Id., I, p. 122; II, p
Vov. Orderic Vital, V.
Léon d’Ostie, II, p. 62.
RESUME
s’en font les singuliers apôtres, fondent des villes où ils unissent leurs noms à celui d’Agathe, S. Agatha de Goti , depuis la Calabre jusqu’aux portes de Bologne ; nous voyons enfin Ricimer, malgré sa puissance et ses crimes, devenir le dévot de la vierge silicienne, dont il se plaît à parer de mosaïques la basilique de Rome.
Rome n’avait pas attendu, pour vénérer Agathe, les exhortations des hérétiques; elle lui avait sans doute déjà élevé la basilique de la Suburra que saint Grégoire reprit pour les catholiques en y introduisant de nouvelles reliques; elle lui avait élevé au ve siècle un sanctuaire au bord de la via Aurélia, et continua aux vm' et ixe siècles à lui ériger des autels.
Ces exemples sont suivis : Ravenne au ve siècle construit sa belle basilique de S. Agata Maggiore ; elle peint au vie l’image de sainte Agathe en mosaïque sur les murs de Saint-Apollinaire. Parenzo l’imite dans son vieux Dôme; Pavie, au vne siècle, voit les Lombards élever un monastère en son honneur ; Grado construit une église en 810.
La vénération pour notre sainte franchit les Alpes et se répand jusqu’au nord de la Gaule dès le vu6 siècle ; nous retrouvons le nom de Dagobert dans le souvenir d’églises fondées, en l’honneur de sainte Agathe, à Crespy-en-Valois et à Nehren dans les environs de Coblentz, en 63q à Longuyon.
En 833, saint Aldric construit au Mans un autel sous son vocable. Cette ferveur s’était communiquée aux provinces méridionales de la France, où, dès le xe siècle, les Sarrasins démolissent des églises qui lui appartenaient.
L’Orient ne se laissait pas dépasser par les Latins ; on y fêtait la Sainte-Agathe le 5 février, comme en Occident, et les ménologes retraçaient son martyre sur l’or de brillantes miniatures.
Nous avons cité, pour le xe siècle, les peintures de Naples, une église du Mugello, Brescia, Psalmodi, Halberstadt, etc.
Un grand événement eut lieu dans l’histoire du culte de sainte Agathe en 1040 ; Georges Maniacès, général de l’armée grecque, employé en Italie, pendant le règne de Michel le Paphlagonien et Constantin Monomaque, envoya à Constantinople le corps de la sainte pour enrichir l’antique église qu’elle y avait déjà.
Ce temps d’exil ne la fit pas oublier en Occi-
dent. Sa patrie lui éleva, en 1094, la cathédrale grandiose que nous avons cherché à retrouver au milieu des restaurations modernes qui nous l’ont dérobée.
Naples, Aversa, Terraccine montrent les sanctuaires et les images érigés pour sa gloire.
Le Mont-Cassin, Farfa se font confirmer soigneusement la possession de leurs églises agathiennes. ■
La Toscane donne son nom à ses vieux châteaux et lui érige de belles basiliques romanes.
Crémone vénère la tabula , qu’on croit avoir été déposée dans son sépulcre par des mains angéliques, et l’abrite sous un magnifique sanctuaire. Mantoue, Vérone, Suse, Bergame rivalisent de zèle.
En France, Crépy, Villers-Allerand, Deservillers, Salins, etc., nous présentent encore leurs églises romanes.
L’Angleterre elle-même nous offre à Easby, non loin des frontières d’Ecosse, des sanctuaires des xie et xue siècles.
L’Allemagne serre ses reliques dans ses splendides autels portatifs. Inkofen lui élève une église dont le titre subsiste encore.
Les princes latins, en énumérant d’un œil avide les trésors de Constantinople, ne manquent pas de découvrir la précieuse châsse qui contenait le corps de sainte Agathe. Dans la ville conquise, il y avait alors de pieux pèlerins de Sicile qui le revendiquent comme un droit de cité et qui, l’ayant obtenu, le reportent à Catane. Je suppose qu’un certain tribut est prélevé sur les restes sacrés, car nous voyons, au retour des croisés, des monastères, comme ceux de Pairis, de Clairvaux et de Conques, en recevoir des fragments parmi les dépouilles qui leur tombent en partage.
Des légendes font cortège à la sainte châsse dans son retour; elles nous montrent le vaisseau relâchant à Galli poli, une partie des reliques égarées, retrouvées, et, à la suite d’un prodige provoquant un vœu, l’érection de la cathédrale. Si peu croyable et si confus que soit ce récit, on peut dire du moins que le retour des reliques en Occident dut exciter la ferveur du culte. Nous avons cité nombre de monuments qui témoignent de la piété du xiiic siècle envers notre vierge : Solmona, Chieti, Magdaloni, plusieurs églises de Toscane, en France Sainte-Agathe d’Aliermont, Chaumont
SAINTE AGATHE
dans la Savoie, etc., Mayence, etc., Easby en Angleterre semblent accuser ce mouvement.
A la fin du xive et au xve siècle, la Hollande est conquise à notre sainte qui ouvre à des vierges de nombreuses demeures à Leyde, Rotterdam, Amertfoort, Delft, etc.
Viennent alors le triste déchirement qui partagea en deux la chrétienté à la suite de la révolte de Luther et la fermeture de ces cloîtres ou retentissaient les louanges d’Agathe. Sa gloire a cependant survécu à ces désastres, aux bouleversements religieux du xvie siècle, comme à la révolution sociale du xvme siècle. Aujourd’hui encore nous savons un village, consacré à cette patronne, dont les habitants, le jour de sa fête, sacrifient pour lui plaire toute pensée de divertissement.
Auprès des monuments de pierres, nous n’avons pu oublier les monuments iconographiques, d’une moindre valeur, mais dans lesquels la vénération pour notre chère sainte apparaît d’une façon peut-être plus directe, plus tendre, plus expressive. En nous rappelant les différentes images que nous avons recueillies, nous saisissons deux types principaux qui se sont presque sans
altération répétés à travers les âges : le premier, le plus ancien, nous montre sainte Agathe seule dans sa gloire, enveloppée d’une robe et de parures royales, offrant au divin Epoux la couronne de son amour, plus tard tenant une palme, souvenir du martyre. Le second type est historique et la représente pendant son martyre. Les Byzantins l’exposent sur le chevalet entre les deux bourreaux, puis dans sa prison sous le coup d’une horrible douleur qu’elle ressent encore. Dans ces vieilles images se manifeste déjà la pensée des artistes de rappeler par ce supplice celui du Sauveur. Agathe est aussi en croix, les bras étendus, elle est placée entre deux bourreaux armés de tenailles, comme le Sauveur entre Calpurnius et Longin, avec la lance et l’éponge. Ce rapprochement, qui se fait jour dans les œuvres grecques, s’accuse de plus en plus dans celles de l’Occident et, devant le tombeau de Vérone ou le retable de Florange, on croirait voir une représentation du crucifiement.
Aux approches de la Renaissance, les types se maintiennent encore, quoique la fantaisie, le goût du pittoresque étouffent de plus en plus la tradition et les pieuses pensées.
SAINTE LUCIE
NOTICE BIOGRAPHIQUE
vant de visiter les monuments de sainte Lucie, nous transcrirons, d’après les actes, quelques traits de son héroïque existence qu’il est nécessaire de connaître pour les comprendre.
Sainte Agathe avait jeté un tel éclat sur Catane, par son martyre, qu’on y venait au loin visiter son tombeau. L’usage de vénérer la sépulture des saints était très répandu dans l’antiquité chrétienne. « On les jonchait incessamment, dit M. Le Blant *, de fleurs et de verdure; des lampes, des - cierges y brûlaient jour et nuit; les fidèles, en prière, les couvraient de Bibi.natmatm, 11700, jarmes et qe baisers; on y suspendait des ex-voto sans nombre, les fers, les chaînes des prisonniers délivrés par la vertu des saints. Là venait l’immense légion des misérables : les fiévreux, les aveugles, les paralytiques. » Ces souvenirs, rappelés par Grégoire de Tours, sont bien plus anciens que lui, puisque saint Augustin raconte la conversion d’un mourant obtenue par une feuille de sauve ramassée sur la tombe d'un martyr.
Les actes ne sont donc pas en contradiction avec les faits les mieux établis de l’antiquité chrétienne, en nous montrant une jeune fille de Syracuse, du nom de Lucie, venant implorer sainte Agathe, à Catane, devant la pierre de son tombeau, pour la guérison de sa mère atteinte depuis quatre ans d’un flux de sang que tout l’art des médecins ne pouvait arrêter1 2. Lucie et sa mère Eutvchia s’y rendirent au natale de la sainte.
1. Étude des sarcophages chrétiens de la Gaule, i885. Introduction.