‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 2)Chapitre 291 sur 419 · Allard, p · texte numérisé non relu

Allard, p

SAINTE PERPETUE.

seras exposée aux bêtes que tu méprisais lorsque tu as refusé de sacrifier? — En ce moment, je souffre ce que je souffre, mais là-bas il y en aura un autre en moi qui souffrira pour moi parce que je souffrirai pour lui ! » Elle accoucha d’une fille qu’une sœur éleva comme son enfant.

Une étrange coutume accordait aux gladiateurs et aux bestiaires, la veille du combat, la consolation d’une dernière orgie, qu’on appelait le repas libre et auquel il était cruellement permis au peuple d’assister. Les martyrs le transformèrent en une agape et osaient menacer les curieux du jugement de Dieu : « Regardez bien nos figures, s’écriait Satur, afin de nous reconnaître au tribunal de Dieu ! » Beaucoup se retiraient interdits et avec des germes de foi dans le cœur.

Le jour de la victoire, ils allèrent avec joie à l’amphithéâtre, et là, comme on voulait les revêtir d’habits sacerdotaux de Saturne et de Cérès, ils refusèrent, disant que, mourant pour le Christ, ils ne porteraient pas des insignes païens. On n’insista pas.

En passant devant Hilarianus, ils lui lancèrent cette apostrophe : « Tu nous juges, mais Dieu te jugera! » ce qui les fit soumettre aux fouets. Les jeunes femmes furent jetées dans des filets et exposées aux cornes d’une vache furieuse. Perpétue reçut le premier coup, elle fut jetée en l’air et retomba sur les reins; elle eut encore par pudeur la pensée de réunir les plis de sa tunique, et elle rassembla ses cheveux par une épingle, pensant qu’une martyre devait souffrir avec dignité; elle se leva en voyant Félicité blessée, elle lui tendit la main et la releva; elles furent alors ramenées à la porte Sanavivaria. Perpétue était tellement étourdie qu’elle ne se rendait pas compte de la scène qui venait d’avoir lieu; elle demandait si la vache l’avait en effet frappée. A ce moment, elle appela son frère et un catéchumène nommé Rusticus : « Soyez fermes dans la foi, aimez-vous les uns les autres, et ne vous scandalisez pas de mes souffrances. »

Satur fut livré à un léopard qui, d'un coup de dent, lui donna la mort en le baignant de sang; il n’eut que le temps de tremper son anneau dans le sang et de le donner à Pudens.

Le peuple demanda que les autres martyrs fussent amenés au milieu de l’arène afin de mieux jouir de leurs souffrances. Là, après le baiser de paix, on les égorgea et Perpétue tint elle-même sur sa gorge le glaive d’un bourreau maladroit et inexpérimenté h

Selon l’usage, lorsque l’amphithéâtre eut été évacué, les chrétiens vinrent réclamer les dépouilles et les portèrent dans une des area qu’on respectait encore, malgré les cris de la populace; ils les confièrent à une sépulture qui devint plus tard le lieu d’érection d'une magnifique basilique.

Après avoir admiré ces actes qui sont le premier et le plus grand des monuments de notre martyre, nous entrerons dans l’exposition de ceux que la postérité lui a élevés, en commençant par Carthage, témoin de ses souffrances.

i. Nous avons pris ce récit dans le texte et dans les traductions de M. Allard et de M. l’abbé Pillet.

CARTHAGE

Basilique de Damous-el-Karita. — Près de Carthage il existe un cimetière chrétien, nommé Damous-el-Karita, dans lequel en 1 880 on commença à découvrir les soubassements d’une vaste basilique chrétienne. Les fouilles heureusement commencées furent reprises les années suivantes par le Père Delattre avec autant de perspicacité que de constance et elles ont mis au jour un des plans les plus intéressants de l’architecture chrétienne en Afrique. Devant cette grande église avec son transept, ses neuf nefs, son area terminée par une chapelle trichorale, l’heureux explorateur s’est tout de suite posé la question de savoir s’il n’avait pas sous les yeux la basilicam majorera ubi corpora sanctarum martyrum Perpetuæ atque Felicitatis sepulta sunt1.

Beaucoup de motifs appuient cette attribution. Ses dimensions sont un des plus puissants et s’accordent avec l’épithète de major. Elle compte environ 55 mètres de longueur sur 42 de large2.

La basilique élevée à la paix de l’Eglise le fut sur le tombeau des martyrs et devait l’être par conséquent selon la loi romaine et les usages puniques3

1. Une version du texte suppose majorum au lieu de majorem, mais cela pourrait s’expliquer dans le sens des grands saints qui y reposent.

2. Toutes ses mesures sont prises sans les absides et dans œuvre et non compris les atria et autres dépendances. Pour citer quelques exemples d’anciennes églises qu’on a surnommées grandes : Saint-Laurent-le-Majeur à Milan n’a que 5o mètres; Sainte-Marie-Majeure de Rome, 32 mètres de large; Saint-Nazaire-le-Grand à Milan, 41 mètres; Sainte-Marie-Majeure à Ravenne n'a que i5 mètres; Saint-Jean-le-Majeur à Naples n’a pas des proportions fort considérables. On voit que ces églises élevées du iv° au vie siècle n’atteignent pas ou ne dépassent pas beaucoup celle de Damous-el-Karita.

3. M. Beulé dans ses fouilles à Carthage explique que la nécropole punique était à l’abri d’une attaque, mais hors de la ville. Les Carthaginois apportèrent comme colons de Tyr les usages sémitiques, ils enterraient au lieu de brûler leurs morts et, comme les Hébreux, les déposaient hors des remparts.

M. Beulé ajoute que les Romains reprirent en les restaurant les fondations de ces remparts. On est donc fondé à regarder notre basilique comme extérieure.

en dehors des remparts; sa position sur la voie des Tombeaux à 25o mètres des remparts de la ville antique satisfait encore à cette exigence. Le style des fragments découverts par les fouilles correspond aussi aux conditions des dates. Enfin les inscriptions, où se retrouvent mêlés souvent les noms des deux héroïnes chrétiennes, confirment notre supposition. Nous ne pouvons mieux faire à ce propos que de recueillir les raisons que le Père Delattre a eu la bonté de nous donner et qui me paraissent excellentes :

« Si réellement, nous écrit-il1, c’est la basilica major 2 que nous avons retrouvée, c’est bien la sépulture des saintes Félicité et Perpétue. On croit que la basilica Perpétua restituta n’était autre que l’église Sainte-Perpétue, prise par les Ariens, puis restituée aux catholiques (Baronius, Morelli). Victor de Vite, parlant de la basilica restituta 3, dit : « in qua semper episcopi commanebant » et, dans ce même passage, il parle du vénérable clergé qui fut chassé par Genséric avec l’évêque de Carthage. Or nos fouilles nous fournissent des épitaphes d’évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, acolytes, lecteurs, qui semblent prouver que c’était bien là la résidence de l’évêque de Carthage et de son clergé. Nous venons de trouver un débris d’inscription monumentale avec caractères hauts de om, 12, gravés sur de la pierre. Le creux des lettres était rempli de métal ; on voit encore dans chaque angle le plomb qui servit à sceller des caractères sans doute de cuivre. Enfin on lit sur ce débris : EST , qui peut se rapporter à la basilica restituta.

« Je me trouve en ce moment devant environ

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