que Kadesch signifie le Vrai, et des débats au sujet des vrais ; mais Bared signifie ce qui est au-dessous de ce vrai, par conséquent le Vrai scientilique, d'où provient aussi le Rationnel, que les Noms dans la Parole signifient des choses, on le voit N- 1876,1888,1889, et N~ 1224,
1959. Vers. 15. Et Hagar enfanta à Âbram un fils; et Abram appela le nom de son (ils, qu Hagar enfanta, Iischmacl. — Hagar enfanta à Abram un fils, signifie l'homme Rationnel né de cette conjonction et de cette conception : et Abram appela le nom de son fils, un Hagar enfanta, Iischmaèl, signifie sa qualité.
1960. Hagar enfanta à Abram un fils, signifie l'homme Rationnel né île cette conception et de cette conjonction : On en trouve la preuve dans la représentation et dans la signification d'Hagar, d'Abram et du fils, en ce que Hagar signifie la vie de l'affection des sciences de l'homme Extérieur, comme il a déjà été dit, M" 1895,
1896; Abram, l'Homme Interne du Seigneur, 1893, 1950; et le fils, le Vrai, par conséquent le vrai qui appartenait à ce Rationnel, N" 264, 489, 491, 533 , 1147; de là ce qu'Hagar enfanta à Abram signifie l'homme Rationnel né de cotte conception et de cette conjonction ; dans ce sens est changé le sens de la lettre , quand il parvient aux Anges ou quand il est chez les Anges.
1961. Et Abram appela le nom de son fils, qu'Hagar enfanta , Iischmaël, signifie sa qualité : On le voit par la signification du nom , en ce que c'est connaître la qualité , N°* 144 , 145 , 1754; et par la représentation et la signification de Iischmaël, en ce qu'il est le vrai Rationnel , qui est décrit dans les Vers. 11 et 12, en ces termes : t Tu appelleras son nom Iischmaël , parce que Jéhovah a
> entendu ton affliction. Et celui-ci sera un homme farouche (ona-
> gre) ; sa main contre tous et la main de tous contre lui; et vis-à- » vis les faces de tous ses frères il habitera. » Voir l'explication de ces Versets ; sa qualité s'y trouve décrite.
1962. Vers. 16. Et Abram (était) fils (âgé) de quatre-vingt-six ans, quand Ha gar enfanta Iischmaël — Abram (était) fils (âgé) de quatre-vingt-six ans, signifie l'état du Seigneur quant aux biens acquis par les combats des tentations ; quand Hagar enfanta Iischmaël, signifie quand la vie de l'affection des sciences enfanta le Rationnel.
1963. AbrAm était fils (âgé) de quatre-vingt-six ans, signifie l'état du Seigneur quant aux biens célestes acquis par les combats des tentations. On le voit par la signification de quatre-vingt , nombre qui renferme la même chose que le nombre quarante , lequel signifie les tentations, comme il a été expliqué ci-dessus, N°* 730, 862; et par la signification de Six, en ce que c'est le combat ; ainsi qu'il a été aussi expliqué plus haut, N°* 720, 737, 900; et enfin par la signification de Dix, en ce que ce sont les Reliquia?, ainsi qu'il a été dit, N* 576. Reliquia? qui, chez le Seigneur , furent les acquisitions des biens célestes par lesquels il unit l'Essence Humaine à l'Essence Divine, N° 1906 f. ; de ces trois nombres est composé le nombre quatre-vingt-six qui renferme des choses semblables, et signifie par conséquent l'état du Seigneur quant aux biens célestes acquis par les combats des tentations. En effet, tous les nombres, dans la Parole, signifient des choses, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, N°*
482, 487, 575, 647, 648, 755, 813. Ici, comme ce sont des Nombres d'années qui s'appliquent même historiquement à Abram , il semble qu'ils ne devraient pas être significatifs de tels arcanes ; mais, dans la Parole, il n'y a rien d'écrit , qui ne passe dans un sens spirituel et dans un sens céleste en parvenant aux Anges ; car les Anges ne sont que dans des idées spirituelles et célestes, et quand la Parole est lue par l'homme , ils ne savent point et ne perçoivent point ce que c'est que le nombre quatre-vingt-six , ils ne s'occupent point non plus de l'âge qu'avait Abram quand Hagar lui enfanta Ismaël ; mais à la lecture d'un tel nombre , les choses que les nombres renferment se présentent aussitôt à eux , et quand les autres choses sont lues, elles se présentent comme elles ont été expliquées dans le sens interne.
1964. Quand Hagar enfanta Iischmaèl à Abram, signifie quand la vie de l'affection des sciences enfanta le Rationnel : on le voit par la signification d' Hagar , en ce qu'elle est la vie de l'affection des sciences; et par la signification d' Ismaël, en ce qu'il est le Rationnel récemment conçu, ainsi qu'il a déjà été dit. Comme dans ce chapitre , il a été question du Rationnel de l'homme , et qu'il a été décrit tel qu'il est quand ce sont les vrais seulement qui le constituent, et tel qu'il est quand ce sont les biens et les vrais procédant des biens, il faut qu'on sache que jamais le Rationnel ne peut être conçu ni naître, ou être formé sans les scientifiques et sans les connaissances ; mais les scientifiques et les connaissances doivent avoir pour lin l'usage; et quand l'usage est leur fin, ils ont pour fin la vie, car toute vie appartient aux usages, parce que toute vie appartient aux fins ; si ces scientifiques et ces connaissances ne sont pas appris pour la vie des usages, ils ne sont d'aucune utilité, parce qu'ils ne sont d'aucun usage ; c'est par ces scientifiques et ces connaissances lorsqu'ils sont seuls, sans la vie de l'usage, que se forme un Rationnel, tel qu'il a été décrit, semblable à un onagre, morose, ardent au combat, ayant une vie brûlante et sèche , provenant d'une certaine affection du vrai souillé par l'amour de soi ; mais quaud ces scientifiques et ces connaissances ont pour fin l'usage, ils reçoivent la vie par les usages, mais une vie telle qu'est l'usage. Ceux qui acquièrent des connaissances afin de se perfectionner dans la foi de l'amour, car la vraie foi même est l'amour dans le Seigneur et en-
vers le prochain, ceux-là sont dans l'usage, de tous les usages, et reçoivent du Seigneur la vie spirituelle et céleste; et quand ils sont dans cette vie, ils sont dans la faculté de percevoir tout ce qui appartient au Royaume du Seigneur ; tous les Anges sont dans cette vie , et comme ils sont dans cette vie , ils sont dans l'intelligence même et dans la sagesse même.
1965. Tel est donc le sens interne des choses contenues dans ce Chapitre sur Aura m, Hagar et Ismaël ; mais quelle est la richesse de ce sens ou quel nombre indéfini d'arcanes il renferme, c'est ce qu'on peut voir en considérant seulement que , toutes les choses , tant en général qu'en particulier, contenues dans la Parole, concernant dans le sens interne le Seigneur, et traitant du Seigneur , qui est la vie de la Parole , parce qu'il est la Parole même, il en résulte qu'elles traitent aussi en même temps, dans le sens interne, du Royaume du Seigneur dans les Cieux et de son Royaume sur les terres, c'est-à-dire de l'Église ; qu'elles traitent pareillement de quiconque reçoit le Royaume du Seigneur , et qu'en outre elles traitent en général de tout Céleste et de tout Spirituel ; car tout cela procède du Seigneur : de là vient qu'Abram représente aussi l'Église Céleste, l'homme Céleste, le céleste même, et ainsi du reste; mais il serait trop long d'étendre jusque là l'explication.
DES VISIONS ET DES SONGES, ET AUSSI DES VISIONS ET SONGES PROPHÉ- TIQUES, QUI SONT DANS LA PAROLE.
1066. 11 y a peu de personnes qui sachent comment s'opèrent les Visions et quelles sont les Visions réelles; et comme, depuis quelques années jusqu'à présent , j'ai été presque continuellement avec elles dans l'autre vie, ainsi qu'on peut suffisamment s'en convaincre par la Première Partie de cet ouvrage , et que j'y ai vu des choses étonnantes, j'ai été ainsi, par l'expérience même, instruit de ce que sont les Visions et les Songes. Voici ce qu'il m'est permis d'en rapporter.
1967. On vante les Visions de quelques personnes qui ont dit avoir vu beaucoup de choses. Elles ont vu, soit; mais c'est en phan- III 19
" m ARCANES CÉLESTES,
laisie. J'ai été instruit sur ces visions , et il m'a été aussi montré comment elles existent II y a des Esprits qui , par des phantaisies , introduisent des apparences de manière qu'elles semblent avoir une existence , comme lorsqu'on voit quelque objet dans l'ombre, ou à la clarté de la lune, ou même dans le jour si l'objet est dans l'obscurité ; alors les esprits tiennent fixement et continuellement l'esprit {ammus) de l'homme dans la pensée d'une chose quelconque soit animal, monstres, forêt, ou tout autre objet, et pendant qu'il est tenu dans cette pensée, la phantaisie s'augmente et s'accroît au point qu ii est persuadé, et qu'il voit ces choses comme si elles élisaient réellement, tandis que cependant ce ne sont que des illur, D L ! à ° eUX qui 8e ,ivrent kaucoop aux phantaisies et
TL7^\ {a T Ut) f3ible ' Ct P" r suilesont deven «* crédules: ce soni la les \ îsionnaires.
1968. Les Esprits Enthousiastes sont semblables; mais ceux-ci
Ûs sont 7Z* qUi ° nt raPPOrt à deS Ch0SeS qU ' 0D doil croire > don « ton dlri " PmUadéS ' et P ersuad «>« a «" ««très avsc LL, ' qU ' 1S PeUïeDt j° rer 1 ue le fau * <*t ™ et qu'une X t"? T Ch0Se rée " e ' * P— is ' '«P* '-«^ence ,
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prit, et dont il jouit aussi, lorsque séparé du corps il passe dans l'autre vie ; car l'homme est un esprit revêtu d'un corps : telles furent les Visions des Prophètes. Lorsque cette Vue est ouverte, on voit, dans un jour plus clair que n'est celui de midi dans le monde, ce qui existe en réalité chez les Esprits , non-seulement les Représentatifs, mais aussi les Esprits eux-mêmes, et l'on perçoit en même temps qui ils sont, et quelle est leur qualité , où ils sont , d'où ils viennent, où ils vont, quelle est leur affection , leur persuasion, et même leur foi, Y" 1388, 1394 ; toutes ces choses étant confirmées par un langage plein de vie, absolument comme le langage humain, et cela, sans qu'il y ait aucune illusion.
1971. Les Visions qui existent devant les bons Esprits sont les représentatifs des choses qui sont dans le Ciel ; car ce qui existe dans le Ciel devant les Anges se change, en tombant dans le monde des Esprits, en Représentatifs d'après lesquels et dans lesquels ce qu'ils signifient peut être clairement aperçu. De telles Vues existent perpétuellement chez les bons Esprits avec une beauté et un charme a peine exprimables.
1972. Quant à ce qui concerne les Visions , ou plutôt les Vues, qui apparaissent devant les yeux de l'esprit et non devant les yeux du corps, elles sont de plus en plus intérieures ; les choses que j'ai vues dans le Monde des esprits , je les ai vues dans la clarté de la lumière, mais j'ai vu plus obscurément celles qui sont dans le ciel des Esprits angéliques , et plus obscurément encore celles qui sont dans le ciel des Anges , car la vue de mon esprit a été rarement ouverte jusques là; mais, par une certaine perception qui ne peut être décrite telle qu'elle est, il m'a été donné de connaître ce dont parlaient les anges, et c'était le plus souvent par l'intermédiaire des esprits ; quelquefois les choses qui y sont m'ont apparu dans l'ombre de la lumière du ciel , ombre qui n'est point semblable à l'ombre de la lumière du monde, car c'est une lumière qui décroît et s'affaiblit d'une manière incompréhensible aussi bien devant l'entendement que devant la vue.
1973. Il serait trop long de rapporter tous les genres de Visions, car il y en a un grand nombre : je vais seulement, pour illustration, rapporter deux visions, par lesquelles on pourra juger quelles sont aussi les autres, et voir en même temps comment les Esprits sont
28fc arcanes célestes.
affectés par les choses qu'ils voient, et comment les mauvais esprits sont tourmentés, quand ou leurôtela faculté de voir ce que les autres voient et entendent ; en effet , ils ne peuvent supporter qu'une telle faculté leur soit enlevée ; car les Esprits n'ont point le sens du goût , mais à sa place ils ont un désir, presque un appétit de savoir et d'apprendre, c'est pour ainsi dire l'aliment dont ils se nourrissent , N° 1A80. On peut donc voir par l'exemple qui suit comment ils sont tourmentés quand cet aliment leur -est enlevé.
1974. Après un sommeil pénible , vers la première veille , une Vue très agréable se manifesta devant moi : c'étaient des guirlandes verdoyantes, qui semblaient être de laurier ; elles étaient dans l'ordre le plus beau et mobiles comme si elles eussent été douées de la vie ; elles avaient une forme et une symétrie qu'on ne saurait décrire pour la beauté et l'harmonie, ainsi que pour l'affection de béatitude qui en procédait ; elles étaient liées en un double rang , peu espacé et assez long , variant sans discontinuation l'état de leur beauté ; cette représentation était clairement distinguée par les Esprits et même par les mauvais esprits. Cette Vue fut ensuite suivie d'une autre encore plus belle, dans laquelle régnait la félicité céleste, mais elle n'était qu'obscurément visible : c'étaient des enfants se livrant à des jeux célestes, qui affectaient le mental d'une manière ineffable. Un peu après, je m'entretins de ces Vues avec les Esprits qui avouèrent qu'ils avaient, comme moi, vu la première, mais qu'ils n'avaient vu la seconde que dans une obscurité telle, qu'ils ne pourraient pas dire ce que c'était ; de-là l'indignation s'empara d'eux , puis par degré l'envie, parce qu'il leur fut dit que les Anges et les Enfants l'avaient vue ; il m'était donné de percevoir d'une manière sensible leur envie , de sorte que rien ne m'échappait quant à mon instruction ; l'euvie était telle , qu'elle causait chez eux non-seulement une très grande peine , mais encore une angoisse et une douleur intérieure, par la seule raison qu'ils n'avaient pas vu le second représentatif; il» étaient ensuite amenés par les variétés de r envie jusqu'à ressentir des douleurs d'entrailles ; tandis qu'ils étaient dans cet état, je leur parlai de l'envie, et leur dis qu'ils devaient être contents d'avoir vu le premier représentatif, et qu'ils auraient pu voir aussi le second , s'ils avaient été bons. A ces mots, l'indignation aiguillonnait aussi l'envie, qui s'accrut encore à un tel degré, que dans
GENÈSE. CIIAP. SEIZIEME.
la suite ils n'en supportaient pas même le moindre ressouvenir sans être affectés de douleur. Il est impossible de décrire les états et les progressions de leur envie, avec ses degrés, ses accroissements et les diverses peines d'esprit et de cœur qui s'y joignaient II m'a été montré ainsi combien les impies sont tourmentés par la seule envie, quand ils voient de loin la béatitude des bons, et même quand seulement ils y pensent.
1975. Quant à ce qui concerne les Songes , on sait que le Seigneur a ré\é\é aux Prophètes les arcanes du Ciel non-seulement par des Visions, mais aussi par des Songes ; et que les Songes étaient, aussi bien que les Visions, des représentatifs et des significatifs , et qu'ils étaient presque du même genre. On sait encore que l'avenir a été dévoilé par des Songes à d'autres personnes qu'aux Prophètes ; par exemple, par les songes qu'eurent Joseph, ceux qui étaient en prison avec lui, Pharaon, Nébuchadnézar, et d'autres. Par là on peut voir que les Songes de ce genre, de même que les Visions , influent du ciel, avec la différence que les Songes ont lieu quand le corporel dort, et les Visions quand il ne dort pas. M m'a été montré d'une manière vivante (ad vivant) comment les Songes Prophétiques , et autres Songes semblables qui sont dans la Parole , influent et même descendent du ciel. Voici ce qu'il m'est permis d'en rapporter d'a-
1976. Il y a trois genres de Songes : le premier genre vient médiatement du Seigneur par le Ciel , tels furent les Songes Prophétiques dont il est parlé dans la Parole ; le Second genre vient par les Esprits Angéliques, surtout par ceux qui sont en avant au-dessus vers la droite, où existent des Jardins Paradisiaques; c'est de là que les hommes de la Très-Ancienne Église eurent leurs Songes , qui étaient instructifs, V 1122 ; le Troisième genre vient par les Esprits qui sont près de l'homme quand il dort ; ces Songes aussi sont significatifs ; mais les Songes phantastiques viennent d'autre part.
1977. Pour que je connusse parfaitement comment les Songes influaient, je fus plongé dans le sommeil , et en songe je vis venir un Navire chargé de toute espèce de mets délicieux et agréables au goût. On ne voyait pas ces mets sur le Navire , mais ils étaient renfermés au-dedans ; sur le tillac, il y avait deux gardes armés, outre une troisième personne qui était le capitaine du vaisseau ; le Navire entrait
dans une sorte d'édifice naval voûté. Je nie suis alors réveiflé, et mes pensées se portèrent sur ce songe. Dans ce moment, des Esprits angéliques, qui étaient par en haut, en avant vers la droite, m'adressèrent la parole, et me dirent que c'étaient eux qui avaient introduit ce songe ; et pour que je susse à n'en pas douter qu'il venait de là , je fus mis dans un état qui tenait tout à la fois du sommeil et de la veille, et ils me présentèrent pareillement différents objets qui m'affectaient de plaisir et de délices , par exemple , une sorte d'animalcule inconnu qui fut dissipé , et dont les parties , semblables à des rayons noirs et resplendissants, volaient avec une vitesse admirable dans l'œil gauche ; ils me présentèrent aussi des hommes , puis des enfants diversement décorés, et plusieurs autres choses avec un charme inexprimable. Je me suis aussi entretenu avec eux de tout ce qu'ils m'avaient présenté. Cela m'est arrivé non pas une fois, mais plusieurs, et chaque fois j'étais instruit de vive voix par eux. Les Esprits Angéliques qui insinuent de tels songes sont ceux qui habitent à l'entrée du ciel vers les Jardins Paradisiaques ; ils sont aussi chargés de veiller sur certains hommes pendant qu'ils dorment, pour empêcher qu'ils ne soient alors infestés par les mauvais esprits; ils remplissent cette fonction avec le plus grand plaisir, au point qu'ils rivalisent cntr'eux pour l'exercer , et aiment à procurer à l'homme les plaisirs et les délices qu'ils voient dans son affection et dans ses inclinations. Ces Esprits, qui sont devenus angéliques, sont du nombre de ceux qui, dans la vie du corps, se sont plu et ont aimé à rendre agréable la vie des autres par tous les moyens et par tous les soins possibles ; qnand l'ouïe est ouverte jusqu'à leur habitation , on entend comme dans le lointain une douce modulation de sons qui imite le chant. Ils me disaient qu'ils ne savaient pas d'où leur viennent en un moment de tels Représentatifs, qui sont si beaux et si délicieux ; mais il fut dit qu'ils venaient du ciel ; ils appartiennent à la province du Cervelet, parce que le Cervelet, ainsi que j'en ai été instruit, est éveillé dans le temps du sommeil, lorsque le Cerveau dort. C'est delà que les hommes de la Très-Ancienne Église ont eu leurs songes, avec la perception de ce qu'ils signifiaient ; et c'est de ces songes que chez les Anciens sont venus , pour la plus grande partie, leurs Représentatifs et leurs Significatifs, sous lesquels il y avait des choses profondément cachées.
1978. Il y a en outre d'autres Esprits qui appartiennent à la province du Thorax gauche, par lesquels leurs songes reçoivent souvent des interpolations ; ils en reçoivent aussi par d'autres, dont cependant ils ne se mettent pas en peine.
1979. Il m'a souvent été dounné, après de tels Songes, de m'entretenir avec les Esprits et les Anges qui me les avaient insinués; ils racontaient ce qu'ils avaient insinué, et je leur disais ce que j'avais vu ; il serait trop long de rapporter tous ces détails.
1980. Ce qui est digne d'être raconté , c'est qu'étant réveillé , comme je rapportais avec de longs détails ce que j'avais vu en songe, quelques esprits Angéliques, non de ceux dont je viens de parler, me dirent que les choses dont je parlais coïncidaient parfaitement avec celles dont ils avaient parlé entre eux et étaient les mêmes; que rien ne différait absolument, mais que cependant elles n'étaient pas celles dont ils s'étaient entretenus, et qu'elles en étaient les représentatifs dans lesquels leurs idées avaient ainsi été changées et transformées dans le monde des esprits. En effet, les idées des Anges sont changées en Représentatifs dans le Monde des esprits; de là, toutes les choses, tant en général qu'en particulier, qu'ils disent entre eux, sont ainsi représentées en songe. Ils me dirent, de plus, que la même conversation aurait pu être transformée en d'autres représentations, et même en des représentations semblables et dissemblables, avec une variété indéfinie ; que si elle avait pris cette forme, c'était en raison de l'état des esprits qui étaient autour de moi, et, par suite, en raison de l'état dans lequel j'étais alors; qu'en un mot, il peut y avoir un grand nombre de songes dissemblables descendant d'une semblable conversation, par conséquent, d'une seule origine, par la raison, comme il a été dit, que les choses qui sont dans la mémoire et dans l'affection de l'homme, sont des vases récipients dans lesquels les idées sont variées et reçues d'une manière représentative, selon les variations de forme et les changements d'état de ces vases.
1981. Il m'est permis de rapporter encore quelque chose de semblable. J'eus un songe, mais c'était un songe ordinaire; quand je fus réveillé, j'en racontai toutes les particularités, depuis le commencement jusqu'à la fin ; des Anges me dirent qu'elles coïncidaient entièrement avec les choses dont ils s'étaient entretenus, non pas
que les choses qui composaient le songe fussent celtes qu'ils avaient dites, mais c'étaient des choses absolument différentes, dans lesquelles s'étaient transformées les pensées de leur conversation, de manière, cependant, qu'elles en étaient les représentatifs et les correspondances jusque clans la moindre particularité, de sorte que rien n'y manquait. Je m'entretins alors avec eux sur l'influx et sur la manière dont ces choses influent et se diversifient. La personne que j'avais vue en songe était un homme de qui j'avais eu cette idée, qu'il était dans le Vrai naturel, idée que je m'étais faite d'après les actes de sa vie : chez les Anges il y avait eu une conversation sur la vérité naturelle ; c'est pour cela que cet homme m'avait été représenté ; et ce qu'il disait avec moi dans mon songe , et ce qu'il faisait, résultait en ordre, par représentation et correspondance, des discours que les Anges tenaient entre eux ; mais néanmoins il n'y avait rien qui fut entièrement semblable ou identique.
1982. Quelques âmes, récemment arrivées du monde, et qui désirent voir la gloire du Seigneur avant qu'elles soient en état de pouvoir être admises, sont plongées, quant aux sens extérieurs et aux facultés inférieures, dans une sorte de sommeil doux, et alors leurs sens intérieurs et leurs facultés intérieures sont tenus éveillés à un degré éminent, et elles sont ainsi introduites dans la gloire du Ciel ; mais lorsque leurs sens extérieurs et leurs facultés extérieures rentrent de nouveau dans la veille, ces âmes reviennent dans leur ancien état
1983. Les mauvais Esprits désirent avec la plus grande passion et la plus vive ardeur infester et attaquer l'homme quand il dort ; mais c'est surtout alors que l'homme est gardé par le Seigneur, car l'Amour ne dort point. Les Esprits qui infestent sont punis a faire pitié; j'ai entendu leur punition plus souvent qu'il n'est possible de le raconter; elles consistent en discerptions, dont il a été parlé n°»829, 957, 959, qui se font sous le talon du pied gauche, et cela dure quelquefois pendant des heures entières : ce sont les Syrènes, enchanteresses intérieures, qui tendent des pièges principalement la nuit, et alors elles essaient de s'insinuer dans les pensées et dans les affections intérieures de l'homme, mais elles sont autant de fois chassées par le Seigneur, au moyen des Anges, et enfin elles sont détournées par la crainte des eh aliments les plus douloureux. Elles
oui même parlé pendant la nuit avec d'autres, absolument comme si c'eût été moi, avec une parole comme la mienne, et si semblable qu'on n'y reconnaissait pas de différence, insinuant des obscénités et persuadant le faux. Une fois, j'avais eu un sommeil trè6-agréable, dans lequel je n'avais éprouvé qu'un doux repos ; quand je fus réveillé, quelques bons esprits se mirent à me reprocher de les avoir infestés d'une manière, suivant eux, si atroce, qu'Us pensaient avoir été dans l'enfer, rejetant la faute sur moi ; je leur répondis que je ne savais rien de ce qu'ils avançaient, mais que j'avais dormi bien tranquillement, de sorte que je n'avais pu en aucune manière les infester ; étonnés de ma réponse, ils s'aperçurent enfin que c'était un effet des prestiges des Sirènes. Une chose semblable me fut encore découverte plus tard, afin que je connusse quelle était la troupe des Syrènes : ce sont principalement les personnes du sexe féminin qui, dans la vie du corps, se sont appliquées à attirer les autres à elles par des astuces intérieurs, en s'insinuant par les externes, en se conciliant les esprits par tous les moyens, en entrant dans les affections et les plaisirs de chacun, mais en se proposant une fin mauvaise, surtout celle décommander ; de là, elles ont, dans l'autre vie, une telle nature qu'elles semblent pouvoir tout d'elles-mêmes, en puisant et en imaginant différents artifices, qu'elles saisissent aussi facilement que les éponges absorbent et les eaux sales et les eaux limpides; de même les Syrènes s'emparent tant des choses profanes que des choses saintes, et les mettent en acte, dans le but, comme il a été dit, de commander. Il m'a été donné de percevoir combien sont affreux leurs intérieurs, qui ont été souillés par les adultères et les haines ; il m'a été donné aussi de percevoir combien leur sphère a de force ; elles disposent leurs intérieurs dans un état de persuasion, afin que les intérieurs s'entendent avec les extérieurs pour atteindre le but où elles tendent; c'est ainsi qu'elles contraignent et conduisent violemment les esprits à penser tout-à-fait comme elles. On ne découvre aucun raisonnement chez elles; mais il y a une sorte de simultanéité de raisonnements inspirés par les mauvaises affections, qui opère ainsi en s'appliquant aux inclinations, et il y a ainsi une insinuation dans les penchants des autres, qu'elles excitent et qu'elles oppriment ou surprennent par persuasion. Elles n'ont pas de plus grand désir que de détruire la Conscience, et quand
la Conscience est détruite, elles possèdent les intérieurs de l'homme, elles l'obsèdent même, quoique l'homme l'ignore. Aujourd'hui il n'y a plus, comme autrefois, d'obsessions externes, mais il yen a d'internes par ces Sirènes ; ceux qui n'ont aucune conscience sont ainsi obsédés; les intérieurs de leurs pensées ne sont pas dans une folie différente, mais ils sont cachés et voilés sous un extérieur décent et sous un déguisement honnête, par motif d'honneur, d'intérêt, de réputation ; c'est même ce qu'ils peuvent reconnaître, s'ils font attention à leurs propres pensées.
SECONDE PARTIE