Lettre du 2 3 fév
2. Dans l 'Area martyrum de Cirta est mentionnée la Casa major (casa pour cella, De Rossi).
3. Certains auteurs placent la « basilica restituta » au bord de la mer dans un temple antique.
Pillet, Histoire de sainte Perpétue , 1 885 .
SAINTE PERPETUE.
dix mille morceaux d’inscriptions provenant de cette basilique et chaque jour en apporte quinze, vingt et parfois trente nouveaux.
« (28 mai 1888) Je suis heureux de pouvoir vous adresser aujourd’hui la liste de nos inscriptions de Carthage donnant les noms de Cyprien, Perpétueet Félicité. L’inscription Revo... Felic provient de nos fouilles de Damous-el-Karita. Ce fragment est particulièrement intéressant, puisqu’il donne le nom de Revocatus uni à celui de Félicité, comme dans les actes du martyre de sainte Perpétue et de leurs compagnons. La forme des lettres et celle de la pierre me semblent bien indiquer que c’est une épitaphe et je n’ose croire que ce fut celle de la tombe qui renferma les précieux restes de Félicité et de son conservas Revocatus; mais la réunion de ces deux noms sur une pierre trouvée dans les ruines de la basilique qui a peut-être possédé les reliques de ces glorieux martyrs, offre, je le répète, un intérêt particulier.
« (2 juillet 1888) Nous avons trouvé dernièrement une nouvelle épitaphe donnant le nom d’une Félicitas , en caractères hauts de om,o8, sur une portion de dalle épaisse de om,oq.. Elle a été trouvée le 20 juin, derrière le trichorum de la basilique en creusant la fosse d’une jeune sœur missionnaire âgée de vingt-deux ans et arrivée depuis quelques semaines au noviciat.
« La présence de ces tombeaux, lorsqu’on sait l’empressement des anciens chrétiens à rapprocher leurs cendres des reliques des martyrs, et surtout la tombe d’une femme consacrée par son nom à la sainte martyre, sont une nouvelle preuve du vocable des saintes Perpétue et Félicité, que nous supposons à la basilique de Damous-el-Karita. »
Le Père Delattre nous a envoyé plusieurs autres inscriptions qui portent ces noms glorieux et que nous publions sur nos planches, ne fut-ce que pour montrer la popularité qui les entourait à Carthage (pl. III, XI, XVI).
J’ajouterai que la présence actuelle du cimetière chrétien sur le sol ou s’élevait l’église doit être certainement considérée comme une preuve du respect qui s’est toujours attaché à ce sol consacré.
Une grande vraisemblance rattache, comme on le voit, la sépulture et l’origine du culte de Perpétue aux ruines qui viennent d’être exhumées à Damous-el-Karita ; en tout cas, son nom et celui de Félicité, témoignage d’antique vénération, s’y
retrouvent assez souvent pour que nous soyons autorisés à les considérer comme un monument de leur culte. Nous avons donc essayé d’en faire une restauration d’après les indications, je dirais presque sous la dictée du Père Delattre, que nous ne saurions trop remercier de son obligeance.
Ce vaste monument se compose de deux parties bien distinctes pour la disposition etpour l’époque1. La première découverte et la plus ancienne fut celle d’une grande cour de forme demi-circulaire, dont l’enceinte ne mesure pas moins de 45 mètres de diamètre; elle était fermée par une haute muraille contre laquelle régnait un portique à colonnes de marbre qu’on a trouvé renversé avec les chapiteaux auprès des bases et quelques tronçons de fûts cannelés en spirale; les entre-colonnements étaient de trois mètres, la largeur du portique de 3m,25. Le mur d’enceinte était formé d’assises régulières de moellons.
Au sommet de l’hémicycle on découvrit une chapelle trichorale dont chaque abside mesurait 4m,yo de diamètre. Devant l’édicule on a distingué deux grandes pierres plates entaillées qui n’ont pu servir que de chambranles. Au fond de l’abside centrale, on trouva, renversée sur l’ancien sol, une portion considérable de la voûte encore parée de sa mosaïque à petits cubes blancs et rouges. Un sarcophage occupait le sol et a laissé sa place évidée dans le sol. On voit dans la maçonnerie l’empreinte des strigilles dont il était orné. L’abside de gauche conservait aussi la place évidée d’un tombeau affectant la même disposition que celui de l’abside centrale.
Le Père Delattre rapproche avec beaucoup de raison cette chapelle trichorale de celle découverte à Tébessa sur le flanc de la basilique, et surtout de la cella du cimetière de Gallixte à Rome; comme dans cette dernière, elle terminait un cimetière à ciel ouvert, ce que les Africains appelaient Yarea mnro cincta ou area martyrum.
Les lieux funéraires se nommaient à Rome cœmeteria , ailleurs horti ; en certaines parties de l’Italie et surtout en Afrique, on se servait communément pour les désigner de l’expression employée par Tertullien : area. Elle explique le cri de rage des païens de Carthage contre les chrétiens
1. P. Delattre, Archéologie chrétienne de Carthage. Fouilles de la basilique de Damous-el-Karita, 1886.
CARTHAGE
au temps de Tertullien : « Areœ non sint! » Dans cette partie réservée aux sépultures, les inscriptions funéraires, brisées par des mains impies, se retrouvent par centaines.
Une tranchée, pratiquée en avant de la chapelle trichorale et poussée jusqu’à 1 8 mètres de l’abside centrale, fit découvrir une plate-forme octogone. Les côtés sont composés de pierres taillées, longues chacune d’un mètre. Les pierres qui forment le tour de la plate-forme portent à leur face supérieure une série de mortaises carrées de o'",i2 de côté, profondes de om,07 et distantes de om,75. Le Père Delattre pensa d’abord que c’était la phiale de la basilique, puis, ayant en dessous retrouvé beaucoup d’ossements, il lui vint l’idée que cet octogone était un tombeau.
Cette première partie qui vient d’être décrite avec son area et la cella trichorale ne peut être antérieure à la paix de l’Eglise; M. de Rossi a remarqué que les Memoriœ des martyrs furent remplacées alors par les vastes basiliques. C’est ainsi qu’à Damous-el-Karita, à l’époque où le culte de Perpétue put s’ouvrir en toute liberté, on construisit une immense salle traversée par une croix, que dessinent la grande nef et son transept, et garnie d’une forêt de colonnes qui la partagent en neuf nefs. C’est presque la mosquée de Cordoue; les Arabes d’Afrique n’avaient-ils pas pris dans les anciens monuments chrétiens les plans et les idées dont on leur a fait honneur en Espagne? La grande nef mesure près de 5o mètres de longueur sur i2m,8o de large1 d’axe en axe des colonnes. Ces colonnes, les unes de marbre, les autres de granit, que les fouilles font retrouver sous le sol, se dressaient autrefois sur des bases carrées de ira,8o de côté, construites en pierres de taille. Cette nef se termine par une abside dans laquelle on a exhumé des colonnettes et des fragments du chancel.
Le transept est terminé par une abside à laquelle on en a substitué plus tard une autre, en avant : là est un caveau que l’on considère comme une crypte. Le ciborium se serait élevé au croisement des deux nefs.
L’entrée principale de la basilique semble avoir été ouverte au pied de ce transept ou l’on distingue