‹ Arcanes célestes de l'Écriture sainte ou parole du Seigneur, dévoilés ainsi que les merveilles qui ont été vues dans le monde des esprits et dans le ciel des anges ouvrage d'Emmanuel Swédenborg ... Genèse, chapitres 13.17 (volume 3)Chapitre 9 sur 18 · G* ARCANES "CÉLESTES · texte numérisé non relu

G* ARCANES "CÉLESTES

du Seigneur, et à leur progression dans le jour de la sagesse; regarde-t-il des jardins, des bosquets et des parterres, son œil ne s'attache à aucun arbre, ni à ses fleurs, ni aux feuilles, ni aux fruits, mais il se porte sur les célestes que ces objets représentent; il ne s'attache non plus à aucune fleur, ni à sa beauté, ni à son odeur, mais il considère les choses qu'elles représentent dans l'autre vie; car il n'y a, dans les cieux et sur les terres, rien de beau ni de gracieux, qui ne soit sous certain rapport un représentatif du Rovaume du Seigneur, Voir h cet égard ce que j'ai dit, n° 1632. Voilà ce que c'est que regarder vers le ciel ; c'est la représentation du Royaume du Seigneur dans la contemplation de l'univers : la raison pour laquelle toutes les choses qui sont en général et en particulier dans le ciel et sur la terre sont des représentatifs, c'est qu'elles ont existé et existent continuellement, c'est-à-dire, subsistent au moyen de l'influx du Seigneur par le ciel. Il en est de ces choses comme du corps humain, qui existe et subsiste par son àme; aussi dans le corps tout en général et en particulier est -il représentatif de son âme; celle-ci est dans l'usage et dans la fin, et le corps est dans leur exercice. Tous les effets , quels qu'ils soient, sont pareillement les représentatifs des usages qui appartiennent à la cause, et les usages sont les représentatifs des fins qui appartiennent aux principes. Ceux qui sont dans les Idées Divines ne s'arrêtent nullement sur les objets de la vue externe, mais ils voient continuellement les internes par ces objets et dans ces objets ; les internes mêmes sont les choses qui appartiennent au Royaume du Seigneur, par conséquent ils sont dans la fin même. H en est ainsi de la Parole du Seigneur : celui qui est dans les Idées Divines ne regarde nullement la Parole du Seigneur par la lettre, mais il considère la lettre et le sens littéral comme le représentatif et le significatif des célestes et des spirituels de l'Eglise et du Royaume du Seigneur; le sens littéral est seulement pour lui comme un moyen instrumental pour penser aux célestes et aux spirituels. Telle a été la vue du Seigneur.

1808. Et compte les étoiles, signifie la représentation des biens et des vrais dans Vintuition des astres : on le voit par ce qui vient d'être dit, et par la représentation et la signification des étoiles, en ce qu'elles sont les biens et les vrais. Dans la Parole, il est

souvent fait mention des Étoiles, et partout elles signifient les biens et les vrais, et dans le sens contraire, les maux et les faux; ou, ce qui est la même chose, elles signifient les Anges ou les sociétés des Anges, et dans le sens contraire, les mauvais esprits et leurs congrégations; quand elles signifient les Anges ou les sociétés des Anges, elles sont étoiles fixes ; mais quand elles signifient les mauvais esprits et leurs réunions, elles sont étoiles errantes; c'est ce que j'ai vu plusieurs fois. Un indice manifeste par lequel j'ai pu me convaincre que toutes les choses qui sont dans les cieux et sur les terres sont des représentatifs des célestes et des spirituels, c'est que des choses semblables à celles qui se présentent devant les yeux au ciel et sur la terre, se montrent aussi à la vue dans le Monde des esprits, et cela aussi distinctement que dans la plus grande clarté du jour, et là elles ne sont que représentatives ; par exemple, quand il y apparaît un ciel étoilé, et que les Étoiles y sont fixes, on reconnaît aussitôt qu'elles signifient les biens et les vrais; et quand il apparaît des Étoiles errantes, on reconnaît aussitôt qu'elles signifient les maux et les faux; on peut encore , par le brillant même et par la scintillation des étoiles , découvrir de quelle qualité sont ces biens ou ces maux . ces vrais ou ces faux , outre une quantité innombrable d'autres choses. D'après cela , si quelqu'un veut penser avec sagesse , il peut connaître quelle est l'origine de toutes choses sur la terre; il saura quelle est dans le Seigneur; et si sur la terre elles existent, non idéalement, mais en actualité, c'est parce que toutes les choses et célestes et spirituelles qui procèdent du Seigneur sont vives et essentielles, ou , ainsi qu'on les nomme, substantielles ; c'est pour cela que, dans la nature dernière, elles existent aussi en actualité; Voir N° 1632. Que les étoiles représentent et signifient les biens et les vrais, c'est ce qu'on voit par ces passages de la Parole ; dans Ésaïe: « Les Etoiles » des Cieux et leurs constellations n'éclaireront point de leur lu- » mière ; le soleil a été obscurci à son lever, et la lune ne fait plus » resplendir sa lumière; et je visiterai sur le globe le mal et sur » les impies leur iniquité. » — XIII. 10, H; — là, il s'agit du jour de la visite; chacun peut voir que, dans ce passage, par les étoiles et les constellations on n'entend pas des étoiles ni des

constellations, mais qu'on entend les vrais et les biens , et par le soleil l'amour, et par la lune la foi, car il s'agit des faux et des maux qui répandent des ténèbres. Dans Ezéchiel : « Lorsque je t'aurai » éteint , je couvrirai les cieux , et je noircirai leurs Eloilet ; je » couvrirai le sole il d'un nuage , et la lune ne fera point luire sa » lumière ; tous les luminaires de lumière je les noircirai sur toi, » et je répandrai les ténèbres sur ta terre. » — XXXII. 7. 8. — même signification. Dans Joël : <t Devant Lui la terre fut ébranlée, » les cieux tremblèrent, le soleil et la lune furent noircis, et les » Etoiles retirèrent leur splendeur. » — II. 10; IV. 15. — Même signification. Dans David : « Louez Jéhovah , soleil et lune; » louez- Le, toutes les Etoiles de lumière; louez-Le, cieux des » cieux. » — Ps. CXLVHI. 3. 4. — môme signification. Que les Etoiles signifient, non des étoiles, mais les biens et les vrais, ou, ce qui est la même chose, ceux qui sont dans les biens et les vrais, comme y sont les Anges, c'est ce qui est dît clairement dans Jean : « Je vis le Fils de l'Homme ayant dans sa main droite sept Etoiles. )) Le mystère des sept Etoiles que tu as vues sur ma droite et les » sept chandeliers : Les sept Etoiles sont les Anges des sept Eglises; » mais les sept chandeliers que tu as vus sont les sept Eglises. » — Apoc. I. 16, 20. — Dans le Même : « Le quatrième Ange » sonna de la trompette , et la troisième partie du soleil fut Ira p- » pée, ainsi que la troisième partie de la lune, et la troisième » partie des Etoiles, de sorte que leur troisième partie fut obscur- » cie, et que le jour fut privé de la lumière dans sa troisième » partie , et la nuit pareillement. » — Apoc. VIII. 12 ; — là , on voit clairement que le bien et lé vrai ont été couverts de ténèbres. Dans Daniel : « Il sortit une petite corne, et elle s'accrut beau- » coup vers le midi, et vers l'orient, et vers le beau {pays); et » elle s'accrut jusqu'à V armée des cieux , et jeta sur la terre (unè p partie) de l'armée et des Etoiles, et les foula. » — VIII. 9, 10; — il est évident que l'armée des cieux et les étoiles sont les biens et les vrais qui ont été foulés aux pieds. D'après ces passages, on peut voir ce qui est entendu par ces paroles du Seigneur, dans Matthieu : <t Dans la consommation du siècle , aussitôt après l'af- » diction de ces jours-là , le Soleil sera obscurci , et la Lune ne » donnera point sa lumière , et les Etoiles tomberont du ciel , et

GENÈSE. CHAP. QUINZIÈME. m

» les puissances des cienx seront ébranlées. » — XXIV. 29. — et dans Luc : « Alors il . y aura des signes dans le Soleil, et dans » la Lune, et dans les Astres ; et sur la terre l'angoisse des na- » tions dans le désespoir, la mer retentissant ainsi que les flots.» — XXI. 25; — là, le soleil ne signifie nullement le soleil; ni la lune, la lune; ni les étoiles, les étoiles; ni la mer, la mer; mais ils signifient les choses qu'ils représentent, savoir : le soleil, les célestes de l'amour; la lune, les spirituels; les étoiles, les biens et les vrais, ou les connaissances du bien et du vrai qui s'enveloppent ainsi de ténèbres aux approches de la consommation du siècle, quand il n'y a plus aucune foi, c'est-à-dire, aucune charité.

1809. Si tu peux les compter, signifie la fructification de Vamour et la multiplication de la foi ; ou , ce qui est la même chose, la fructification du bien et la multiplication du vrai : on peut le voir sans explication, savoir, en ce qu'elles ne peuvent être comptées.

1810. Ainsi sera ta semence, signifie les héritiers du Royaume du Seigneur : c'est ce qui est évident par la signification de la semence, en ce qu'elle est l'amour et la foi procédant de l'amour, ou, ce qui est la môme chose, ceux qui sont dans l'amour et la foi, tant les anges que les hommes. J'ai déjà dit et montré plusieurs fois que la semence a cette signification. Ces paroles, dans le commun, signifient le Royaume du Seigneur, qui est si vaste et si peuplé, que personne ne peut s'en former une idée, de sorte que pour le décrire on ne peut employer que le mol Immense ; ailleurs, par la Divine Miséricorde du Seigneur, je parlerai de son Immensité, qui est ici signifiée par les paroles de ce verset : <c Regarde* » je te prie, vers le Ciel, et compte les étoiles, si tu peux lescomp- » ter; et il lui dit : Ainsi sera ta semence. » En outre, les mêmes paroles signifient ces biens et ces vrais innombrables, qui, chez chaque Ange, constituent la sagesse et l'intelligence avec la félicité qui les accompagne.

1811. Vers. 6. Et il crut en Jéhovah, et il lui imputa cela à Justice. — // crut en Jéhovah, signifie la foi du Seigneur alors ;, et II lui imputa cela à Justice, signifie qu'en cela d'abord le Seigneur devint la Justice,

1812. /J crut m Jéhovah, signifie la foi du Seigneur alors : c'est ce qu'on voit par les paroles mêmes, ainsi que par l'enchaînement des choses dans le sens interne, enchaînement qui consiste en ce que le Seigneur, tant qu'il a vécu dans le monde, a été dans de continuels combats de tentations et dans de continuelles victoires , ayant continuellement l'intime confiance et la foi que, puisqu'il combattait pour le salut de tout le genre humain par pur amour, il ne pouvait faire autrement que de vaincre, ce qui est ici croire en Jéhovah. L'amour par lequel quelqu'un combat fait connaître quelle est sa foi ; celui qui combat par un amour autre que l'amour envers le prochain et envers le Royaume du Seigneur, ne combat pas d'après la foi, c'est-à-dire ne croit pas en Jéhovah, mais il croit en ce qu'il aime ; car l'amour même par lequel il combat est sa foi. Soit, pour exemple, celui qui combat par l' amour de devenir le plus grand dans le Ciel ; celui-là ne croit point en Jéhovah, mais il croit bien plutôt en lui-même; car vouloir devenir le plus grand, c'est vouloir commander aux autres ; il combat donc pour le commandement; il en est de même pour les autres amours; ainsi l'amour même par lequel on combat, peut faire connaître quelle est la foi. Mais le Seigneur, dans tous ses combats de tentation, n'a jamais combattu par amour de soi ou pour Lui, mais il a combattu pour tous ceux qui sont dans l'univers, par conséquent non pour devenir le plus grand dans le Ciel, car cela est contraire à l'Amour Divin; à peine pour devenir le plus petit, pourvu que tous les autres devinssent quelque chose et fussent sauvés. C'est ce qu'il dit aussi Lui-Même dans Marc : « Les deux fils de Zébédée lui dirent : » Accorde-nous que nous soyons assis dans ta gloire, l'un à ta » droite, l'autre à ta gauche. Jésus dit : Quiconque voudra être » grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui de vous qui vou- » dra être le premier sera l'esclave de tous ; car le Filsde l'Homme » est venu aussi non pour qu'on Le servît, mais pour servir et » donner sa vie comme prix de rédemption pour plusieurs. » — X. 37, 44, 45. — Voilà cet amour, ou voilà cette foi par laquelle le Seigneur a combattu, et qui est désignée ici par croire en Jéhovah.

1813. // lui imputa cela à justice, signifie qu'en cela d'abord le Seigneur devint la Jttslice : c'est aussi ce qui est évident p ar

l'enchaînement des choses, dans le sens interne, dans lequel il s'agit du Seigneur. La preuve manifeste que le Seigneur Seul est devenu la Justice pour tout le genre humain, c'est que Lui Seul a combattu par le Divin Amour, c'est-à-dire, par l'Amour envers tout le genre humain, dont il désirait uniquement et avec ardeur le salut dans ses combats. LejSeigneur, quant à son Essence Humaine, n'est point né la Justice, mais il est devenu la Justice par les combats des tentations et par les victoires, et cela par sa propre puissance ; et toutes les fois qu'il a combattu et vaincu, le combat et la victoire lui ont été imputés è justice, c'est-à-dire ont été ajoutés à la Justice qui se formait comme par un accroissement continuel, jusqu'à ce qu'il fût devenu la pure Justice. L'homme qui naît d'un père homme, ou de la semence d'un père homme, quand il combat de lui-même, ne peut nullement combattre par un autre amour que l'amour de soi et du monde, par conséquent il combat non par l'amour céleste, mais par l'amour infernal, car tel est son propre provenant du père, et tel est en outre le propre qu'il s'est acquis par ses actions ; celui donc qui pense combattre de soi-même contre le diable, se trompe énormément. Il en est de même de celui qui veut se faire juste par ses propres forces, c'est-à-dire, croire que les biens de la charité et les vrais de la foi viennent de lui-même, et par conséquent mériter le Ciel par ces biens et ces vrais ; celui-là agit et pense contre le bien et le vrai de la foi, car le vrai de la foi, c'est-à-dire la vérité même, est que c'est le Seigneur qui combat; ainsi comme cet homme alors agit et pense contre le vrai de la foi, il enlève au Seigneur ce qui Lui appartient, etfait son propre de ce qui est le propre du Seigneur, ou, ce qui est la même chose, il se met à la place du Seigneur, par conséquent cela chez lui est infernal. C'est de là que des hommes veulent devenir grands ou les plus grands dans le Ciel ; et c'est de là qu'ils croient faussement que le Seigneur a combattu contre les enfers pour être le plus grand ; le propre humain a avec lui de telles fantaisies, qui pa- ' raissent comme si elles étaient des vérités, mais c'est absolument le contraire. Que le Seigneur soit venu dans le monde pour devenir la Justice, et qu'il soit Seul la Justice, c'est même ce qui a été prédit par les Prophètes. On a donc pu en être instruit avant son a\cncment, et savoirquil ne pourrait devenir la Justice autrement que

par les Tentations et les Victoires sur tous les maux et sur tous les enfers; il est dit, par exemple, dans Jérémie : « Dans Ses jours, ». Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité, (c'est) ici son » nom par lequel on l'appellera : Jéhovah notre Justice. » — XX III 6. — Dans le Môme : « En ces jours-là et en ce temps-là, » je ferai germer à David un G erme^de Justice, et il fera le juge- » ment et la Justice dans la terre. En ces jours-là Juda sera » sauvé, et Jérusalem habitera en sécurité. Et c'est ainsi qu'on » l'appellera : Jéhovah notre Justice, n — • XXXIII. 15, 16. — . Dans Esaïe: « Il regarda, et (ne vit) point d'homme, et il s'étonna » qu'il n'y eût pas d'intercesseur; et son bras Lui procura le salut, » et sa Justice Le soutint ; et il se revêtit de la Justice comme d'une » cuirasse, et il mit le casque du salut sur sa tète. » — LIX. 16.

— Votr surtout Esaïe LX1IL 3, 5; — son bras, c'est sa propre puissance. — Comme le Seigneur est Seul la Justice, il est aussi appelé l'Habitacle de la Justice. — Jérémie, XXXI. 23; L.

1814. Vers. 7. Et il lui dit : (C'est) moi Jéhovah qui l'ai tiré d'Ur des Chaldéens, pour te donner celle terre dont tu dois hériter.

— // lut dit : (C'est) mot Jéhovah, signifie l'Homme Interne du Seigneur qui est Jéhovah, d'où vient la perception : qui t'ai tiré d'Ur des Chaldéens, signifie le premier état de l'homme Externe ; pour te donner cette terre dont tu dois hériter , signifie le Royaume du Seigneur dont il est Seul possesseur.

1815. Il lui dit : C'est moi Jéhovah , signifie l'Homme interne du Seigneur qui est Jéhovah, d'où vient la perception : on en trouve la preuve dans ce qui a déjà été plusieurs fois expliqué , en montrant que l'Interne du Seigneur, c'est-à-dire tout ce que le Seigneur a reçu du Père, a été en lui Jéhovah, car il a été conçu de Jéhovah. Autre chose est ce que l'homme reçoit du père, et au Ire chose ce qu'il reçoit de la mère ; l'homme reçoit du père tout ce qui est interne ; l'âme môme ou la vie vient du père ; mais il reçoit de la mère tout ce qui est externe; en un mot, l'homme intérieur ou l'esprit même vient du père ; mais l'homme extérieur ou le corps même vient de la mère. C est ce que chacun peut comprendre par cela seul que c est par le. père qu'est implantée l'Ame elle-même qui commence à se revêtir d'une forme corpusculaire dans l'ovaire; tout ce qui est ensuite ajouté, tant dans l'ovaire que dans l'utérus,

appartient à la mère, car il n'y a pas d'accroissement d'antre part. De là, on peut voir que le Seigneur, quant aux Internes, a été Jéhovah; mais comme l'Externe que le Seigneur a reçu de la mère devait être uni au Divin ou à Jéhovah, et cela par les tentations et les victoires, ainsi qu'il a été dit, il n'a pu dans ces états que lui sembler, quand il parlait à Jéhovah, que c'était à un autre, tandis que cependant il parlait avec soi-même, en proportion toutefois de ce qu'il s'était conjoint. La Perception, que le Seigneur a eue trèsparfaite en comparaison de tous ceux qui sont nés, venait de son Interne, c'est-à-dire de Jéhovah Même ; c'est ce qui est signifié ici par ces paroles : Jéhovah lui dit.

1816. Qui t'ai tirédUr des Chaldéens, signifie Je premier état de V homme Externe. On peut le voir par la signification à'Ur des Chaldéens. Le maternel que le Seigneur reçut par la naissance, ou l'héréditaire provenant de la mère, est ce que signifie ici Ur des Chaldéens : il a été précédemment décrit tel qu'il était : c'est de ce maternel ou de cet héréditaire provenant de la mère, que le Seigneur se dégageait toutes les fois qu'il était victorieux des maux et des faux, c'est-à-dire des enfers.

1817. Pour te donner celte terre dont tu dois hériter, signifie le Royaume du Seigneur dont il est seul possesseur : on en trouve la preuve dans la signification de la terre, ici, la Terre-Sainte ou de Canaan, en ce qu'elle est le Royaume Céleste, ainsi que dans la signification à' hériter, dont il a déjà été souvent parlé. Hériter de la terre, — ce qui signifie posséder le Royaume Céleste — se dit ici de l'Humaine Essence du Seigneur ; car, pour ce qui regarde sa Divine Essence, il était de toute éternité Possesseur de l'univers et par conséquent du Royaume Céleste.

1818. Vers. 8. Et il dit : Seigneur Jéhovih l par quoi connaitrai-je que je Yhériterai ? — - Il dit: Seigneur Jéhovih ! signifie une sorte de conversation de l'Homme Intérieur avec l'Homme Interne ; par quoi connaitrai-je que je Vhériterai ? signifie une tentation contre l'Amour du Seigneur qui voulut avoir une certitude.

1819. // dit : Seigneur Jéhovih! signifie une sorte de conversation de V Homme Intérieur avec l Homme Interne : on le voit d'après ce qui a été dit dans le verset précédent sur ces paroles : « Jéhovah lui dit i » et d'après c« qui a été rapporté, dans le

vers. 2 de ce Chapitre, au sujet du Seigneur Jéhovih, en ce que ces mots signifient une conversation de l'Homme Intérieur ^vec l'Homme Interne» ou Jéhovah ; surtout quand le Seigneur était en tentation.

1820. Par quoi connaîtrai-je que je V hériterai, signifie une tentation contre V Amour du Seigneur, qui voulut avoir une certi* tude. On peut en trouver la preuve dans le doute que manifestent les paroles mêmes. Celui qui est en tentation est dans le doute sur la fin ; la fin est l'amour contre lequel combattent les mauvais esprits et les mauvais génies, qui mettent ainsi la fin dans le doute, et d'autant plus dans le doute, que celui qui est tenté aime davantage; si la fin qui est aiméa n'était pas placée dans le doute, même dans le désespoir, il n'y aurait aucune tentation; la certitude de l'événement précède la victoire et appartient à la victoire. Comme très-peu de personnes savent comment se font les tentations, il m'est permis de l'exposer ici en peu de mots : Les mauvais esprits ne combattent jamais que contre les choses que l'homme aime ; el ils combattent avec d'autant plus d'acharnement, qu'il aime avec plus d'ardeur ; ce sont les mauvais Génies qui combattent contre les choses qui appartiennent à l'affection du bien, et ce sont les mauvais Esprits qui combattent contre celles qui appartiennent à l'affection du vrai; aussitôt et pour peu qu'ils remarquent, ce que l'homme aime, ou qu'ils aperçoivent, comme par l'odorat, ce qui lui est agréable et cher, à l'instantc'est cela qu'ils attaquent, et ils s'efforcent de le détruire, par conséquent de détruire tout l'homme, puisque sa vie consiste dans ses amours; ainsi, il n'y a rien pour eux de plus agréable que de détruire tout l'homme; et ils ne se désistent pas de leurs efforts, dureraient-ils une éternité, à moins ' qu'ils ne soient repoussés par le Seigneur. Ceux qui sont remplis de malignité et de fourberie s'insinuent dans les amours mêmes en les llattant, et s'introduisent ainsi dans l'homme; et sitôt qu'ils s'y sont ainsi introduits, ils tentent de détruire les amours, et par conséquent de tuer l'homme, et cela par mille moyens qui sont incompréhensibles; et ils n'emploient point en combattant ce moyen qui consiste à argumenter contre les biens et les vrais; de tels combats sont comme rien pour eux, car seraient-ils mille fois vaincus, ils persistent toujours, attendu que les arguments contre les biens et

les vrais ne peuvent jamais manquer ; mais ils pervertissent les biens et les vrais et les enflamment d'un certain feu de cupidité et de persuasion, de sorte que l'homme ne sait autre chose sinon qu'il est dans une semblable cupidité et dans une semblable persuasion ; et en même temps ils embrasent ces biens et ces vrais d'un plaisir qu'ils tirent du plaisir de l'homme pour un autre objet, et c'est ainsi qu'ils corrompent et infestent avec la plus grande perfidie, et cela avec tant d'adresse, en transportant le plaisir d un objet à un autre objet, que, si le Seigneur ne portait secours, jamais l'homme ne sauraitautre chose, sinon qu'il en est ainsi. Ils agissent de même contre les affections du vrai, qui constituent la conscience ; sitôt qu'ils découvrent quelque chose qui appartient à la conscience, de quelque nature que ce soit, ils se forment à eux-mêmes une affection au moyen des faux et des faiblesses qui sont chez l'homme ; et par cette affection, ils obscurcissent la lumière du vrai, et ainsi le pervertissent; ou bien ils introduisent l'anxiété et ils tourmentent; outre cela, ils tiennent opiniâtrement la pensée sur une seule chose et la remplissent ainsi de fantaisies , et en même temps ils enveloppent clandestinement de fantaisies les cupidités ; ils ont encore d'autres artifices qui sont innombrables, et qu'il est impossible de décrire de manière à être compris ; il n'y a que peu de choses, et seulement les plus communes, qui puissent parvenir à la conscience de l'homme, ce sont ces choses-là qu'ils se plaisent surtout à détruire de préférence à d'autres. Par cette courte et même trèscourte explication, I on peut voir quelles sont les Tentations, et qu'en général tels sont les amours, telles sont les tentations; de là on peut voir encore quelles ont été les Tentations du Seigneur, en ce qu'elles furent les plus atroces de toutes les tentations, car autant est grand l'amour, autant est grande Patrocitéde la tentation ; l'amour du Seigneur étant le salut de tout le genre humain, fut le plus ardent de tous les amours, il renfermait par conséquent au suprême degré toute affection du bien et toute affection du vrai : tous les enfers ont combattu ces affections par leurs fourberies les plus malignes et par tous leurs poisons ; mais néanmoins le Seigneur les a tous vaincus par sa propre puissance ; les victoires ont cela de propre, c'est que les Génies et les esprits mauvais après avoir été vaincus n'osent plus rien entreprendre, car leur vie consiste en

ce qu'ils puissent détruire ; mais quand ils perçoivent que l'homme est tel qu'il peut résister, ils fuient à la première attaque, ainsi qu'ils ont coutume de faire quand ils s'approchent de la première entrée du Ciel, ils sont aussitôt saisis d'horreur et d'effroi et se précipitent en arrière.

1821. Vers. 9. Et II lui dit : Prends une génisse de trois ans, et une chèvre de trois ans, et un bélier de trois ans , et une tourterelle, et un pigeon. — Il lui dit, signifie la perception: prends une génisse de trois ans , et une chèvre de trois ans , et un bélier de trois ans , signiûe les choses qui sont les représentatifs des célestes de l'Eglise ; la génisse, des célestes extérieurs; la chèvre, des célestes intérieurs ; le bélier , des célestes spirituels ; de trois ans, renferme toutes les choses de l'Église quant aui temps et aux états : et une tourterelle et un pigeon , signifient les choses qui sont les représentatifs des spirituels de l'Église; la tourterelle, celles qui sont les représentatifs des spirituels extérieurs ; le pigeon, celles qui sont les représentatifs des spirituels intérieurs.

1822. // lui dit, signifie la perception : cela est évident d'après ce qui a été dit ci-dessus, vers. 2 et 7. La perception n'est autre chose qu'un certain langage interne qui se manifeste de manière qu'on perçoit ce qui est dit : Tout dictamen intérieur, même la conscience , n'est pas autre chose; mais la perception est un degré supérieur ou plus intérieur.

1823. Prends une génisse de trois ans, et une chèvre de trois ans, et un bélier de trois ans , signifie les choses qui sont les représentatifs des célestes de l'Église : on le voit par la signification de ces mêmes animaux dans les sacrifices. Quiconque pense sainement ne peut croire que les divers animaux qui étaient immolés ne signifiassent que des sacrifices , ou que le bœuf et le jeune taureau ou le veau eussent la môme signification que la brebis , le chevreau , la chèvre ; et ceux-ci la môme que l'agneau ; et que la tourterelle et les petits des colombes eussent aussi la môme , lorsque cependant chaque animal a eu sa signification spéciale. On peut en avoir une preuve suffisante, en ce que jamais l'un n'était offert au lieu d'un autre, et qu'on nomme expressément ceux qui devaient être offerts dans les holocaustes et les sacrifices de chaque jour , des sabbaths et des fêtes i ceux qui devaient l'être dans les sacrifices volontaires,

votifs et eucharistiques, ceux qui devaient l'être dans les sacrifices expiatoires du délit et du péché , ceux qui devaient l'être dans les sacrifices de purification ; ce qui certainement n'aurait pas eu lieu si chaque animal n'eût pas représenté et signifié quelque chose de spécial; mais il serait trop long d'exposer ici ce que chacun d'eui signifie spécialement; il suffit qu'on sache ici que les animaux signifient les célestes, et les oiseaux les spirituels, et que chacun signifie spécialement quelque chose de céleste ou de spirituel. 1 /Église ellemême et toutes les choses de l'Église Judaïque étaient les représentatifs de celles qui appartiennent au Royaume du Seigneur, où il n'y a rien que le céleste et le spirituel, c'est-à-dire rien que ce qui concerne l'amour et la foi , comme on en trouve aussi une preuve suffisante dans la sicnification des bèfes pures et utiles, dont il a été parlé n°- 45, 46, 142, 143, 246, 714, 715, 776, lesquelles ayant signifié les biens célestes dans les Eglises Très-Anciennes, devinrent plus tard des représentatifs dans F Église, lorsque le culte fut seulement externe , et que ce culte était considéré et reconnu comme représentatif. Parce qu'il s'agit ici de l'état de l'Eglise, et qu'il est prédit quel doit être cet état, il a été montré par de semblées représentatifs devant Abram , absolument comme il est rapporté ici ; mais toujours est-il que de telles choses sont signifiées dans le sens interne ; chacun peut le savoir et le penser ; car à quoi aurait-il servi de prendre une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans , un bélier de trois ans, une tourterelle et un pigeon , de les diviser en deux parties et de les placer comme il est dit, si toutes ces choses et chacune de ces choses n'eussent pas été significatives? Mais que signifient-elles, c'est ce que la suite va faire connaître.

1824. La génisse signifie les choses qui sont représentatives des célestes extérieurs; la chèvre, celles qui le sont des célestes intérieurs; et le bélier , celles qui le sont des célestes spirituels : cela est constant, d'après les Sacrifices dont il sera parlé dans la suite, par la Divine Miséricorde du Seigneur, lorsqu'il s'agira des sacrifices. Il y a des célestes extérieurs et des célestes intérieurs , ainsi que des célestes spirituels. Les célestes extérieurs sont ceux qui appartiennent à l'homme Externe ; les célestes intérieurs ceux qui appartiennent à l'homme interne; et les célestes spirituels ceux qni en proviennent. Le Céleste même est l'amour dans le Seigneur et

l'amour envers le prochain ; ce Céleste influe du Seigneur, et même par l'homme Interne dans l'homme Externe; dans l'homme Intérieur il est appelé Céleste intérieur, et dans l'homme Extérieur, Céleste extérieur. Le Céleste extérieur est toute affection du bien; il est môme toute volupté qui procède de l'affection du bien ; autant il y a du bien, de l'amour et de la charité dans l'une et dans l'autre, c'est-à-dire dans l'affection du bien et dans la volupté qui en procède , autant il y a du céleste et autant il y a de la félicité : mais le céleste spirituel est toute affection du vrai dans laquelle il y a de l'affection du bien , ou toute affection du vrai qui naît de l'affection du bien , ainsi c'est la foi dans laquelle il y a la charité, ou la foi qui naît de la charité.

1825. De trois ans, renferme toutes les choses de l'Église quant aux temps et aux états : on le voit par la signification de Trois dans la Parole. Trois signifie le temps plein de l'Église, depuis son origine jusqu'à sa fin, par conséquent tout son état; c'est pour cela que le dernier temps de l'Eglise est signifié par le troisième jour, par la troisième semaine, par le troisième mois, par la troisième année et par le troisième siècle, portions du temps qui ont toutes la même signification ; de même que l'état de l'Eglise est signifié par le nombre ternaire, de même aussi est signifié l'état de quiconque est de l'Eglise, et même toute chose qui appartient à l'Eglise, ainsi qu'on peut le voir par la signification de ce nombre d'après les passages de la Parole rapportés n°< 720, 901. Que la Génisse de trois ans signifie ainsi le temps ou l'état de l'Eglise jusqu'à son dernier moment, savoir, quand elle est dévastée ou désolée, c'est ce qu'on peut voir aussi dans Esaïe : « Mon cœur crie » sur Moab, ses fugitifs (fuiront) jusqu'à Zoar, (comme) une Gé- » hissc de trois ans f car dans la montée de Lucbith, on y montera » dans les pleurs, car dans le chemin de Choronaïm on poussera » un cri de brisement. » — XV. 5. — Et dans Jérémie : « L'alto légresse et la réjouissance se sont retirées de Carmel et de la » terre de Moab ; et je ferai cesser le vin des pressoirs ; il ne fou- » lera plus (avec) l'Hédad, l'Hédad ne sera plus l'Hédad. Depuis » le cri de Chesbon jusqu'à El t'ai eh, jusqu'à Jahaz ils ont poussé » leur voix, depuis Zoar jusqu'à Choronaïm, (comme) une Génisse » de trois ans, parce que même les eaux de Nimrira (seront) dans

» les désolations. » XI. VI II . 33, 34. — Qui que ce soit ne percevrait ce que ces deux passages veulent dire, à moins qu'il ne sût ce qui est signifié par Moab, par Zoar, par la montée de Luchith, par le cri de Chesbon jusqu'à Eléaleh, par Jahaz, par Choronaïm, par les eaux de Nimrim, et par la Génisse de trois ans. Il est évident que c'est la dernière vaslation.

1826. Prends une tourterelle et un pigeon, signifie les chose» qui sont les représentatifs des spirituels de V Église. On en trouve la preuve dans la signification des oiseaux en général, et des tourterelles et des colombes en particulier. Il a déjà été montré que les Oiseaux signifient les spirituels qui appartiennent à la foi ou aux vrais, par conséquent les intellectuels et les rationnels, n°* 40, 745, 776, 991, et que les colombes signifient les biens et les vrais de la foi, n° 870 ; d'ailleurs il sera dit ce qu'ils signifient dans les sacrifices, lorsque dans la suite, par la Divine Miséricorde du Seigneur, il sera question des sacrifices. Dans la Parole, surtout dans la Parole prophétique, quand il est parlé des Célestes, il est aussi parlé des spirituels, et ils sont ainsi conjoints, parce que l'un dépend de l'autre de telle sorte que l'un appartient à l'autre, comme il a déjà élé dit, n°*639, 680, 683, 707, 793, 801.

1827. La tourterelle signifie les choses qui sont les représentatifs des spirituels extérieurs ; et le pigeon, celles qui sont les représentatifs des spirituels intérieurs : on peut le voir d'après ce qui a été dit sur les Célestes, dont les extérieurs ont été signifiés par la génisse, les intérieurs par la chèvre, et les intermédiaires par le bélier.

1828. Vers. 10. Et il prit toutes ces choses, et il les partagea par le milieu, et il mit chaque partie vis-à-vis de Vautre, et il ne partagea pas la volaille. — // prit toutes ces choses, signifie que cela fut fait ainsi ; et il les partagea par le milieu, signifie l'Eglise et le Seigneur ; et il mit chaque partie vis-à-vis de l'autre, signifie le parallélisme et la correspondance quant aux célestes; et il ne partagea pas la volaille, signifie les spirituels en ce qu'à leur égard il n'existe pas un tel parallélisme ni une telle correspondance.

1829. Il prit imites ces choses, signifie que cela fut fait ainsi. On le voit sans qu'il soil besoin de l'expliquer.

1830. Et il les partagea par le milieu, signifie i Eglise et le

Seigneur , la suite va le prouver : ce forent en effet les célestes qui ont été signifiés par la génisse, la chèvre et le bélier, et les spirituels qui Font été par la tourlerelle ef le pigeon ; ces animaux étant partagéset placés vis-à-vis l un de l'autre, ne peuvent signifier autre chose.

183 1 . Et il mit chaque partie vis-à-vis de î autre, signifie le parallélisme et la correspondance quant aux célestes. On peut le voir en ce que les parties d'un côté signifient l'Eglise, et que les parties de l'autre côté signifient le Seigneur ; et lorsque ces parties sont mutuellement placées Tune vis-à-vis de l'autre, ce ne peut être qu'un parallélisme et une correspondance ; et comme la génisse, la chèvre et le bélier, qui ont été ainsi divisés et placés, signifient les célestes, ainsi qu'il vient d'être dit au vers. 9, il est évident que c'est un parallélisme et une correspondance quant aux célestes; mais il en est autrement quant aux spirituels, dont il va bientôt être parlé. Les célestes, comme il a souvent été dit, sont toutes les choses qui appartiennent à l'amour dans le Seigneur et à l'amour envers le prochain ; c'est le Seigneur qui donne l'amour et la charité, c'est l'Eglise qui reçoit; ce qui unit, c'est la Conscience en laquelle sont implantés l'amour et la charité ; c'est pourquoi l'espace qui est entre les parties signifie ce qui, chez Phomme, est appelé perception, dictamen interne et conscience. Les choses qui sont au-dessus de la perception, du dictamen et de la conscience, appartiennent au Seigneur; celles qui sont an-dessous sont chez l'homme; ainsi, parce qu'elles se regardent mutuellement, il est dit qu'il y a parallélisme, et parce qu'elles se correspondent mutuellement, ainsi que l'actif et le passif, il est dit qu'il y a correspondance.

1832. Et il ne partagea pas la volaille, signifie les spirituels, en ce quà leur égard il n existe pas un tel parallélisme ni une telle correspondance. On en trouve la preuve dans la signification de la volaille (oiseau) , en ce qu'elle est le spirituel, comme on vient de le voir au vers. 9, et en ce que la volaille n'a pas été divisée en deux parties, et que, par conséquent, il n'y a pas un tel parallélisme ni une telle correspondance. Les spirituels, comme il a été souvent dit, signifient toutes les choses qui appartiennent à la foi, par conséquent tous les doctrinaux, car ceux-ci sont nommés

choses de foi, quoiqu'ils n'appartiennent pas à la foi, avant d'être conjoints à la charité ; entre eux et le Seigneur il n'y a point de parallélisme ni de correspondance ; ils sont tels, en effet, qu'ili n'influent pas par le dictamen interne ni par la copscience, comme ce qui appartient à l'amour et à la charité, mais ils influent au moyen de l'instruction et par conséquent au moyen de l'audition; ainsi c'est par l'extérieur et non par l'intérieur qu'ils influent, et par conséquent chez l'homme ils forment ses vases ou ses récipiens* - Pour la plus grande partie, ils paraissent comme des vrais et ne sont pas des vrais; tels sont ceux qui appartiennent au sens littéral de la Parole et sont représentatifs du vrai et significatifs du vrai, et qui par conséquent en eux-mêmes ne sont pas non plus des vrais; il y en a même qui sont des faux, et qui cependant peuvent servir pour vases et pour récipieus. Or, chez le Seigneur il n'y a que des vrais essentiellement vrais, c'est pour cela qu'il n'y a pour ces spirituels ni parallélisme, ni correspondance ; mais toutefois ils peuvent être adaptés pour servir de vases aux célestes qui appartiennent à l'amour et à la charité ; ce sont ces spirituels qui constituent la nuée de la partie intellectuelle, dont il a été précédemment parlé, et dans laquelle le Seigneur insinue la charité et fait ainsi la conscience. Parexemple, chez ceux qui restent dans le sens littéral de la Parole et pensent que c'est le Seigneur qui induit en tentation, qui tourmente ainsi la conscience de l'homme ; que c'est lui qui en permettant le mal est la cause du mal ; que c'est lui qui précipite les méchants dans l'enfer, etc. ; de tels spirituels sont des vrais apparens, mais ils ne sont pas des vrais ; et parce qu'ils ne sont pas des vrais en eux-mêmes , il n'y a pas de parallélisme ni de correspondance ; le Seigneur néanmoins les laisse entiers chez l'homme et les adapte miraculeusement par la charité, pour qu'ils puissent servir de vases aux célestes. 11 on est aussi de même du culte des nations probes, de leurs doctrinaux, de leur morale et même de leurs idoles, le Seigneur les laisse pareillement en entier, et toujours estil que par la charité il les adapte afin qu'ils servent aussi de vases. 11 en fut de même d'un très-grand nombre de rites dans l'Eglise Ancienne et par la suite dans l'Eglise Judaïque, rites qui n'étaient en eux-mêmes que des pratiques religieuses dans lesquelles il n'y avait point de vrai, et qui furent tolérés, permis et même com-

mandés, parce qu'ils avaient été considérés parleurs ancêtres comme • des saintetés, et qu'ainsi ils avaient été implantés et gravés dans leurs esprits dès leur enfance comme des vrais. Ce sont ces choses et d'autres semblables qui sont signifiées quand il est dit que les oiseaux ne furent pas partagés ; car le Seigneur laisse entières les choses qui sont une fois implantées dans l'opinion de l'homme et regardées comme saintes, pourvu qu'elles ne soient pas contre l'ordre Divin ^ et quoiqu'il n'y ait ni parallélisme, ni correspondance, il les adapte ; ce sont aussi ces choses qui furent signifiées dans l'Eglise Judaïque par l'usage de ne pas diviser les oiseaux dans les sacrifices, car diviser, c'est placer les parties vis-à-vis l'une de l'autre pour qu'elles correspondent exactement ; or, comme les choses dont il a été parlé ne correspondent pas d'une manière adéquate, elles disparaissent dans l'autre vie chez ceux qui se laissent instruire, et les vrais mêmes sont implantés dans les affections du bien. Que les oiseau* n'aient pas non plus été divisés dans l'Eglise Judaïque, par le motif de cette représentation et de cette signification, c'est ce qu'on voit dans Moïse : « Si son préseut à Jéhovah » est un holocauste d'oiseau, et il apportera des tourterelles ou des » petits de colombes; et il l'entamera avec ses ailes, mais il ne le » divisera pas. » — Lév. J. 14, 17. — Il en était de même dans les sacrifices pour le péché. — Lév. Y. 7,8.

1833. Vers. 11. Et des oiseaux descendirent sur les corps, et Abram les chassa. — Des oiseaux descendirent sur les corps, signifie les maux et les faux des maux, lesquels voudraient détruire ; et Abram les chassa, signifie que le Seigneur les repoussa.

1834. Des oiseaux descendirent sur les corps, signifie les maux et les faux des maux, lesquels voudraient détruire. C'est ce qu'on voit par la signification des oiseaux, en ce qu'ils sont le faux. Dans la Parole, les Oiseaux signifient le vrai, comme il a déjà été expliqué, et dans le sens opposé, le faux, ainsi qu'il arrive ordinairement dans la Parole, pour toutes les significations des mots, c'est-à-dire qu'elles sont prises dans l'un ou dans l'autre sens; que les oiseaux signifient aussi le faux, c'est ce qui a déjà été montré, n°* 778, 866, 988. Chacun peut voir que ce fait renferme des arcanes, autrement il n'aurait pas mérité d'être rapporté; il a aussi été dit quel est l'arcane qu'il signifie, et il est évident, d'après

l'enchaînement des choses dans le sens interne, qu'il concerne l'état de l'Eglise. Quand une Eglise est suscitée par le Seigneur, elle est purê dans le commencement, et alors on s'aime l'un l'autre comme frèrês ; c'est ce qui est connu d'après l'histoire de la Primitive Eglise après l'avènement du Seigneur; alors tous les fils de l'Eglise vivaient comme frères, et même s'appelaient frères, et ils s'aimaient mutuellement; mais après un certain laps de temps, la charité diminua et elfe s'évanouit. La charité s 'évanouissant, les maux prirent sa place, et avec les maux s'introduisirent aussi les faux; de là les schismes et les hérésies, qui n'existeraient jamais si la Charité régnait et vivait ; alors le schisme ne serait môme pas appelé schisme , ni l'hérésie hérésie , mais on dirait que c'est une doctrine selon l'opinion d'un tel, et ou l'abandonnerait à la conscience de chacun, pourvu qu'elle ne niât pas les principes, c'està-dire le Seigneur, la Vie éternelle, la Parole, et pourvu qu'elle ne fût pas contre l'ordre divin, c'est-à-dire, contre les préceptes du Décalogue. Les maux et les faux des maux qui prennent dans l'Eglise la place de la charité lorsque celle-ci s'évanouit, sont ce qu'on entend ici par les oiseaux qu* Abram chassa, c'est-à-dire que le Seigneur , représenté ici par Abram , repoussa. Abraoi ne chassa rien que les oiseaux, et n'a jamais repoussé ni mal ni faux ; Abraham n'est connu dans le Ciel que comme un autre homme, n'ayant absolument aucun pouvoir par lui-même, mais c'est le Seigneur seul qui a le pouvoir ; c'est aussi ce qui est dit par Esaïe : « Tu (es) notre Père, car Abraham ne nous connaît pas, et Israël » ne nous reconnaît pas; Toi, Jéhovah, (lu es) notre Père, notre » Rédempteur, (c'est) ton nom de toute éternité. » — LXIII. 16.

1835. Abram les chassa, signifie que le Seigneur les repoussa. On en trouve la preuve dans ce qui vient d'être dit. Il en est aussi de même de l'Eglise; quand elle commence à s'éloigner de la charité, les maux et les faux de ces maux sont repoussés avec plus de facilité; en effet, elle est encore jusqu'à ce moment dans un certain état peu éloigné de la charité, par conséquent les caractères de ses membres sont plus flexibles ; à la longue, les maux et les faux croissent, se confirment ainsi et se fortifient, c'est ce dont il sera question dans la suite. Le Seigneur, autant qu'il est possible, repousse continuellement les maux et les faux, mais c'est par la

conscience ; quand la conscience est relâchée, il n'existe pas d'intermédiaire par lequel le Seigneur influe, car l'influx du Seigneur chez l'homme est par la charité dans sa conscience; mais alors a la place de cet intermédiaire il s'en forme un nouveau qui est externe, c'est-à-dire qui consiste dans la crainte de la loi, dans la crainte de perdre la vie, l'honneur, les richesses et la réputation qu'elles procurent; mais ces liens n'appartiennent pas à la conscience, ce ne sont que des liens externes qui font que l'homme peut vivre en société avec ses semblables, et se montrer comme ami, quel qu'il soit au dedans; mais cet intermédiaire ou ces liens ne font rien dans l'autre vie, car les externes y sont rejetés, et l'homme reste là tel qu'il est intérieurement. 11 y a bien des hommes qui ont eu une vie morale et civile, qui n'ont fait de tort à personne, qui ont montré de l'amitié et de l'urbanité, qui même ont fait du bien à plusieurs, mais qui ont eu cette conduite seulement en vue d'euxmêmes, pour les honneurs, pour le profil et pour tout autre motif personnel; dans l'autre vie, ils sont parmi les esprits infernaux, car au dedans d'eux il n'y avait rien du bien ni du vrai, mais il y avait le mal et le faux, et même la haine, la vengeance, la cruauté, les adultères, qui ne se montrent pas devant l'homme et qui se montrent d'autant moins, que ces craintes, qui sont des liens externes, sont plus fortes.

1836. Vers. 12. El le soleil était à son coucher, et un assoupissement tomba surAbram, etvoid, une terreur de grandes ténèbres tomba sur lui. — Le soleil était à son coucher, signifie le temps et l'état avant la consommation ; et un assoupissement tomba sur Âbram, signifie que l'Eglise était alors dans les ténèbres ; et voici, une terreur de grandes ténèbres tomba sur lui, signifie que les ténèbres étaient épouvantables ; les ténèbres sont les faussetés.

IS.'iT. Le soleil était à son coucher, signifie le temps et l'étal avant la consommation. Ou le voit par la signification du Soleil. Dans le sens interne, le Soleil signifie le Seigneur, et, par suite, les célestes qui appartiennent à l'amour et à la charité, par conséquent l'amour même et la charité même, ainsi qu'il a déjà été dit, n M 30 à 38 et n° 1053; il est donc évident que le coucher du Soleil est le dernier temps de l'Eglise, qu'on appelle consommation, quand il n'y a plus aucune charité. L'Eglise du Seigneur est

comparée aussi aux temps du Jour; son premier âge, au lever

du Soleil, ou à l'aurore et au matin ; son dernier âge, au coucher du soleil, ou au soir et aux ombres qui existent alors, car la marche est la môme ; elle est pareillement comparée aux temps de l'Aimée; son premier âge, au printemps quand tout lleurit ; l'âge qui précède le dernier à l'automne quand tout commence à languir ; bien plus, elle est aussi comparée aux métaux: son premier âge est appelé l'âge d'or; et son dernier, l'âge de fer et d'argile, comme dans Daniel, — II. 31, 32, 33. — On voit, d'après cela, ce qui est signifié par le soleil était à son coucher, et que ces paroles signifient le temps et l'état avant la consommation, parce que le Soleil n'est pas encore couché. Dans la suite il s'agit de l'état de l'Eglise, lorsque le Soleil fut couché, en ce qu'alors il y eut de l'obscurité et que la fumée de la fournaise, ainsi qu'un brandon de feu, passa entre les morceaux.

1838. Un assoupissement tomba sur Abram, signifie quel Eglise était alors dans les ténèbres. On en trouve la preuve dans la significationde Y assoupissement . L'assoupissement est un étatténébreux par rapport à la veille, et cet état se dit ici du Seigneur, qui est représenté par Abram; non qu'il y ait jamais assoupissement ou état ténébreux chez le Seigneur, mais cet état est dans l'Eglise. Il en est de cela comme de ce qui se passe dans l'autre vie, ou le Seigneur est toujours le Soleil et la Lumière môme, mais où devant les méchants il apparaît comme ténèbres, car le Seigneur apparaît selon l'état de chacun ; ainsi, il s'agit ici de l'Eglise, quand elle est dans l'état ténébreux; soient aussi pour exemple la vastation, la punition et la damnation, qui sont très-souvent , dans la Parole, attribuées au Seigneur, tandis que cependant c'est l'homme de l'Eglise qui lui-môme se dévaste, se punit et se damne; il semble aux yeux de l'homme que c'est le Seigneur qui dévaste, punit et damne, et parce qu'il lui semble ainsi, cela est exprimé de la sorte selon les apparences ; car si l'homme n'était pas instruit selon les apparences, jamais il ne se laisserait instruire ; ce qui est contraire à l'apparence, il ne le croit pas et ne le saisit pas, si ce n'est fort tard, lorsqu'il a le jugement sain et qu'il a été gratifié de la foi de la charité. La môme chose arrive dans l'Eglise quand elle est dans les ténèbres; le Seigneur est alors devant les membres

de l'Eglise dans une telle obscurité, qu'il n'apparaît pas, c'est-àdire qu'il n'est pas reconnu, tandis que ce n'est nullement le Seigneur qui est dans l'obscurité, mais c'est l'homme dans lequel et chez lequel devrait être le Seigneur ; néanmoins l'obscurité est attribuée au Seigneur ; il en est de même ici de Y assoupissement par lequel est signifié l'état ténébreux de l'Eglise.

1839. Voici, une terreur de grandes ténèbres tomba sur lui, signifie que les ténèbres étaient épouvantables; les ténèbres sont les faussetés : c'est ce qu'on voit par la signification des ténèbres, en ce qu'elles sont les faussetés, ainsi qu'il va être expliqué. L'état de l'Eglise avant la consommation , mais lorsque le soleil était à son coucher , est décrit par une terreur causée par de grandes ténèbres, tandis que l'état, lorsque le soleil est couché, est décrit par de l'obscurité et par plusieurs autres choses, au vers. 17; et dans Matthieu, il l'est ainsi par le Seigneur : « Le soleil sera obscurci , et la » lune ne donnera point sa lumière, et les étoiles tomberont du Ciel , » et les vertus des cieux seront ébranlées. » — XXiV.29. — Non

que ce soit le soleil du monde qui sera obscurci , mais c'est le céleste qui appartient à l'amour et à la charité ; non que ce soit la lune qui ne donnera point sa lumière, mais c'est le spirituel qui appartient à la foi; non que ce soient les étoiles qui tombent du Ciel, mais ce sont les connaissances du bien et du vrai chez l'homme de l'Église, lesquelles sont la puissance des Cieux; non que ce soit au ciel que ces choses arriveront, car le ciel n'est jamais dans l'obscurité, mais c'est sur la terre. Si une terreur causée par de grandes ténèbres s'empara d'Àbram, c'est que le Seigneur fut saisi d'horreur à la vue d'une si grande dévastation. Autant quelqu'un est dans les célestes de l'amour, autant il éprouve d'horreur lorsqu'il perçoit la consommation ; aussi cette horreur fut-elle chez le Seigneur plus grande que chez tout autre, puisqu'il était dans l'amour même céleste et Divin. Queles ténèbres signifient les faussetés, c'est ce qu'on voit par plusieurs passages de la Parole ; ainsi, dans Esaïe : « Malheur à ceux qui placent les Ténèbres dans la lumière , et la « lumière dans les Ténèbres. » — V. 20. — Les ténèbres sont prises pour les faux, et la lumière pour les vrais. Dans le Même : « II » regardera vers la terre, et voici, des Ténèbres, de l'angoisse, et la » lumière o été obscurcie. » — V . 30. — Les ténèbres sont les faux, '

et la lumière obscurcie signifie que le vrai n'apparaît plus. Dans le Même : « Voici , les Ténèbres couvrent la terre, et V Obscurité » les peuples. » — LX. 2. — Dans Amos : « Le^jour de Jéhovah » sera des Ténèbres et non une lumière ;Ne (sera)-t-i\ pas des Té- » nèbres le jour de Jéhovah, et non une lumière? et n'y a- t-i! pas en » lui de i Obscurité el non de la splendeur ? » V. 18,20. — Dans Zéphanie : « Il est proche le grand jour de Jéhovah : (cest) un » jour d'emportement, ce jour-là; jour d'angoisse et de détresse, » jour de vastation et de désolation, jour de Ténèbres et à'Obscu- » rité f jour de nuage et de brouillard. » — I. 14, 15. — Là, le jour de Jéhovah, c'est le dernier temps et le dernier état de l'Église ; les, ténèbres et l'obscurité sont les faux et les maux. Le Seigneu r appelle aussi ténèbres les faussetés, dans Matthieu : c Si ton œil es^ » mauvais, tout ton corps sera ténébreux; si donc la lumière qui (est) » en toi est Ténèbres, combien grandes ces Ténèbres! » — VI. 23.— Les ténèbres sont les faussetés qui s'emparent de^ceux qui sont dans les connaissances, et là il est indiqué combien elles sont grandes en comparaison des ténèbres des nations qui ne possèdent point les connaissances. Il est encore dit dans le Même : « Les (ils du » Royaume seront jetés dans les Ténèbres extérieures. » — VIL 12 ; XXII. 15. — Les ténèbres extérieures sont les faussetés abominables de ceux qui sont dans l'Église, car ceux-ci rendent la lumière ténébreuse et produisent des faussetés contre les vrais , ce que ne peuvent faire les nations. Dans Jean : « En Elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes; et la lumière apparaît dans les Ténèbres , mais les Ténèbres ne l'ont point comprise. »

— I. 4, 5. — Les ténèbres sont les faussetés aujdcdans de l'Église. Les faussetés au dehors de l'Église sont aussi appelées ténèbres , mais ce sont des ténèbres qui peuvent être éclairées , et dont il est ainsi parlé dans Matthieu : « Le peuple qui était assis dans » les Ténèbres a vu une grande lueur , et la lumière s'est levée sur » ceux qui étaient assis dans la région et dans l'ombre de la mort. »

— IV. 16. — Les ténèbres sont les faux de l'ignorance, tels que sont ceux des nations. Dans Jean : « C'est là le jugement : que la » Lumière est venue dans le monde ; mais les hommes ont aimé les » Ténèbres plus que la Lumière , car leurs œuvres étaient mau- » vaises. » — III. 19. — La lumière est prise pour les vrais, et les

ténèbres sont prises pour les faux ; la lumière c'est le Seigneur, parce que de Lui procède tout vrai ; les ténèbres sont les enfers, parce que de la prient tout faux. Dans le Même : « Jésus dit : Je » suis la Lumière du monde, celui qui Me suit ne marchera pas dans r> les Ténèbres. — VIII. 12. — Dans le Même : « Marchez pen- » dant que vous avez la lumière, de peur que les Ténèbres ne vous » surprennent ; car celui qui marche dans les Ténèbres ne sait où » il va. Moi, la lumière, je suis venu dans le monde, afin que » quiconque croit en Moi ne demeure point dans les Ténèbres. » — XII. 35, 36, 46. — La lumière , c'est le Seigneur de qui procèdent tout bien et tout vrai; les ténèbres sont les faux qui sont dissipés par le Seigneur Seul. Les faussetés des derniers temps , qui sont ici appelées ténèbres, ou auxquelles est appliquée la terreur des grandes ténèbres, ont été représentées et signifiées par les Ténèbres étendues sur toute la terre, depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième,. et encore en ce que le soleil fut enveloppé de ténèbres, ce qui représentait et signifiait qu'alors il n'y avait plus aucun amour , ou qu'il n'y avait plus aucune foi. — Matth. XXVII. 45; Marc. XV. 33; Luc. XXIII. 44, 45.

1840. Vers. 13. Et 11 dit à Abram : En connaissant tu connaîtras que ta semence sera étrangère dans une terre non à eux, et ils serviront ceux-là , et ceux-là les affligeront quatre cents ans : — Il dit à Abram, signifie la perception : en connaissant tu connaîtras, signifie qu'il est certain : ta semence sera étrangère , signifie que la charité et la foi seront rares : dans une terre non à eux , signifie où l'Eglise sera comme si elle n'appartenait point à ceux qui sont dans la charité et la foi : et ils serviront ceux-là , signifie l'oppression : et ceux-là les affligeront, signifie leurs graves tentations : quatre cents ans , signifie la durée et l'état.

1841. Il dit à Abram, signifie la perception : cela est constant d'après ce qui a été dit ci-dessus , vers. 9 et ailleurs , où les mêmes paroles ont une pareille signification.

1842. En connaissant tu connaîtras, signifie qu'il est certain : on le voit sans explication.

1843. Ta semence sera étrangère , signifie que la charité et la foi seront rares :onen trouve la preuve dans la signification d'étranger: et dans celle de h semence. Étranger signifie ce qui n'est pas né

dons la terre ; ainsi ce qui n'est pas reconnu pour indigène, et par

conséquent ce qui est regardé comme d'un autre pays ; et la semence signifie la charité et sa foi, ainsi qu'il a déjà été expliqué n" 255, 1025, et ci-dessus vers. 13. Puisqu'on appelle étranger ce qui est regardé comme d'un autre pins , et que ce qui est d'un autre pays est ce qui n'est pas dans la terre ou de la terre , il s'ensuit que c'est ce qui est rare, et par conséquent que la charité et la foi de la charité, qui sont la semence, *cront rares. Il s agit du temps avant la consommation, quand il y aura de grandes ténèbres , c'est-à-dire de grandes faussetés , en ce qu'alors la semence sera étrangère, ou en ce que la charité et la foi seront rares. Que la foi serait rare dans les derniers temps , c'est ce qui a été prédit par le Seigneur quand il annonça la consommation du siècle, dans Matthieu, XXIV. ià 51 ; Marc, XIII. 3 à 37 ; Luc, XXI. 7 à 38, — où tout ce qui est dit signiâe que dans ces temps la charité et la foi seraient rares , et qu'enfin il n'y en aurait plus. Une semblable prédiction est annoncée par Jean dans l'Apocalypse , et fort souvent aussi dans les Prophètes , outre tous les endroits où elle se rencontre dans les Livres Historiques de la Parole ; mais par la foi qui doit périr dans les derniers temps , on n'entend autre chose que la charité , il n'y a pas d'autre foi que la foi de la charité ; celui qui n'a pas la charité ne peut avoir la moindre chose de la foi ; la charité est le sol même dans lequel est implantée la foi , elle est le cœur par lequel la foi est et vit. C'est pour cela que les Anciens ont comparé l'amour et la charité au cœur, et la foi au poumon, qui sont l'une et l'autre dans la poitrine : il y a aussi similitude, car se représenter la vie de la foi sans la charité, c'est comme si l'on se représentait la vie par le poumon seul sans le cœur; et chacun peut voir qu'une telle vie n'est pas possible ; aussi les anciens donnaient-ils le nom de cœur à toutes les choses qui appartiennent à la charité , et le nom de bouche seulement ou de poumon à cause de l'influx de la respiration dans le langage, à toutes les choses qui appartiennent à la foi sans la charité ; de là les formules anciennes que les biens et les vrais doivent sortir du cœur.

1844. Dans une terre non à eux, signifie oà V Eglise sera comme si elle n'appartenait point à ceux qui sont dans la charité et la foi : cela est évident par la signification de la Terre, en ce

qu'elle est l'Église, ainsi qu'il a été dit n°* 566, 662, 1066, 1067. Aujourd'hui, c'est d'après Jes seuls doctrinaux de la foi qu'on dit qu'il y a Église, et c'est d'après ces doctrinaux qu'on distingue les Églises du Seigneur, sans avoir aucun égard à la vie qu'on y mène, lors même qu'on y fomente des haines intestines, et que, semblables à des bètes féroces, l'on s'y déchire l'un l'autre, on se dépouille, on s'enlève réputation, honneur, richesses, et qu'on nie dans son cœur tout ce qui est saint, lorsque cependant chez de tels hommes il n'y a nullement Église; mais l'Église est chez ceux qui aiment le Seigneur et le prochain comme eux-mêmes, qui ont la conscience, et qui ont en aversion ces haines dont je viens de parler : ceux-ci cependant sont comme des étrangers au milieu des autres, qui les accablent de sarcasmes et les persécutent autant qu'ils peuvent, ou les regardent commes des gens simples, de peu d'importance, et sans aucune valeur. Voilà ce que signifient ces mots : Ta semence sera étrangère dans une terre.

18i5. Et ils serviront ceux-là, signifie V oppression : on peut le voir d'après ce qui vient d'être dit.

1846. Et ceux-là les affligeront, signifie leurs graves tentations : c'est ce qu'on peut voir par la signification d'affliger ou de l'affliction, en ce que c'est la persécution, et par conséquent la tentation. Dans la Parole du Seigneur, Y affliction ne signifie pas autre chose, comme dans Eî-aie : «Je te purifierai , et non par de » l'argent, je te trierai dans le creuset de Y Affliction, » — XLVIH. 10. — L'affliction, c'est la tentation. Dans Moïse : « Souviens-toi de tout le chemin par lequel Jéhovah ton Dieu t'a )> conduit, pendant ces quarante années, dans le désert, à l'effet » de V Affliger et de te Tenter. Jéhovah qui, dans le désert, te » nourrit de la manne que tes pères n'ont pas connue, à l'effet de » t' Affliger et à l'effet de te Tenter, pour te faire du bien à la fin. »

— Deut. VIII. 2, 16. — Affliger, c'est évidemment tenter. Dans le Même : « Quand les Égyptiens nous maltraitèrent et nous af- » fligèrent et mirent sur nous une dure servitude ; et nous criâmes » à Jéhovah, le Dieu de nos pères, et Jéhovah exauça notre voix, » et il vit notre Affliction, et notre travail , et notre oppression. »

— Deut., XXVI, 6, 7. — Ici, il est dit, comme dans ce verset, qu'ils servaient et étaient affligés, ce qui signifie pareillement les

tentations des fidèles, comme aussi leurs afflictions dans le désert représentaient de même les tentations du Seigneur, comme dans Isaïc : « Il était méprisé, un homme de douleurs, de là on a comme » caché sa face de Lui ; il était méprisé, et nous ne L avons pas » considéré; mais cependant il s'est chargé de nos maladies, et il » a porté nos douleurs; mais nous, nous L avons considéré comme » battu, frappé de Dieu , et Affligé. » — LUI. 3, 4. — Dans ce passage serit signifiées les Tentations du Seigneur; par ces paroles, il s'est chargé de nos maladies et il a porté nos douleurs, on n'entend pas que les fidèles ne doivent plus subir aucune tentation, ni que le Seigneur ait fait venir sur Lui les péchés et les ait ainsi enlevés; mais on entend que par les combats des Tentations et par ses victoires il a vaincu les enfers, et qu'ainsi seul, même quant à l'Essence Humaine, il soutiendrait les tentation* chez les fidèles. Les tentations sont aussi appelées Afflictions par le Seigneur; dans Marc : « ^)uand ceux qui reçoivent la semence sur des endroits » pierreux ont entendu la parole, ils n'ont point de racine en eux- » mêmes, et ils ne persistent que pour un temps; ensuite quand T> P Affliction et la persécution s'élèvent à cause de la parole, aussi- » tôt ils sont scandalisés. » — fV. 16, 17. — L'affliction est évidemment pour la tentation ; ne point avoir en soi-même de racine, c'est ne point avoir de charité, car c'est en elle que la foi prend racine, et ceux qui ne sont pas pourvus de cette racine succombent dans les tentations. Dans Jean : « Vous aurez de VAfflic- » lion dans le monde, mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde. » — XVI. 33. — L'afflictiou, c'est la tentation. Dans Matthieu: « Une nation s'élèvera contre une nation, et un royaume contre » un royaume; toutes ces choses (seront) un commencement de » douleurs; alors ils vous livreront à I Affliction; il y aura alors » une grande Affliction, telle qu'il n'y en a point eu depuis » le commencement du monde. Aussitôt après P Affliction » de ces jours , le soleil sera obscurci. » — XXJV. 7,8, 9, 21, 29. — Là il s'agit de la consommation du siècle, ou des derniers temps de l'Ëglise ; l'AfUiction désigne les tentations externes et internes ; les externes sont les persécutions de la part du monde, les internes sont celles qui viennent du diable; il n'y aura plus de charité, c'est ce qui est signiûé en ce qu'une nation

s'élèvera contre une nation et on royaume contre un royaume, et en ce que le soleil , c'est-à-dire le Seigneur, l'amour et la charité, sera obscurci.

1847. Quatre cents ans signifie la durée et Vêtat des tentations : on le voit par la signification de quatre cents, nombre qui signifie la même chose que quarante, c'est-à-dire les durées et les états des tentations, ainsi qu'il a été dit n 0 ' 730, 862 ; les durées plus courtes ou plus longues des tentations sont décrites dans la Parole par quarante. Dans le sens littéral, cela concerne la durée du séjour des fils de Jacob en Egypte, et l'on voit dans l'Exode, XII, 40, qu'elle fut de 430 ans, quoiqu'il n'y ait pas eu une aussi longue durée à partir de l'arrivée de Jacob en Egypte, mais elle se compte, comme il a déjà été observé, à partir du séjour qu'Abram y fit ; il a été dit 430, en partant de ce séjour, parce que ce nombre renferme les tentations que les fils de Jacob représentaient par leur servitude en Egypte, et qu'ils représentèrent ensuite par les afflictions de quarante ans dans le désert.

*«wi848. Vers. 14. Et même la nation à laquelle ils seront asservis, je (la) jugerai , Moi, et après quil (en aura été) ainsi, ils sortiront avec une grande acquisition. — Même la nation à laquelle ils seront asservis, signifie les méchants qui oppriment : je (la) jugerai , Moi, signifie la visite et le jugement; et après qu'il (en aura été) ainsi, ils sortiront avec une grande acquisition , signifie la délivrance, et qu'ils auront les biens célestes et spirituels.

1849. Même la nation à laquelle ils seront asservis, signifie les méchants qui oppriment : c'est ce qui est évident par la signification de la nation et de servir. Dans le sens réel , la nation signifie leè biens, ou ce qui est la même chose, les bons, car lorsque les biens sont nommés abstractivcment, ils sont dans un sujet qui est homme, esprit ou ange : mais dans le sens opposé la nation signifie les maux, ou, ce qui est la même chose, les méchants ; Voir n* 9 1159, 1258, 1259, 1260. Servir, ou la Servitude, signifie l'oppression, comme dans le vers, précédent.

1850. Je la jugerai, Moi, signifie la visite et le jugement; on peut le voir sans explication. Juger, ou le Jugement, ne signifie pas un jugement dernier, comme le vulgaire le pense, savoir, que

le Ciel et la Terre périront, et qu'alors seront créés le nouveau

Ciel et la nouvelle Terre, dont il est parlé dans les Prophètes et dans l'Apocalypse, et par conséquent que tout doit être détruit; cette opinion s'est tellement répandue qu'elle s'est même emparée de l'esprit des hommes les plus instruits, au point qu'ils croient que les morts ne ressusciteront qu'à cette époque : c'est pourquoi, comme ce temps a été prédit, et que néanmoins, après tant de siècles écoulés depuis la prédiction, ils voient qu'il n'arrive point et ne s'approche point, ils se rassurent et se confirment dans leur sécurité, pensant qu'il n'est rien de tout cela, et par conséquent qu'on ne doit point ressusciter. Mais il faut qu'on sache que parle Jugement Dernier, ou par la destruction du Ciel et de la Terre, jamais semblable chose n'a été entendue; selon le sens de la lettre il en est ainsi, mais nullement selon le sens interne : par le Jugement Dernier on entend le dernier temps de l'Église; par le Ciel et la Terre, qui doivent périr, on entend l'Église quant au culte interne et externe , Église qui devient nulle quand il n'y a plus aucune charité. Il y a eu Jugement Dernier pour la Très-Ancienne Eglise lorsqu'il n'y eut plus en elle aucune charité ni aucune foi et que la perception devint nulle, ce qui arriva immédiatement avant le déluge ; le déluge même, dont il a été parlé ci-dessus, fut le Jugement Dernier de cette Eglise; alors il y eut destruction du Ciel et de la Terre, c'est-à-dire de l'Église, et création d'un nouveau Ciel et d'une nouvelle Terre, c'est-à-dire d'une nouvelle Église, qui fut appelée l'Église Ancienne, et dont il a aussi été traité. Cette église eut de même son dernier temps, alors que toute charité se refroidissait et que toute foi se couvrait de ténèbres, ce qui arriva vers le temps d'Eber; ce temps fut le Jugement Dernier de cette église; le Ciel et la Terre qui périrent, c'était cette église; le nouveau Ciel et la nouvelle Terre qui furent créés, ce fut l'Église Hébraïque. Elle aussi eut son dernier temps ou son Jugement Dernier lorsqu'elle devint idolâtre : c'est pourquoi il fut suscité, chez les descendants de Jacob, une nouvelle Eglise, qui fut appelée l'Église Judaïque, et qui n'était autre chose qu'une Église Représentative de la Charité et de la Foi ; dans cette Église, ou chez les descendants de Jacob, il n'y eut aucune charité ni aucune foi, aussi n'était-ce pas une église, c'était seulement un Kepréseo-

tatif de l'église ; comme il ne pouvait s'établir alors de communication immédiate entre le Royaume du Seigneur dans les deux et aucune Église véritable sur les terres, ce fut pour cela qu'une communication médiate fut établie par des Représentatifs : le dernier temps de cet établissement ainsi appelé église, ou son Jugement Dernier, arriva quand le Seigneur vint dans le monde, car alors cessèrent les Représentatifs, c'est-à-dire les sacrifices et les rites semblables; et afin qu'ils cessassent, les juifs furent chassés de la terre de Canaan. Après celte destruction, il fut créé un nouveau Ciel et une nouvelle Terre, c'est-à-dire une nouvelle Eglise qui doit être nommée l'Église Primitive; commencée par le Seigneur, et ensuite consolidée peu à peu, elle fut primitivement dans la charité et dans la foi ; la destruction de cette Eglise a été prédite par le Seigneur, dans les Évangélistes, et par l'intermédiaire de Jean, dans l'Apocalypse : c'est cette destruction qui est nommée le Jugement Dernier, non pas qu'alors le Ciel et la Terre doivent périr, mais parce qu'une nouvelle Eglise sera suscitée dans quelque partie du monde, l'autre restant dans son culte externe, comme les Juifs sont restés dans le leur, et l'on sait assez que dans leur culte il n'y a aucune charité ni aucune foi , c'est-à-dire aucune Église. Voilà ce qui concerne le Jugement Dernier dans le commun. Dans le particulier, il y a Jugement Dernier pour chaque homme aussitôt qu'il meurt; car il passe alors dans l'autre vie, et comme il y transporte la vie qu'il a eue dans le corps, il y est jugé ou à la mort ou à la vie. Le Jugement Dernier a lieu aussi dans ce qu'il y a de plus particulier; chez l'homme qui est jugé à la mort, c'est tout en général et en particulier qui le condamne, car il n'existe pas la moindre chose dans sa pensée et dans sa volonté qui ne soit semblable à son Jugement Dernier, et qui ne l'entraîne vers la mort. Il en est de même chez l'homme qui est jugé à la vie; tout ce qui , en général et en particulier, appartient à sa pensée et à sa volonté est chez lui une image de son Jugement Dernier, et le conduit vers la vie; car tel est l'homme dans le commun, tel il est dans les plus petites particularités de la pensée et de l'affection. Voilà ce qui est signifié par le Jugement Dernier.

1851* Et après qu'il en aura été ainsi t ils sortiront avec une

grande acquisition, signifie la délivrance, et qu'ils auront les biens

célestes et spirituels : on le voit par la signification de sortir, en ce que c'est être délivré, et par la signification de {'acquisition, en ce que c'est le bien céleste et spirituel , car cette acquisition est faite par ceux qui souffrent les persécutions et subissent les tentations, les oppressions, les alllictions ou la servitude, dont il est parlé dans ce verset et dans le précédent. Ces biens ont aussi été représentés et signifiés par V acquisition des fils de Jacob quand ils sortirent d'Égypte ; — Exod., XI. 2; XII. 36, et par leur acquisition dans la terre de Canaan après en avoir chassé les nations; ils l'ont encore été ça et là dans les Prophètes quand il s'agit des dépouilles des ennemis, dont les fils de Jacob s'enrichissaient.

1852. Vers. 15. Et loi, tu viendras vers tes pères en paix; tu seras enseveli dans une bonne vieillesse. — Toi, tu viendras vers tes pères en paix, signifie que les biens et les vrais ne seront endommagés en rien : tu seras enseveli dans une bonne vieillesse, signifie que ceux <[iii appartiennent au Seigneur auront la jouissance de tous les biens.

1853. Toi, lu viendras vers tes pères en paix, signifie que les biens et les vrais ne seront endommagés en rien : on peut en avoir la preuve dans la signification des pères, de venir vers ses pères, et dans celle de la paix. Dans le sens interne, les Pères signifient ici la même chose que les filles et les iils ensemble ; que les filles signifient les biens, et les fils les vrais, c'est ce qui a déjà été expliqué, n 08 489, 490, 491, 533, 1147; de là les pères signifient tout ensemble ce que représentent les filles et les fils. Venir vers ses pères, c'est passer de la vie du corps dans la vie de l'esprit, ou du monde dans l'autre vie; en paix, signifie qu'il ne perdra rien, par conséquent que rien ne sera endommagé. En effet, celui qui passe dans l'autre vie ne perd rien de ce qui appartient à l'homme ; il retient et garde avec lui tout en général et en particulier, excepté le corps qui empêchait l'exercice intérieur de ses facultés. On peut voir, par ce qui va suivre, qu'il n'est signifié ici aucune mort, ni aucun passage vers ses pères par la mort.

1854. 7m HfSf enseveli dans une bonne vieillesse, signifie que ceux qui appartiennent au Seigneur auront la jouissance de tous la biens : cela est évident en ce que ceux qui meurent et

sont ensevelis ne meurent point, mais passent d'une vie d'obscurité dans une vie de clarté; car la mort du corps n'est qu'une continuation de la vie, de même qu'elle n'en est qu'une perfection; et alors ceux qui appartiennent au Seigneur viennent dans la jouissance de tous les biens, jouissance qui est signifiée par une bonne vieillesse. Souvent on trouve dans la Parole: ils moururent, ils furent ensevelis et recueillis vers leurs pères ; mais, dans le sens interne, ces expressions ne signifient point ce qu'elles présentent dans le sens de la lettre ; dans le sens interne, ce sont des choses qui appartiennent à la vie après la mort, et qui sont éternelles, tandis que, dans le sens de la lettre, ce sont des choses qui appartiennent à la vie dans le monde et qui sont temporaires; lors donc que ceux qui sont dans le sens interne, comme sont les Anges, rencontrent de telles expressions, ils ne s'arrêtent nullement à ce qui concerne la mort et la sépulture , mais ils s'attachent à ce qui regarde la continuation de la vie ; car ils considèrent seulement la mort comme le dépouillement de ce qui appartient à une nature extrêmement grossière et au temps, et comme la continuation de la vie même; bien plus, ils ignorent ce que c'est que la mort, car ils ne pensent à rien de ce qui concerne la mort : il en est de même des âges de l'homme ; quant à ce qu'il est dit ici, dans une bonne vieillesse, les Anges ne perçoivent nullement la vieillesse, ils ignorent même ce que c'est que la vieillesse, car ils tendent sans cesse vers la vie de la jeunesse et de l'adolescence; c'est une telle vie, et par conséquent ses célestes et ses spirituels , qu'on doit entendre toutes les fois que, dans la Parole, on trouve l'expression bonne vieillesse et celles qui sont semblables.

1855. Vers. 16. Et à la quatrième génération ils reviendront ici , parce que jusque-là l'iniquité des Emorréens n'aura pas été consommée. — A la quatrième génération ils reviendront ici, signifie le temps et l'état du rétablissement : parce que jusque-là t iniquité des Émorréens n'aura pas été consommée, signitie le dernier temps, quand il n'y aura plus aucun bien.

1856. A la quatrième génération ils reviendront ici, signifie le temps et l'état du rétablissement : on trouve la preuve dans la signification de la quatrième génération. La quatrième génération signifie la même chose que quarante et que quatre cents, c'est-à-

dire la durée et l'état de la tentation, Voir ci -dessus, yen. 13;

c'est une sorte de diminutif de ces nombres : que le nombre soit plus grand, ou qu'il soit |>lus petit, pourvu qu'il vienne delà même racine, il renferme la même chose, comme il a déjà été dit plusieurs fois. Que la quatrième génération ne signifie point quelque génération sortie d'Abram, d'Isaac ou de Jacob, c'est ce qu'on voit par les Livres Historiques de la Parole, car lorsqu'ils revinrent, il y avait eu un plus grand nombre de générations, et elles n'étaient pas en même nombre dans chaque tribu. Ailleurs on rencontre pareillement l'expression quatrième génération; mais, dans le sens interne, elle ne signifie jamais une génération; or ici, elle signifie le temps et f état du rétablissement , parce qu'elle désigne la tin de ce qui a été signifié par quarante ou quatre cents ; Voir n<" 802 et 1847.

1857. Parce que jusque-là l'iniquité des Emorréens n'aura pas été consommée, signifie le dernier temps quand il n'y aura plus aucun bien : c'est ce qu'on voit par la signilication de Y Emorréen et par la signification de la Consommation. Dans la Parole, VEmorréen signifie le mal en général, par la raison que la terre de Canaan a été appelée la terre des Emorréens, comme on le voit dans Ezéchiel , — XVI. 3, 4, — et dans Amos, — 11.9, 10; — c'est pourquoi ici par VEmorréen on doit entendre toutes les nations de la terre de Canaan, par lesquelles ont été signifiés en particulier les maux et les faux, comme je l'ai déjà dit; de là \ Emorréen signifie tous les maux en général. La consommation signifie le dernier temps quand il n'y a plus aucun bien. Toutefois, ce qui est entendu par ces mots : parce que jusque-là l'iniquité des Emorréens n'aura pas été consommée, est un arcane; voici ce qui se passe à l'égard des méchants dans l'autre vie : les méchants ne sont pas punis avant que leurs maux soient parvenus à leur comble, et cela, soit dans le commun, soit dans le particulier ; car tel est l'équilibre dans l'autre vie, que le mal se punit lui-même, ou que les méchants se jettent dans la peine du mal, mais seulement quand il est parvenu à son comble; chaque mal a sa limite, qui est différente chez chacuu ; cette limite ne doit pas être dépassée ; quand le méchant la dépasse, il se précipite alors dans la peine, et cela en tout ce qui concerne le particulier. Il en est de môme en ce

qui regarde le commun : les méchants se jettent dans l'enfer, non

pas en un moment, mais successivement; cela vient de la Loi universelle de l'Ordre établi par le Seigneur, loi d'après laquelle le Seigneur n'envoie jamais qui que ce soit dans l'enfer, mais le mal ou le méchant s'y jette lui-môme successivement, et cela, jusqu'à ce que le mal ait été consommé, et qu'il n'apparaisse plus aucun bien ; tant qu'il y a en lui quelque reste de bien , il est élevé de l'enfer; mais quand il n'y a plus que le mal, il s'élance lui-même dans l'enfer; il faut d'abord que l'un soit séparé de l'autre, car le bien et le mal sont opposés l'un à l'autre; rester en suspens entre ('un et l'autre n'est pas permis : voilà ce qui est signifié par l'iniquité des Emorréeus qui doit être consommée : mais il en est autrement des bons; ils sont continuellement élevés par le Seigneur vers le ciel, et le mal qui est en en k s'elFace successivement. Il en est de même de l'état de l'Église; la visite ne vient point avant que le mal ait été consommé, c'est-à-dire tant qu'il reste encore quelque bien de h charité et quelque vrai de la foi : il est trèssouvent parlé de cette consommation dans les Prophètes ; parexemple, dans Ksaïe : « J'ai entendu la consommation et la décision de la » part du Seigneur Jéhovih Zébaoth sur toute la terre. » — XVI II. 22. Dans Jérémie : « Babel, qui habites sur plusieurs eaux, grande » en trésors, elle est venue, ta (in, la mesure de ton lucre. » — Ll. 13. — Dans Daniel : « Soixante-dix semaines ont été déci- » dées sur ton peuple et sur la ville de ta sainteté, pour consommer » la prévarication , et pour sceller les péchés , et pour expier /'i- » niquité, et pour amener la justice des siècles, et pour sceller » la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints. » — \\ m 2V. — « Enlin sur l'oiseau des abominations (est) la désola- » tion, et jusqa'à la i Onsommation et à la décision, elle se répan- » drasur la dévastation. » — Ibid. vers. 27. — La Consommation est aussi prédite par le Seigneur Lui-Meme dans Luc, en ces termes : u Ils tomberont sous le tranchant de Pépée, et seront captifs » parmi toutes les nations : et enlin Jérusalem sera foulée par les » nations, jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis. »

XXL 24. — Tomber sous le tranchant de 1 épée, c'est par les

faux; car Pépée, dans la Parole, est la peine du faux; Jérusalem, c'est le Royaume du Seigneur et l'Eglise, n° 402; les nations sont

les maux, n° 1260; ainsi, il y a consommation alors que l'Eglise a été possédée par les maux et par les faux, et par conséquent détruite par elle-même.

1858. Vers. 17. Et (ce) fut (ainsi): le soleil se coucha, et l'obscurité arriva ; et voici, une fournaise de funiée, et un brandon de feu, qui passa entre ces morceaur. — El (ce) fut (ainsi) : le soleil se coucha, signifie le dernier temps, quand il y a consommation : et l'obscurité arriva, signifie quand la haine a pris la place de la charité: et voici , une fournaise de fumée, signifie le faux le plus compact: et un brandon de feu, signifie l'ardeur des cupidités : qui passa entre ces morceaux, signifie que cette ardeur sépara d'avec le Seigneur ceux qui avaient été de l'Eglise.

1859. El ce fut ainsi : le soleil se coucha, signifie le dernier temps, quand il y a consommation : on le voit d'après ce qui a été dit, verset 12, sur le coucher du soleil et sur sa signification, savoir, en ce que c'est le dernier temps de l'Eglise.

1860. Et l'obscurité arriva, signifie quand la haine a pris la place de la charité: on en trouve la preuve dans la signification de l'obscurité. Dans la Parole, les ténèbres signifient les faux , mais C obscurité signifie les maux, ainsi que l'on verra bientôt. Il y a des ténèbres quand le faux est à la place du vrai, et il y a de l'obscurité, quand le mal est à la place du bien, ou ce qui est absolument la même chose , quand la haine est à la place de la charité , l'obscurité est si grande, que l'homme ne sait absolument plus que la haine est un mal ; il sait encore moins que c'est un mal si grand, que dans l'autre vie ce mal se précipite dans l'enfer; car ceux qui sont dans la haine , aperçoivent en elle un certain plaisir et comme une sorte de vital ; ce plaisir même et ce vital font que celui qui est dans la haine sait à peine autre chose sinon que c'est un bien ; tout ce qui favorise la volupté et la cupidité de l'homme favorisant son amour , il le sent comme un bien, au point même que si on lui dit que c'est infernal , il a peine à le croire : encore moins croit-il, si on lui dit qu'un tel plaisir et qu'un tel vital se changent dans l'autre vie en une infection excrémentielle et cadavéreuse ; encore bien moins croit-il que lui-même devient un diable et une image affreuse de l'enfer ; car l'enfer ne consiste qu'en haines et en de telles formes diaboliques ; toutefois quiconque est doué de quelque puissance dr

penser peut le savoir ; car si lui-même décrivait ou représentait, ou qu'il pût dépeindre en quelque manière la Haine , il ne le ferait pas autrement que sous des formes diaboliques, telles même que deviennent après la mort les. formes de ceux qui sont dans la haine ; et ce qui est surprenant, c'est que de tels hommes osent dire néanmoins que , dans l'autre vie, ils viendront dans le ciel, quelques-uns, par cela seul qu'ils disent avoir la foi , tandis que cependant il n'y a dans le Ciel que des formes de charité, telles que sont celles qui ont été décrites d'après l'expérience. Voir n° 553 ; que ces hommes pensent donc à présent comment il est possible que ces deux formes de la haine et de la charité s'accordent ensemble dans un même lieu. Que les ténèbres signifient le faux , et l'obscurité le mal, c'est ce qu'on peut voir par les passages suivans de la Parole : dans Esaïe: « Voici, les Ténlbrcs couvrent la terre , et Y Obscurité les peuples. » — LX. 2. — Dans Joël : « Que tous les habitans de la terre soient » saisis d'horreur, car le jour de Jéhovah vient, jour de Ténèbres et » d'Obscurité. » — II. 1, 2. — Dans Séphanie : « ( c'est ) un jour » d'emportement , ce jour-là , jour de vastation et de désolation, » jour de Ténèbres et d'Obscurité. » — I. 15. — Dans A mus : « Le » jour de Jéhovah ne (.wa)-t-il pas Ténèbres, et non lumière? et • n'y («)-t-il pas en lui Obscurité et non splendeur? » — V. 20. — Là, le jour de Jéhovah , c'est le dernier temps de l'Eglise , duquel il s'agit ici ; les ténèbres désignent les faux , et l'obscurité les maux ; c'est pour cela que ces deux expressions sont employées en même temps, autrement ce serait une répétition de la même chose, ou une vainc amplification : or, dans la langue originale, le mot qui, dans ce verset, exprime l'obscurité, renferme l'un et l'autre, tant le faux que le mal, ou le faux compact d'où provient le mal, et le mal compact d'où provient le faux.

1861. El voici, une fournaise de fumée, signifie le faux le plus compati ; cl un brandon de feu, signifie l'ardeur des cupidités : cela est évident d'après la signification delà fournaise de fumée , en ce qu'elle est le faux compact, et d'après la signification du brandon de feu 9 en ce qu'il est l'ardeur des cupidités. L'expression fournaise de fumée, est employée parce que l'homme, surtout l'homme de l'Eglise, qui a les connaissances du vrai, et néanmoins ne les reconnaît pas , mais le:; nie dan? sou cœur et passe sa vie dans ce qui est opposé au

vrai, n'apparaît pas autrement que comme une fournaise de fumée, lui-même, apparaît comme la fournaise, et le faux provenant des haines apparaît comme la fumée; les cupidités d'où naissent les faux n'apparaissent pas autrement que comme des brandons de feu sortant d'une telle fournaise, ainsi que le prouvent les représentatifs qui sont dans l'autre vie, et dont il a été parlé d'après l'expérience, N 0 ' 814, 1528; ce sont les cupidités des haines, des vengeances, des cruautés et des adultères . surtout quand elles ont été mêlées de ruses, qui ont cette apparence et deviennent telles. Que la fournaise, la fumée ci le feu, aient de telles significations dans la Parole, c'est ce qu'on peut voir par les passages suivants; dansEsaïe: « Gha- >• cun est hypocrite et malicieux , et toute bouche profère la folie ,

• parce que la malice brûle comme un Feu, elle dévore la ronce et

• l'épine, elle incendie les fourrés de la forêt, et ils s'élèvent par » bouffée de fumée: dans l'emportement de Jéhovah Zéhaoth, la

terre a été obscurcie, et le peuple est devenu comme la nourriture » du /eu, l'homme n'épargnera pas son frère. » — 1\. 17, 18. — Là, le feu est pris pour les haines ; les bouffées de fumée qui en sortent sont de tels faux ; la haine est décrite par ces mots: l'homme n'épargnera pas son frère ; quand de tels hommes sont examinés par les Anges , ils ne leur apparaissent pas autrement qu'ils sont décrits ici. Dans Joël : « Je donnerai des prodiges dans les cieux et sur la » terre, du sang et du Feu, et des colonnes de Fumée ; le soleil sera i changé en ténèbres, et la lune en sang, avant que le grand et » terrible jour de Jéhovah vienne. » — III. 3, h. — Là, le feu est pris pour la haine; les colonnes de fumée, pour les faux ; le soleil, pour la charité, et la lune, pour la foi. Dans Esaïe : « La terre sera en « poix ardente; elle ne s'éteindra ni nuit, ni jour ; sa Fumée montera

• éternellement. » — XWIV. l>, 10. — La poix ardente est prise pour d'affreuses cupidités, et la fumée pour des faussetés. DansMalachie : « Voici, un jour vient, ardent comme une Fournaise, et tous » les orgueilleux et tous ceux qui commettent la méchanceté, seront n (comme) du chaume ; et ce jour-là qui vient les cn/hmmera ; il ne » leur laissera ni racine ni rameau. » — III. 1<). — La fournaise ardente a une semblable signilication : la racine est la charité . él le rameau la vérité, qui ne leur seront pas laissées. Dans Ilosée : « Ephraïm est devenu coupable eu Baal ; il sera comme la balle qui

». est chassée de l'aire par un tourbillon, et comme la Fumée qui » sort d'une cheminée. * — XIII. 1, 3. — Ephraîm c'est l'intelligent qui est devenu tel. Dans Esaîe : « Le robuste sera en étoupe et son » ouvrage en flainèche, et tous deux seront embrasés ensemble, et » personne pour éteindre. » — I. 31. — II s'agit là de ceux qui sont dans l'amour d'eux-mêmes , ou ce qui est la même chose, dans la haine contre le prochain ; ils seront ainsi embrasés par leurs cupidités. Dans Jean : « Babylone est devenue la demeure des démons. » Ils criaient, en voyant la Fumée de son embrasement. — Sa Fumée » monte aux siècles des siècles. »— Apoc. XVIII. 2, 18; XIX. 3. — Dans le Même : « Il ouvrit le puits de l'abîme, et il monta du puits • une Fumée comme la Fumée d'une grande fournaise , et le soleil » fut obscurci ainsi que l'air par la Fumée du puits. » — Apoc. IX. 2. — Dans le même: • De la bouche des chevaux sortit du Feu , et » de la Fumée, et du soufre : et la troisième partie des hommes fut » tuée par ces trois (choses) ; par le Feu et par la Fumée, et par le » soufre, qui sortaient de leur bouche. » — Apoc. IX. 17, 18. Dans le Même : « Si quelqu'un adore la bête, il boira du vin de la colère » de Dieu, mêlé au vin pur dans la coupe de sa fureur ; et il sera » tourmenté par le Feu et le soufre. » — Apoc. XIV. 0, 10. — Dans le Même : « Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil, et il lui » fut donné de brûler les hommes par le Feu ; les hommes furent » donc brûlés par une grande chaleur, et ils blasphémèrent le nom » de Dieu. » — Apoc. XVI. 8, 9. — Il est dit pareillement qu' « il» » furent jetés dans l étang ardent de feu et de soufre. » — Apoc. XIX. 20 ; XX. 14, 15 ; XXI. 8. — Dans ces passages, le feu désigne les cupidités, et la fumée les faussetés, qui régneront dans les derniers temps. Ces choses furent vues par Jean , quand la vue intérieure lui f ut ouverte; il les vit telles qu'elles se manifestent dans l'autre vie ; c'est aussi ce que voient les esprits et les Ames après la mort. De là °n peut savoir ce que c'est que le feu infernal , et reconnaître qu'il n 'cst autre chose que la haine, la vengeance et la cruauté, ou en d'autres termes, l'amour de soi, qui se manifestent par de telles a Pparences. Quoique l'homme, lorsqu'il est dans la haine , paraisse au tre extérieurement, tant qu'il est dans la vie du corps, s'il était p *aminé de près par les Anges , il n'apparaîtrait pas autrement à leurs yeux, c'est-à-dire que ses haines se montreraient comme des

brandons de fou, et les faux provenant de ces haines comme des fournaises de fumée. Le Seigneur a parlé ainsi de ce feu, dans Matthieu: « Tout arbre ne produisant pas de bon fruit est coupé et jeté » dans le Feu. » — III. 10; Luc, III. 9. — Parle bon fruit on entend la charité ; celui qui en est privé se retranche lui-même et se jette dans un tel feu. Dans le Même : « Le Fils de l'Homme enverra

• ses Anges , qui enlèveront de son Royaume tous les scandales et

• ceux qui font l'iniquité, et ils les jetteront dans la Fournaise Ue n Feu. » — XIII. 41, 42, 50. — C'est la même signification. Dans le Même: « Le roi dira à ceux qui sont à sa gauche: retirez-vous » de moi, maudits ; (altos) dans le Feu éternel, préparé au diable » et à ses anges. » — XXV. 41. — Même signification. C'est encore ce qui est signifié quand il est dit, qu'ils seraient envoyés dans le Feu éternel, dans la Géhenne de feu, et lorsqu'il est dit que leur ver ne meurt point, et que le Feu ne s'éteint point.— Matth., XVIII. 8, 9 ; Marc, IX. 43 à 49.— Dans Luc : « Envoie Lazare, afin qu'il trempe » le bout de son doigt dans l'eau, et qu'il rafraîchisse ma langue, » parce que je suis tourmenté dans celte flamme. » — XVI. 24. — Même signification. Ceux qui ne connaissent pas les arcanes du Royaume du Seigneur, pensent que le Seigneur précipite les impies dans l'enfer, ou dans un feu qui est, comme il a été dit, tel que celui des haines ; mais il en est tout autrement, c'est l'homme lui-même, c'est l'esprit diabolique lui-même qui s'y précipite ; toutefois comme il semble que c'est l'homme qui est précipité , il en a été parlé ainsi dans la Parole, selon l'apparence, et même selon les illusions des sens, surtout devant les Juifs, qui ne voulaient absolument comprendre que ce qui tombait sous les sens, quelles qu'en fussent les illusions ; c'est pour cela que le sens de la lettre, surtout dans la partie Prophétique, est plein de semblables apparences ; par exemple, dans Jérémie : « Ainsi a dit Jéhovah : jugez le matin le jugement, et » arrachez le spolié de la main de l'oppresseur , de peur que ma /«- » reur ne sorte comme un Feu, et ne s'embrase, et personne ne l'é- » teindra, à cause de la malice de leurs œuvres. • — -XXI. 12. — Juger le jugement, c'est dire le vrai ; arracher le spolié de la main de l'oppresseur, c'est faire le bien de la charité ; le feu, c'est la peine infernale de ceux qui ne font pas cela, c'est-à-dire qui vivent dans le faux de la haine ; dans le sens de la lettre un tel feu et une telle fureur

sont attribués à Jéhovah , mais c'est absolument te contraire dans le sens interne. 11 en est de même dans Joël au sujet du jour de Jéhovah : « Devant lui le feu dévore, et après lui la flamme cm- » brase. » — II. i, 3. —Dans David: t II monta une Fumée de » son nez, et le Feu de sa bouche dévora ; des charbons (sortant) de » Lui s'embrasèrent, et l'obscurité (était) sous ses pieds. » — Ps. XVIII. 9, 10. — Dans Moïse: « Le Feu s'est embrasé dans ma coït 1ère, et il brûlera jusqu'à l'enfer le plus profond , et il dévorera la » terre et son produit, et il enflammera les fondemens des monta- » gnes. » — Deuter. XXXII. 22. — La, le feu est pris pour les haines, et la fumée, pour les faux, qui sont les unes et les autres chez Pliomme ; tout cela est attribué à Jéhovah ou au Seigneur, par les raisons qui viennent d'être données. II semble aussi dans les enfers que c'est Jéhovah ou le Seigneur qui fait tout ce mal ; mais c'est absolument le contraire, ce sont eux qui se le font à eux-mêmes; parce qu'ils sont dans les faux des haines ; on voit, d'après cela, combien l'homme peut facilement tomber dans des erreurs fantastiques, s'il ne connaît pas le sens interne de la Parole. Il en a été de même de la Fumée et du Feu que le peuple vit sortir du mont Sinaï, lorsque la loi était promulguée ; car Jéhovah ou le Seigneur apparaît à chacun selon ce que chacun est, aux Anges célestes comme Soleil , aux Anges spirituels comme lune, à tous les bons comme une Lumière dont les variétés charment et ravissent ; mais aux méchants, il apparaît comme une fumée et comme un feu dévorant; et parce que les Juifs,quand la Loi était promulguée,n'avaient aucune charité, et qu'au contraire l'amour de soi et l'amour du monde régnaient chez eux, qu'ainsi il n'y avait que des maux et des faux , voilà pourquoi Jéhovah leur apparut comme une fumée et comme un feu, tandis qu'au même instant il apparaissait aux Anges comme un Soleil et comme une Lumière céleste ; on voit dans Moïse qu'il apparut ainsi aux Juifs, parce qu'ils étaient de tels hommes: « La gloire de Jéhovah habita sur la montagne de Sinaï; » et l'aspect de la gloire de Jéhovah (fut) comme un Feu dévorant » sur le sommet de la montagne, devant les yeux des fils d'Israël. » — Kxod., XXIV. 16, 17.— Dans le môme: « Tout ce mont de Si- « naï fumait, parce que Jéhovah était descendu sur lui dans le Feu, » et sa Fumée montait comme la Fumée d'une fournaise, et toute la

» montagne tremblait fort. » — Kxod., XIX. 18. —et ailleurs: « Vous vous approchâtes et vous vous tîntes sous la montagne, tan- • dis que la montagne était embrasée du Feu, jusqu'au cœur du « Ciel, (il y avait) des ténèbres, et uue nuée et de Yobscurité; et Jéhovah vous parla du milieu du Feu. * — Deut. IV. 11, 12 ; V. 19.

— Puis: « Il arriva (ainsi ) : lorsque vous eûtes entendu la voix du

- milieu des Ténèbres et que la montagne eut été embrasée de Feu, ■ et vous vous approchâtes de moi, et vous dites: Pourquoi mour- « rions-nous? puisque ce grand Feu nous dévorera ; si nous contii nuons à entendre davantage la voix de Jéhovah notre Dieu, nous » mourrons. » — Deut V. 20, 21,22. — Il en serait de môme, si quclqif autre, qui passe sa vie dans la haine et dans les souillures des haines, voyait le Seigneur, il ne pourrait le voir que par la haine et ses souillures, qui sont les récipients des rayons du bien et du vrai procédant du Seigneur, et qui changeraient les rayons du bien et du vrai eu un feu, une fumée et une obscurité semblables. D'après ces mômes passages, on voit aussi ce que c'est que la fumée de la fournaise et le brandon de feu, on voit que c'est le faux le plus compact et le mal le plus affreux, qui s'empareront de l'Eglise dans les derniers temps.

1862. Qui passa entre ces morceaux, signifie que cette ardeur sépara d'avec le Seigneur ceux qui avaient été de l'Eglise : c'est ce qu'on peut voir d'après ce qui a été dit ci-dessus, vers. 10, sur la div ision des animaux par moitié, ce qui signifiait le parallélisme et la correspondance quant aux célestes ; sur la position des parties l'une vis-à-vis de l'autre, ce qui signifiait l'Eglise et le Seigneur; et sur l'espace intermédiaire ou l'espace entre les parties, lequel signifiait ce qui est entre le Seigneur et l'Eglise, ou entre le Seigneur et l'homme de l'Eglise, c'est-à-dire la conscience, dans laquelle les biens et les vrais ont été implantés par la charité. Lorsque les haines prennent la place de la charité, et que les maux et les faux prennent celle des biens et des vrais, il n'y a plus aucune conscience du bien et du vrai, mais cet espace intermédiaire ou cet interstice apparaît comme rempli par une fournaise de fumée et par des brandons de feu, c'est-à-dire, rempli de persuasions du faux et de haines ; ce sont elles qui séparent absolument le Seigneur d'avec l'Eglise. Voilà ce qui est signifié par Ces* mots : qui passa entre ces morceaux; cela

s'applique principalement au brandon de feu, c'est-à-dire, à l'amour de soi, ou ce qui est la môme chose, au mal des haines. On peut encore en trouver une preuve, dans Jérémie, où sont presque les même paroles : - Je livrerai les hommes qui ont transgressé mon » alliance, qui n'ont pas soutenu les paroles de l'alliance qu'ils ont » contractée devant Moi, le Veau qu'ils avaient coupé en deux, et en- » tre les parties duquel ils ont passé ; les principaux de Juda et les »> principaux de Jérusalem , les eunuques et les prêtres, et tout le » peuple de la terre , lesquels ont passé entre les parties du veau, » et je les livrerai dans la main de leurs ennemis, et dans la main » de ceux qui cherchent leurs âmes, et leur cadavre sera la pâture » de l'oiseau des cieux et de la bête de la terre. » — XXXIV. 14, > 18, 19, 20.

1863. Vers. 18. En ce jour là, Jéhovah traita] alliance avec vibrant, en disant: Je donnerai à ta semence celte terre; depuis le fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve, le fleuve de Phrath. — En ce jour-là Jéhovah traita alliance avec Abram, signifie la conjonction de l'Homme Intérieur du Seigneur avec l'Homme Interne ou Jého\nh. En disant : Je donnerai à ta semence celte terre, signifie les consolations après ces tentations et ces frayeurs, en ce que ceux qui seront dans la charité et dans la foi en Lui deviendront ses héritiers: depuis te fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve. Le fleuve de Phrath, signifie l'extension des spirituels et des célestes ; depuis le fleuve a* Egypte, c'est l'extension des spirituels ; jusqu'au fleuve de Phrath, c'est l'extension des célestes.

1864. En ce jour là, Jéhovah traita alliance avec Abram, signifie ta conjonction de l'Homme Intérieur du Seigneur avec l'Homme Interne : On en trouve la preuve dans la signification de Yalliance, en ce qu'elle est la conjonction, ainsi qu'il a été déjà dit, N°* 665, 666, 1023, 1038 ; et ici, comme il s'agit du Seigneur dans le sens interne, elle signifie la conjonction intérieure; car le Seigneur avança de plus en plus vers la conjonction et l'union avec Jéhovah son Père, jusqu'à ce qu'il devînt un, c'est-à-dire, jusqu'à ce que l'Essence Humaine elle même devînt aussi Jéhovah Qui était l'interne même du Seigneur : c'est ce qui a été représenté par l'alliance que Jéhovah traita avec Abram. Chacuu peut voir que Jéhovah ne traite nullement alliance avec l'homme, cela serait opposé au Divin;

GENÈSE. CIIAP. QUINZIÈME. 209

qu'est-ce que l'homme , sinon quelque chose de vil et d'impur , qui de soi-même ne pense et ne fait rien que de mal ? tout le bien qu'il fait existe par Jéhovah ; d'où l'on peut conclure que cette alliance,

ainsi que les autres alliances avec les descendans d'Abram, n'a été autre chose qu'un représentatif du Divin et des célestes du Royaume de Dieu, et qu'ici elle a été le représentatif de la conjonction de l'Essence Humaine du Seigneur avec son Essence Divine, c'est-à-dire, avec Jéhovah. Que cette alliance ait été le représentatif de la conjonction de l'Homme Intérieur du Seigueur avec son Homme Interne, c'est-à-dire avec Jéhovah , c'est ce qu'on voit d'après ce qui précède, savoir: en ce que le Seigneur parles combats des tentations et par les victoiresseconjoignait et s'unissait de plus en plus. Il a déjà été dit ce que c'est que l'Homme Intérieur; c'est l'Homme intermédiaire entre l'Homme Interne et l'Homme Externe.

18(55. En disant : Je donnerai à ta semence cette terre , signifie les consolations après ces tentations et ces frayeurs, en ce que ceux qui seront dans la charité et dans la foi en Lui, deviendront ses héritiers : On le voit par la signilication de la semence, et par la signification de la terre. La semence d'Abram signifie l'amour et la foi qui procède de l'amour, ainsi qu'il a été déjà expliqué, N - ' 255, 256, 1025, par conséquent tous ceux qui sont dans la charité et la foi dans le Seigneur; et la terre de Canaan signifie le Royaume du Seigneur ; c'est pourquoi donner cette terre à sa semence signifie que le Royaume Céleste serait donné en héritage à ceux qui par la charité ont la foi en Lui. On peut voir, sans qu'il soit besoin d'explication, que ce fut là une consolation pour le Seigneur après les tentations et les frayeurs; car après ces cruels événemens qu'il vit, c'est-à-dire, après qu'il eut repoussé les maux et les faux signifiés parles oiseaux qui descendirent sur les corps cl qu Abram chassa, vers. 11, et qu'il se répandait toujours des faussetés épaisses qui lui faisaient horreur, lesquelles ont été signifiées par une terreur de grandes ténèbres qui tomba sur Abram dans l'assoupissement , vers. 12, et qu'enfin le genre humain était cependant envahi par de purs faux et de purs maux, lesquels ont été signifiés par la fournaise de fumée et te brandon de feu qui passa entre les morceaux, vers. 17, il était impossible qu'il ne fût pas dans l'angoisse et la douleur. C'est pour cela qu'il survient maintenant une consolation, telle que celle dont il est parlé.

vers, h et 5, consolation qui consiste en ce que sa semence héritera la terre, c'est-à-dire que ceux qui sont dans la charité et dans la foi en Lui, deviendront héritiers de son Royaume ; le salut du genre humain a été sa seule consolation, car il était dans l'Amour Divin et Céleste, et il est devenu aussi, quant à son Essence Humaine, l'Amour Môme Divin et Céleste, qui ne considère et n'a uniquement à cœur que l'amour de tous. Que tel soit l'Amour Divin, c'est ce que l'on peut voir par l'amour des parens pour les enfans, eu ce qu'il s'accroît selon le degré d'où il descend, c'est-à-dire en ce qu'il devient pour les arrière-enfans plus grand que pour les enfans mêmes qui sont d'un degré plus proche , rien n'existe sans cause et sans origine; il en est donc aussi de même de cet amour envers les descendans qui, chez le genre humain, s'accroît continuellement à mesure qu'il descend dans des degrés plus éloignés ; sa cause et son origine ne peuvent venir que du Seigneur, de Qui influe tout amour conjugal, ainsi que tout amour des parens envers les enfans, en ce que Son Amour est tel, qu'il aime tous les hommes comme un Père ses enfans, qu'il veut les faire tous ses héritiers, et qu'il pourvoit à l'héritage de ceux qui doivent naître comme à l'héritage de ceux qui sont nés.

1860. Depuis le fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve, le fleuve de thrath, signifie l' extension des spirituels et des célestes ; jusrj h an\/leuve d'Egypte, c'est l'extension fies spirituels; jusqu'au fleuve de Phrath, s'est l'extension des célestes : On en trouve la preuve dans la signification du fleuve d'Egypte, et dans la signification du grand fleuve ou de l'Euphraie : Que ces fleuves signifient l'extension des spirituels et des célestes, c'est ce qu'on peut voir par la signification de la terre de Canaan, en ce qu'elle est le Royaume du Seigneur dans les cieux et sur les terres, Royaume dans lequel il n'y a que les spirituels qui appartiennent à la foi et les célestes qui appartiennent à l'amour mutuel ; c'est pourquoi par les limites de la terre de Canaan on ne peut entendre autre chose que l'extension des spirituels et des célestes. En effet, ceux qui sont dans les cieux ignorent absolument ce que c'est que la terre de Canaan , le fleuve d'Egypte et le grand fleuve de l'Euphrate , ils ignorent même ce que c'est que les limites d'une terre ; mais ils connaissent l'extension des spirituels et des célestes, et les bornes ainsi que les circonscriptions des états

de ces spirituels et de ces célestes: c'est là ce qui occupe leur mental, quand l'homme lit des passages de la Parole où il est parlé de limites ; ainsi la lettre disparaît pour eux avec le sens historique qui a servi pour objet aux idées célestes. Si le fleuve d'Egypte signifie l'extension des spirituels, cela vient de ce que l'Egypte signifie les scientifiques qui, joints aux rationnels etaux intellectuels de l'homme, constituent les spirituels, comme il a déjà été dit, N° 1443, et en plusieurs autres endroits; il a aussi été montré, N 0 ' 1164, 1165, 1186, 1462, que l'Egypte, dans le sens interne, signifie les scientifiques. Que le fleure de CEuphmte signifie l'extension des célestes, c'est ce qu'on peut voir par les terres que ce fleuve borne et sépare delà terre de Canaan, ces terres signifient aussi, çà et là dans la Parole, les scientifiques et les connaissances des célestes; mais ici, comme cette limite est appelée fleuve et grand fleuve, elle ne signifie que les célestes et leurs connaissances ; car grandfleuve et grandeur sont des expressions qui s'appliquent aux célestes.

1867. Vers. 19, 20, 21. Le Kénien et le Kénissicn, elle Kadmonien, elle Chittéen et le Périsien et les Uéphuhn, et l'Eniorréen, et le Canaanéen, elle Girgaschien, et le Jébusien: — Le Kénien cl le Kénisien, cl le K ad mont m , signifient les faux qui doivent être chassés du Royaume du Seigneur: Le Chittéen, et le Périsien, et les Iiéphaïm, signifient les persuasions du faux : L Emorrèen cl le Canaanéen, signifient les maux : Le Girgaschien et le Jébusien , signifient les faux provenant des maux.

1868. Il serait trop long de prouver maintenant par la Parole, que telles sont les significations de ces nations, et du reste il n'en est pas besoin ici, puisqu'elles ne sont que nommées. II a déjà été parlé de quelques unes, par exemple, des Réphaïm, en ce qu'ils signifient les persuasions du faux, N°' 567, 581, 1673 ;dcYEmorréen 9 en ce qu'ils signifient les maux , N° 1680 ; du Canaanéen, en ce qu'il signifie les maux, voir ci-dessus, vers. 16; du Périsien, en ce qu'il signifie les faux , N° 1574.— Dans la suite, par la Divine Miséricorde du Seigneur, il sera dit ce que signifient spécialement les autres nations, à mesure qu'elles se présenteront. Quant à ce qui concerne les nations qui doivent être chassées du Royaume du Seigneur, voici ce qu'il en est : Dans l'autre vie, les esprits mauvais et diaboliques n'ont pas de plus grand désir que de se glisser dans le monde des

AKCANES CÉLESTES.

esprits, et d'y infester les bons esprits; mais toutes les fois qu'ils y parviennent, ils en sont chasses ; il en est de même que chez l'homme qui est régénéré, les faux et les maux qui s'étaient emparés de lui sont subjugués et dissipés,et à leur place sont implantés les vrais et les biens qui appartiennent au Royaume du Seigneur ; c'est ce qui a été représenté parles nations expulsées de la terre de Canaan par les fils de Jacob ; et encore par les Juifs eux-mêmes qui en furent chassés à leur tour. Il en est arrivé de même autrefois à plusieurs nations qui représentaient des choses semblables ; par exemple, aux Choritesqui furent chassés de la montagne de Séirpar les descendans d'Esatl, — Deuter. II. 12, 22 ; — aux Avéens, qui furent chassés par les Caphtoréens, — Deuter. II. 23; — aux Emimou RéphaTm, qui furent chassés par IesMoabites, — Deuter. II. 9, 10, 11 ; aux Samsumim , qui le furent par les Ammonites, — Deuter, II. 19, 20, 21 ; et à plusieurs autres nations, dont il est parlé dans les Prophètes.

Continuation.— De l'Ecriture Sainte ou de la Parole.

1869. Il m'a été montré au moyen de l'ouverture des idées de la pensée, quel grand nombre de choses sont renfermées dans un seul mot de la Parole. Dans l'autre vie , — ce qui est admirable, — cela peut se faire d'une manière si frappante ( ita ad vivnm ) , que les idées elles-mêmes se présentent visiblement sous une forme, à peu près comme des peintures. Ainsi furent ouvertes les idées d'une personne qui avait vécu dans la charité ou l'amour mutuel, et qui, dans le monde, avait fait ses délices de la Parole ; alors apparurent en quantité innombrable des objets magnifiques avec les impressions délicieuses et agréables qu'ils procuraient II fut dit que ces objets, qui se montrent ainsi à la vue , peuvent de nouveau être ouverts quant à leurs intérieurs, et que s'ils étaient ouverts il se présenterait des objets encore plus magnifiques et plus délicieux, accompagnés des félicités elles-mêmes. Telles sont toutes les idées Angéliques, car elles ont été ouvertes par le Seigneur Même. Comme des esprits s'étonnaient de ce que, dans l'autre vie, les idées peuvent être ainsi ouvertes, cela leur fut expliqué par la vue de l'œil, dont les rayons

visuels sont si émoussés et si obscurs , qu'ils ne peuvent voir que comme quelque chose d'opaque, de noir et d'informe les petits objets de la nature, dans lesquels il y en a d'autres en quantité innombrable , tandis que quand ces mêmes objets sont considérés avec un microscope, ils présentent a la vue leurs intérieurs unis entre eux dnns un bel enchaînement et se développant dans un ordre qui charme; et que les objets intérieurs pourraient pareillement être encore ouverts à l'aide d'un microscope plus parfait. Parla, ils purent voir ce qu'il en est de la vue interne, dont les rayons ne sont autres que des idées, en ce qu'en elles-mêmes elles sont si épaisses, qu'à peine peul-il y avoir dans cette sphère quelque chose de plus épais, quoique l'homme en juge autrement. Mais dans la suite par la Divine Miséricorde du Seigneur, il sera parlé des idées.

1870. lien est de même de la Parole du Seigneur; tous les mots y sont les formes de leurs idées, car un mot n'est autre chose qu'une idée formée de manière qu'un sens soit perçu; et dans chaque mot il y a tant de choses innombrables qui peuvent venir non à la perception de l'homme, mais seulement a celle des Anges, qu'il est impossible de le croire. Quand les mots sont ouverts par le Seigneur, les formes intérieures se présentent à la perception par des plaisirs et dcsfélicités,etàlavue par des représentatifset desobjets paradisiaques; lesplaisirsct les félicités viennent des célestes et des spirituels de l'Amour ou de la Miséricorde du Seigneur; les représentatifs et les objets paradisiaques sont formés par les rayons de la lumière qui procède de cet amour. 11 m'a été montré, par une admirable expérience, que la Parole a été inspirée non seulement quant à chacun de ses mots, mais encore quant à chaque lettre des mots, ainsi absolument comme il est dit,quant au moindre iota; car il y a dans chaque iota quelque chose de l'affection et de la vie, qui régnent communément dans le mot, et qui pénètrent ainsi d'une manière correspondante ses moindres parties. Mais ces merveilles ne peuvent être expliquées de manière à être comprises, si l'on n'a au préalable la connaissance de plusieurs autres choses.

1871. Il n'est pas possible de décrire comment la Parole du Seigneur apparaît devant les Anges; cependant on en peut donner quelque idée à ceux qui ont vu, dans des cabinets de raretés, des Cylindres Optiques,dans lesquels sont représentées de belles images,

au moyen de traits grossièrement projetés tout autour. Quoique ces traits qui sont autour du Cylindre n'offrent ni forme, ni suite, ni ordre, et ne soient que des projections confuses, cependant quand ils sont concentrés vers le Cylindre , ils y représentent une image gracieuse. 11 en est de même de la Parole du Seigneur, surtout de la Parole Prophétique de l'Ancien Testament: dans le sens littéral, à peint présente-t-elle autre chose qu'une sorte de confusion ; mais quand elle est lue par l'homme, surtout par un jeune garçon ou une petite fille, elle devient par degrés plus belle et plus agréable à mesure qu'elle monte, et enfin elle se présente devant le Seigneur comme une image de l'homme, image dans laquelle et par laquelle est représenté le Ciel dans son ensemble, non tel qu'il est, mais tel que le Seigneur veut qu'il soit, pour qu'il soit sa ressemblance.

1872. 11 m'appanit une Jeune Fille d'une figure belle et éclatante, s'avançant avec aisance vers la droite en haut, en se hâtant un peu; elle paraissait dans la première fleur de l'âge, ce n'était ni un enfant, ni une adolescente ; une robe d'un noir resplendissant l'embellissait, elle se pressait ainsi avecgaîté dépasser d'une lumière dans une autre lumière. On me dit que tels étaient les intérieurs de la Parole , lorsqu'ils commencent à monter: la robe noire était la Parole dans la lettre. Ensuite une Jeune Fille adolescente volait vers la joue droite, mais elle n'était aperçue que par la vue intérieure ; il me fut dit qu'elle représentait les choses qui, procédant (tu sens interne de la Parole, ne parv iennent point à être saisies.

1873. Des esprits parlèrent du sens interne de la Parole ; pour qu'il se présenlâtà l'entendement tel qu'il est, la chose était illustrée par cet exemple: Quel est le Fruit de la foi? et il fut dit que les Bonnes Œuvres sont le fruit de la foi dans le sens externe ou de la lettre ; mais que ces bonnes œuvres sont inanimées, si elles ne procèdent de la Charité, et qu'ainsi dans le sens intérieur leplus près, le fruitée la foi c'est la Charité ; mais comme la charité ou l'amour envers le prochain doit procéder de l'amour dans le Seigneur, c'est là le fruit de la foi dans le sens interne ; et comme tout amour vient du Seigneur, c'est le Seigneur Lui-Méme; ainsi, en effet, dans la Bonne Œuvre il y a la Charité, dans la charité l'Amour dans le Seigneur, et dans cet amour le Seigneur Lui-Méme.

1874. Je me suis entretenu avec de bons Esprits, sur ce que

dans la Parole il y a beaucoup de choses, et plus même qu'il n'est possible de le croire, qui ont été dites selon les Apparences et selon les Illusions des sens: par exemple, que Jéhovah se livre à la colère,

à l'emportement et à la fureur contre les impies; qu'il se fait un plaisir de les perdre et de les détruire, et que même il tue; toutefois, ces expressions ont été employées, alin que les persuasions et les cupidités ne fussent point brisées, mais fussent ployées; car parler autrement que l'homme ne saisit, et il ne saisit que d'après les apparences, les illusions et les persuasions, c'eût été jeter de la semence dans les eaux, et dire des choses qui eussent été sur le champ rejetées. Mais toujours est-il que ces expressions peuvent servir de vases communs dans lesquels il y ait des spirituels et des célestes; car il peut y être insinué que tout vient du Seigneur; ensuite que le Seigneur permet , mais que tout mal vient des esprits diaboliques; ensuite 1 , que le Seigneur pourvoit et dispose, afin que les maux se changent en biens ; et, enfin que du Seigneur il ne procède que le bien: ainsi périt le sens de la lettre, à mesure qu'il monte, et il devient spirituel, puis céleste, et enfin Divin.

1875. Il m'a été accordé d'apercevoir les idées angéliques dans l'Oraison Dominicale sur ces paroles : ) enous induis point en tentalion, mais de livre-nous du mal. Par de bons esprits très proches d'une certaine idée chez moi perceptible , étaient écartés la Tentaij<)\ et le Mal; et cela, jusqu'à ce que le pur Angélique, c'est-àdire, le Bil.n restât sans idée de tentation ni de mal, le sens de la lettre périssant ainsi tout-à-fail; sur ce Bien, au premier écart, se formaient d'innombrables idées: comment le bien vient de l'affliction de l'homme, et toutefois l'affliction vient de l'homme et de son mal qui porte en lui sa peine; et à cela se joignait une espèce d'indignatiou de ce qu'on était dans l'opinion que la tentation et son mal venaient d'ailleurs, et de ce qu'on osait penser au mal en pensant au Seigneur; ces idées étaient purifiées à mesure qu'elles s'élevaient plus haut; les ascensions furent représentées par des écarts dont il a aussi été parlé , IV 1303, et qui se faisaient avec une rapidité et d'une manière inexprimable, jusqu'à ce qu'elles passassent dans l'ombre de ma pensée ; alors elles étaient dans le Ciel, où il n'y a sur le Bien du Seigneur que d'ineiïables idées angéliques.

187(>. Les noms d'hommes, de royaumes, de villes, qui sont dans

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la Parole, ainsi que les mots du langage humain, périssent a la première entrée du ciel, quand ils y montent, car ce sont des choses terrestres, corporelles et matérielles , dont se dépouillent successivement les Ames qui viennent dans l'autre vie , et que rejettent entièrement lesesprits qui viennent dans le Ciel. Les Anges ne retiennent pas la moindre idée d'aucune personne, ni par conséquent de son nom ; ils ne savent plus ce que c'est qu'Abram, Isac et Jacob ; ils se forment une idée d'après les choses qui sont représentées et signifiées dans la Parole par ces personnages. Les noms et les mots sont comme des pellicules de grain, ou comme des écailles qui tombent quand on entre dans le Ciel. De là on peut voir que par les Noms , dans la Parole , il n'y a de signifié que des choses; je me suis très souveut entretenu avec les Anges sur ce sujet, et j'ai été complètement instruit par eux de cette vérité. Le langage des Esprits entre eux n'est point un langage de mots, c'est un langage d'idées telles que sont celles de la pensée humaine sans les mots ; aussi est-il universel parmi toutes les langues ; mais quand ils parlent avec l'homme, leur langage tombe dans les mots de la langue de l'homme, comme il a été dit, N #, 1635, 1637, 1639. Quand j'ai parlé sur ce sujet avec les Esprits, il m'a été accordé de leur dire que, lorsqu'ils s'entretiennent entre eux, ils ne peuvent pas même énoncer un seul mot d'une langue humaine, ni à plus forte raison quelque nom ; quelques uns d'eux, étonnés de cela, s'éloignèrent pour en faire l'essai ; mais ils revinrent et me dirent qu'ils n'avaient pas pu prononcer, parce que ces mots étaient trop grossièrement matériels , attendu qu'ils étaient formés au-dessous de leur sphère, d'après le son de l'air articulé par les organes corporels, ou par un influx dans ces organes, au moyen d'un chemin interne conduisant à l'organe de l'ouïe. Par là, j'ai encore pu voir clairement qu'aucun des mots qui sont dans la Parole, ne pouvait pénétrer jusqu'aux Esprits, qu'il pouvait encore moins pénétrer jusqu'aux Esprits angéliques, dont le langage est encore plus universel, N - 1642 ; et bien moins encore jusqu'aux Anges, N*16A3,chez qui U ne reste rien des idées premières des Esprits, mais à la place desquelles sont des vrais Spirituels et des biens Célestes, qui sont variés d'une manière ineffable , en formes très petites, continues, liées eu série harmonique, avec les originaires des représentatifs les plus charmants et les plus beaux, provenant de la

félicité de l'amour mutuel, ainsi que des charmes et des beautés, des félicités, parce que ces formes sont inspirées de la vie du Seigneur.

1877. Les âmes ou les esprits qui sont dans le monde des esprits, et principalement les méchans, retiennent dans le commencement les choses qu'ils ont eues dans la vie de leur corps, c'est-à-dire, les choses terrestres, corporelles et mondaines, et avec elles les principes qui les avaient captivés. Au nombre de ces esprits sont ceux qui n'ont rien voulu entendre sur le sens interne de la Parole , mais qui sont seulement restés dans le sens de la lettre , jusqu'à croire même que les douze apôtres seront assis sur douze trônes et jugeront les douze tribus d'Israël ; ils croient pareillement qu'il n'y a que les pauvres, les malheureux et ceux que l'on tourmente par des persécutions, qui puissent entrer dans le Ciel ; tandis qu'on y admet cependant tant les riches que les puissans qui ont vécu dans la charité et la foi dans le Seigneur. Comme de tels esprits prétendent que le Ciel leur appartient par leurs mérites, je les ai vus courir de tous côtés, et partout où ils vont , ils se permettent des railleries sur ce qui appartient au Vens interne de la Parole, parce qu'il est opposé à leurs persuasions et à leurs cupidités qui consistent à leur mériter le Ciel et être préférés à tous les autres ; mais ils sont comparés à ces particules vicieuses et nuisibles qui pénètrent dans le sang, circulent dans les veines et dans les artères, et corrompent la masse du sang.

1878. Il y a aussi des esprits qui , dans la vie du corps, ont méprisé la Parole ; et il y en a qui ont abusé des expressions qui sont dans la Parole, en les faisant servir de formules de dérision ; il y en a qui ont pensé que la Parole n'était rien, mais qu'elle pouvait servir à retenir le vulgaire dans une sorte de lien ; il y en a qui ont blasphémé la Parole , et il y en a qui l'ont profanée. Tous ceux-là ont, dans l'autre vie , un sort qui est déplorable, et en rapport avec la qualité et le degré de mépris , de dérision , de blasphème et de profanation de chacun d'eux ; car la Parole, comme il a été dit, est si sainte dans les Cieux , qu'elle est en quelque sorte le Ciel pour ceux qui y sont ; aussi , comme il y a communion de toutes les pensées , ces esprits ne peuvent jamais être avec ceux qui sont dans le» Cieux, mais ils en sont séparés.

«HS ARCANES CÉLESTES.

1879. Me trouvant dans mon lit, il me fut dit que des mauvais esprits conspiraient contre moi avec l'intention de m'étouffer ; mais comme j'étais en sûreté sous la garde du Seigneur, je méprisai ces menaces et je m'endormis. Cependant m'étant éveillé dans le milieu de la nuit, je sentis que je respirais non par moi , mais par le Ciel, car il n'existait plus rien de ma respiration , ce que je perçus très clairement 11 me fut dit alors que la conspiration était près d'éclater , et il fut ajouté que les conspirateurs étaient de ceux qui ont de la haine pour les Intérieurs de la Parole , c'est-à-dire , pour les vérités mêmes de la foi , car elles sont les intérieurs de la Parole, et que cette haine provenait de ce que ces vérités sont opposées aux illusions, aux persuasions et aux cupidités de ces esprits, auxquels le sens de la lettre pourrait servir de défense. Ensuite , les instigateurs de la conspiration, voyant que leurs efforts avaient été rendus vains, essayaient d'entrer dans les viscères de mon corps et de pénétrer jusqu'au cœur , où ils furent même introduits : c'est ce qui est toujours perçu par une sensation manifeste, car celui auquel les intérieurs, qui appartiennent à l'esprit, ont été ouverts, reçoit aussi en même temps la perception sensitive des esprits. Mais alors je fus mis dans un certain état céleste , qui consistait à ne faire aucun effort pour repousser ces hôtes , ni à plus forte raison pour me venger de leur injure. Ils disaient alors : qu'il y ait paix : mais bientôt ils furent comme privés de leur rationalité, ne respirant que la

mgeance, et s'efforçant de terminer ce qu'ils avaient entrepris , mais ce fut en vain ; ils furent ensuite dispersés les uns d'avec les autres.

1880. Au reste , quant à ce qui concerne en général les Esprits et les Anges , qui tous sont des Ames d'hommes , vivantes après la mort du corps , ils ont des sens beaucoup plus exquis que ceux des hommes ; ils ont la Vue, l'Ouïe , l'Odorat et le Toucher, mais non le Goût Cependant les Esprits , et à plus forte raison les Anges, ne peuvent par leur vue, c'est-à-dire par la vue de l'esprit , rien voir de ce qui existe dans le monde; car pour eux la lumière du monde

ou la lumière solaire est comme une obscurité épaisse. De même l'homme par sa vue , c'est-à-dire par la vue du corps , ne peut rien voir de ce qui existe dans l'autre vie ; car pour lui la Lumière du Ciel , ou la Lumière Céleste du Seigneur, est comme une obscurité épaisse. Toutefois les Esprits et les Anges, quand il piatt au Seigneur, peuvent voir par les yeux de l'homme les choses qui sont dans le monde ; mais le Seigneur ne permet cela que chez l'homme auquel il accorde de parler avec les Esprits et les Anges et d'être en même temps avec eux. Il leur a été donné de voir par mes yeux, et aussi clairement que moi-même, les choses qui sont dans le monde, et même d'entendre les hommes qui parlaient avec moi. Il est parfois arrivé que par moi quelques uns d'eux ont vu en leur présence, absolument comme avant leur décès, des amis qu'ils avaient eus dans la vie du corps, et ils en restaient interdits de surprise. Des esprits ont vu aussi leurs maris et leurs enfans, et voulaient que j'avertisse ceux-ci qu'ils étaient à côté d'eux et qu'ils les voyaient, et que je leur racontasse l'état dans lequel ils étaient dans l'autre vie ; mais il m'avait été défendu de leur dire et de leur révéler qu'ils étaient vus de cette manière par leurs épouses et par leurs pères décédés; une autre raison m'en aurait encore empêché, c'est qu'ils auraient dit que j'extravaguais, ou auraient pensé que c'était nn délire de l'imagination, parce que je savais très bien que quoiqu'ils avouassent de bouche qu'il y a des esprits et que les morts étaient ressucités, ils ne le croyaient pas sincèrement dans leur cœur. Lorsque, pour la première fois , ma vue intérieure fut ouverte , et que par mes yeux les Esprits et les Anges virent dans le monde et les choses qui étaient dans le monde ; ils furent saisis d'un si grand étonnement qu'ils disaient que c'était le miracle des miracles ; ils furent aussi affectés d'une joie nouvelle de ce qu'il y avait ainsi communication de la Terre avec le Ciel et du Ciel avec la Terre ; ce plaisir dura quelques mois, mais depuis qu'il leur est devenu familier, rien ne surprend plus. J'ai été instruit que les Esprits et les Anges , qui sont chez les autres hommes, ne voient rien de ce qui est dans le monde, mais que seulement ils perçoivent les pensées et les affections de ceux chez qui ils sont De tout cela j'ai pu conclure que l'homme a été créé de telle sorte, qu'en vivant sur la terre au milieu des hommes , il vécût aussi en mime temps dans le Ciel

parmi les Anges, et réciproquement de manière que le Ciel et la Terre fussent ensemble et ne lissent qu'un, et que les Hommes sussent ce qu'il y a dans le Ciel, et les Anges ce qu'il y a dans le Monde ; et qu'en décédant les hommes passassent ainsi du Royaume du Seigneur sur les Terres dans le Royaume du Seigneur dans les Cieux, non comme dans un autre Royaume , mais comme dans le même où ils avaient été lorsqu'ils vivaient dans le corps ; mais comme l'homme est devenu si corporel, il s'est fermé le Ciel.

1881. Les Esprits sont dans une grande indignation et se mettent même en colère, quand on leur dit que les hommes ne croient pas, qu'ils voient, qu'ils entendent , qu'ils sentent par le toucher. Ils me dirent que cependant les hommes doivent savoir que sans le Sens il n'y a point de vie ; que plus le sens est exquis, plus la vie a d'excellence ; que les objets qu'ils sentent sont parfaitement en rapport avec l'excellence de leur sens; et que les représentatifs qui viennent du Seigneur sont des choses réelles , car c'est de là que proviennent toutes celles qui sont dans la nature et dans le monde; N°lô32; qu'enfin Ut sentent beaucoup mieux et bien plus finement que les hommes. Ce sont là les paroles que l'indignation leur suggérait.

1882. Il y a deux genres de Visions, qui sont extraordinaires, et dans lesquels j'ai été mis, seulement pour que je connusse en quoi ils consistent , et ce qu'on doit entendre par ces expressions qu'on lit dans la Parole : Ils furent détachés du corps; et ils furent emportés par l'esprit dans un autre lieu.

1883. Quant à ce qui concerne le premier genre, qui consiste à être détaché du corps , voici ce qui se passe : L'homme est amené dans un certain état qui tient le milieu entre le sommeil et la veille; lorsqu'il est dans cet état, il ne peut savoir autre chose, sinon qu'il est entièrement éveillé ; tous ses sens sont aussi éveillés que s'il était dans la veille la plus parfaite du corps, non seulement la vue, mais aussi l'ouïe; et ce qui est merveilleux, le toucher, qui alors est plus parfait qu'il ne peut jamais l'être dans la veille du corps: Dans cet état j'ai vu aussi les Esprits et les Anges d'une manière tout-à-fait frappante (ad vivum) % je les ai aussi entendus, et, ce qui est étonnant, je les ai touchés , et alors il n'y avait presque rien du corps qui fût entre eux et moi ; c'est de cet état qu'il est dit cire détaché du corps, et ne savoir si l'on est dans le corps ou hors du corps.

Je n'ai été mis que trois ou quatre fois dans cet état, afin que seulement je le connusse tel qu'il est, et que je susse que les Esprits et les Anges jouissent de tous les sens, et même d'un toucher bien plus délicat et bien plus parfait que celui du corps.

1884. Pour ce qui regarde le second genre, être emporté par l'esprit dans un autre lieu, il m'a été montré par vive expérience ce que c'est, et comment cela se fait, mais seulement deux ou trois fois ; je me contenterai de rapporter une seule expérience : Marchant par les rues d'une ville et par la campagne, et étant aussi alors en conversation avec des esprits , je n'ai su autre chose, sinon que j'étais éveillé et que je voyais comme en d'autres temps, marchant ainsi sans m'égarer, et pendant ce temps là j'étais en vision, je voyais des bois, des fleuves , des palais , des maisons, des hommes , et bien d'autres objets ; mais après que j'eus marché ainsi quelques heures, je me trouvai tout-à-coup dans la vue du corps, et je remarquai que j'étais dans un autre lieu; m'en étant beaucoup étonné, je m'aperçus que j'avais été dans l'état où s'étaient trouvés ceux desquels il est dit: ils furent emportés par l'esprit dans un autre lieu; car tant que cet état dure, on ne réfléchit nullement sur le chemin , lors même qu'il serait de plusieurs milles ; on ne réfléchit pas non plus sur le temps, lors même qu'il serait de plusieurs heures ou de plusieurs jours, et l'on n'éprouve aucune fatigue ; alors aussi on est conduit par des chemins qu'on ignore soi-même, jusqu'au lieu désigné. Cela m'est arrivé pour que je susse encore qu'un homme peut être conduit par le Seigneur , sans qu'il sache d'où il part ni où il va.

1885. Toutefois ces deux espèces de Visions sont extraordinaires, elles m'ont été présentées seulement pour que je susse quelles elles sont; mais les Vues ordinaires sont toutes les choses que, par la Divine Miséricorde du Seigneur , on voit rapportées dans cette Première Partie, et qui se trouvent au commencement et à la fin de chaque Chapitre ; ce ne sont pas des Visions, mais ce sont des choses Vues en pleine veille du corps; et cela depuis plusieurs années jusqu'à présent

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