DÉCHIFFREMEHT DÉ L'ÉCRITURE MAYA
n'ont-Us eu en vue que l'agencement artistique du groupe de caractères. Nous croirions plus volontiers qu'ils ont obéi à un sentiment plus ou moins empreint de superstition. La main ou la paume paraissent avoir joué un certain rôle dans leur symbolique. C'est ce que prouverait au besoin le nom déjà cité d'Ejflnat. Sur certains édifices de l'Amérique centrale, l'on a retrouvé une main peinte en rouge, peut-être en signe de propriété et pour écarter les voleurs. Elle aurait, dans ce cas, un peu joué le rôle S'amuUUe, comme cette partie du corps humain que nous trouvons sculptée au-dessus des portes de presque toutes les habitations de Pompéï. Rappelons enfin^ à ce propos, l'usage où sont les guerriers de certaines tribus de Peaux-Rùuges et spécialement des loways, de se peindre une main verte sur la mâchoire, en signe de vailla:ice, lorsqu'ils ont tué un ennemi.
Passons maintenant à l'étude de quelques autres variantes du nom de Humb-Ku, toutes fournies par le même bas-relief (N. »).
L'on rencontre ici les signes nab et ku un peu plus ornementés que dans le groupe précédent. Ce dernier caractère notamment présente (rots globes à sa partie supérieure au lieu de deux. Peut-ûtre figurentrils les plis que faisait le Tlaquimilolli ou enveloppe sacrée, une fois fermé au moyen d'un lien.
N'oublions pas d'ailleurs que l'iiiéroglyphe, par sa nature même, lient, à vrai dire, le milieu entre la représentation matérielle de l'objet et le caractère d'écriture. L'artiste qui le traçait, sûr que la valeur de la figure serait toujours comprise, se permettait de l'enjoliver un peu à sa fantaisie, et il jouissait, à cet égard, de bien des libertés que n'oserait se permettre un écrivain de nos jours.
Reste maintenant le 1^' caractère de gauche qui ne figure pas dans la liste des signes de Landa, mais nous savons à l'avance qu'il représente la syllabe hu ou ho. 11 n'y a là rien
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qui nous doive étonner, tout au contraire. Ho veut dire « dté, ville » en Maya. Or, précisément, l'hiéroglyphe représente bien une ville avec son enceinte circulaire et ses deux principales artères qui se coupent à angle droit. C'est par erreur que dans notre premier mai de iéchiffrefoerU, datant, on l'a déjà dit, de 1872, nous avions attribué k l'hiéroglyphe en question, la valeur de An, litt. « livre, potier ». Le « du Yucatèqvie, au moins dans une syllabe initiale, semble s'être fréquemment transformé en o bref, chez les Paletuptéens.
Le troisième groupe qui se lit également kunab-ku ou honabku, diffère à peine du précédent. Les signes ou points transversaux qui se trouvent k l'intérieur du signe hu ne jlguereraient-ils point les maisons des ruelles coupant à angle droit l'une des grandes artères de la cité? Le caractère iu se trouve en partie caché par la main que, par un motif artistique, sans doute, l'on a représentée demi-close. En tout cas, cela ne saurait jeter aucun doute sur la lecture du groupe entier.
Ce qui ai^:mente les difficultés du déchiffrement des écritures calculiformes , c'est l'enchevêtrement des caractères les uns dans les autres, ici encore le génie propre à l'idiome paraît avoir déteint sur le système graphique. Bien que le système hiéroglyphique nous représente la première période de l'écriture, il n'en est pas moins, par excellence, l'apanage presqu'exclusif des peuples faisant usage d'idiomes à tendances plus ou moins mow>syllabiques. C'est chez eux qu'il a dû prendre naissance et qu'il a pu se perpétuer à travers les siècles. Dès les plus anciens temps, les Chinois, les Egyptiens se sont servi ^^hiéroglyphes, et il n'est pas vraisemblable que les habitants du Céleste-Empire soient, d'ici longtemps, disposés à les abandonner pour recourir aux caractères alphabétiques.
Si certains peuples à langues mtynoiyllahiques , tels que les Siamois, les Birmans, les Cambodgiens possèdent des alphabets, c'est qu'ils les ont reçus tout faits des Indous et qu'auparavant ils ne connaissaient aucune sorte d'écriture. Au contraire, les nations à idiomes agglùmèranis, tels que les Japonais, qui ont reçu leur civilisation du Céleste-Empire, ne tardèrent pas à transformer les idéogrammes chinois en s^es syllabiques. C'est que la nature même de leur lar^fue répugnait à l'emploi des hiéroglyphes. Un motif analogue détermina les anciens Sémites
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DÉCHIFFREUENT DE L'ÉCRITURE HAïA. 15
à tirer un alphabet approprié à leur propre idiome de Thiératisme égyptien.
La langue Maya, de son cAlé, présente comme celle des vieux habitants de la vallée du Nil, une tendance bien marquée dn momsyllabisme. A cet égard, elle diffère profondément des dialectes du Mexique, des Etats-Unis ou du Canada. Il suffisait donc que la civilisation prit quelques développements chez les peuples du Yucatan pour qu'ils se trouvassent tout naturellement amenés à la découverte d'un nouveau système d'écriture hiéroglyphique. D'un autre côté, par une sorte d'antinomie bien digne d'être signalée, le Maya possède encore des traces de celle tendance à Vena^sulalion qui caractérise d'une façon plus ou moins prononcée la plupart des dialectes américains. Considérant, par exemple, le pronom personnel, moins comme un mot ayant son existence propre que comme une forme du substantif ou du verbe, il intercalera volontiers entre les différentes syllabes pronominales, la racine substantive ou verbale. Nous verrions, pour notre part, volontiers un reflet de cet. oi^anisme linguistique, de cet enchevêtrement des diverses parties du discours dans la cohésion des signes graphiques. Au contraire, en chinois, en égyptien, les racines ne s'agglutinent pas de la sorte; aussi les caradiëres d'écriture, ches les peuples qui parlent ces langues, restent-ib nettement séparés les uns des autres.
Il nous reste à examiner un dernier groupe nous offrant encore le nom de Hunab-Ku, mais celui-là inscrit sur la partie gauche du bas-relief, ainsi que le prouve la direction des caractères (N. 8), qui est de gauche à droite, tout comme dans l'écriture latine. Le caractère A est facilement reconnaissable, malgré une légère variante. Les plis et jointures des doigts et de la paume de la main apparaissent fidèlement reproduits. Quant aux ongles, naturellement, ils restent cachés. Le signe
16 PALÉOGRàPBlE AHËBIUINE.
intermédiaire pourrait bten ne consister qu'en noe altération
du caractère u de la liste de Landa |N. •). Tous deux, en effet, semblent figurer une touffe de feailles nouvelles ou un bourgeon sortant de la tige d'un végétal. Ce qui est certain, c'est que le signe en question se doit lire o ou u. Nous savons que cette dernière voyelle était employée en Maya, comme préfixe possessive, à peu près avec le même sens que nos moU français < son, sien, de lui. »
Avant de quitter d'une façon définitive le bas-relief de ta croix, il nous reste à parler d'un dernier groupe contenant le nom d'une autre Divinité ou personnage mytique, celui de Cakulcan, et qui se rencontre écrit ainsi (M. lo). Nous laissons de c6lé, pour le moment, le premier signe, celui qui est placé en haut et à droite, et qui consiste en une sorte à''eUipse à demi courbée, dans le centre de laquelle deux cercles se trouvent inscrits. Son interprétation donnerait lieu à quelques difficultés. En revanche, le caractère qu'elle surmonte correspond • visiblement à la syllabe eu (N. it ] de Landa. Les lignes intérieures ne diffèrent que très-légèrement. L'arc enveloppant la croix demi courbée fait défaut dans le signe palenquéen. Il en est de môme du pointillé qui pourrait bien ôtre remplacé par les deux petits globes souscrits au caractère lui-même. Nous avons évidenunent affaire ici à une variante spéciale à l'écriture
Dans le caractère supérieur de la ligne médiane, l'on reconnaît sans peine la syllabe ku de Landa , déjà étudiée (voy. n. S}, seulement les pointillés reparaissent dans les deux globes formant la partie supérieure du caractère, tandis qu'ils sont remplacés par des l^nes dans b dernière syllabe du nom de Htt«ab-ku. C'est, sans doute, pure affaire de calligraphie. Inutile d'entrer ici plus avant dans le détail des particularités qu'offre le reste du caractère. Il suffira pour les apprécier à
(N. 9) (y, (N. 10) MM (N. 11) fc v^
DÉCHlMBItBi4¥ DE L'ÉCRITOUG MAYA. iV
leur juste valeur, de confronter avec tes deux exeniplâires du même signe donnés plus haut.
Peut-être, au premier coup-d'œil, les jtigera-t-on assez considérables pour concevoir quelques doutes sur la l^itimitë de la leclure par nous proposée. Mais quiconque aura tant soii peu étudié les caractères dits synonymes parfaits de l'écriture chinoise, jugera^ nous en sommes convaincu, ces variantes insignifiantes.
La lettre qui occupe le rang inférieur de la ligne mëdiale n'est autre que le L de la liste de Landa (N. <%) un pen simplifié de forme, phénomène qui se produit parfois dans l'écriture de Palenqué.
Il serait difficile de méconnaître la syllabe Ca (N. 13) de Landa dans le signe placé à la partie supérieure de la dernière ligne de gauche, seulement il est retourné et'les pointes on dents se trouvent remplacées par une série de petits globes auxquels on reconnaissait, sans doute, on aspect plus décoratif. Est-ce que dans notre écriture majuscule, nous ne donnons pas souvent, par un artifice inverse, aux points une forme carrée? Est-ce que, de leur côté, les lettres gothiques et allemandes ne se distinguent pas par leurs formes anguleuses des caractères romains, généralement arrondis?
Nous ne nous arrêterons pas longuement sur le dernier caractère, celui de dessous, à gauche. Déjà, noua l'avons reocontré avec le son de nab. Abstraction faite du signe initial sur lequel nous aurons à revenir tout à l'heure, le groupe entier se lirait donc Cukulcanab. Mais cette désinence ÎA qui marque quelquefois le pluriel en Quické n'a point encore été signalée en Mayaaù la pluralité est toujours indiquée par la finale 6 ou (A; exemple : Uinic, • homo > et Vinic-^ ou Uincob « hommes. > D'ailleurs, comment admettre qu'un nom propre tel que celui de Cvkulcan se trouve mis au pluriel? Le
18 PAL&OGRAPHIE AHËRICAINB.
plus simple ne serait-il point d'admettre qu'iâ lé signe en question perd sa valeur de svUabe pour ne garder que celle de la consonne »? Gela n'ofErirait, en définitive, rien que de très-conforme aui données de récriture hiéroglyphique. Toutefois, revenons au signe initial.
Evidemment, il ne fait pas partie de la racine et doit être simplement vu pronom ou une préposition accolée. Serait-ce une forme de la voyelle a, marque dupossessi/, déjà examinée? Ne conviendrait-il pas plutôt d'y voir l'équivalent de la syllabe ((' de Landa (N, 14)? Ce H possède le sens de « à, vers, pour, avec B et reparaît souvent dans tes textes Ma-fas. Dans ce cas, par un motif d'ornementation, le caractère aurait d'abord été retourné la tête en bas, puis aplati, de façon à ce que les deux articulations de dessus soient renlréesdans la première, où elles reparaissent sous la forme de deux petits cercles. Quant à la troisième, celle du haut, elle ne subsisterait plus que sons la figure de l'arc de cercle placé au bas des deux globes.
Nous laissons au lecteur le soin de dédder.
En tous cas, la présence du nom de Cukulcan dans le monument en question offre bien de l'importance au point de vue chronologique, et prouve que le bas-relief de la croix, sinon l'édifice tout entier dont il faisait partie, ne peut remonter pins haut que le 9° siècle de notre ère. A cette époque seulement, le culte de Cukulcan, identique, nous l'avons déjà dit, au Queizalcoall mexicain, commença à se répandre chez les peuples de l'Amérique centrale. La civilisalion du Nouveau- Monde est relativement bien moderne, et nous ne saurions partager, sur ce point, la façon de voir du savant abbé Brasseur, lequel faisait remonter l'histoire du Nouveau-Monde plus haut que celle de l'Europe. Le Bas-relief de la croix appartient incontestablement à l'époque la plus brillante de l'art Yucatéqae. Nous po'ivons donc tenir pour certain que celte période ne précéda pas de plus de cinq à six siècles la conquête espagnole. Peut-être, mais nous n'oserions rien affirmer à cet égard.
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OÂGHIFfREHENT DE L'ËCRIÎDKIi: HATA- 19
sont-ce les sectateurs de Quetzalcoatl qui portèrent dans les régions du Sud, l'emploi du Tlaquimilolli ou enveloppe sacrée. L'on a vu qu'il est clairement figuré dans un des caractères de l'écriture calculiforme. S'il en était ainsi, le système graphique des anciens Yucatèques n'aurait accompli ses dernières évolutions que dans des temps bien rapprochés du nôtre. Toutefois, sans entrer en de plus longues digressions à ce sujet, nous allons passer à l'étude d'autres monuments de l'antiquité Américaine.
H. Déchiffrement de quelques passages du Codex Troano ■.
Ce Codex semble se composer de deux ouvrages réunis en un seul. Le premier constitue évidemment un Calendrier dont quelques pages sembleraient contenir des récits historiques. Les planches 20 et 21 dudit manuscrit (1" série) ' se signalent, pour ainsi dire, d'elles-mêmes et d'une façon toute spéciale à l'attention du philologue. C'est là que nous trouvons répété ce fameux signe serpenti forme, entouré d'un cartouche et qui, nous l'avons déjà expliqué dans notre travail sur le Mythe de Votan ^, possédait un caractère hiératique aux yeux des popu- ' lations centro-américaines. A la 1'° colonne de gauche de cette page âl (non comptée la colonne des signes de jours), .et qui semble contenir une relation plus ou moins historique, l'on rencontre un groupe de caraclères (n" 1 5) dans lequel nous croyons
' Manuscrit Thoano. Etudes sur le système graphique et la langua des «..ya?. l'aria, impr. impér., 1869-70, 2 vol. in-4o, 100 fr. — Le même Ouvrage, comprenant tout le lesie, avec la grammaire et ie vocabulaire maya français et espagnol, sans les pUnthes, 40 fr.
• Revue de philologie et d'ethnographie, t. \", i. 380 et suiv, (Paris, 1875.), Essai de déchiffrement d'uD fragment dn ra.'inuscril Troano.
• Le mythe de Votan, études sur les origines asiatiques de la civilisation américaine, in-S» de 143 p., 187"2, Paris, Haisuaneuve.
SO PALiOGRAPHIB AMËRJCAIHB.
reconnaître une fois encore le nom de Cukukan. Malgré une
variante presque imperceptible, l'on reconnaîtra sans peine l'identit'! desdeux caractères inférieurs avec la syllabe cm de Landa, déjà transcrite (Voir le N° 3). Il ne faut pas oublier qu'ici nous sommes en présence non plus d'une écriture monumentale, mais bien de caractères cursits.
L'assimilation du caractère supérieur de droite offrirait peutêtre, de prime-abord, un peu plus de difûcnlté. Nous croyons, cependant, qu'avec quelqu'étude et quelqu'attention, on peut en établir ia valeur de manière à satisfaire les critiques les plus pointilleux. Ledit caractère se trouve coupé en deux, pour ainsi dire, par une sorte de barre verticale, de sorte que l'on croirait, à première vue, avoir affaire non à un seul, mais bien à deux signes différents, accolés l'un à l'autre. Cette particularité se retrouve assez visible dans le signe L médial de Landa, car le signe L fmal est tout différent.
Du reste, même d''après le missionnaire espagnol, le L médial fau présente sous trois formes très-rapprochées les unes des autres, mais nonabsolument identiques (N"' lA, 17 et 18). G'estlààcoupsûr un exemple frappantdesvariantesqui devaient nécessairement et à chaque instant se produire dans une écriture dont tes caractères étaient formés d'éléments si multiples. Du reste, l'écriture égyptienne avec ses trois formes hiéroglyphique, hiératique et démotique ne nous présente-t-elle pas un spectacle tout à fait analogue?
Néanmoins, les modifications graphiques des signes Yucatè' ques semblent, si nous osons nous servir de cette expression, avoir revêtu un caractère plus individuel et dépendre en grande partie du caprice et de la fantaisie du scribe, et rien ne prouve qu'elles aient été dans le centre de l'Amérique, comme sur les rives du Nil, réduites en un système complet et suivi. En un mot, les Mayas en seraient restés aux débuts seulement de l'écriture hiératique ou mieux cursive. Nous n'hésiterons donc
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DÉCmmiElIBNT DE LtCRmjRG HATA. 21
point à reconoattre un L dans le sj^e que nous étudions en ce moment. L'on aïouera, du reste, qu'à moins d'avoir traTaillé à la loupe ou au microscope, le scribe Yucatèque qui écrivait trèsfin, n'aurait jamais pu reproduire dans son intégrilé et avec tous ses détails, le L médial de Landa. Il a donc modifié, éli- ' miné, diminué un peu à sa guise, certain que malgré tout il resterait encore compréhensible pour ses compatriotes, de môme qu'il l'est pour nous.
Reste enfin le dernier caractère, celui du rang supérieur à gauche. 11 ne se rencontre pas sans doute dans l'alphabet de landa, mais on le retrouve dans la série hiéroglyphique des noms de jours. Ce n'est, à notre avis, que le signe Kan marquant le 4* jour du mois. Ce mot Kan que l'on traduit par Jaune, devait primitivement, comme nous nous sommes efforcé de l'établir dans noire travail sur le mythe d'Imos*, ge prononcer Can et sigoifier «; Serpent t. C'est ce que prouve, jusqu'à l'évidence, la tomparaison du calendrier Maya avec le calendrier Qtticfté. En tout cas, l'écrivain a d'une façon aussi naturelle que logique réduit l'hiéroglyphe à sa plus simple expression. Landa représente Kan par la figure de la partie supérieure delà tête d'un serpent inscrite dans un cercle (N" * 9) • Le rédacteur du codex Troano, lui, asupprimé lecercle qu'il remplace par une ligne sinueuse dessinant la tête du reptile^ Quant aux lignes qui représentaient les dents de cet animal, il leur substitue des points.
En tout cas, signalons celte tendance à se servir plutôt d'un seul signe syllabique que de plusieurs lettres dont nous avons déjà offert plus d'un exemple et qui, forcément, se manifeste avec plus ou moins d'intensité dans toutes les écritures hiéroglyphiques. L'auteur aurait pu employer les trois signes k, a et n, pour rendre la finale du mol composé. Il a préféré recourir à une syllabe nnique. On ne s'étonnera pas de voir ici la
' Le mythe d'Imos, tradition des peuples meatieains, pnbli6 dftn< \n Annales, t. iT, p. 67, 129, 340, 300; t. T, p. 134 (6* wktw).
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9â PALÉOGHAPHIB AMËHICAINB.
forme CacuUm an lieu |le Cukulan ou KvktUcan. Le ran du k parait s'êlre confondu souvent en Maya avec celui du c. Us se ressemblaienl beaucoup, puisque le k n'est autre chose que la gutturale forte, prononcée d'une façon détonnante.
Nou<: terminerons la partie de notre travail consacré aux signes alphabétiques ou sjllabiques, par l'étude d'un caractère qui revient très-souvent, dans le codex Troano, soit isolé , soit accompagné de quelques autres signes. On le rencontre notamment dans la première section du codex Troano, p. 21, à la 3* ligne horizontale. Il y constitue l'élément principal du 3' groupe en allant de gauche à droite, sous la Torme que nous reproduisons ici (c 30). Le membre de gauche dudit groupe figure certainement une tête de mort, i'œil fermé et caché par les paupières et les cils. Une espèc« de demi-cercle rentrant semble se rencontrer à la place du nez ; la bouche est très-fendue, mais fermée. L'analogie avec l'hiéroglyphe du 6" jour du mots*, qui s'appela Cimj, lilt, « mormus, defunctus », tel que le présente Landa, est des plus'frappanles (n" 181). Seulement, dans le missionnaire espagnol, la forme du caractère apparaît, comme toujours, extrêmement arrondie ; le nez fait une saillie au lieu d'être rentrant. A la racine de cet organe, signalons une petite ligne xerpentiforme, que peut-être le copiste du manuscrit Troano indique par le demi-cercle rentrant dont nous avons déjà parlé.
La ligne sinueuse en question pourrait bien avoir une valeur hiératique et cabalistique, comme les s environnés de cartouches de la page 20. Impliquant l'idée d'une sorte de consécration à la Divinité, elle indiquerait que la tête était celle d'une victime humaine sacrifiée sur les autels. L'on sait qu'au Mexique, ainsi que dans le Centre-Amérique, ces tètes restaient exposées le long des murs des temples. Enfin* rappelons que, " d'après Landa, la houche reste au moins entr'ouverte , et que
' Voir ce signe dauB Annaler, l. iv, p. 33'2.
DfiCHIPPBEIIENT DB L'ËCXITURB UAYA. 9S
les dents soDt visibles; ce qui n'est pas )e cas, on Ta déjà dit, pour la figure da Troano. En toot cas, un examen infime superficiel convaincra l'observateur que le caractère, par oous étudié en ce moment, est bien réellement Cimi.
Dans le signe qui se trouve à sa droite, on constate une telle affinité avec le t final de ianrfa (n" 18), que nous ne nons arrêterons pas à la faire ressortir davantage.
Ainsi donc, nous nous trouvons en présence du mot Cimil, forme déterminée de Cimi, litt. < lejotir de Cimi >.
En tout cas, les détails dans lesquels nous venons d'entrer permettent au lecteur de se faire une idée assez exacte de ce qu'était le syslime graphique des anciens Mayas. A certains - égards, il nous rappelle un peu celui de l'ancienne Egypte; comme ce dernier, il admettait la coexistence d'éléments ideographiques, syltabiques et alphobétiqaes, et souvent, suivant l'occurrence, le même caractère pouvait y jouer successivement le rOle de syllabe ou de simple consonne, lin passage assez obscur d'ailleurs de Landa semblerait de nature à nous faire admettre l'existence chez les Yucatéques de ces déterminalifs qui s'écrivent, mais ne se prononcent pas, et dont on reucontre l'usage dans presque tous les systèmes d'écriture hiéroglyphique, en Egypte^ à la Chine, en Chaldée. Toutefois, nous n'avons pu encore en constater la présence dans les textes Mayas.
Un point par lequel le système Yucatéqve paraît s'être éloï gné de celui de ['Egyiile , c'était, sans aucun doute, l'enchevêtrement de ses caractères. Nous nous sommes efforcé plus haut d'expliquer la cause de ce phénomène.
En Egypte, le corps de l'homme et celui des animaux jouaient fréquemment le rèle de signes d'écriture. Dansce but, les Yucatéques paraissent n'avoir guère employé que les têtes et sous ce rapport, nous les voyons parvenus à un degré de raffinement qne n'atteignirent jamais les riverains du Nil. Ainsi que l'a constatéM. Angrand, cette observation ne serait pas complètement justifiée en ce qui concerne les monuments de Copan. Les dessins rapportés de cette ville par Squier nous montrent le corps hnmain parfois entremêlé à des groupes d'écritnre, mais avait-il réellement là une valeur graphique ? D'ailleurs, les
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24 PALfiOGRiPHtB AMËfUCAJIIE.
éijifices de Copan appartiennent à un art assez différent de
œlui des cités voisines etçurtout beaucoup plus avancé.
Peul-ôtre pourrait-oo distinguer plusieurs âges ou périodes de développement dans la formation de l'écriture cakuliforme. A l'époque la plus ancienne appartiendraient les hiéroglyphes de jour et de mois, tous parement idéographiques. De nouveaux progrés auraient amené l'adoption de signes syllabiquès, puis de véritables lettres ou signes alphabétiques.
' En tout cas, ce que nous regardons comme incontestable, c'est l'origine indigène de l'écriture Yucatéque. Le son qu'exprime chaque caractère trouve 'presque toujours, sinon toujours, sa raison d'être dans le nom assigné en langue Maya à l'objet qu'il représente. Pour ne citer qu'un exemple de ce fait, la mat» ouverte prise comme simple consonne correspond à notre n, précisément parce que en Maya, n est le son initial du monosyllabe nab signifiant < paume b. Cette coïncidence ne se reproduirait pas si constamment si l'écriture Maya avait été empruntée à un peuple voisin et parlant une langue difiérente. Du reste, les Yucatéques étaient de tous les peuples américains, les seuls peut-être qui fussent parvenus à se créer un système régulier d'écriture, et la supériorité de leur génie sur ce point semble bien attester qu'ils ne durent pas être les élèves de races moins civilisées qu'eux.
Enfin la tradition indigène représente l'art d'écrire comme ayant pris naissance dans la péninsule de Yucatan. D'après le P. Beltram, les Indiens attribuent l'invention des caractères , calculiform'es à un personnage mythique du nom de Zamnà ou Itzamnà, lequel aurait colonisé leur pays à une époque reculée. C'est-à-dire que ce Zamnà jouait dans te centre de l'Amérique le rôle d'inventeur des arts et des sciences attribué par les Egyptiens à leur Toth, par tes habitants de la Ghaldée à Oannés.
Sans doute, nous pensons que toutes les races du Nouveau- Monde, longtemps aussi sauvages que l'étaient naguère encore les Califomiem, ont dû recevoir du dehors les premiers germes de ta vie civilisée. Admettre qu'un peuple chasseur puissCj par ses propres efforts, s'élever à la vi^ sédentaire et nomade sans avoir passé pour ainsi dire par le stage de la vie pastorale,
DÉGHTPPBKMEnr DE L'ÉCRITORE HATA. SS
noas semblerait chose peu Ic^que. D'ailleurs /fumioJdt' a signalé les oombreuses ressemblances que fait découvrir la comparaison des calendriers des habitants de la Nouvelle-Espagne avec celui des races de l'Extrême-Orient, ressemblances qu'à aucun titre on ne saurait attribuer au seul hasard.
Enfin, ainsi que nous dous sommes efforcé de le prouver dans nos précédents travaux, bon nombre des légendes existant chez les Américains, lors de la découverte, ne peuvent trouver d'explication satisfaisante que si on les rapproche d'autres récits analogues, en vigueur parmi diverses populations de l'Ancien-Monde. M. Fergusson nous semble avoir de son cAté établi d'une manière satisfaisante les emprunts architecturaux faits par les nations du sud du Mexique à celles de VAsie, mais enfin, il faut avouer qu'à bien des égards, les civilisations du Nouveau-Monde se sont développées d'une manière fori originale et indépendamment de toute induence étrangère.
Citons par exemple l'art métallurgique connu au Mexique^ au Pérou, chez les Mayas. Soutiendra-t-on que sur ce point la race cuivrée n'a fait qu'emprunter aux Asiatiques plus avancés qu'elle sous le rapport des sciences et des arts, mais alors d'oii vient que l'usage du fer était resté complètement inconnu aux riverains de la c6te ouest du Pacifique ? Depuis les temps les plus reculés. Chinois, Japonais, Indous ont travaillé ce métal. Il y a plus, les vieux Nounfs Builders des Etats-Unis, dont la civilisation aurait, dit-on, présenté plus d'un trait d'analogie avec celle des nations méridionales, bien que se servant d'iastmments de cuivre, se contentaient de les façonner au marteau, ignorant complètement l'art du fondeur. D'où l'on peut conclure qu'il a dû être inventé à nouveau sur les plateaux de VAnahuac et les rives du Tabasco. Ce que nous disons ici de la métallurgie ne ponrrait-il pas s'appliquer également à l'art graphique? Quoiqu'il en soit de cette digression, nous allons, avant de déposer la plume, donner au lectedr quelques explications sur' le mode de rangement de certains signes des^ours dans le eodei Troano.
' Voir daQi la (able des Annales, 1. zu, n. 505 <<» gérie), lei nombreux eilraiU des travaux de H. de Humbold sur lescalendrien, et U gravure du calendrier t. tu, p. 397 {i" lirie).
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