CHAPITRE D1X-SEPTIÈML
1984. Peu d'hommes peuvent croire que dans la Parole il y ait un Sens interne, qui ne se montre nullement d'après la lettre, et cela, parce qu'il est tellement éloigné du sens de la lettre, que la distance est comparable à celle du Ciel à la terre ; mais, que le sens de la lettre renferme en soi de telles choses, et qu'il soit représentatif et significatif d'arcanes que personne ne voit que le Seigneur, et les Anges par le Seigneur, c'est ce qui est évident, d'après ce qui a été dit ça et là dans la Première Partie. Il en est du sens de la lettre par rapport au sens interne, comme du corps de l'homme par rapport à son âme : tant que l'homme est dans le corps et qu'il pense d'après les choses corporelles, il ne sait presque rien de ce qui concerne l'âme, car les fonctions du corps sont autres que celles de l'âme, au point que si les fonctions de l'âme étaient dévoilées, elles ne seraient pas reconnues être telles; il en est de même aussi des internes de la Parole ; son âme, c'est-à-dire sa vie, est dans ses internes, qui ne traitent que du Seigneur, de son Royaume, de son Église, et des choses qui, chez l'homme, appartiennent à son Royaume et à son Église; quand ces choses sont considérées, c'est la Parole du Seigneur, car alors la vie même est dans ces choses ; que cela soit ainsi, c'est ce qui a été confirmé par des preuves nombreuses dans la Première
Partie, N oi 1769 à 1772 ; on peut y voir aussi comment ces idées sont changées, N°* 1872 à 1876. C'est encore ce qui peut être suffisamment constaté par un grand nombre de passages de la Parole, qui ne sont nullement intelligibles dans le sens de la lettre; s'il n'y avait pas dans ces passages une telle âme ou une telle vie, ils ne seraient pas reconnus pour être la Parole du Seigneur, et quiconque n'a pas été, dès l'enfance, habitué à croire que la Parole a été inspirée, et est par conséquent sainte, ne les considérerait pas comme Divins : qui est-ce qui saurait, par le sens de la lettre, ce que signifient les paroles que Jacob a adressées à ses fds avant sa mort ? — Genèse, cap. XL1X. « Dan (sera) un serpent sur le chemin, un aspic » sur le sentier, mordant les talons du cheval, et son cavalier tombera à » la renverse. * — Vers. 17. — « Quant à Gad, une troupe le rava- » géra, et lui, il ravagera le talon. » — Vers. 19. — t Naphtali 9 est une biche lâchée, proférant des discours élégants. » — Vers. 21. — « Juda attachera au cep son ânon, et au cep excellent le petit de » son dnesse ; il lavera son vêtement dans le vin, et son manteau dans » le sang des raisins, les yeux rouges de vin, et les dents blanches de » lait. » — \ ers. 11, 12 ; — il en est de même dans un grand nombre de passages des Prophètes ; mais que signifient ces paroles? c'est ce qu'on ne peut absolument découvrir que dans le sens interne, dans lequel tout, tant en général qu'en particulier, se trouve lié dans le plus bel ordre. Il en est encore de même des paroles que lcSeigneur a dites sur les derniers temps, dans Matthieu : « Dans la consomma- > tiou du siècle, le Soleil sera obscurci, et la Lune ne donnera point » sa lumière, et hs étoiles tomberont du ciel, et les puissances des » deux seront ébranlées, et alors le signe du fils de l'homme apparat- » tra ; et alors toutes les Tribus de la terre gémiront. » — XXIV. 29, 30 ; — ces paroles ne signifient en aucune manière l'obscurcissement du soleil et de la lune, ni la chute des étoiles du ciel, ni le gémissement des Tribus ; mais elles signifient que la Charité et la Foi, qui dans le sens interne sont le Soleil et la Lune, seront obscurcies; que les connaissances du bien et du vrai, qui sont les étoiles, et sont nommées ici puissances descieux, tomberont ainsi et ^'évanouiront; et que toutes les choses appartenant à la foi, qui sont les Tribus de ia terre, seront dissipées; c'est aussi ce qui a été montré dans la Première Partie, N" 31, 32, 1053. 1529. 1530, 1531.
1808. Par le peu qui vient d'être dit, on peut voir maintenant ce que c'est que le sens interne de la Parole, et qu'il est éloigné, et, dans quelques passages, très-éloigné du sens de la lettre ; mais néanmoins le Sens de la lettre représente les vrais, et offre les apparences du vrai, dans lesquelles l'homme peut être, lorsqu'il n'est pas dans la lumière du vrai.