‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 2)Chapitre 243 sur 419 · Ugonio, Stafoni, p · texte numérisé non relu

Ugonio, Stafoni, p

ment menacé de s’écrouler, il fut démoli par le cardinal Bevilaqua. Souvent alors le délabrement d’un édifice était un prétexte pour justifier sa démolition. A la Renaissance, les cardinaux s’efforcaient de dissimuler l’architecture du moyen âge et se faisaient gloire de rajeunir leurs tituli. C’est ainsi qu’en 1606 le cardinal de Sandoval restaura ce temple d'une forme grossière , inélégante et tombant de vétusté et qu’on lui fit cette inscription : « Bernardus de Sandoval y Rojas S. Anastasiœ S. R. E. presbyter cardinalis... templum hoc rudi fabrica , inelegans et vetustate pene collapsum commodiore structure ac specie a fundamentis restituit anno Domini MDCVI. »

L’épigraphe est heureusement exagérée et les fondements ne furent pas repris encore, si tant est qu’ils le soient encore de nos jours. Il est probable seulement que la façade fut refaite, façade dont nous trouvons la figure dans les gravures de Giovannoli (1618). Le vieil édifice dont on avait honte fut masqué sous un grand écran dont les assouchements supérieurs dépassaient beaucoup le toit et produisaient l’effet théâtral si goûté alors ; l’antique campanile fut remplacé par une petite tour basse et mesquine à la même place (pl. IV).

Le plan de Maupin ( 1 62 5), avec moins d’exactitude que Giovannoli qu'une double gravure nous permet de contrôler lui-même, atteste le même état de choses.

On refit l’ancien portique dans le goût nouveau (1620). J’ai vu à la Topographie une gravure de ce temps qui nous donne un portique à trois arcades séparées par des pilastres; mais j’hésite à y reconnaître celui en question, parce que le haut campanile et la vieille façade s’élèvent encore au-dessus il est probable que ce portique n’était pas indépendant de la façade. Quoi qu’il en soit et quelle qu’en ait été la forme, la mauvaise condition du travail, l’absence de chaînage amenèrent bientôt une catastrophe et le nouveau portique s’écroula en i63q, sous un violent coup de vent1.

Si, comme le dit Martinelli, ce portique faisait partie des constructions de 1606, il faut croire que la façade entière s’écroula et on s’explique l’entreprise d’Urbain VIII qui chargea, en 1 636,

1. Martinelli, Roma ex ethnica sacra , p. 54. Cet auteur dit que le portique était l’œuvre du cardinal de Sandoval.

SAINTE ANASTASIE

le Florentin Arrigucci 1 de la refaire. Cette façade est celle que nous avons aujourd’hui sous les yeux et qui se compose, au centre, d’un corps d’architecture d’ordre dorique à rez-de-chaussée, ionique au-dessus, et de deux ailes couronnées de petits campaniles. D’autres ont considéré Bernin ou Domenico di Castello2 comme l’auteur de cette façade.

En 1703, le cardinal Costaguti relit la voûte de la tribune.

L’antique basilique existait encore.

On peut voir dans une gravure de Rossi (1721) qu’elle fut respectée dans ces derniers travaux. Le plan de Cappello, tracé en 1676 et publié par Crescimbeni en 1722, répète l’état de lieux décrit à la fin du xvie siècle.

Il était réservé au cardinal portugais Nuno da Cunha de détruire les vieilles nefs. Ce prélat se lit faire un rapport sur le mauvais état de l’église par un certain Maltais nommé Charles Girnach, qui passait pour très connaisseur en fait d’architecture, quoique ses fonctions d’échanson à l’ambassade de Portugal semblent fort éloignées d’une telle aptitude. Nous extrayons quelques passages de ce rapport intéressant pour l’histoire de la vénérable basilique et qui nous la rappellent avant que les derniers coups lui aient été portés :

« Le mal, dit-il, est surtout visible dans la nef du milieu ; cette nef, du seuil de la porte à l’arc de la tribune, compte plus de 170 palmes; d’une colonne à l’autre elle a 5 4 palmes de largeur; en hauteur, 62 palmes du sol aux entraits, 17 des entraits au faîtage. On peut redouter à juste titre de voir tomber un tel mur large de 3 palmes reposant seulement sur de faibles colonnes isolées, de 2 palmes de diamètre, lorsque, par suite de son déversement qui atteint partout un hors d’aplomb de 2 palmes, il repousse les colonnes et les rejette de leur base. Le péril se manifesta surtout quand, pour régulariser l’édifice et en assurer l’équilibre sur des pilastres, on fut obligé d’enlever les colonnes et de maintenir le mur en l’air ( tenere in aria il muro). Dans cette reprise,

1. Venuti, Milizia, Nibbv, etc., l’attribuent à ce Florentin; mais je dois dire que de Rossi, dans son Studio d’architettura, 1721, pl. XLIII, le met sous le nom de Bernin. L’histoire des architectes de ce temps est trop peu intéressante pour qu’on cherche à éclaircir la question.

2. Crescimbeni, IstOria délia basilida di S. Anastasia, Roma, 1722, in-4".

on le soutint par des étais et de forts madriers; on vit de quelle mauvaise qualité il était, tout construit en briques, en briques souvent reliées par de simple mortier en terre, sans chaux, avec des vides aussi remplis de terre. Le mur audessus du grand arc de la tribune, construit dans les mêmes conditions, avait aussi un hors d’aplomb de plus de 2 palmes. »

Ce rapport donne une idée lamentable de l’état où était réduite la basilique et excuse jusqu’à certain point la main du restaurateur ; mais on aurait dû conserver le plan ancien si simple, préférable à l’ordonnance compliquée qu’on adopta, ou les colonnes emprisonnées dans les contre-pilastres soutiennent, au lieu d’architraves, de baroques consoles renversées. Une médaille, frappée à la mémoire du cardinal Cunha, fut chargée de perpétuer le souvenir de cette restauration (1722).

On lit tout autour de l’effigie : « Nonius tit. S. Anastasiæ S . R. E. Presb. card Cunha » (pl. II).

A la place de l’ancienne confession, on a représenté la martyre couchée et encadrée dans les ornements et les palmes du goût du xvme siècle1 , représentation bien inférieure à celle de Sainte- Cécile.

Des divers documents qui viennent d’être exposés, nous avons cherché à tirer la restauration de l’édifice, non tel qu’il était dans l’antiquité, mais au moment des transformations que le xme siècle lui fit subir et dont les murs nous livrent encore le secret. Nous en avons gravé le dessin dans nos planches et nous devons y joindre quelques lignes de justification (pl. III).

Dans cette étude, nous avons surtout considéré les deux murs latéraux de l'attique où toute l’histoire de l’église se trouve pour ainsi dire écrite d’une façon irréfragable. A Sainte-Anastasie, le plan antique est encore déterminé par l’examen des parties supérieures que plusieurs reprises en sous-œuvre ont respectées au milieu des changements de leur point d’appui. Ce travail extraordinaire, que j’ai constaté dans beaucoup d’églises, est attesté ici par la construction elle-même.

En considérant l’attique du nord2, nous voyons,

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