Nibby, p
SAINTE AGATHE
gauche, d’arcades plus étroites ; ce sont à peu près les mêmes dimensions. Martinelli, l’historien des travaux des Barberini, dit, il est vrai, en parlant du portique, qu’il le construisit à fundamentis , mais cela ne signifie pas qu’il changea le plan et doit être entendu par le changement des colonnes en piliers. S’il m’était permis de me servir d’une expression peu digne de cette vénérable église, je dirais qu’elle fut travestie au xvne siècle.
C’est en partant de ces données, en nous appuyant sur le plan actuel, sur les récits de Martinelli, que nous avons tenté la restauration que nous offrons 1 (pl. X et XI).
De l’atrium on pénétrait à gauche dans le palais cardinalice. La porte de l’église était décorée dans le style cosmatesque avec chambranle de marbre orné de mosaïques; sur le linteau on y lisait le nom de l’auteur :
PRESBYTER JOHANNES HOC OFUS FIERI FEcfr.
A droite de l’atrium était l’entrée du monastère, sans doute ou se trouvent les bâtiments du couvent des Irlandais. Bufalini, sur son plan, indique de ce côté des bâtiments considérables coupés par beaucoup de murs. Il y avait comme trois jardins, « triplicem hortulum ».
Le campanile, de style roman, s’élève encore en tète de l’église avec ses murs de briques et ses colonnettes de marbre.
i. Diaconia S. Agathœ in Suburra ex Floravente Martinello romano descripta et illustrata, x 638 (K. 1280). — Cap. iv, Descriptio S. Agathœ :
« Aula Templi, sive cella in très dividitur, ut appellant, navis, duodecim pervetustis columnis distincta, in uniuscuiusque earum capite, aris constitutis, sacra celebrantur. Ara maxima in media navi locata ornatur marmoreo et vermiculato ciborio a quatuor marmoreis columnis suffulto. Diaconicum, ubi maius altare, thronus Card. Diaconi, ac presbyterorum sedes, clauditur senis ex glareœ marmore viridi columnis. Absis in superiori parte Diaconici imaginera Christi et duodecim apostolorum ex musivo habebat; verum antiquitate collapsa ac restituta nunc martyrium virginis cui dedicatur Ecclesia pictum repræsentat. Aliud altare in sinistra navi D. Agathæ et sanctorum reliquiis dicatum est... in alio dexteræ navis annunciatio B. Mariæ virginis colitur.
« Al ter lateralis ingressus ex tiburtino lapide patet in sinistra navi, cui hæret vestiarium et cimeliarchium ; in anteriori parte Ecclesiæ odeum et pars turris campanariæ pervetustæ surgit.
« Platonia sive pavimentum omne mediæ partis pario marmore in varias formas coagmentato ac tessellato opéré ornatur: reliquum stratum est romano latere iineis marmoreis intextum. »
L’aspect intérieur a peu changé; des deux côtés de la nef principale les rangées des colonnes antiques se dressent encore devant nous et, si nous ôtons les chapiteaux et les ornements baroques des Barberini, nous retrouverons facilement la vieille basilique. Le chœur est la partie qui a le plus souffert des restaurations ; Martinelli a encore vu le presbyterium fermé par une belle iconostase de six colonnes de marbre vert (clauditur senis ex glareæ marmore viridi columnis), à travers lesquelles on distinguait le ciborium, sur le maître autel. Ce ciborium, soutenu par quatre colonnes, avait des arcs en plein cintre avec tympans ornés de mosaïques; comme nous l’avons dit, nous conservons deux de ses faces 1 .
Derrière l’autel s’élevait au milieu du banc presbytéral le trône cardinalice.
Le plus bel ornement de cette tribune était la mosaïque de Ricimer qui représentait le Sauveur assis sur le globe du monde et accompagné de ses apôtres. Nous les avons dessinés au Vatican sur le manuscrit de Ciacconio. Le Père Garrucci 2 avec juste raison adopte l’ordre des apôtres que ces aquarelles nous présentent, et qui portent leurs noms respectifs : à droite, Petrus , Andréas , Johannes, Thomas , Mathæus , Bartholomœus ; à gauche, Paulus, Philippus , Judas Jacobi , Jacobus Alfpei , Simon Zelotes, Jacobus. Les apôtres ont des vêtements blancs avec claves et monogrammes de pourpre; devant leurs noms est le sigle S; ils n’ont pas de nimbe. Le globe qui sert de trône au Sauveur est d’azur. Le Sauveur a une tunique bleuâtre avec claves jaunes festonnés au bord, un manteau blanc avecciave bleu et monogramme jaune. Il a un nimbe jaune, un livre ouvert duquel pendent des rubans rouges. Au-dessous du globe est la légende : « Salus totius generis humani. » On sait que les ariens, s’ils niaient la divinité de Jésus-Christ, ne lui retiraient pas le titre de Rédempteur. L’inscription de Ricimer se développait comme toujours sous les pieds des personnages de la mosaïque 3 (pl. XI).